LA FUSÉE QUI RETOMBE, « NOCTURNE EN NOIR ET OR
(App. à Me Samuel Untermeyer.)
tement sur ses ancres. L’imprévu de ce grand et simple tableau de nature, dans la justesse des harmonies de cette aurore pâle et troublante, vous frappe comme la vision subitement revenue de quelque réalité confuse ou lointaine ou de quelque image de rêve.
C'est plus le souvenir éloquent des choses que la représentation
des choses elles-mêmes. La magie de l’art vous inspire la nostalgie de ces cieux qu’on n’a jamais vus.
Nocturnes en « bleu etargent » ou en « noiretor », c’estmaintenant la Roue de feu ou la Fusée qui retombe. Foules silencieuses qui s’enfoncent dans l'ombre, fumées qui se mêlent à la nuit, la nuit intense, profonde, grandiose, où, sur la masse immatérielle des cieux d’obscur indigo, tournoie la pluie des étincelles d’or, éclatent doucement, en retombant avec une gracieuse lenteur, les larmes de feu des fusées, scintille toute la fantasmagorie du ciel, et la féerie des feux d'artifice, des lanternes et des girandoles.
Ce sont les Lumière de Cremorne, les nocturnes argentés de Bognor ; Cremorne, Bognor, noms de petites localités anglaises qui, eux aussi, ont un mystérieux accent évocateur, et éloignent la pensée dans quelque Vénétie romantique, ou jusqu'aux bords du Gange. Grèves endormies sous les cieux étoilés, parcs de contes de fées, où s'agite un monde de fantômes colorés dont les formes mouvantes se noient dans l’ombre ou s’accusent vivement au passage dans la clarté des lumières artificielles ; tout cela deviné, entrevu, rêvé... Apparences, illusions! c’est la grande chimère et la grande poésie de la nuit elle-même. D’autres, avant lui, avaient aimé l'ombre pour faire valoir la lumière; lui, il a aimé l’ombre pour l’ombre, et la nuit pour la nuit; et il a employé les artifices de la lumière pour exalter la splendeur de l'ombre et de la nuit. Devant ce monde fantôomatique, cythéréen à sa façon, on pense à Watteau, à Goya, à Guardi, comme aussi, littérairement, à Edgar Poë et à Baudelaire, sans qu'on ait le droit de parler d’influences ni de souvenirs, mais sans qu'on puisse, non plus, oublier les antécédents de Whistler, ni méconnaître que, sur un cerveau comme le sien, aucune empreinte première n’était jamais complètement effacée.
Tous ces exercices pittoresques sur les thèmes fournis par le . Japon avaient singulièrement assoupli son exécution, éclairei et allégé sa palette. Lorsqu'il entreprend, parallèlement à ces sujets japonais, de continuer la série de ce qu'il appelle ses « symphonies en blanc », premier exemple de ses recherches et de ses indications musicales de combinaisons de tons, il montre rapidement les progrès qu'il a réalisés. 11 y a loin, en effet, de la Petite fille blanche, la symphonie en blanc n° 2, où la belle Joë continue à poser, cette fois accoudée sur le marbre d’une cheminée, devant une glace qui réfléchit son image, à la première Fille blanche, sur laquelle il avait si laborieusement peiné. L’exécution, maintenant, est libre, aisée,
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