‹ Gazette des beaux-artsChapitre 6 sur 68 · APRIL · texte numérisé non relu

APRIL

AT MAGALCINF.

THÉ EVENING MAIL CPELUSERATED SATURD

‘À WOODELAND VAUDEVILLE.”

ParNTED By F. S. CHURCH FOR JOHN JACOB ASTOR.

lettres sont d’une admiration sans bornes, et d’un badinage aimable, un peu tendu, comme elle-même. « Qui n'aurait pas un peu de vanité, lui écrivait-elle, de recevoir les lois de Minos de la main du sage qui veut les détruire et qui les i mmortalise ? C'est le sort inévitable de tous les sujets que vous traitez, de tout ce qui vous approche, et moi-même, quand je vous admire, quand je vous chéris, m'est-il possible de penser que ce sentiment finisse jamais? Le siècle vous doit ses plaisirs, je dirai presque ses vertus. Vous avez la morale des anges dont vous parlez la langue, el c'est à vous d’anéantir, d’une main, l’athée et | le fanatique, tandis que vous tendrez l’autre à l’amitié. » Et dans une autre lettre : « J’ai recu avec reconnaissance et lu avec ravissement la réfutation du Système de la Nature. C'est aux gens médiocres d'attribuer leur existence à la matière et au hasard, mais qui pourrait penser qu’un autre que Dieu eût créé Voltaire ? »

Sa grande rivale auprès de Voltaire était Mc du Deffand, à laquelle il envoyait ses ouvrages VOLTAIRE A FERNEY, GRAVURE plus régulièrement qu'à Mme Nec- p’aPRÈSs LE TABLEAU DE J. HUBER ker. Elle se plaint d’être moins | bien partagée que la vieille et spirituelle aveugle : « Vous m'avez fait éprouver, Monsieur, tous les tourments de la jalousie et j'avais besoin de vos nouvelles bontés pour n'être pas tout à fait malheureuse: Quand Mr° du Deffand reçoit vos ouvrages, elle s’en vante et ne les donne jamais, car elle veut, autant qu'il Iui est possible, nous ravir la lumière qu'elle n’a plus. » Ces tourments, qu’elle affectait peut-être plus qu’elle ne les sentait réellement, étaient encore avivés par des slances que Voltaire adressait à Me du Deffand et où 1l lui proposait de l’épouser : « Cette dame, lui écrivait-elle, accepte la proposition avec transport. Ne la prenez pas au mot, je vous conjure. Il faut que vous soyez un

être seul, sans rapports comme sans exemple et sans modèle. Le seul nom de Mc Voltaire serait une satire, à moins que vous

les uns de sa propre main et couverts de ratures, les autres soigneusement recopiés dans un gros registre.

n'eussiez épousé Minerve, et encore l’accuserait-on de trop de présomption”. » |

Quand Voltaire demeurait trop longtemps sans lui donner signe de vie, elle le relançait en s'adressant à Moultou, qui, tout en demeurant fidèle à Rousseau, avait conservé ses entrées à Ferney. «Je suis toujours, écrivait-elle à son ami, la dernière à avoir des lettres de M. Voltaire; 1l oublie qu'il y a cent réputations qui se nourrissent des miettes qui tombent de sa table et qui sont parfaitement à jeun lorsqu'elles n’ont pas des vers de Ferney dans leur poche; sans être absolument de ce nombre, je souffre des préférences qu'il accorde; J'en suis jalouse : tant de venération, tant d'amour demandent un autre prix et je vous supplie de le lui dire de ma part”. » Ses amis de Genève savaient lui être agréables en lui envoyant des nouvelles de Ferney. Elle était en correspondance avec son cousin Huber, le dessinateur spirituel et infatigable qui faisait Le désespoir de Voltaire en le croquant rapidement et sans qu'il s’en aperçût, dans toutes les positions, et en faisant même mordre un petit chien dans de la mie de pain d’une facon si habile, qu'après quelques coups de dents on voyait apparaître le profil de Voltaire. De Cologny où 1l demeurait, Huber écrivait à Me Necker :

« Voltaire n'irait pas souper à une lieue de chez lui. Il s'appesantit et change, moins par le visage que par l'habitude du corps et des jambes. Je lui ai vu quelques moments de résurrection. Coloeny, qui est à l’opposite, m'a empêché de le voir cette année. Mais J'ai des billets tout à fait bénins et il reçoit à merveille les étrangers quand ils ont une lettre de moi. Un comte Colonna, entre autres, vint me voir cet été et voulait entendre Lekain qui jouait ce jour-là à Ferney. Le théâtre devait être plein dès les deux heures. Comment y avoir place en dinant à Cologny? Ce M. Colonna se trouve être de la race des Colonna excommuniés. Voilà la place faite. Un brevet d’excommunié fit son affaire. Voltaire vint au-devant de lui, criant de toute sa force : « Où est-il? Où est l’excommunié? » Il le fêta dans sa loge et dans son château *. »

Des relations aussi fréquentes et aussi enjouées indiquaient tout naturellement Mc Necker pour informer Voltaire de l'hommage que les gens de lettres ses contemporains voulaient lui rendre, et pour obtenir son assentiment. Elle prit sa plus belle plume, la tailla avec soin et lui écrivit :

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