‹ Gazette du bon ton (volume 4)Chapitre 10 sur 41 · CONTRASTE · texte numérisé non relu

CONTRASTE

Ci je me trouve en face d'un causeur parfait, j'écoute et ne dis rien ; si je contemple un jardin fleuri à l'envi, où toutes les couleurs éclatent en fusées multicolores, je n'ai plus qu'une idée : celle d' effacer la moindre couleur de ce que je porte, tant ce qui émane de la Nature même, doit, à mes yeux, demeurer seul et dans la splendeur de son essor.

Sous le ciel méridional, j'ai un peu la même impression et ne voudrais rien qui heurtât le regard, alors que le ciel est plus bleu que nature, que les arbres sont d'un vert qui semble peint (et par Rousseau encore ! ) et' que les fleurs sont si vives, qu'elles semblent les flammes brûlantes de milliers de cierges devant l'autel du Soleil !

Comparaison amusante,

une de nos amies à laquelle nous devons tant de visions charmantes, a trouvé que pour elle, la vie n'étant plus semée d'imprévus, que marchant sur une route plate et sans tournants, rien ne symboliserait mieux son état d'esprit, que cette teinte liliale, à laquelle aucune note différente ne vient se mêler. Aussi, dans son jardin, au coin du feu d'automne, ou bien marchant dans les bois touffus de Juillet, jamais nous ne la voyons que claire et souple, escaladant les ruisseaux ou sautant les fossés, telle « la chèvre de Monsieur Seguin». Et cette compréhension de l'élégance a conquis plus d'une femme qui n'a voulu là-bas, en pleine terre de lumière, que le blanc du renard ou de l'hermine, pour réchauffer les soirs des jours éclatants et tièdes !

Ainsi nous voyons revivre de l'élégance qui s'appuie sur une base positive et traditionnelle ; elle est

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voulue par des femmes qui, ayant voyagé, lu et quelque peu réfléchi, ont étudié dans le silence des Musées la beauté de Polymnie et d'Athénée, afin de nous donner à contempler de l'harmonie telle celle des lis ou des belles architectures. C'est un repos, une détente exquise que nous devons à ces jeunes silhouettes, dont le blanc des laines et des toisons se reflète dans les légers nuages d'en haut ; dont la transparence des soies immaculées, ressemble aux pétales des tubéreuses, dorées par le soleil; dont toute la parure blanche double sa beauté au contact de la lumière, du bleu

de la mer et des rayons ardents.

Les capes blanches scintillantes de paillettes, gardent les fragiles épaules sous l'épaisseur du renard virginal; aux costumes de drap simple on accroche des manches faites du vulgaire petit lapin blanc; et certain manteau court qui rappelle ceux des nobles amies de l'Impératrice Eugénie est fait d'hermine démouchetée, d'une grâce tout enfantine.

Et, tandis que nos couturiers nous annoncent que tout sera, cet été, aux couleurs, rien qu aux couleurs, c'est par du blanc, rien que du blanc que les élégantes leur répondent; je vous le disais bien : les femmes ne font jamais qu'à leur tête !

Jeanne Ramon-Fernandez.

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