XXXIV. — 3° PÉRIODE
le vice! Certainement qu’elle peut être et a Le droit d’être une des plus belles vertus. Bien tenue avec main forte, bien guidée par son maître le dessin, la couleur alors est une fille splendide avec un époux digne d’elle — son amant mais aussi son maître — la maitresse la plus magnifique possible, et le résultat se voit dans toutes les belles choses produites par leur union! Mais, accolée avec l’incertitude, un dessin faible, craintif, vicieux, qui se contente facilement, la couleur devient une crâne p...., se moque pas mal de son petit homme, n'est-ce pas vrai? et se galvaude comme bon lui semble, prenant légèrement la chose pourvu que tout soit pour elle charmant, traitant son malheureux compagnon comme un bêta qui la gène, — ce qui, du reste, est vrai aussi. Et le résultat se voit : un chaos de griseries, de tricheries, de regrets, de choses incomplètes ! Allons, assez! conclut-il. Enfin ça t’explique le travail énorme que je me donne maintenant à faire. Eh bien, mon cher, cette éducation, Je la fais depuis plus d’un an, depuis longtemps et je suis sûr que Je rattraperai le temps mal employé. Mais, termine-t-il mélancoliquement, mais que de peines! »
Whistler se détache donc du réalisme, bien que, à vrai dire, il doive se montrer plus réaliste que jamais. Car, à l’ävenir, sauf les rares fantaisies qui servent de prétexte à ses études de nu et qu'il réserve de préférence pour le pastel ou la lithographie, il ne prend plus ses modèles, figures ou paysages, que dans les êtres et dans les choses de la réalité, sans plus aucun arrangement de convention, sans nul déguisement ni agrément exotiques. Ce sont même des représentations d'êtres et de choses, des images et des spectacles bien désignés et déterminés. Il n’y a pas une figure qui ne soit un portrait portant son nom, pas une Tamise, pas une marine ou un nocturne dont la scène ne soit exactement localisée. Mais, dans la réalité il est parvenu à voir autre chose que les contingences immédiates. Il voit de plus loin et de plus haut, et il veut faire exprimer aux physionomies humaines ou aux aspects de nature qu'il est appelé à traduire toute la signification supérieure qu’ils renferment. Comme son ami Fantin, qui l’écrivait presque à la même heure en tête d’un de ses carnets de jeunesse, il semble avoir pris, lui aussi, pour mot d'ordre cette pensée de Gœthe : « Dans tous les arts, l’objet suprême est de produire par l'apparence une réalité supérieure. Mais c'est une fausse tendance que de réaliser l’apparence au point qu'il ne reste à la fin qu’une réalité vulgaire. »
Dès lors, tout convergera désormais dans son talent vers ce but