XXX., — 3° PÉRIODE
nier. » Cependant l abbé Galiani parlait encore bien des années après, avec reconnaissance, de certaine morue verte d'Écosse qui était son mets favori, car il y avait toujours un plat maigre pour les abbés qui faisaient partie de l'Église philosophique et qui généralement mangeaient aussi des autres. Ce 17 avril 1l y en avait trois à table, «qui portaient, dit encore Grimm, cet uniforme devenu généralement suspect». C'élaient l’abbé Morellet, l'abbé Raynal, et l'abbé Arnaud. Il y avait aussi, entre autres convives, Grimm, Diderot, Suard et d'Alembert. Ils étaient en tout au nombre de dix-sept. Quelques jours après, Grimm rendait compte du diner en ces termes dans sa Correspondance littéraire : «Il s’est tenu chez M" Necker une assemblée de dix-sept vénérables philosophes dans laquelle, après avoir dûment invoqué le Saint-Esprit, copieusement diné et parlé à tort età travers sur bien des choses, il a été unanimement résolu d’ériger une statue en l'honneur de M. de Voltaire. »
En même temps qu’elle décidait l'érection de cette statue, cette Chambre des pairs de la littérature, comme Grimm l’appelle plus loin, arrêtait un certain nombre de mesures qui devaient assurer le succès de l’entreprise. Une souscription serait ouverte à laquelle les seuls gens de lettres seraient admis à souscrire, et on décidait « qu’on regarderait comme tel tout homme qui aurait fait : ic dsl quelque chose ». De plus, en gens prudents, les dix-sept pairs s’engageaient « à suppléer solidairement tous les fonds qui pourraient manquer à la somme requise », chacun ayant qualité pour recevoir isolément les souscriptions, dont les fonds devaient être versés chez M° Delaleu, le notaire de Voltaire. Enfin, ils décidaient également qu'à M°° Necker reviendrait l'honneur d'informer Voltaire par lettre du dessein qu'ils avaient conçu.
Aux contemporains, lorsqu'ils en furent informés par les dix-sept participants au dîner, toutes ces résolutions parurent parfaitement naturelles. À distance, et à ceux-là surtout qui se font une idée fausse de Me Necker, il peut paraître étrange qu'à sa table fût née la pensée d'élever une statue à l’auteur de la Pucelle, de Candide et du Dictionnaire philosophique et qu’elle fût chargée de lui en faire part. Volontiers, on se la représente en effet comme une huguenote étroite, rigide, aux idées austères, n'ayant dans l'esprit ni liberté, ni agrément. Elle a été un peu victime du mot méchant de la baronne d'Oberkich : « Dieu, après avoir créé Me Necker, l’enduisit d’empois en dedans et en dehors. » C’est une erreur. Sans doute elle avait des opinions religieuses très arrêtées, à la fermeté desquelles Grimm ne
rendait pas suffisante justice lorsqu'il écrivait, au moment de l’apparition du Systeme de la Nature’: « Hypathie Necker passe sa vie avec des systématiques, mais elle est dévote à sa manière. Elle voudrait être sincèrement huguenote ou socinienne, ou déistique, ou plutôt, pour être quelque chose, elle prend le parti de ne se rendre compte sur rien. » Les hardiesses philosophiques du monde au milieu duquel elle vivait n’avaient point ébranlé ses convictions. Elle pouvait avec vérité répondre aux inquiétudes de ses amis genevois, dont ui faisait part son ami d’en- | fance, le pasteur Moultou : «Je vis, ilest vrai, au milieu d’un grand nombre d’athées, mais leurs arguments n'ont jamais effleuré mon esprit, et, s'ils ont été jusqu’à mon cœur, cela n'a été que pour le faire frémir d'horreur. »
À leurs reproches, elle faisait même une Jolie réponse lorsqu'elle disait : « J'ai des amis athées. Pourquoi non?
Ce sont des amis malheureux. » Mais, si elle avait été tout à fait sincère avec
elle-même, elle aurait dû reconnaître que la charité ee dd a n'était pas le seul mobile GRAVÉ PAR LIPS
auquel elle obéissait en en- .
tretenant des relations suivies avec les athées et les philosophes. Elle avait la passion des lettres et des gens de lettres. Il lui était resté quelque chose du temps où à Lausanne, sous le nom de Thémire, elle était présidente de l’Académie de la Poudrière. Il lui fallait la société des beaux esprits, et comme, en ce temps, les beaux esprits étaient tous philosophes, il fallait bien accepter que les réunions de l’Église philosophique se tinssent à ses vendredis. Sans doute, comme elle le disait elle-même, elle donnait le ton etne laissait pas dépasser certaine mesure. Un jour même qu’elle n’y avait pas
1. En 1770, le baron d’Holbach, grand ami de Grimm, de Diderot, de d'Alembert et de tous les encyclopédistes, avait publié le Système de la Nature, dont les : conclusions étaient ouvertement matérialistes et athées.
réussi et qu'elle s'était sentie froissée par quelques propos philosophiques trop hardis, elle fondit en larmes, au grand embarras de ses convives; mais, à sa table, le ton de la conversalion ne laissait pas d’être Jibre et Voltaire y aurait pu diner.
Une autre raison encore que sa qualité de maîtresse FA maison faisait de M”° Necker un intermédiaire tout naturel entre Voltaire et la Chambre des pairs philosophes. Leurs relations dataient de loin. Les archives de Coppet contiennent un petit billet ainsi concu : « M. de Voltaire et M°° Denis prient M”° et M Curchod de leur faire le plaisir de venir passer la soirée à Ferney. Ils regrettent de ne pouvoir leur donner à coucher. » Durant ces années un peu pénibles de sa Jeunesse où elle en avait été réduite à donner des leçons pour vivre, la fille du pasteur de Crassier avait fréquenté Voltaire. C'était même dans le salon de Ferney que s'était dénoué le roman de sa Jeunesse et que la froideur, l’insensibilité témoignées par Gibbon avaient achevé de la convaincre de son manque de foi. Elle avait même élé au nombre de ces Genevoises hardies qui n'avaient pas craint d’enfreindre les défenses du Vénérable Consistoire et d’assister aux représentations dramatiques de Ferney, au risque de s’y trouver mêlée à une société douteuse et d’y rencontrer en particulier Robert Covelle, le beau Covelle de la Guerre de Genève, que le Vénérable Consistoire avait condamné pour fornication avec Catherine Fesboz, et que Voltaire se plaisait à appeler « le fornicateur Covelle », répétant si souvent cette plaisanterie qu’un jour, un de ses serviteurs s’y trompa el, croyant que c'était un titre, annonça solennellement à l'entrée du salon de Ferney : « M. le fornicateur.»
Depuis lors, elle n'avait cessé d’être en relations épislolaires avec celui qu'on appelait le patriarche de Ferney, dont la Correspondance générale contient un assez grand nombre de lettres adressées par Jui à M”° Necker. M"° Necker s'était, de son vivant, opposée à leur publication. « Je redoute l'éclat, écrivait-elle, comme l'ennemi le plus dangereux de mon bonheur et de ma réputation. Les lettres que M. de Voltaire m'a écrites ne pourraient être publiées sans inconvénients pour moi; elles sont toutes dictées par l’indulgence qu'il conservait encore après un long éloignement et que l'affection d’un vieillard pour une jeune personne pouvait seule justifier. » A ces lettres, naturellement, elle répondait, et pas toujours du premier jet, car elle conservait le brouillon de ses principales réponses’. Ses
1. Les lettres de Voltaire à M®° Necker n'ont été publiées qu’en 1804. Les brouillons des réponses de Mme Necker se trouvent dans les archives de Coppet,
APRIL 8, 1905. THE EVENING MAIL ILLUSFRATOD SATURDAY MAGAZINE: | rs
WHEN contemplating the purchase of a camera, it is very probable that a handbook on photography will first be obtained, and perused with a view of getting a general knowledge of the hobby you are about to take up. In most of the up-to-date handbooks some portion 1S | devoted to a discussion of the camera and the use of its fittings. The careful digestion of the particulars given is not, however, always sufficient to enable you to operate the camera successfully at the outset.
Cameras, indeed, much resemble bicycles and babies, in so far as that every particular representative of its species has its own little “ways.” If, therefore, you
With the Amateur Photographers
SPRING'S AWAKENING. PRIZE PICTURE. | H. S. BEEBE.
may not be necessary for you to spend quite so many plates in the trials, but it will be worth your while to see whether the image, as registered on the plate, is as clear and sharp as you think it ought to have been from the vision on the focusing screen. It very often hap- | pens that the oround glass 1s not in exact register with the plate when exposed, and thus, when critical focusing is called for, it is well to know just what the variation is. The impression of the view as seen on the ground glass is apt to be rather hazy, and consequently when the plate is developed the only standard of comparison ïis a vague idea of what we saw