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èl^ance. ■ C'est par de semblables œuvres que le luxe se maintient à son rang dans la peinture, en dépit de la prédominance naturelle ou tactîce des scènes de la vie populaire. Ces dernières semblent, à notre époque, être plus pittoresques, par la faute de ceux qui traitent tes autres. Ceux qui s'imaginent voir dans le débordement des scènes populaires une indépendance retrouvée ne sauraient pourtant nier que la richesse n'ait gardé en partie le monopole du grand goût, et qu'elle n'ofTre parfois au spectateur désintéressé, pourvu que ce ne soit pas un Diogëne hargneux, un bouquet de couleurs qui valent bien celles qu'on allait chercher jadis dans les ghettos et les pouilleries. Le véritable progrès en cette matière, — et c'est & la critique de le réaliser, — sera de tenir entre Richesse et Pauvreté la balance égale; on ne méprise déjà plus la sei^e et la bure; il faut encore qu'on regarde sans haine et sans envie les opulents chatoiements de la mode. De Nittis a profité de son heureuse situation; il a s^ement évité de devenir l'bomme-lige d'une coterie pour rester maître de lui-même et vaquer & ses prédilections.
Félix culpal La faute, si faute il y eut, est excusée par l'habileté du métier. Il aima d'abord les ombres découpées du gai soleil et les traduisit par une facture nette et serrée. Puis il aima les brumes et tes fumées de toute espèce montant dans un ciel troublé, et sa manière s'assouplit. Surtout, il aima le grand air, au contraire des peintres anglais, et ce qu'ils tirent de la vie intime, il le tira, lui, de la vie extérieure et agissante. Voyez hi laçon particulière dont ses tableaux sont variés. Il a vu, dans Londres, la colossale manufacture fumeuse, lépreuse et millionnaire, l'individu petit, le cadre démesuré, et par-dessus tout, l'atmosphère épaisse et le jour voilé. Même dans un portrait, il choisit sa lumière en grand amoureux du plein air et des valeurs franches, tout en préférant les claires, et les chairs nacrées qu'il caresse tendrement du pinceau. La vérité obtenue par ces moyens sûrs et simples, c'est bien cette vérité que distillent les œuvres d'art d'un certain genre et qui pénètre l'amateur au point de le faire crier à l'artiste : « De grâce , n'ajoutez pas une touche; vous allez tout g&terl m
Cependant, — et la réserve n'est pas contradictoire, — les portraits de De Nittis manquaient parfois de ce caractère qui doit individualiser un portrait, de ce style vai-îant chaque fois, mais frappant chacune de ces œuvres d'une empreinte ferme et définitive, du sceau de la ressemblance. Ce sont d'harmonieux à-peu-près, et il a dû arriver aux personnes dont l'artiste a fait le portrait d'oublier facilement de s'y recoanaltre, et de n'y plus voir bientôt qu'un caprice de peintre, une piquante figure de fantaisie.
Mais ce qui paraîtra de plus en plus, c'est qu'il réhabilitait, sans le savoir, l'école des impressionnistes dont il n'était pas. Sous le couvert de ses doos de virtuose, il faisait pénétrer en franchise, dans l'esprit du public, une partie de la doctrine de l'impressionnisme, — la bonne. Il
considérait cet art comme une matière parfaitement ouvrable que les producteurs avaient la maladresse de présenter brute ou à peine dégrossie sur le marché, et fit certainement accepter au public le plus scrupuleux ce que ce public n'aurait pas accepté sous une autre signature que la sienne; il le fit accepter cum grano salis, avec un petit assaisonnement en plus, an assaisonnement délicat et appétissant. Curieuse ironie, et qui devrait amener la critique à faire un retour sur elle-même! Comment expiique-t-elle que la Pince des Pyramides et tel pastel som-
GAZETTE DES BEADX-A»'
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maire, et si vrai pourtant, soient sortis de In même main? N'est-ce pas que la critique fut trompée par quelque chose dans la facture du peintre, par le fait qu'il n'était pas enrégimenté dans l'armée des renégats, et qu'il était impossible de lui appliquer, sans faire crier, ces grossières épîthètes qu'on lance aux pauvres hors cadre, impossible de parler d'm/CT»tiotu et de tache, impossible, en un mot, de railler?
Un peintre comme De Mtlis n'a-t-îl pas un peu, dans son art, la place d'un romancier dans le sien,... faisant vivre d'une vie à chaque fois nouvelle des types en apparence identiques, et, pour ce faire, choisissant dans l'espace un cadre et dans le temps une année, un jour, — quedis-je! une heure, le cadre et l'heure où ses personnages ont tout le caractère et rien que le caractère qui leur appartient proprement? Tandis que la vie d'un héros semble, en esthétique, être constamment héroïque, celle de l'individu vulgaire qui nous coudoie, — et notre individu même, — n'arrive que rarement à son maximum d'intensité, et, pour ainsi dire, d'identité. Et le décor inanimé a aussi de ces heures privilégiées, où il cesse d'être muet tout à fait et fait sa partie dans le concert. Mais c'est justement tout ce que le nonrellier ne saurait rendre qui est du domaine légitime de l'artiste. Voyez comme De Nitiis excelle à rendre, non pas seulement la lumière d'un pays, mais la température d'une journée, attendue par lui, voulue, poursuivie, — une certaine gelée, une certaine pluie, un certain jour brumeux ou blafard. Voyez comme il donne au home, au cadre domestique d'une délicate figure de femme, que vous reconnaissez, que vous avez vue la veille peut-être, la température morale qui convient et que vous êtes habitué de rencontrer chez elle.
Ce sont ces pelites et subtiles finesses qui font de lui l'artiste qu'il est. La Place des Pyrumides, encore une fois, et le Pont de Westmimlcr, cela est plus que cela ne parait être ; cela dépasse en signification le titre que porte le catalogue : c'est l'imprévu, le changeant, le fuyant délimité sans être figé; c'est le mouvement moderne fixé sans être ralenti. Et ce doit être tout cela pour mériter le nom d'art. Il est un art qui vit de la lecture des bons auteurs et de l'imitation des grandes traditions; il en est un autre qui vit de distractions, d'apparente frivolité, et d'une sympathie atlraciive pour le monde extérieur, pour l'enveloppe des choses quotidiennement changeantes et éternellement identiques.