‹ Gazette des beaux-artsChapitre 19 sur 68 · GRANDE MINIATURE DES « GRANDES CHRONIQUES DE SAINT DENYS · texte numérisé non relu

GRANDE MINIATURE DES « GRANDES CHRONIQUES DE SAINT DENYS

(Bibliothèque impériale, Saint-Pétersbourg.)

du manuscrit de Saint-Pétersbourg, grandes et petites, auront été reproduites intégralement par l'héliogravure. Elles le méritent toutes à destitres divers; aucune n’est insignifiante ou médiocre. Mon pire embarras, en rédigeant la notice que je termine à regret, a été de choisir entre tant de belles choses; mais il en est deux encore que je ne me résigne pas à éliminer. Le miniaturiste y paraît, comme peintre d’armées en marche et de batailles, avec un sentiment de la foule, de la mêlée, du mouvement collectif, qu’on a déjà pu admirer dans le tableau consacré à l’histoire de Roland. Voici donc le couronne-

ment de Philippe de Valois et l'invasion de la Flandre, grande miniature dont on devine la couleur chaude, avec des contrastes de tons et des taches heureuses qui rattachent directement notre artiste à l'atelier de van Eyck. Et voici, pour terminer, la bataille de Crécy, dont on pourrait rapprocher des tableaux d’une beauté non moindre qui représentent la victoire de Charles Martel, les journées de Bouvines, de Cassel et de Poitiers. « Ci commence la douloureuse déconfiture qui fut faite à la bataille de Crécy et comment le roi de France se retrait à Amiens après la bataille. » Telle est la légende inscrite au-dessous de la miniature. L'artiste a mis en lumière trois épisodes de la bataille, montrant ainsi avec quelle intelligence il lisait le texte qu'il était appelé à illustrer. En bas au milieu, un prince français, dont la cuirasse fleurdelysée est restée aux mains d’un cavalier ennemi, vient de tomber de cheval et va trouver la mort : c’est le duc d'Alençon. Au milieu, un guerrier cuirassé se présente de face sur un cheval blanc et brandit sa lourde épée des deux mains : c’est le vieux roi de Bohême, dont on connaît la conduite héroïque en cette occurrence. Enfin, à droite, au milieu, le roi Philippe, sur un cheval blanc caparaçonné de fleurs de lys, s'éloigne lentement du champ de bataille; ce n’est pas une fuite, mais une retraite, où la majesté royale reste sauve. Faut-il voir là une intention de l'artiste? Si cet artiste est Simon Marmion, il est Français de naissance, 1l est né à Amiens, c’est-à-dire dans la ville même où Philippe se retira après le désastre de Crécy. Je me contente de noter cet indice qui donne à réfléchir. Aussi bien ne puis-je me flatter, au cours d’une première étude, d’avoir découvert et signalé tous les éléments d'appréciation dont la critique de demain tirera parli, soit pour confirmer l'attribution que je propose, soit pour substituer un nom obscur au nom célèbre que j'ai cru pouvoir avancer. Quoi qu'il en soit, celui qui à imaginé ces compositions et qui les a peintes est un grand artiste entre les meilleurs de son temps; je souhaite pour récompense à ma mémoire un lointain reflet de sa gloire rajeunie et je compterai toujours parmi les moments heureux de mon existence celui où j'ai aperçu et salué avec émotion son chef-d'œuvre oublié. |

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