‹ Gazette des beaux-artsChapitre 25 sur 37 · XXXIV. — 3° PÉRIODE · texte numérisé non relu

XXXIV. — 3° PÉRIODE

j'efface tant. » Une autre fois on lit : « Ah! Fantin, je sais si peu! les choses ne vont pas vite. » On ne trouve guère là le ton de confiance impertinente que, plus tard, conscient de son labeur, il se plaira à prendre en face de toutes les sottises liguées contre lui.

En 1866, cependant, à la date du 16 août, dans une de ces lettres qu'il gardait parfois plusieurs mois, en y écrivant de temps à autre une page comme dans un journal où il se parlerait à lui-même, Whistler fait entendre un ton plus joyeux et plus satisfait : « Quel dommage », dit-il à Fantin, « que tu ne viennes pas! Je voudrais tant te montrer mes dernières choses, j'ai fait un progrès vraiment énorme. Enfin je crois toucher au but que je me suis proposé. Je me rends clairement compte de tout ce que je fais! » ajoute-t-il, témoignant bien par cet aveu de l'importance du raisonnement el de la méthode dans l'édification de son œuvre. « Aussi, » reprend-il, «tout devientde jour en jour plus simple, et maintenant, c'est surtout la composition qui m'occupe. » Déclaration, certes, très intéressante, ainsi que le prouvera toute la suite de son œuvre, premier mouvement de détachement à l'égard des charmes, presque exclusivement goûtés jadis, de la couleur.

« Voiei où j'en suis », conclut-il, etil donne, en le commentant, le croquis de la Symphonie en blanc n° 3, aujourd'hui en la possession de M. Edmund Davis : « Jo en robe de toile très blanc, la même robe que la fille blanche d'autrefois », écrit-il à gauche, près de la figure demi-assise sur le divan. « Cette figure, » affirme-t-il avec conviction, « est tout ce que j'ai fait de plus pur. Tête charmante. Le corps, les jambes, etc., se voient parfaitement à travers la robe. » Pour l’autre modèle, assise à droite au pied du divan, dans une pose si gracieusement et si simplement abandonnée, il note : « Tête blonde, robe de soie blanche jaunàtre, ce que l’on appelle foulard. Quelques fleurs pourpres tombées par terre près la robe jaunâtre », et enfin il termine : « fond gris très fin. »

Et, comme toujours, ils'adresse à son fidèle et sûr conseiller en lui demandant : « Comment trouves-tu la ligne du haut? N'est-ce pas bien? » et il lui dessine le schéma de la ligne formée par Îles alternatives de courbes et de droites que font la tête et le bras de Joë sur le dossier du canapé. « Et puis l’arrangement des deux bras sur le canapé? Comme ça. » Ici deux faisceaux de traits opposés qui marquent combien il se souciait d'éviter le parallélisme de ces membres et d'unir ces deux figures par leur geste.

A la description de ce tableau est jointe l’indication d’une autre

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toile qu’il annonce pour le Salon. Il est tenté, lui aussi, de faire, comme Fantin, une réunion d'amis, de ses proches amis, et il est fier et heureux de cette idée. « J'ai pour le Salon, écrit-il, une réunion de nous autres, à mon tour. J'en ai fait une esquisse qui est bigrement bien. » Nous lui pardonnons cet accès de forfanterie, car il a vraiment raison. Si l’esquisse dont il parle correspond exactement, comme on n’en peut douter, à l'Intérieur de son atelier, exposé à Londres sous le n° 13, on ne peut rêver plus singulière et plus

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