ROBE D'APRÈS-MIDI, DE PAUL POIRET
#° j de La Gazette du Bon Ton
Année 1Ç22. — Planche 24
N° 5 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Croquii N° XVII
JV° 5 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — CroquU N° XVII
N° 5 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Croqult N° XIX
N° 3 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Croqu'u N° XX
N° y de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — CroquU N° XXI
N° j de la Gazette du Bon Ton.
Année 191t. — Croauié N° XXII
N° 3 de la Gazelle du Bon Ton.
Année 1922. — CroquU N° XXI P
L y a celles qui se promènent dans les rues en récianian le vote pour les femmes, celles qui crèvent les toiles dansmusées, celles qui tarabustent Ai. Lloyd George ou qui s'obstinent à mourir de faim lorsqu'on les met en prison. Mais je n'insisterai pas sur cette catégorie de féministes. Espiègles, mutines, gracieuses, elles ont, les belles petites, mille qualités. On ne peut dire néanmoins qu'elles président aux destinées de la mode, et seule ici la mode nous intéresse. L/ avouer ai-je, pour ma part, ;e réserve mes préférences aux dames qui se bornent à traduire par le costume leurs goûts et leurs sentiments. L'espèce n'est pas nouvelle, et déjà sur la scène quelques féministes audacieuses, des féministes avant la lettre, témoignaient de leur zèle en paraissant déguisées en troubadours, en petits pages ou en princes charmants. Est-ce
à elles que nous devons de
voir nos contemporaines
adopter une mise qui de plus
en plus se rapproche de la
nôtre ? 11 est certain que de
ce côté elles paraissent avoir
une inclination assez forte et
que du théâtre les ajustements virils ont tendance
à se répandre dans la vie
courante.
Cela commença, si je ne
m'abuse, parles pyjamas. Tandis que les hommes endossaient
la robe de chambre, les femmes s'habillaient en pierrots.
IVLon Dieu ! qu'au début ces transformations nous réservèrent
de surprises et comme il apparut qu'on pouvait aisément tromper son monde, les unes à l'improviste révélant des appas inconnus, les autres tout à coup diminuant des deux tiers. Quels que fussent les résultats, toutes au surplus se montrèrent enchantées, ravies, au point que certaines élégantes entreprirent de recevoir chez elles en pantalons de soie. Je dis ce que j'ai vu. Le piquant, le fin du fin eût évidemment consisté à se montrer en plein air avec ces mêmes pantalons. Cela n'allait pas sans quelques difficultés. On s'observait, l'on se concertait. Finalement on choisit un moyen terme, on opta pour o la culotte. Là encore
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cependant il fallait un prétexte et comme il n y avait pas apparence que sans motif on gut du jour au lendemain s'exhiber en travesti, on inventa les exercices en plein air.
Car, n'est-ce pas, inutile de venir nous raconter que les mœurs déterminent les modes.
Rien de plus faux. Si l'on observe les choses d'un œil attentif et l'esprit dégagé des
superstitions courantes, il est visible au contraire que ce sont les
modes qui font les mœurs. L'exemple qui nous occupe en est
une preuve certaine, irréfutable, et nul ne me persuadera que
le ski et le bobsleigh ne doivent pas leur succès à ce que
précisément ils offrent aux femmes une
occasion magnifique de se déguiser en
hommes. Pourquoi les Anglo-Saxonnes,
Ecossaises ou Canadiennes, viendraientelles jusqu'à Saint-Moritz — Dieu sait
que dans leurs pays elles auraient le
moyen de s'ébattre ! — si en Europe
on ne leur donnait la permission de
porter culotte alors que là-bas justement
on le leur interdit? D'aucuns ont trouvé
là matière à scandale. J'avoue ne pas
être de leur avis. Elles étaient gentilles,
ces dames que je vis à Saint-iMoritz,
avec leurs bas, leurs bottes, leurs vestes
de sportman, offrant je ne sais quoi de
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pimpant, de fringant, de cavalier. Puis quelle attention gracieuse à notre égard, quelle aimable flatterie que celle qui consiste à nous imiter ainsi en toutes choses. Car, il n'y a pas à dire, pour être dans la note, il faut que tout soit masculin depuis les gants et le chapeau jusqu'au mouchoir, au linge, aux tissus. De même lorsqu'on monte à cheval, il importe aujourd'hui de monter à califourchon, et cela malgré les périls auxquels on s'expose. Mais, cette fois encore l'occasion était trop belle de se montrer en culotte. J'ai vu que Mlle Fanny Heldy réclamait sa licence de jockey. On aurait bien tort de la lui refuser. J'ai lu également qu'une vieille Américaine, Mme Aima White s'était muée en évêque. Il est vrai qu'il s'agit ici d'un autre genre de sport et que Mme White est en même temps prêtresse et fondatrice de la religion nouvelle. Je pense qu'elle aussi doit porter culotte. Et si l'on me demandait l'origine, le motif réel de cette passion pour les culottes, je répondrais en fin de compte que je n'en sais rien, mais que lorsque les gens ont envie de marcher la tête en bas et les pieds en l'air, il faut se garder de les contrarier si l'on ne veut pas être traité d'ivrogne ou risquer de finir ses jours enfermé dans une maison de fous.
Roger BOUTET DE M.ONVEL.
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