EMPLOYÉ DANS LA
MODE El LA COUTURE
Ainsi que dans tous les autre*) arts de l 'habillement féminin
CONTENANT Divers croquis combinés et exécutés à l'aide du
LA MODE ET LE BON TON
Ne me parlez plus de la Mode, j'en perds la tête car, après avoir vu tout ce que l'on peut voir dans ce sens purement technique, j'en reste ahurie, car, ô fait inexplicable, pour la première fois de ma vie, je suis incapable de vous dire si la saison prochaine verra les bouffants ouïes draperies, ou bien encore le style " Belle Gabrielle " s'implanter chez nous.
Et le plus drôle, c'est que la chose ne nous surprendrait pas si chaque femme que nous voyons était marquée d'une personnalité extraordinaire; nous penserions que c'est parce que chaque type veut ce qui lui va le mieux, et nous nous réjouirions de cette marque d'indépendance. Mais, justement, à aucune époque les femmes n'ont eu l'amour de s'habiller avec une uniformité aussi déconcertante !... Jamais, nous n'avons un même modèle reproduit avec une telle abondance, si bien que c'est à désespérer de la personnalité de la femme de 1922. Alors?
Y a-t-il veulerie?
Je ne le crois certes pas, attendu que toutes courent à l'entrée de la saison, disséquer chaque modèle chez le couturier ordinaire et chez les autres ; attendu que les malles de celles qui voyagent sont aussi nombreuses que parle passé. Alors?
Il est indiscutable qu'après cette série de deux années où la mode n'a pas changé, le revirement se fera plus violent la saison prochaine.
Mais dans quel sens?
Les toilettes de Marion Delorme que porte Mlle Sorel indiquent-elles la ligne vers laquelle pencheront les femmes, de préférence ?
Les couturiers nous offrent un jeu de ceintures, puis de tabliers, puis de cols qui, avec les manches invraisemblables de fantaisie, laissent le champ libre à toutes les époques de la Mode, à tous les goûts.
Après tout, les draperies grecques et romaines plaisent tellement et avec raison, qu'il se pourrait que nous en arrivions à nous vêtir exactement comme les Romaines ou plus simplement comme les Grecques...
Mais, il y a le couturier, et dame ! le couturier compte pour beaucoup, car le simple n'est pas ce qu'il souhaite et la tendance de Poiret, en particulier, à nous montrer quelques corsages à basques et un peu cintrés sur une jupe bouffante, ne seraitce pas l'indice que nous verrons plutôt des robes évoquant 1 880 ?
Jamais, je crois, le plébiscite ne fut mieux souhaité. Qui le demandera ?
On a voulu boycotter le Midi de la Méditerranée, on a eu tort. Du reste, la tentative a avorté car les hivernants sont nombreux sur toute la Côte; sans doute il y a davantage d'Anglais et d'Américains que de Français, mais n'importe, il y a foule dans les casinos, il n'y a pas place pour valser dans les salles de danse de 5 à 7 heures, chaque soir, où que vous alliez. Tout en déplorant que l'hôtelier n'ait pas suffisamment pensé aux Français, il n'en est pas moins vrai que tout est plein, et que l'élégance s'y montre comme elle se montre partout à l'heure actuelle, sous l'apparence la plus simple; les formes ne changent pas et c'est seulement dans le détail que la veste se révèle modifiée, que la jupe montre un mouvement légèrement différent.
Je crois qu'il y a une tendance à porter beaucoup de couleurs pour le soir et sans doute pour les robes habillées que l'été nous demandera ; mais il faut reconnaître que pour le momçnt, il n'y a que du blanc et encore du blanc sur les routes de la Riviera et à Biarritz, où il devient chic d'aller passer le mois d'avril.
Non seulement les jupes blanches plissées s'accompagnent de vestes blanches, mais encore le renard et l'hermine sont les compagnons indispensables de toute robe blanche, et c'est idéalement joli dans cette transparence lumineuse des promenades, ou sur le pont d'un bateau comme il nous a été donné de voir la jeune et charmante Mme Hériot, alors que son yacht quittait le port de Cannes pour celui de Monte-Carlo.
La comtesse deLenoncourt si jolie l'était plus encore, rencontrée à Beaulieu, dans un ensemble tout blanc, cape et toque en plumes d'oiseau blanc, enfoncée sur les yeux : une merveille !
Vous aimez peut-être les chapeaux "corail ô vous qui me lisez. Eh bien moi je ne les aime pas et je ne puis plus en voir un seul, tant j'en ai vus, mal portés, confection de pacotille qui vous ferait prendre en horreur le modèle qui servit d'inspiration et qui valait très cher par son originalité et la beauté de ses matériaux !
Voyez avec quelle rapidité les femmes mal vêtues, portant des robes achetées toutes faites, ont sauté sur le chapeau " corail " ? Non, portez du vert Véronèse, du violet violent, mais ne portez plus de de chapeaux "corail" jusqu'à ce que ce ne soit plus la mode; alors, à cette époque, je vous verrai avec plaisir, coiffée de ce chapeau-fleur, rival des pavots du beau jardin de mes rêves !
Que de bals costumés nous avons eus cette année, mais si les uns se sont divertis à voir les " Entrées , quel amusement n'ont-ils pas eu ceux qui répétaient ces " Entrées" jusqu'à deux fois par jour !
On se réunissait après le dîner pour répéter ce que déjà deux heures auparavant on avait dansé, et le chic ou la bonne éducation, (les deux se touchent si réellement) voulait que même sans dîner en ville on ne revint qu'en robe du soir, les hommes en smoking : ainsi le veut l'élégance, car, à six heures du soir on est sensé rentrer pour se changer, et, fut-ce pour rester seule avec son mari ou son fils, pas une femme ne doit être autrement qu'en tenue du soir. A ce propos, il y a dans presque toutes les collections des modèles de manteaux de tulle ou de mousseline de soie en couleurs, portables sur toutes les robes, qu'elles soient modernes à l'excès ou bien qu'il s'agisse de ces robes fondamentales dont les femmes élégantes possèdent par trois et quatre à la fois. Il fut un moment où le Japon ou l'Inde fournissaient à cette garde-robe spéciale. Aujourd'hui, c'est la Perse et le Maroc qui pourraient être la source de ces inspirations récentes.
Si vous aviez pu voir Mme de Vilmorin le jour du mariage de sa fille, vous auriez vu la plus belle mère de jeune mariée que nous puissions jamais voir ; tout, dans son attitude, dans sa toilette noire (quelle audace!) était une merveille et je souhaite à toutes celles qui marient leur fille ou leur fils, d'atteindre à une aussi parfaite élégance. Son petit chapeau , enveloppant la tête ; son voile passant sous le menton; tout, je vous le dis, était ce que nous pouvons dans nos jours de rêves, réaliser de plus heureux. Mais, voilà, qui peut prétendre à une aussi réelle élégance que Mme de Vilmorin?
Jeanne Ramon-Fernandez.
Explication des Planches Hors-Texée
lanche 17. — Ce manteau réversible est fait en serge " motif s grillagés ". Tissu de Rodier.
Planche 18. — Deux chapeaux de Camille Roger. L'un, en peau rode, est décoré de fruits et de feuillages peints ; le fond et l'aile sont de petits rubans roses. L'autre est fait de tubes de crin rose et de petits
rubans roses.
Planche 19. — Une robe d'après-midi, de Paul Poiret.
Planche 20. — Pendant les " Modèles " chez Madeleine Vionnet, composition de Thayaht.
Planche 21. — De Wortb, une robe du soir en crêpe marocain avec un pan retroussé formant traîne. Une rose d'or a la ceinture.
Planche 22. — Déshabillé, de Béer, en dentelle d'argent et mousseline de Soie.
Planche 20". — Voici, de Jeanne Lanvin, une robe du soir en lamé argent voilé de dentelle d'argent. La ceinture est une torsade de cordelières pailletées et cloutées de roses argent et vert. Dans le dos, un petit mantelet de dentelle d'argent.
Planche 24. — De Martial et Armand, un costume tailleur et un gilet en crêpe imprimé noir, rouge et bis.