GROUPE EN BOIS.,: FIN DU XI SIÈCLE
(Retable de Haekendover.)
rendu; quant aux trois vierges, reproduites ici en lettre et en cul de lampe, qu'elles reçoivent l’ordre de bâtir l'église, assistent au travail des ouvriers ou, dévotement agenouillées, les mains jointes, prient le ciel de leur indiquer ses volontés, ce sont, malgré certaines naïvetés d'exécution, parmi les figures les plus aimables que nous sachions. Ici, toute convention est oubliée, c’est la vérité même, vérité des visages, des attitudes, de l'ajustement, vérité du petit drame bourgeois aussi, sans aucune outrance et avec un sentiment infiniment délicat.
Une telle impression de fraicheur ne se retrouvera plus avant longtemps, et les retables de Jacques de Baerze de Tirlemont (1391),
1. Cf. Dehaisnes, oc. cit., p. 503 et suiv. Ces retables ont été très fortement redorés, mais les figures principales ne paraissent pas avoir été trop gravement
jadis à la Chartreuse de Dijon, aujourd’hui au musée de cette ville, malgré leur parenté d’origine et de composition avec celui de Haekendover, sont d'inspiration toute différente. Dans des ouvrages commandés par le duc de Bourgogne, par ce Philippe le Hardi pour lequel travaillaient à Dijon les plus réalistes d’entre les imagiers de son temps, on pourrait croire, à voir surtout l'estime où 1l semblait tenir ces deux monuments, que le caractère en doive être véritablement nouveau ; et pourtant ils sont conçus exactement dans le style traditionnel. Dans celui de la Vie du Christ, les statuettes, la Sainte. Barbe où la Wadeleine, sont hanchées, drapées et figurées conformément aux meilleurs poncifs, et le célèbre Saint Georges seul, si pittoresque, pourrait faire exception. Quant aux groupes, l’imagier, pour représenter la Crucifirion, l'Adoration des Mages et la Mise au tombeau, n'avait pas à s'ingénier : il trouvait ses modèles tout prêts dans l'atelier, et si la Mise au tombeau est d’un arrangement harmonieux, dans aucune des têtes, dans aucune des attitudes, une observation directe ne se fait sentir. L'autre retable est beaucoup plus faible d'exécution et les personnages du Martyre de saint Jean et du Martyre de sainte Catherine sont des poupées raides et maladroites, sur lesquelles il n’y a pas lieu d’insister; seules, dans les saints des volets, quelques figures sont vraiment prises sur le vif, et si elles ne décèlent guère d'invention, elles témoignent au moins, au milieu de la traditionnelle banalité des autres, d’une certaine recherche d'expression individuelle en dehors des formules conventionnelles.
Le tabernacle de Hal', que Henric van Lattem, Meyere et Nicolas de Clerc sculptèrent en 1409, forme, lui aussi, un curieux mélange des traditions de l’art du xiv° siècle et des tendances réalistes nouvelles. Le système des draperies se rapproche d’une facon générale de celui du xiv° siècle, avec ces étoffes légères aux plis nombreux, ces relournements, ces escaliers et ces volutes que nous avons tant de fois notés; plusieurs des têtes aussi sont médiocrement individuelles. Mais ce qui estnouveau ici, c’est la composition des groupes et le sentiment profondément vrai qui les anime. Les quatre sujets répartis sur les deux faces du tabernacle représentent La Cène et Le Lavement des pieds, L'Entrée à Jérusalem et Le Christ à Gethsémani.
reslaurées. Il va sans dire que les petits personnages dans la manière des Pro-
phètes du Puits de Moïse sont modernes. :
1. Rep. dans Destrée, p. 86, et moulé à Bruxelles et au Trocadéro. 11 a été
déplorablement badigeonné. |
Ce dernier morceau semb'e le moins bien venu, et l'Entrée à Jérusalem n'est qu'un aimable fait divers, traité du même style que les légendes de Haekendover; au contraire la Cène et le Lavement des pieds sont conçus dans une manière toute personnelle et que son peu d’apprêt rend vraiment pathétique. C’est une nouveauté que la familiarité émue de la dernière communion et que cette bonhomie