‹ Gazette du bon ton (volume 3)Chapitre 7 sur 43 · COIFFURES ET TATOUAGES · texte numérisé non relu

COIFFURES ET TATOUAGES

Perdée monte en amazone. Il edt imberbe, da bouche peut être qualifiée de grenade ouverte, le creux de éa poitrine edt laqué d'une rode, ded braj dont tatouée d'un cœur percé d'une flèche, il a un lyd peint dur le grad ded molletd.

Julcd LAFORGUE (Moralités légendaires).

";■ * 3 UELQUES esprits curieux ayant recherché chez divers peuples de (M) l'Afrique centrale les éléments de cette sensibilité à la fois candide 31 jpg et maniérée que l'on admire 'dans les statuettes du pays Bambara, il peut devenir intéressant, pour la transformation de la mode considérée comme un culte, de s'inspirer des principes destinés à embellir les inspiratrices de ceux qui furent les auteurs anonymes de l'art nègre.

Si l'on remonte aux sources mêmes, l'élégance d'une belle Congolaise se rapproche de celle du lys des champs dont la gloire rayonnante est

la parure naturelle que Dieu lui donna. La nudité d'une belle fille de couleur, à la condition qu'elle soit d'un aimable embonpoint et qu'à l'image de nos costumes sa peau ne fasse pas un pli, apparaît comme un idéal primitif qu'il vaut mieux ne pas faire adopter à nos dames, pour mille et une raisons plus définitives les unes que les autres. Car il est bon de tenir pour certain que la simple beauté d'un joli corps féminin ne constitue pas une parure se suffisant à elle-même. Les filles australiennes, celles des îles Salomon, par exemple, qui vont nues vers leur destin, ne trouveraient personne pour les épouser si le tatoueur et ses aiguilles merveilleuses ne venaient apporter leurs soins. Aux îles Salomon, une fille de qualité fréquente le tatoueur, comme une Parisienne de même situation fréquente |le couturier consacré par le présent.

Et parmi ces dessins, brodés sur la peau vive, peu sont charmants. Les uns copient lourdement les détails les moins décoratifs de la toilette des Européens et les autres manquent de distinction par leur abondance même.

A Honfleur, patrie des gentilshommes qui firent la grande Course et, entre temps, s'occupèrent de négoce avec les nègres, il existe un musée très curieux consacré aux souvenirs précis de la vieille flibuste. On y trouve, dans une vitrine, un album d'échantillons de cotonnades que l'on échangeait contre de la poudre d'or, des dents d'éléphants et des maladies contagieuses. Ces étoffes bariolées, semées de fleurettes ou simplement rayées de bandes rectilignes, durent séduire les négresses, qui se firent tatouer à l'imitation des étoffes dont elles n'avaient pas toujours l'occasion d'acquérir les

quelques mètres désirés. Ainsi, du cou au jarret, les filles de la Côte d'Ivoire se confièrent au tatoueur, qui les enjoliva de bandes de couleur ou de fleurs stylisées dans le goût des étoffes de Jouy.

D'autres s'inspirèrent des coulisses, si l'on peut dire, de notre élégance. Elles se firent tatouer sur le corps des boutons, des bretelles et de mélancoliques ceintures copiées sur les modèles dessinés par des bandagistes aigris par on ne sait quoi.

Les Japonais seuls comprirent le tatouage et firent, de certains hommes, une imitation assez

réussie des paravents pour exportation ou des gravures sur bois d'un érotisme supérieur à la moyenne, comme celles d'Outagawa et ses élèves.

rendre

ne faut pas tomber distinguée la mode

dans ces erreurs, si l'on veut, chez nous, de tatouer tout ce que la bienséance et l'usage permettent de laisser voir de chair nue. Une condition essentielle, pour la réussite de ce projet, c'est de donner à chaque ornement tatoué une puissance magique naturellement protectrice de celui ou celle qui le possède. Le porte-bonheur indélébile et de ligne gracieuse se verra sur toutes les épaules, sur les bras et sur les mains dénudés.

Le tatouage, sur l'épiderme d'une jeune •— ^~ femme de goût, ne peut se

comparer à l'effet produit par des tatouages de casernes coloniales. Ceux-ci ne sont, pour l'ordinaire, que des inscriptions comme on en découvre sur les murs des geôles, où des gens de pauvre imagination vivent en eux-mêmes, avec les tristes images d'une mélancolie grossière. Mais il est indéniable qu'une main de Célimène peut acquérir une étrangeté précieuse par la présence d'un petit

dessin teinté, gravé dans la peau et participant à sa vie, comme les veines minuscules, d'un bleu tendre, que l'on aperçoit sur les peaux délicates.

L'imagination de l'artiste qui doit décorer une élégante doit être subtile et plus littéraire que plastique. Je sais bien que la signature de l'artiste comptera pour beaucoup dans cette mode. Il ne faut pas toutefois qu'elle soit plus grande que le dessin. Les tatouages devront être signés avec discrétion.

De cette façon, une femme tatouée par un maître peut acquérir une valeur considérable. Une jeune fille tatouée par un peintre célèbre peut courir sa chance sans dot. Mais là se pose une question naturelle et macabre. A la mort de la propriétaire du tatouage, les héritiers peuvent-ils exiger la peau de la défunte ? Tout cela est à étudier. L'essentiel est de ne point se décourager.

N'est-il pas vrai qu'une grande coquette, qui pour n'être pas du meilleur monde le fréquentait cependant, fut, sous le règne de Louis XVI, tatouée d'une fleur de lys à l'épaule, mais par la main du bourreau. Cette aventure fut un précédent. L'héroïne en était la Valois, soi-disant comtesse de la Mothe, cette coquine, plus agréable, il est vrai, à tenir sur les genoux que le garde-champêtre de mon village.

PIERRE MAC-ORLAN.

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les X ils de L amill

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^|o>V ^HAQUE jour voit naître quelque institution charitable. Compatissant de ma nature, nul ne s'en

réjouit plus que moi. Hélas ! que d'œuvres de ce genre il reste à créer, œuvres d'un intérêt immédiat supérieur ! Que de misères à soulager, que de plaies à guérir ! Et ce disant, j'insiste sur les plaies secrètes, sur les misères qu'à notre époque de vile démocratie dissimule une apparence de luxe et de fortune et qui, par là même, demeurent trop généralement ignorées. Quelques regards attentifs suffiraient pour initier les incrédules aux secrets douloureux de tant d'existences mondaines et non des moins brillantes. D'eux-mêmes les exemples surgissent sous ma plume ; mais pour cette fois, je n'attirerai l'attention que sur une classe de déshérités, classe nombreuse, classe intéressante entre toutes, et que nous désignerons sous le terme de fils de familles.

Qu'on se le dise, les pauvres sont revenus du front sans rien à se mettre. Ils ont trouvé leur garde-robe dévorée par les mites, rongée par le temps, et, sous peine de faire figure de loqueteux, bon 'gré, mal gré, ils ont di passer par les exigences de leurs fournisseurs. Dure et triste nécessité. Il a fallu des vêtements pour le matin et pour le soir, pour le soleil et la pluie, des jaquettes, des smokings et le reste. Que faire, je vous le demande, avec des vieilleries ! Jadis, on portait les vestons étriqués; maintenant il les faut larges. On n'avait que quatre boutons au gilet; il en faut cinq. On avait du linge empesé, il le faut mou; des bottines, et il faut des souliers ; des chapeaux de soie, et voilà qu'on exige un claque. Il importe de changer au plus vite ses cols droits pour des cols rabattus, ses cravates de couleur pour des cravates noires, son manteau de voyage pour une cape, et ses bottes pour des leggings. Soyez à l'aise dans vos costumes, a tailleur. Laissez-moi là vos modes d'avantguerre. Il importe que, même en habit, vous

soyez à même jouer au football. Et puis, ne tardez pas

décrété le

à vous commander une redingote, vêtement difficile à porter, j'en conviens, propre à causer une certaine appréhension aux va-nu-pieds du monde politique, mais qui restera la marque distinctive des honnêtes gens. J'entends ici qu'il faut prendre honnête dans le sens large et ancien du mot. On la portera noire, un peu courte, boutonnée à la taille et formant jabot, le gilet de même nuance, et les pantalons agrémentés de rayures fantaisistes". Sur quoi, de l'air le plus gracieux, le tailleur a conclu : " Mes prix ont un peu monté ". Le chemisier a fait une remarque semblable, et le bottier, tout de suite, a proclamé qu'il ne chaussait qu'à partir de 2Ôo francs.

Ajoutez que par ailleurs l'existence devient chaque jour plus ruineuse, et vous conviendrez qu'en dépit des apparences l'élite de notre jeunesse traverse une crise sur laquelle on ne saurait trop attirer l'attention. Vraiment, je ne pense point que des âmes charitables trouvent jamais une plus belle occasion de témoigner leur zèle, et, plus j'y pense, plus j'estime qu'il faille promptement remédier à cet état de choses. Or, quel meilleur moyen que de fonder une œuvre spécialement destinée à la catégorie d'indigents mentionnés ci-dessus? Je la baptiserais, cette œuvre, d'un titre de circonstance, mais avant tout discret, quelque chose comme " Aide et secours aux fils de familles ", ou bien " La Caisse des Gigolos ", ou encore et plus simplement " L'argent du tailleur", et j'en confierais la direction à quelques dames d'âge,

secrètement au fait de la situation de chacun. Donc, ayant fait appel à la générosité publique (et nul doute que la recette ne soit abondante), ces dames réuniraient les fonds obtenus, et le quinze de chaque mois se mettraient en campagne afin de répartir les offrandes avec discernement. Il se pourrait que, d'abord, nombre d'indigents se crussent tenus de rejeter lesdites offrandes; mais il me semble que Ion puisse faire fonds sur la douceur et le tact féminins pour venir à bout de si louables résistances. De toute manière, quelque délicate que soit leur besogne, ces dames, j'en suis sûr, ne manqueraient pas de récolter l'approbation générale, et compteraient à leur actif une bonne œuvre de plus.

Roger BOUTET DE MONVEL.

DE CQVENT-GARBEN A L'OPERA

j ien qu'on fût loin de juin, il y eut une sorte de seaton, à Londres, le mois dernier.

La venue de M. Poincaré, le salon de l'automobile, là-bas, à l'Olympia, les Ballets Russes, contribuèrent à cet évent, les Ballets

après deux ans et décidèrent a donde Paris, trois nounelles. Jugez :

Strawinsky , illus-

Russes surtout, qui, demi de séjour, se ner, avant l'épreuve veautés sensation Rossini , Falla et

très par Derain, Picasso et Henri-Matisse, et mis en scène par un tout jeune homme, Léonide Massine, qui, tel Bergson sapa durement le Pragmaticisme, renverse à coups de pied les concepts habituels de la chorégraphie, et s'avise que celle-ci doit marcher, sinon danser, avec son époque, au rythme de l'automobile et du cinématographe, de l'aéroplane et de la T. S. F., et réalise plastiquement, dynamiquement ce que futuristes et cubistes tentèrent souvent en vain. Débrouillez-vous. Car il faudra bientôt parler algèbre et résistance des matériaux pour expliquer un ballet, autant que logarithmes et trigonométrie pour apprécier une toile moderne.

Pourtant, les mises en scènes de M. Massine sont claires plus qu'un livre de M. Proust, et les compositions des trois fauves effraieraient tout juste l'honorable M. Lampué.

Imaginez Coppélla aux Ballets Russes. C'est Boutique Fantasque. Imaginez de l'Offenbach plus italianisé encore. C'est la partition de Rossini. Imaginez Lautrec devenu bon enfant dans sa caricature, mais féroce dans ses tons. C'est le décor d'André Derain, un Derain de la première époque. Et imaginez que le jeune Massine, sans doute afin de nous montrer, avant ses innovations, qu'il a des classes, fait gigoter tous ses danseurs selon les vieilles figures, mais quelles !... Il y a un

n'en dansa le désossé une pièce montée, sur Karsavina, et comme conçut. Mais ne contitution, pouah ! En

cancan, comme oncques feu Valentin. Il y a quoi sourit la divine aucun Godineau n'en cluez pas à une recons-

dépit des costumes et des quadrilles du temps, comme cela est plus clair, plus gai, plus mouvementé, plus moderne, enfin 1 que la sinistre époque dont le danseur rend cette fois, qu'il l'ait voulu ou non, la stupidité mécanique et quasi fantomale.

Des fantômes. En voici presque. Manuel de Falla, dans sa partition de Tricorne a fait appel, un appel franc, au Destin, puisqu'à notre surprise ont retenti tout à coup dans l'orchestre les deux premières mesures de la Cinquième... Et ne sont-ce point des figures du Destin, ces pâles silhouettes sur ce fond glacial ? Picasso a peint son décor seulement avec des couleurs froides : blanc, noir, cobalt et rose-gelé. Il a évoqué une Espagne lunaire, quasi-polaire, dans quoi les blancs, mis en valeur comme dans un Manet, figent les premiers rôles. Ah î ce n'est pas une Andalousie pour touristes...

Non plus la Chine de M. Henri-Matisse, qui, cette fois, a poussé son audace dans la simplicité : fond bleu- turquoise avec un disque blanc dessus. C'est tout. Là-dedans chante — pardon — danse le Rossignol, qu'on avait laissé jusqu'ici dans l'orchestre. Et le Rossignol, c'est Karsavina. Et j'avais bien écrit, si j'en crois le critique anglais qui s'exclama :

— Elle chante avec les jambes...

Parade, présenté à Londres comme une bouffonnerie et non comme un instant solennel de l'évolution des arts, y gagna autant que ces charmantes Fèmnied de Bonne- Humeur dans la toile

nouvelle qu'a brossée ^ Bakst, et que les

Con leé Ruédâi) augmen- ^qaR\ ^=:::::^^^%J1:::::::~^ tés de fresques hu-

maines , grotesques «gk \cht ^\ e^ merveilleuses.

Enthousiasmes ^ ^Nfey' dans les salles

anglaises où l'on revit les habitués d'avant-guerre, et non seulement toute la fashion de Londres, mais les plus lointains fidèles : S. M. Alphonse XIII, porteur de rubis, Aga-Kahn, porteur de lunettes, l'énigmatique et subtile marquise Casati, reine de l'étrange, et même M. M..., roi de l'étranger; Missia Edwards, Henri Letellier, Abel Hermant et quelques Rothschilds,

A Paris, la saison est plus serrée. Il y a toujours Aga-Kahn, si le roi n'est pas là. La voisine d'Edvin-Evans n'est plus Mrs Saxon-Noble mais Mme Patri. Et si M. Abel Hermant n'a pas à sa droite l'austère et souriante Mrs Asquith, du moins a-t-il à sa gauche une aussi gracieuse Première, Mme Pams. Et dans son avant-scène, la Casati, comme à Londres, suit des mêmes yeux gourmands le jeune prodige Massine, si la grâce mélancolique de Thamar Karsavina, aliaà Mrs Henry Bruce depuis deux ans, étonne déjà les nouveaux millionnaires.

Le cheval de Parade est demeuré à Y Empire. Mais tout le reste est là : Thamar rajeunie, Shéhérazade renouvelée, et Carnaval, et Igor, et tout ce qui fut nos plus beaux rêves d'avant-guerre et qui nous semble plus merveilleux encore aujourd'hui.

Les Ballets Russes à l'Opéra, et complets, et avec des nouveautés : la guerre est bien finie.

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