‹ Gazette des beaux-artsChapitre 99 sur 148 · AU LOUVRE · texte numérisé non relu

AU LOUVRE

Les deux salles affectées à la collection Thiers viennent d'être livrées au public. L'événement a fait du bruit. Le grand public, qui a la foi du charbonnier et qui volontiers admire de confiance, s'est déclaré satisfait. Joseph Pi'ndhomme n'a vu là qu'un ensemble d'objets portant l'étiquette d'un homme célèbre; cela sudît à sa religion. Le monde '' plus exigeant des amateurs et

des critiques s'est, au contraire, montré fort scandalisé. C'est qu'en effet notre grand musée national, dont la mission cousiste en toute circonstance à faire l'éducation des visiteurs, semble prêter à ce mélange inquiétant de bonnes et de mauvaises choses, d'originaux et de copies, de pièces fausses et d'œuvres authentiques, la consécration de son autorité. La matière est délicate, j'en conviens, et il ne faut pas oublier que, dans cette affaire, les sentiments de générodté et de patriotisme des donateurs doivent rester au-dessus de toute atteinte. La Gazette manquerait cependant aux égards qu'elle doit à ses lecteurs si elle n'exprimait trcs franchement, à ce propos, son opinion.

Itemontons à l'origine de la donation. Par deux acies du S et du 10 juin 1881, H"' Dosne abandonnait sa part d'usufruit sur les objets légués à l'État par M™' Thiers, sa sœur, et déclarait consentir à l'exécution du testament de celle-ci dans les termes qui y étaient énoncés :

ZiOS GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

« j'offre au musée du Louvre, avait dit M— Thiers, le portrait de mon mari, peint par Bonnat.

c Je donne à l'État les objets d'art réunis par monsieur Thiers, cauUoguésparMannheimS à la condition que ces objets seront placés au Musée du Louvre, dans une salle spéciale et exclusive portant l'indication suivante :

Donné par Monsieur et Madame Thiers.

n Le tout d'accord avec mes exécuteurs testamentaires, qui veilleront strictement à l'exécution de ces dispositions.

« Je donne et lègue au Musée du Louvi-e, pour figurer parmi les objets les plus précieux de la collection de monsieur Thiers, mon collier de perles d'Orient, composé de deux rangs complets et d'un troisième rang inacbevé.

a Je donne et lègue au Musée du Louvre et, faute par lui d'accepter, au Musée de la manufacture de Sèvres, mes porcelaines de Sèvres et de Saxe non cataloguées dans la collection de monsieur Thiers. n

D'autre part, M"" Dosne renonçait à l'usufruit, à la condition expresse que les deux salles servant aux réunions du Comité consultatif des Musées (salles occupées sous l'Empire par le comte de Nieuwerkerke) et donnant dans la salle des pastels seraient exclusivement réservées & l'installation desdiles collections ; que ces collections y seraient maintenues intactes, sans aucune addition ni aucun mélange d'autres objets, et qu'enfin ces salles porteraient le nom de Salles Thiers. Si les conditions exprimées ou l'une d'elles seulement n'éttùent pas scrupuleusement observées et remplies, la donation était de plein droit révoquée et les collections faisaient relour à M"" Dosne. En outre, ceile-ci offrait au Louvre sa collection de tabatières et de miniatures et se chargeait de toutes les dépenses que devaient entraîner l'impression d'un catalogue de luxe et l'installation des objets dans les salles du Musée.

L'instrument était net. L'État pouvait-il refuser? Non évidemment. IiB nom de M, Tbiers s'imposait avec une force irrésistible. Le président du conseil ne pouvait qu'accepter purement et simplement un tel legs. Un ministre, si laborieux et si consciencieux qu'on le suppose, a d'autres chiens à fouetter que d'ergoter sur des détails de celte nature. C'était à l'Administration du Louvre ou à la Direction des Beaux-Arts à intervenir avec vigueur et à revendiquer auprès du ministre la charge des res-

h . C'est inventoriés qu'il Taudrait dire, car la rédaction critique du catalogue a été confiée à H. ('harles Blanc.

Page 1