XXX. — 3° PÉRIODE
choses qu'il dût venir, consolé déjà de son absence s'il tardait à se révéler : « Nous n'avons qu’à attendre, disait-il, — jusqu à ce que, sur lui le signe des Dieux, revienne parmi nous l'élu — qui conlinuera ce qui à eu lieu avant. »
Développant son idée, avec quelle ironie il s'amuse des théories qui limitent à de certaines époques le sens, la culture et la jouissance de la Beauté! Parmi les premiers hommes, tous guerriers, 11 dislingue — si rares! — ceux que les armes fatiguent et qui, préférant rester au camp, s’y occupent à sculpter les animaux des forêts sur le flanc des coupes. Les guerriers reviennent et boivent dans ces vases historiés. Et voilà un peuple artiste. Erreur, dit Whistler : à chacun son métier !...«Le peuple vécut dans les merveilles de l’art — et mangea et but dans des chefs-d’œuvre — car il n'y avait rien d'autre dans quoi boire et manger... Le puissant guerrier ne se serait pas plus aventuré à offrir un projet pour le temple de Pallas Athéné que le poète sacré n'aurait présenté un plan pour la construction des catapultes. Et l’amateur était inconnu, et le dilettante 1rrévé! »
Pourtant ce même intransigeant que nous voyons d'autre part signaler « les effets désastreux de l’art sur les classes moyennes » se décida un jour à « porter, lui aussi, un perfectionnement à l’état d'autrui ». Ce fut, dans son existence, un phénomène curieux que cette acceptation de donner des conseils aux jeunes élèves de l'atelier Carmen. Pour ne pas être obligé de voir une terrible contradiction entre ce rôle professoral et ces axiomes individualistes, on doit, sans la moindre discussion, admettre que l'artiste, en s'engageant à rédiger des messages d'art pour une collectivité de demoiselles, eut la ferme intention de n’encourager ni l'amateur ni le dilettante. Le ton même de son enseignement laisse entendre qu'il prétendait d'abord se garder d'exercer des influences directes et qu’il voulait borner sa tâche à exprimer, avec le langage clair d’une raison müûrie par l'expérience, telles vérités fondamentales dont les « bonnes » élèves pourraient peutêtre tirer un profit général, mais qu'il n'était point question d'inculquer de force aux autres. Certes, il n’eût jamais risqué, de chevalet en chevalet, la sèche correction académique qui redresse un bras ou adoucit une ombre. Rien toutefois ne s’opposait à ce qu'il laissât fleurir devant la table au modèle ces beaux bouquets de principes éclatants que, pendant quelques mois, il envoya de Londres et d'autre part à ses Jeunes disciples parisiennes. Dès les premiers temps, il fit en sorte que personne ne se méprit à son intervention directe dans un cours où l’art était enseigné. La Pall Mall Gazette et le New York
eraldayant annoncéla création d’une « Académie Whistler», il répliua pour démentir l'information etexpliquer sa véritable attitude.Cela