‹ Gazette des beaux-artsChapitre 46 sur 68 · D — PS · texte numérisé non relu

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décolorée par le temps comme elle est, a beaucoup de caractère et beaucoup de charme. Pourtant, il n’en fut pas satisfait et s’en tint là.

Cinq ou six années après, des verres préparés par les procédés d'Arras, différents, on s’en souvient (de celui de Barthélemy Pont), lui étaient présentés par son ami et voisin Constant Dutilleux. Cette fois P. Huet en dessina six, de sujets tous variés, mais chacun en son senre conduit avec des intentions très précises, bien qu’en conservant un certain caractère de croquis. |

Une des plus originales parmi ces six pièces est la plus sommaire, celle que j'ai intitulée Péfurages d'Auvergne. Elle rappelle sensiblement, par sa tenue, les beaux dessins à la plume que le maître avait l'habitude de construire d’un trait sur place, en reproduisant, d’après sa vision particulière, les sites eux-mêmes. Le Ruisseau sous bois est une variante, ajoutée à bien d’autres, d’un thème qu'il avait fait sien depuis longtemps et qu’on peut voir développé d’une manière typique dans l’eau-forte n° 2 du cahier de 1835 et dans le tableau du Salon de 1852, Calme du matin, actuellementau Louvre. Les grands arbres du parc de Saint-Cloud, ceux de l’île Séguin, avec leurs flottantes retombées de verdure, avaient dès l’origine exercé sur lui une séduction dont il ne revint jamais. La comparaison avec l’eau-forte de 1835 mérite d’être faite. Elle n’est pas, comme on pourraits’y attendre, écrasante pour le procédé sur verre, qui apparaît là nettement comme autre chose et, à côté de l’œuvre magistrale, garde néanmoins tout son intérêt. : |

Dans un ordre moyen et tempéré, il faut signaler comme une page accomplie le Pont; mais j'ai hâte d'arriver à la Mare aux trois saules et au Torrent. La Mare apporte une note qu’on ne rencontre pas très souvent, dans l’œuvre de P. Huet : la note agreste ; il la donne dans toute sa fraicheur. Au contraire, le Torrent évoque une fois de plus ces ciels irrités que l’initiateur romantique avait si souvent jetés au-dessus de ses paysages d'un autre temps. L'effet en est tragique; il rappelle celui de la Grande marée équinoxe, une des plus belles eaux-fortes du maitre.

On est sans doute étonné que je n'’aie point encore parlé des verres de Dutilleux. Sans lui, probablement, aucun des maîtres dont je viens de passer en revue les ouvrages n’eût été amené à faire essai de la méthode imaginée par les photographes d'Arras. Lui qui se chargeait si bien de la recommander à ses amis, n’en a-t-il pas fait usage le premier, pour son propre compte? N'y a-t-il pas tout un œuvre de lui, comme il y a un œuvre de Corot ou de Daubigny,

à examiner et à faire connaître en ses pièces les plus dignes de remarque ? Sans qu'il soit possible d’en pénétrer la raison, il semble que Dutilleux n'ait eu personnellement qu’une médiocre sympathie pour les procédés de reproduction, quels qu'ils fussent. Les peintures, les dessins qu'il a laissés forment un ensemble considérable, où l'on peut suivre pas à pas le développement de ses recherches artistiques. Au contraire, on n’a de lui que deux ou trois lithographies originales, et, je crois, pas une eau-forte. Ses verres, dans les

cartons de M. Alfred Robaut, son gendre, sont au nombre de treize.

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