‹ Gazette du bon ton (volume 2)Chapitre 26 sur 40 · L'INNOCENTE VIC- TIME · texte numérisé non relu

L'INNOCENTE VIC- TIME

Sur une terre d'exil, dort, j'éveille et sourit un petit Français, héritier de tant de gloire, de tant de malheur qu'il en est tout ébloui, tout écrasé sous les couvertures de son berceau, où les dentelles de Flandre unissent les abeilles de l'Empire aux lys de France. Car en ce petit enfant coule le sang mêlé de Napoléon le Grand et de Louis-Philippe d'Orléans.

Cet être menu devient déjà

la victime fragile de la politique.

Un député veut demander si la loi d'exil frappe l'innocent né le 23 janvier îgij (1) .

Et un cuistre de bureau refuse le titre de prince au neveu de l'Aigle, a l'arriere-

petit-fils du roi des Français. Le Journal Officiel écrit sottement : « Napoléon-Louis,

fils de Victor-Napoléon ». Pourquoi pas citoyen ? Mais /'Officiel évite au moins

(1) Il s'agit de la loi du 22 juin :

est et demeure interdit aux chefs de directs dans l'ordre de primogéniture »

!6 qui ordonne : « Le territoire de la République nilles ayant régné en France et à leurs héritiers

l'erreur de tous les journaux qui, après la naissance du petit prince, ont gravement écrit : « L'enfant a reçu les prénoms Je Louis-Napoléon ».

Or Napoléon est le nom de famille, parce que le statut impérial des 21-50 juin tSjj, complétant celui du 30 mars 1806, a établi que le nom de Bonaparte disparait pour la famille impériale, remplacé par le seul prénom du chef de la dynastie. L'ancien nom, Bonaparte, est rése/vé aux membres de la famille civile, c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas aptes à succéder au trône.

Le prince Victor, son frère le général-prince Louis et le petit enfant de Bruxelles sont donc Napoléon, sans plus, et c'est assez pour que les noms de la féodalité, Us écussons des rois, les litres des souverains cèdent le pas à ce nom éclairé d'immortalité, foudroyé de génie, plus lourd à porter que la cuirasse d'un dieu, le disque du soleil ou l'orbe du monde.

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