‹ Gazette des beaux-artsChapitre 21 sur 68 · DAMES AU PIANO, DESSIN PAR J.-M.-N. WHISTLER · texte numérisé non relu

DAMES AU PIANO, DESSIN PAR J.-M.-N. WHISTLER

App. à Mn Carmen k.

ces choses à Nathan, et ne m'imposez jamais plus de vous voir en costume de mascarade dans les rues de mon Chelsea, accoutré des costumes combinés de Kossuth et de M. Montalini. » Le poète eüt-1l été sans talent, Whistler n’eüt-il pas estimé pour un chef-d'œuvre

la Salomé de son ami, qu'il n’eût pas pris la peine de remarquer la cape polonaise ou le pardessus vert mousse et, pour l'honneur et la dignité de l’art, de mettre cet artiste de lettres en garde contre les faciles séductions du mauvais goût.

Son esthétique de grand seigneur, cette altière philosophie, de laquelle il ne cherchait pas à faire école, cette façon de culte où 1l lui plaisait d’assimiler la beauté à une divinité, dont les bienfaits ne sont réservés qu'à de rares élus, devaient, ainsi qu'il arriva, lui donner sur le travail, ses moyens et ses résultats des idées tout à fait particulières. Ce n’est point paradoxalement qu'il écrivit dans son Ten o’elock : « Le labeur : ce vice!» Le travail lui apparaissait comme une conséquence naturelle et spontanée de son instinct plutôtqu'une suite d'efforts de son intelligence, tendue pour un plus ou moins pénible enfantement. Il aimait voir en l’œuvre achevée comme l’éclosion facile et heureuse d’une belle corolle insensiblement épanouie sous le soleil de la pensée. D'un rythme de production, de l'obligation de créer à heure fixe, il eût sans doute autant souffert que s’il lui avait été imposé de ne travailler que pour gagner sa vie. Aussi prisait-1l à une haute valeur ses œuvres, germées et fleuries à leur moment, ces eaux-fortes et ces toiles où la « déesse » consentait, quand il lui plaisait, à le choisir pour interprète. On a justement écrit qu'il fût mort de faim près de ses cartons plutôl que de les ouvrir pour en laisser sortir à vil prix le moindre feuillet. L'utilité de l’art ne lui est en aucun point démontrée. Utile à qui? Et pourquoi? Faut-il donc que l’art serve à quelque chose? N’a-t-1l pas fourni son maximum d'utilité si, devant une belle œuvre, une émotion véritable a traversé la conscience de quelques individus organisés pour en convenablement déchiffrer le mystère? Et, mieux encore, n'aurait-1l pas rempli tout son office si l’artiste seul, dans la conception comme dans la réalisation de son œuvre, était assuré d’en avoir dégagé et savouré la plus grande somme d’allégresse et de beauté? On imagine sans peine ce que, à l'époque où elles étaient risquées, de telles propositions en faveur de la théorie de l’art pour l'art pouvaient avoir de choquant dans une société que Whistler raïllait malicieusement en disant : « L’art qui, depuis quelque temps, est devenu une sorte de lieu commun pour l'heure du thé... » Il ajoutait que l’art est «une divinité qui ne se propose en aucune manière pour améliorer autrui...» — « Divinité, au dedans de soi, égoïstement occupée de sa personne seule, n'ayant aucun espoir d'enseigner, cherchant et trouvant le beau dans toutes conditions et tous les temps,

comme fit son grand-prêtre Rembrandt, quand 1l vit une grandeur pittoresque et une noble dignité dans le quartier des Juifs d'Amsterdam, et ne déplora pas que ses habitants ne fussent pas des Grecs. » Ainsi Whistler se enait satisfait et honoré d'être artiste. Il serait peu charitable d'affirmer qu'il se croyait le seul peintre de son temps, mais, le certain, c'est qu'iln'en comptait pas beaucoup d’autres après lui.

Comme tels gentilshommes dont les blasons attestent une lointaine et illustre ionée, Whistler, considérant la muraille de son atelier, redressait encore un peu plus sa taille, qu'il tenait d'habitude si droite, constatait avec agrément qu'il étail « de race » et concluait par Cette VÉDIHÉÉ : 4 El n'est pas donné à tout lemonde d’être noble».

Or il acceptait Velazquez parmi ses aïeux.… En conséquence, il eût

été le dernier des ar- | ss ar

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