XXX. — 3° PÉRIODE
verra les jugements de Notre Seigneur et aucuns signes de choses qui sont à advenir ». Aussitôt son esprit fut ravi, et ce qui le ravit fut « une chose très blanche », qui tenait à la main un peloton de fil resplendissant de clarté. « Lors lui dit cette chose blanche
« Prends le chef de ce fil et le lie fermement au pouce de ta main « droite, car je te mènerai au lieu des peines d'enfer. » La « chose blanche » mena Charles « en très profondes vallées de feu qui étaient pleines de puits ardents; el ces puits étaient pleins de poix, de soufre, de plomb et de cire. En ces puits trouva les évêques, les patriarches et les prélats qui furent du temps de son père et de ses aïeux. Lors leur demanda en grand’peur pourquoi ils souffraient de si graves tourments et ils lui répondirent : « Quand « nous dûmes administrer paix et concorde entre les princes et le « peuple, nous amenâmes et épandimes guerres el discordes. » Charles et son guide ont peine à échapper aux embüches des démons qui les entourent, mais la grande clarté de la « chose blanche » est leur sauvegarde. « Lors montèrent une haute montagne de feu ; au-dessous du pic de ces montagnes sourdaient palus et fleuves tout bouillants de toutes manières de métaux. » Là sont plongés, les unes jusqu'aux cheveux, d’autres jusqu’au nombril, les âmes du père de Charles et de ses frères; elles expient leurs guerres, leurs convoitises, leurs rapines. «Il vit derrière lui âmes qui très horriblement criaient : « Puissants puissamment souffrent tourments.… » Lors regarda à la clarté du fil et vit sur le tonneau, en l’eau bouillante, le roi Louis son père jusqu’au gros des cuisses. Lors lui dit son père : « Charles, beau fils, n’aie pas peur. Je sais bien « que ton esprit retournera au corps... Si tu me veux aider, toi et « mes évêques et mes abbés et tous les ordres de Sainte Église en « messes et en oblations, en vigiles, en psalmodies et en aumônes, « je serai tôt délivré de ce tourment d’eau bouillante ; car Lothaire « mon frère et Louis sont déjà délivrés de ces tourments par les « mérites de saint Pierre et de saint Rémy et sont pour ce en la Joie du « Paradis. » Comme Charles commence à se sentir très mal à l'aise, son guide lui dit: « Viens après moi à la deuxième partie de la délicieuse vallée de Paradis. » Là, il vit son oncle Lothaire, « qui séait en grande clarté avec les autres rois, sur un topaze merveilleusement grand et était couronné d’une précieuse couronne et son fils Louis qui à côté de lui séait aussi couronné. » C’est la scène figurée tout en haut du tableau à gauche, vision radieuse d’un Paradis étoilé. |
TN
PA
La moralité de cette histoire, ce sont les conseils que Lothaire donne à Charles, en lui vantant l'efficacité des prières de saint Rémy et de saint Denys « à qui N. S. a donné grand pouvoir d’apôtre sur tous Îles rois et sur toutes les gens de France, » En d’autres termes, c'està Saint-Denys et à Reims que se gagnent les cartes d'entrée pour le Paradis.
J'ai l'espoir qu'avant la fin de l’année prochaine les miniatures