‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 27 sur 43 · LA NATURE A PARIS · texte numérisé non relu

LA NATURE A PARIS

. "*■***. •*-**/ ^ -w»w ., . .. -u^ Les plus beaux jours

sont ces jours incertains, contraires, criblés de grêles subites et obscurcis d'opaques nuées, qui verdissent les peupliers en les tourmentant, lavent à grande eau la terre, mais font apparaître de temps à autre en traits de lumière dans le ciel les signes certains de 1 espérance. Un besoin de renouvellement gonfle ridiculement le cœur de l'homme. Surpris, il croit entendre pour la première fois la chanson vingt fois entendue. Par ses vieux artifices, la toute puissante nature l'engage à tenter encore l'épreuve nécessaire à la continuation de l'œuvre qu'elle poursuit.

Foin de l'expérience et des douleurs passées : une couche de peinture sur le paysage ; dans le ciel, des coins de bleu habilement recouverts aussitôt que montrés; une poignée de musiciens à plumes jetés deçà et delà dans les branches basses ou artistement placés en solo sur la barrière verte des jardins; et, dans l'air, une suave musique et des souffles...

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toute la fantasmagorie aérienne déj à employée par le génie Ariel pour troubler et perdre les navigateurs...la bonne dame, sûre d'elle-même et de nous, ne se donne pas la peine de rajeunir ses méthodes.

Dans les villes, où la hauteur des édifices et la disposition des rues, cachant les horizons, interdisent, à cause du manque d'espace, les vastes mises en scène, ce sont les entrepreneurs de spectacles, les restaurateurs, les auteurs de revues et les demoiselles de beauté, qui sont chargés de déposer et de développer dans nos cœurs l'état particulier qui nous disposera à perpétuer l'espèce.

Les entrepreneurs de spectacles imitent froidement la nature, et usent des mêmes procédés sur une scène plus petite. Ils nous font voir des paysages de rêve peints à la brosse sur de la toile ; troublent délicieusement notre esprit

par la reproduction des nuits enivrantes au moyen d'une lampe à pétrole placée à*ia hauteur voulue pour éclairer la lune de la toile de fond ; et remplacent le concert des petits oiseaux par des musiciens syndiqués poétiquement dissimulés au sous-sol.

Les auteurs de revues nous subjuguent en faisant apparaître à nos yeux des tableaux enchanteurs qui n'existent que par les prestiges combinés de l'électricité, de l'équilibre, des étoffes de couleurs et des onguents de parfumerie ; brillent un instant, féeriques et suspendus, durant que la toile est levée ; et puis s'écroulent derrière le rideau dans la confusion, la dérision et le sarcasme, en agitant des oripeaux ternis.

Les restaurateurs, en nous servant des mets et des breuvages préparés chimiquement dans leur officines, allument le feu dans nos veines, et répandent dans nos estomacs et jusque dans nos membres l'amollissement et la vague douceur

nécessaires à la défaite de la chair. Quand s'inclinent, à la fin du repas, vers la dame d'en face souriante et jolie, les visages congestionnés et les yeux brillants des dîneurs, alors les marmitons, fiers de participer à l'œuvre de l'antique Isis, ne cachent pas leur joie, et se poussent le coude en s'esclaffant, dans l'entrebâille- <

ment des de cuisine.

portes

Les demoiselles de beauté, elles, n'ont qu' laisser voir les quelques petites choses gracieuses dont la nature a eu soin de parer son plus bel ouvrage... Une figure énorme, semblable à celle qui se montrait, dans les nuits, aux anachorètes tombés dans la séduction, embusquée à tous les points de l'espace dans le grand Tout, rit d'un effroyable rire chaque fois que l'un de nous donne dans vieux piège... Et c'est ce rire produit les brusques agitations l'atmosphère, particulières à la saison nommée printemps

Marcel AsTRUC

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La ChryàaUdc

Le Papillon.

à Lala Kbadlja,

jHarrakech .

aaaaaaxqin de la ville rose enserrée d

ans ses murs

rouges édentés par le temps, aucun ne t'a oubliée F de ceux qui burent chez toi le thé à la menthe ^yyyyyyj; parfumé d'ambre.

Je me souviens peut-être mieux que les autres, moi qui pris si souvent tant de plaisir à te regarder vêtue de cafetans étincelants, ou délicats et subtils lorsque tu les recouvrais d'une fêrajla transparente.

Tu fus la première femme aux yeux sans visage dont les prunelles s'attachèrent longuement sur moi, puis sourirent. La vie intime est concentrée dans ces regards : c'est pourquoi, sans doute, ils vous poursuivent longtemps après qu'on les a perdus.

C'était au souk des Orfèvres, près du Mellah. Comme tu sais ce que se doit à elle-même une femme de ta distinction, tu ne fis rien pour me revoir.

Nous nous revîmes cependant.

J'ai gardé le souvenir de nos promenades dans les ruelles de sable, du côté du souk des Marchands de soie, ou bien à travers la foule amusée de Djema el Fenaa. Je te sentais fière d'être regardée avec envie par les femmes

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de ton pays. Mais elles ne considéraient que la finesse du tissu de laine de ton haïk, alors que, moi, c'était la beauté antique de ta démarche que j'admirais.

Que de noblesse dans un vêtement fait pourtant d'une simple couverture ! La ligne en est pure ainsi que celle des sarcophages. Les plis, grâce à l'habileté que tu avais à les disposer, rivalisaient avec ceux des plus belles draperies de la statuaire grecque.

Tu m'as montré toutes les modes du haïk. J'ai su ainsi qu'il existait, au Maroc aussi, une mode. Elle vient de Fès pour toi et tes sœurs, comme elle vient de Paris pour les autres femmes. Elle change chaque année ; mais ne modifie, heureusement pour les maîtres des harems, que des détails. S'il en était autrement, la fortune d'un Hadj Tami el Glaoui, pacha de Marrakech, ne pourrait suffire.

Te rappelles-tu mon enthousiasme lorsque tu me fis voir comment une femme berbère, une de celles-là qui ont assez peu de pudeur pour montrer à tous leur visage, sait former

tout à la fois, avec une seule pièce de toile de six mètres de long, un corsage, une jupe plissée et un jupon ?

Vois ici, dessiné par le grand lieutenant aviateur, ce même vêtement arrangé pour une Parisienne. C'est ma réponse à la question ironique que tu me lis, lorsque tu voulus savoir si j'inviterais les femmes de chez moi à porter les vêtements que j'aimais voir sur toi. Les Parisiennes le porteront. Elles ont mille fantaisies. Mais toi, fille d'un noble sang, toi qui as le souverain bonheur de vivre sous un ciel pur comme un vers antique, ne revêts jamais, jamais, je t'en supplie, ce malheureux costume européen dans lequel tu voulus avoir ta photographie.

Malgré qu'il ne soit qu'un Nazaréen, permets à ton ami de baiser le bord de ton haïk — comme il vit faire un jour par un homme, qui se jeta en bas de sa mule pour se prosterner au pied de ta beauté.

El Vey.

Décor d'Henri M al Me

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KEES VAN DONGE

peintre

de la temme

UN E ligne tracée par Van Dongen tremble, palpite, et donne sur le papier l'impression de la vie. Cette ligne aiguisée, et qu'un peu de couleur vive ou légère agrémente, elle n'a jamais la pureté, la précision, la décision qui donnent aussi la vie aux dessins de Holbein, aux dessins d'Ingres. L'apparence du dessin de Van Dongen, c'est la gaucherie, une enfantine incertitude. Mais l'apparence est bien trompeuse : elle cache des écheveaux de malice. Une malice saine, presque robuste, qui n'est point du tout, comme chez Rops, la fille un peu grossière de la perversité, ni, comme chez Lautrec, le fruit amer de la tristesse. Ce qui fait le prix, la rareté du talent de Van Dongen, c'est que, contrairement à tant de dessinateurs et à tant de

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peintres, la femme n'est pas, d'abord, pour lui, un motii décoratif. Iribe et sa suite, devant un modèle vivant, cherchent une arabesque et oublient parfois un peu trop le sang de la chair, le jeu secret des neris, l'angle brusque, révélateur, que fait une épaule, un coude, un genou. Van Dongen se soumet à son modèle. Il transpose d'après l'individu qui est sous ses yeux, et non point d'après un style préconçu, permanent. Assurément, il a sa manière, ses tics, ses exagérations personnelles ; mais tout cela est né de la réalité et non point d'une loi ornementale préétablie. Sa complicité avec la nature est profonde. Et, dans cette alliance, c'estlui qui est le plus souvent dominé. S'il dominait la nature (il la dominera probablement un jour)

il oserait sans doute dépasser le stade de esquisse, au delà duquel il ne s'aventure guère aujourd'hui.

C'est un portraitiste. Et, dans notre mémoire, nous ne gardons de lui que le souvenir de portraits féminins. Des gens pressés rient devant ses violentes images, aux Salons, et ne pren- Xnent pas la peine de distinguer

que ces tableaux tapageurs sont infiniment riches de délicatesses, 'de fragilités. Qui donc, de nos jours, indiquerait, comme il les indique, ces passages indécis qui vont du cou à l'épaule, ces places du corps féminin où la eau laisse sentir l'ossature, ces maigreurs charmantes qui font songer à une très faible épaisseur d'eau qui court sur de la pierre ?

... Avec le recul du temps, Van Dongen, pour nos petits

enfants, sera-t-il Van Dyck ou sera-t-il Peter Lely; Ricard ou Dubufe père? Intéressera-t-il, comme tant de portraitistes d'autrefois, parles mœurs du temps qu'il aura représentées, ou s arrêtera-t-on, devant ses portraits, sans songer à leur époque, seulement pour l'émotion involontaire que ce corps, ce visage susciteront ? Il ne nous semble pas du tout impossible, si l'œuvre de Van Dongen traverse les âges, qu'elle donne, plus tard, un peu du plaisir sensuellement rêveur que nous donnent aujourd'hui un portrait de Prud'hon ou de Gainsborough.

Les dessins que voici sont un jeu, une récréation. Ils se posent à peine sur le papier, comme, sur un mur, le fugace rayon qui s'élance d'un miroir qu'on remue au soleil. Voyez : l'invention n'est pas supérieure au moyen d'expression employé pour la réaliser. Cet équilibre entre la sensation et la main, entre l'esprit et la matière, Van Dongen ne l'obtient pas toujours. Mais un crayon furtif, une plume cursive fixent ici sans appuyer une impression passagère. Tout est aérien, ailé ; et notre commentaire envie ces fines ailes...

Jean-Louis Vaudoyer.

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