‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 42 sur 43 · BONNECHOSE · texte numérisé non relu

BONNECHOSE

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(C"T" 7~OUS avez vu des ciels oublieux de la terre, prodigieu- V sèment hauts, aériens absolument, illimités, sensibles, impressionnés à l'imitation des paysages de la mer, dont ils auraient, à la longue, enregistré puis reproduit l'image...

« Vous avez connu des eaux limpides où se reflète à des profondeurs vertigineuses le ciel, que l'on y découvre lorsqu'on se penche, avec ses nuées voyageant dans une

coupe inversée comme en un autre azur...

« Avez- vous entendu parler du désert à l'heure du soir, lorsque des teintes d'une délicatesse infinie apparaissent à l'horizon, et construisent aux yeux hallucinés des voyageurs de lointaines oasis, des cités étrangères, et des miroirs d'eau adorables et qui n'existent pas?...

« Eh bien, vos robes transparentes ressemblent au ciel et à l'onde et au désert vert. Elles ne s'interposent pas dans l'atmosphère mais s'y mélangent, et l'on voit à travers elles, comme à travers le corps astral des fantômes, les lignes des paysages et la beauté impérissable des choses. Plus de tacbcd.

Leur mode fut, jadis, une nouveauté.

Aujourd'hui nos cœurs sanglotants du désir de la douceur réclament moins d'ingéniosité, plus de tendresse, d'humilité. Il faut revenir à la nature jusqu'à se confondre en elle, comme les hamadryades et les nymphes des branches et des sources, dont l'on ne pouvait savoir -àr-qïiél point elles étaient des femmes, ou bien

les branches et les sources mêmes. »

— « Halte-là, monsieur le poète, et voudriez-vous sérieusement nous métamorphoser en arbres et en fontaines ?

Quelle belle raison, je vous À prie, d'aller chercher le ciel et la terre, et le désert qui est si bien où il est, à propos de trois ou quatre petites robes de rien du tout, nullement habillées, légères à porter pendant les jours chauds, et remarquables seulement (ce que vous n avezpas aperçu) pour ce qu'elles opposent le clair et le foncé, ce qui n'est pas la mort de César. A ce propos, vous ne % savez pas com- \ ■'"^gjjjji; bien vous pouvez { être pénible avec

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vos comparaisons qui ne se rapportent pas clairement au sujet et qui risquent (celle du désert en particulier) de froisser la dignité des personnes. »

— « Il est vrai. Le lyrisme nous habite comme l'insecte transformé, et qui promène ses pattes sur les parois de sa prison. Tout à l'heure il s'envolera sous une forme éclatante... Non, madame, ce n'est pas d'un hanneton que je veux parler.. .

Marcel Astruc.

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S P'E CIACLES

'avais un certain plaisir à entendre un ami me dire l'autre jour : " Les snobs, ceux qui suivent aveuglément le bon ton ne savent pas découvrir eux-mêmes l'objet de leur convoitise mais vont presque toujours vers les meilleurs guides. S'ils n'ont, par exemple, pas de sens esthétique, au moins savent -ils reconnaître les hommes de goût. Ils ont en cela un instinct assez sûr. Le snobisme se constitue le défenseur de l'art contre les entreprises d'un divertissement vulgaire. Il s'efforce et redresse ceux qui s'abandonneraient. Louons-le et préservons-le. " La remarque est juste et je crois qu'un provincial très ignorant, venant à Paris le mois dernier, au lieu de faire la tournée des Grands-Ducs dans les restaurants de Montmartre, aurait, grâce au rayonnement et à la force du snobisme, commencé par aller au théâtre du Vieux Colombier.

Heureusement pour notre provincial ce théâtre a dépassé la période des tentatives dangereuses. Il y règne, à présent, une certaine atmosphère de sécurité de rive gauche. Ses premiers partisans se perdent maintenant au milieu d'un public qui, pour n'être pas toujours aussi averti, n'en est que plus nombreux et empressé. Parmi les auteurs que représente cette scène, il y a des chefs d'école, célèbres depuis peu, et qui, pour cela, font prime. On sait et on sent dans la salle que les dirigeants de la maison ne sont pas des profiteurs de délassements parisiens. On n'y remarque aucune frivolité, mais une complète " honnêteté " qui se juge très loin du Boulevard. Il ne s'y trouve pas un acteur célèbre, les ouvreuses n'y sont ni désabusées ni impertinentes. C'est le théâtre " littéraire " par excellence. Les gens aiment qu'on les y voit pour des raisons différentes de celles qui les poussaient à vouloir être vus à l'Opéra il y a longtemps, aux Ballets Russes, les années dernières, au Cirque toujours ; car n'oublions pas que derrière les " amateurs véritables il y a de réels " amateurs " reconnaissables à ce qu'ils ont toujours

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payé plus cher que les premiers, et qui forment entre ceux-ci et le public énorme, inerte, une couche transparente, ravissante, avantageuse, indispensable. Ce sont les snobs, les gens de l'Etat-Major (appelez-les comme vous voudrez). Je les ai revus au théâtre du Vieux Colombier, aux représentations du Carroààe du Saint-Sacrement et du Paquebot Tenaclty.

Rien ne pourrait être plus ennuyeux, dans une pièce de théâtre, que l'atmosphère " brave ouvrier ". De même qu'à la scène nous trouvons puérils les milliardaires, qui, dans d'incroyables bureaux d'acajou, brassent des affaires colossales, fument des cigares comme des obus, et, d'une façon générale, tout ce qui veut être d'un peu trop près le reflet fidèle de la société moderne (combien de personnages romantiques et faux, acceptables au cinéma, nous sembleraient grotesques au théâtre), de même il y a pour moi une gêne et

un ennui à contempler sérieusement comme personnage " l'acteur bon ouvrier", comme décor, l'estaminet. Cette envie de rire, puis de partir que donne, d'ailleurs, souvent la copie sérieuse de la vie au théâtre est une chose étrange et assez nouvelle. Nous devenons intransigeants sur la question de la fausse ride, de la fausse barbe (surtout bien faites) qui veulent se faire passer pour vraies, et l'on finit par trouver le maquillage et la personnalité du clown, qui ne veulent rien dire, bien plus suggestifs. Un jour, le théâtre où n'entrera pas surtout la fantaisie deviendra peut-être aussi morne et démodé que les charades et les tableaux vivants. Il faut d'autant plus féliciter M . Vildrac d'avoir

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fait une pièce sincère et émouvante dans ce décor trop " vrai " et d'avoir même écrit, au second acte, une scène de griserie, qui est une des plus jolies choses de la comédie psychologique contemporaine.

Bien qu'une Espagnole désabusée et charmante m'ait affirmé qu'au Pérou " ça n'était pas du tout comme ça * j'ai pris un rare plaisir au " Carrosse du Saint-Sacrement ". C'est peut-être parce que c'est tellement " comme cela " partout ailleurs et que le " Pérou " ne vient là que comme une écharpe multicolore. Pièce pleine de ton, ravissante chose qui se passe en plein sourire, chose bavarde, cruelle, riche de délicieuse ironie et d'arrière-pensée, comme son héroïne qui m'a paru le type parfait de la femme espagnole, comédienne, orgueilleuse, sans aveu, religieuse (Je n'ai jamais été en Espagne).

La pièce est remarquablement jouée par Copeau, d'une maîtrise et d'une distinction parfaites, et M1Ie Teissier dont la bienheureuse beauté fait s'épanouir jusqu'à la salle du Vieux Colombier. Allons 1 on pourra bientôt redire la formule appliquée jusqu'ici à un autre théâtre. On est toujours sûr de passer une bonne soirée au théâtre du Vieux Colombier.

Le même provincial n'aurait pas manqué d'aller voir aussi Sarah Bernhardt dans Athalie. Il semble que depuis longtemps la grande tragédienne n'ait été aussi sublime. La transposition à laquelle elle est obligée, pour remplacer les mouvements qu'elle ne fait plus, a enrichi la couleur de l'interprétation, la mimique et la voix. C'est un oracle divin qu'on écoute et

Sarah semble désormais éternelle dans son immobilité. Il fallait cette présence merveilleuse du génie dramatique, ce don prodigieux de

(toJhoxe)

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savoir donner à une toute petite phrase une forme inattendue et définitive, ceiie façon négligente et toute simple d'encadrer ces vers qui encombraient notre mémoire de leur embarrassante solennité, pour animer cette tragédie morne et froide comme un procès, comme une caserne.

Avant que Sarah ne fût entrée en scène, j'ai eu constamment devant les yeux l'image du lycée. Je nous ai revus tous, nouvelles et mélancoliques demoiselles de Saint-Cyr. J'ai revu le préau, le proviseur et ce purgatoire de poussière et d'encre traversé de soleil inutile qu'était la retenue du jeudi matin.

Cette pièce donne à tous ses interprètes l'air de collégiens désespérés. On ne peut pas croire à la barbe blanche et à l'âge vénérable de Joad, à la félonie de Mathan, à la virilité et à la droiture d'Abner (" ce faux brave homme, qui, à la fin, tend un piège ignoble à la reine "), me disait Sarah Bernhardt, et qui a l'air du dompteur d'un troupeau de moutons. Mais, tout à coup, Sarah entre en scène. Bien des gens étaient venus l'entendre comme ils vont voir à la gare Dauphine le président de la République souhaiter la bienvenue au roi d'Angleterre. Dès qu'elle fut devant eux, ils ressentirent cette fierté ambiante propre aux spectacles patriotiques où l'on se sent peu à peu entrer dans le jeu et tenir un rôle digne et silencieux, comme au défilé d'un régiment avec son drapeau ou à l'audition de l'hymne national. Elle se reposait en souriant sur le cœur de son public qui, devant elle, éprouvait cette contagion facile mais violente que, seuls, savent communiquer aux auditoires les vieux triomphateurs d'un pays.

Jacques POREL.

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J'aime à voir FENE STKF S se découper

comme sous le ciseau

crissant des ]7 'J1 CREVÉS hirondelles,

parmi le ve lours d'un ciel

gris, ces lo sanges d'azur

qui ressemblent aux "crevés" d'un costume médiéval. Nos couturiers, qui n'ignorent plus Mallarmé, goûtent également

Ceé grande troué bleue que font méchamment Leà o'ueaux...

et s'ingénient aujourd'hui à les imiter dans leurs créations nouvelles : un caprice de la mode préconise l'ajourage du vêtement. On pratique sur les manches des vasistas

monade leibnizienne, laquelle " n'avait pas de fenêtres sur le dehors ".

M'est-il permis de voir un signe des temps dans cette fantaisie dont la frivolité n'est qu'apparente. Les doublures sont lasses de leur rôle effacé.

Le délire bolchevique s'est emparé d'elles, et voici qu'elles veulent tenir la

quadrangulaires. Le manteau s'agrémente de hublots, par où la blouse prend vue sur le large. Si j'osais introduire le jargon philosophique dans cette affaire, je dirais que la robe de cet été s'efforcera de ne plus ressembler à la

place qu'occupaient jusqu'ici les étoffes de race. Un vent de vanité souffle à travers le monde des chiftons. Le corsage, ce m'as -tu vu, se plaint du manteau qui le cache. Demain, nous entendrons à son tour la chemise élever

ses revendications, et les arbitres décideront qu'elle se portera par dessus la robe. On assiste, — et c'est un phénomène social dont l'importance n'échappera pas à nos Parisiennes, — à une irrésistible poussée des tissus sous-jacents. Déjà les grandes maisons composent avec ces puissances redoutables. On ménage dans le manteau des fentes, des judas, par où la robe peut, si je puis parler ainsi, passer le bout du nez ou montrer patte noire. On découpe le

taffetas comme une plaque de zinc, et la soie de la chemisette se pavane par les interstices. Le costume a l'air ainsi d'un journal mutilé par la censure.

Je me rappelle une bien belle aventure. Un sultan de mes amis faisait, devant quelques intimes, danser à sa favorite Karsavina la danse traditionnelle des sept voiles. L'exécutante, on le sait, est revêtue de sept tuniques gigognes, et à chacune des sept figures de la danse se défait de l'une d'entre elles. La danseuse achevait la septième figure et apparut toute nue. Nous applaudîmes. Le sultan charmé battit des mains, puis, avec un accent câlin mais impérieux : — Encore ! fit-il.

Sur cette injonction, un bourreau en frac s'avança et

se mit en devoir d'écor Comme lamode actuelle poètes et aux volup platoniciens, la nudité billée,i'épidermeesten Les couturiers com nement suprême ?

cher la ballerine, paraît timide aux tueux ! A nos yeux même est trop hacore une superfluité...

prendront-ils ce raffi-

Georges- Armand

Masson.

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