GRANDE MINIATURE DES « GRANDES CHRONIQUES DE SAINT-DENYS
Bibliothèque impériale, Saint-Pétersbourg.)
À gauche, saint Germain adresse une semonce à Charibert, roi de Paris, parce qu'il délaissait sa femme pour deux concubines?, et les fils de Clotaire chassent Chilpéric de Paris*. La représentation de la ville paraît entièrement de fantaisie; c’est Le type des villes flamandes du xv° siècle, telles que l’auteur les avait sous les yeux. Mais la partie la plus 1rmportante du tableau est un peu à droite; elle pourrait
1. Grandes Chroniques, éd. Paris, t. I, p. 133. ; 2. Ibid., p. 134.
s’intituler Le Songe de Gontran. Heureusement le texte des CAroniques est là pour nous expliquer cette histoire, qui, sans lui, resterait indéchiffrable! : « Gontran, qui fut roi d'Orléans... un jour alla chasser en bois; quand la chasse fut commencée, sa gent se départit, l’un çà et l’autre là, comme 1l advient souvent en telle chose. Le roi... dessous un arbre descendit pour un petit reposer; pour dormir s’inclina au giron de celui qui avec lui était. En cette heure qu’il dormait ainsi, issit de sa bouche une bestelette de telle semblance comme un lézard, laquelle commença aller et venir et à chercher entour les rives d’un petit ruisselet qui là courait; et moult se peinait de passer outre, si elle püt voie trouver. Quand celui qui avec lui était vit cela, 1l prit son épée toute nue et la mit à travers le ruisselet. La bestelette se mit dessus et alla rampant tout outre Jusques à l’autre rive, en terre entra par un petit trou dessous le pied d’une montagne. Quand elle eut là dedans demeuré comme par l’espace de deux heures, elle retourna arrière par dessus l'épée et entra en la bouche du roi, qui encore dormalt. Le roi s’éveilla un peu après et dit à son compagnon que merveilles avait vu en son dormant : « J'ai, dit-1l, vu un trop grand «{leuve et par dessus un pont de fer”; si me semblait que je passais par dessus jJusques à l’autre rive, puis entrais sous terre en une cave qui était au pied d’une montagne; là trouvais plus de richesses que nul ne pourrait priser, et les trésors des anciens pères qui là « dedans sont reposés. » À tant monta le roi et alla à l'hôtel, puis entendit qu'un autre avait vu cette même vision et, parce qu’elles étaient semblables, fit-1] le lieu houer et trouer bien profondément. Là trouva or et argent en si grand masse que c'était merveille. De cet or et de cet argent fit le roi faire un couvercle, ainsi comme une châsse à merveille grande et belle, en propos qu’il l’envoyàt au sépulcre de Notre-Seigneur en Jérusalem. Mais le péril de la voie et la peur des Sarrasins, qui au pays demeuraient, empêchèrent la voie et le don et la promesse qu'il avait faite; et par ce qu’il ne le voulut pas tenir qu’il ne fût offert à Dieu, à qui il avait été promis, il le fit porter en une abbaye qui est près Chalon en Bourgogne, qu'il avait fondée en l’honneur de saint Marcel. Sur le corps saint fut mis le vaisseau, qui tant était d'œuvre belle et riche que sa pareille ne fut pas trouvée au royaume de France. »