PORTRAIT DE LADY ARCHIBALD CAMPBELL, PAR WHISTLER
(Musée de Philadelphie.)
sur ces quais de Chelsea qu'il avait aimés,
étudiés et célébrés depuis tant d'années. C’est à qu'il est mort le 17 juillet 1903, entouré des soins de la famille de sa femme et en particulier de sa belle-sœur, miss Rosalinde Birnie Philip, qu'il ins-
tilua son exécutrice testamentaire et à l'initiative de laquelle a été due l'exposition de l'École des Beaux-Arts, à Paris.
Son ardeur au travail ne se ralentit pas cependant. Dans les dernières années de sa vie, sa vision se modifia un peu dans le sens de la recherche de la pénombre, du mystère, de la rareté des effets lumineux et des accords de tons rabattus. Maints grands portraits, comme celui de sa femme, la 7ulipe, l'Andalouse, Miss Kinsella, ete. montrent la délicatesse et la chaleur de cette manière peut-être plus intime. [l y faut joindre un certain nombre d’études de garçons et de fillettes, qu'il appelle de petits surnoms attendris : La Petite lady Sophie de Soho, Le Petit gant rouge, La Petite souris, Le Petit moineau de Londres, La Petite Rose de Lymeregis, et qui attestent avec quelle sensibilité il a compris la grâce et le charme de l’enfance.
Les deux expositions de Londres et de Paris ont été l’occasion de nombreux jugements sur Whistler. Malgré la mort et le temps, on ne s’est point toujours montré exact ou équitable envers lui, et même tels de ses amis ont assez mal défendu sa mémoire. Le meilleur jugement est, en somme, celui qui a été rendu par le public. Il est venu en foule admirer un œuvre qu’on ne croyait guère propre qu’à attirer des dilettantes et des raffinés, et il a compris, dans cet art, si injurieusement traité jadis d’imposture et de mystification, ce qu'il y a de grand, de simple, de traditionnel et de classique.
Car sa verve batailleuse, son esprit et son ironie, ses boutades, ses écrits et ses allures, ont donné à Whistler une réputation d’excentricité qui s’est étendue à sa peinture et à ses eaux-fortes. Nul artiste, pourtant, ne visa moins, dans son art, à être un excentrique et ce qu'on appelle un «original ». Comme nousavons pu le constater par ses propres confidences, son esprit est clairvoyant, réfléchi, attentif et logique et son art est un art fait d'observation et de méthode, de sensibilité et de raison. Il a eu la passion de l’art pur et de l’art vrai, la haine du vulgaire et du médiocre. S'il a combattu les gloires fausses et les faux talents, il a aimé ardemment les vrais maîtres et il a mérité de les continuer par un certain nombre d'œuvres indiscutables. Son génie subtil et mystérieux, grave et hautain, à donné des sensations jusqu'à ce jour inconnues. Il à été une des expressions les plus personnelles de la conscience esthétique de notre temps; il est assuré d'en demeurer pour l'avenir une des manifestations les plus fortes et les plus élevées.
LÉONCE BÉNÉDITE
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