TROISIÈME ET DERNIER ARTICLE
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{Ne des particularités de l’auteur des () ® e ° ? A s grandes miniatures, c’est qu'il aime à réunir sur une seule feuille deux ou
plusieurs épisodes, dont l’un se passe à l’intérieur d’un édifice et l’autre (ou les autres) en plein air”. L'édifice est d’ailleurs largement ouvert du côté du ER. spectateur, de sorte que la lumière du Ai 7 Nas { dehors y pénètre aussi vive, aussi GUINEA dorée que sur l'horizon. Un nouvel exemple de cette convention nous est fourni par le beau tableau qui représente, à droite, le couronnement de Charlemagne, à gauche la réception d’un envoyé d'Orient par l’empereur, au fond un lointain paysage vu de haut, dans le goût qui sera celui de Memling. Le commentaire est donné par le texte des Grandes Chroniques”
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4. Voir Gazette des Beaux-Arts, 3° pér., t. XXIX, p. 265, et t, XXX, p. 53.
2. D’autres miniaturistes du milieu du xv° siècle font de même, par exemple l'inconnu auquel nous devons les Miracles de la Vierge, manuscrit si justement admiré par M. Durrieu. |
3. Grandes Chroniques, éd. Paris, t. IL, p. 122, 126. Je rappelle de nouveau que je modernise ces textes. Au risque d’attirer sur moi les foudres des philologues, j'exprime l'opinion que tous les historiens français devraient être imprimés avec l'orthographe moderne, pour que leurs œuvres, si divertissantes et instructives, pussent être lues par d’autres que les savants.
Le jour de la Nativité, entra l'empereur en l’église Saint-Pierre de Rome, droit en ce point que l’on devait célébrer la grand'messe. Ainsi comme 1l se fut incliné devant l'autel, l’apostole Léon [le pape] lui mit la couronne impériale sur le chef. Lors commença le peuple à crier en telle manière : « Au grand Charlemaine « Auguste, couronné de Dieu, paisible empereur des Romains, soit « vie et victoire! » La tête de Charlemagne, l’empereur « à la barbe fleurie », est conforme au type qui était déjà traditionnel au xv° siècle ; mais les personnages qui l'entourent ont tous des physionomies très individuelles et l’on n’hésitera pas à y reconnaître des portraits. La scène de gauche se passe à Venise en 801 : « En cette même année arriva au port de Venise [erreur pour Port-Vendres, Portus Veneris| le juif Isaac que l’empereur avait envoyé au roi de Perse. À l'empereur présenta un olifant {éléphant} et maints autres présents. » Le juif Isaac s’agenouille devant l’empereur qui sort de son palais en tenant d’une main son épée et de l’autre le globe impérial. L'éléphant est l’œuvre d’un artiste qui n'avait certainement jamais vu de ces animaux; les jambes du pachyderme sont dessinées comme de gros bâtons de chaise. Il y aurait un curieux mémoire à écrire sur les représentations graphiques des animaux d'Afrique et d'Asie dans l’art du moyen âge et des premiers temps de la Renaissance. Un demi-siècle avant l'exécution des miniatures de Saint-Pétersbourg, l’illustrateur d’une traduction des voyages de Marco Polo, qui travaillait pour le duc de Berry, peignait des éléphants au grand trot avec des pattes de lion (Bibliothèque nationale, ms. français, n° 8592)". Le chameau est traité avec plus d’exactitude; le miniaturiste devait en avoir vu à la cour de Philippe le Bon, sans doute lors des fêtes splendides qui furent célébrées à Lille à l'occasion du Vœu du Faisan. Les six personnages assis ou debout à gauche dans une sorte de pavillon gothique semblent avoir été dessinés d' après nature, comme ceux qui entourent none dans la scène du couronnement sur la droite.
Nombre de miniatures de notre manuscrit ont pour sujet des épisodes tout à fait légendaires, auxquels les historiens modernes ne font aucune place, mais qui en occupent une très grande dans les Chroniques. Ces contes, plus amusants que l’histoire vraie, frappaient vivement l'imagination des hommes de ce temps, qui les retenaient
de préférence et aimaient qu'on leur en rappelât le souvenir. En voici deux exemples intéressants à divers titres, où la verve du
4. Cf. Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, t. IV, p. 55.
miniaturiste, son goût du pittoresque, sa merveilleuse entente du paysage se révèlent dans tout leur charme et tout leur éclat.
Le premier tableau ne comprend pas moins de quatre sujets. En haut à droite, le roi des Huns, Crocus, passe le Rhin sur le pont de Mayence, détruit cette ville et arrive devant Metz, dont « les murs Ctrébuchèrent par divine volonté la nuit devant que Le tyran y vint '».
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