FANTAISIE
ornée de colificheté : cola, cravate*,
pliéééé, manchette*,
cr'upin* et poignet* en organdina
moiuàeUne, tulle et linon
CONTENANT Huit Croquis de Tailleurs
imaginés en des tissus de fantaisie nouveaux
LA MODE ET LE BON TON
Où en est la mode avec ce temps qui nous empêche de goûter en paix ces premières heures charmantes du printemps, alors que la bourrasque vient d'emporter les fleurs exquises des pêchers et que la course prématurée et bienfaisante dans le bois encore dépouillé nous est interdite.
On n'avait qu'une idée ces jours derniers : regarder brûler le dernier feu, auquel nous demandions une tiédeur que le ciel nous refusait; aussi les thés furent-ils nombreux dans un salon très petit, où l'apparition de celles qui venaient d'assister aux séances du Muséum et du Collège de France nous rapportant leurs impressions, faisait une amusante diversion. On ne parlait que de relativité et de bien d'autres choses encore, auxquelles, avouons-le, la plupart d'entre nous ne comprenait rien. Mais peu importe, elles étaient si jolies à regarder ces femmes animées par un sujet passionnant, que pour nous qui n'avions qu'à regarder, nous y prenions un réel plaisir.
A une réunion musicale, chez M meMante- Rostang, j'ai aimé la Comtesse de Beauchamp, née Viggiano, si longue et si fine, dans une robe en crêpe mat, noir, si décolletée que l'on aurait pu croire à une robe du soir, sa tête très belle, coiffée du bonnet persan rejeté en arrière, (la forme nouvelle) orné d'un pompon de plume placé très haut devant.
Mme L. Klotz, la femme de l'ancien ministre, très jolie sous une toque emboîtant la tête exactement, sans aucune garniture qu'un biais de velours rouge en bordure : effet charmant, accompagnant une toilette
noire également et également très décolletée.
En noir encore et décolletée en rond, à un thé chez la princesse L. Murât, Mme Simone, coiffée d'une toque à trois cornes drôlement piquée de trois pompons de deux tons : noir et rouge. La Comtesse E. de Beaumont en noir et la Comtesse J. de Luvbersac en noir, avec turban de satin et collier ancien fait d'une chaîne d'or, belle et nouvelle de par son ancienneté puisqu'elle remonte au xvie siècle.
Décidément, qui n'est pas en noir ?
Une femme : la belle Duchesse de Gramont habillée de crêpe " bois de rose * avec jours grands et petits se perdant dans un manteau de zibeline ; ses beaux yeux à l'ombre d'un chapeau de paille brune, d'où retombait un voile de dentelle brune jusqu'à la taille. . ,
On dit que les femmes ne portent plus de gants ; c'est une erreur, seulement elles retirent ces gants dès qu'elles arrivent dans un salon et ne les remettent qu'en partant.
On dit que les jupes sont plus longues ; on n'a pas tort, mais pour l'après-midi seulement, attendu que pour les courses du matin jamais on ne s'habilla plus court ni plus jeune.
On dit que les robes n'ont plus de manches; on n'a pas tort. Bien entendu, toutes les robes ne sont pas toutes sans manches, mais souvent vous voyez entrer une femme bien emmitouflée dans une pelisse qui, si elle glisse de ses épaules, laisse le bras apparaître dans toute sa splendeur; car, disons-le, ce ne sont pas
celles qui ont un bras défectueux qui s'habillent ainsi, elles sont plus fines. Ces dernières ont remis à la mode la longue manche dite manche " florentine " de même qu'elles ont repris depuis un mois à peine le col enveloppant le cou et remontant vers le derrière de l'oreille.
Je viens de vous dire ce que j'ai vu porter, mais si nous parlions un peu de ce que l'on va porter? Il est évidemment bien osé de vous dire : c est ceci qui se portera et non cela, attendu que c'est peut-être tout le contraire qui arrivera, mais il est intéressant de parler avec vous de cette fameuse mode de 1890 dont un récent bal costumé a fait revivre les poufs et les coiffures posées sur le nez. Certain, d'entre les plus susceptibles de "sentir" ce qui va se faire, prétend que nous marchons insensiblement vers cette ligne... Elle rajeunissait, de fait, toutes celles qui la portaient, le soir du bal Terry, et si vous regardez bien dans quantité de détails de la mode actuelle, nous pourrions voir un mouvement, en effet, rappelant une partie de jupe ou de corsage de cette époque. Ici c'est une draperie, là c'est un montage de manche, et même le mouvement de pagne * qui est le contraire de ce qui fait le sujet de ce paragraphe, pourrait être justement le point de transition entre ces deux modes. . . qui sait ?
En tous cas, à l'heure où j'écris ces lignes, on n'est qu'aux formes droites, transparentes, décolletées et sans manches le plus souvent. Le manteau est enveloppant, à ailes ou à pèlerine posée dans le dos seulement et non retombant par devant, distinction très importante.
Et maintenant, si nous parlions un peu littérature ou peinture ?
Je sais quelques charmantes femmes qui ne peuvent supporter ce genre de conversation et qui quitteraient la table plutôt que de donner leur avis sur la dernière exposition ou le dernier livre dont on parle. Cela est la réplique à l'autre genre de snobisme : celui qui consiste à savoir tout, à parler de tout, même de science, sans être le moins du monde au courant. Les deux manières sont excessives.
Pourquoi avoir l'horreur de ce qui est intéressant, car enfin on ne peut éternellement danser ou jouer au golf, même quand on se pique d'être très " nature " ; il y a temps pour tout et il me semble que les belles choses sont aussi désirables que le parcours le plus parfait ou le pas le plus joli; il me semble qu'il n'y a pas l'ombre de pose à vouloir contempler de temps à autre La Cène de Léonard de Vinci, dont l'ordonnance vous satisfait complètement, et que la pose serait justement dans cette ostentation à ne regarder aucun des chefs-d'œuvre dont nos musées ou notre langue sont dotés.
Si vous ne sortiez jamais, si vous ne viviez en aucune manière avec les gens de votre société, peut-être pourriez-vous ignorer ce qui se passe, mais comme les plus affolées de mondanités sont justement celles qui font fi de tout ce qui a été conçu par un artiste, il me paraît qu'il y a là actuellement un snobisme marqué et un illogisme absolu. Or, je suis reconnaissante aux femmes qui savent ce que je veux dire quand je parle du portrait de Mme Gonse et ne rient pas quand je m'extasie sur la Colline en fleura de Renoir, car, si à l'heure actuelle, il s'en trouve encore quelques-unes qui n'ont pas vu l'exposition de " Cent ans de peinture française " je le regrette pour elles : elles se sont privées d'une grande joie.
* ExpKcation des Planches Hors -Texte +
^ît*tittt^
IPI
lanche 2 5. — Une robe Louù XV, faite dans un taffetas J* imprime', de Biancbini. Leà ruchers sont de rubans.
Planche 26. — Costume veston croisé, De Lus et Befve. 4*
*»* Planche 27. — Voici un costume pour le tourisme aérien, créé par JU
Madeleine Vionnel.
4* Planche 28. — De JVorlh, une robe du soir en lame, ornée de glands 4*
de soie noire mêlée de diamants et de perles rouges.
Planche 29. — La robe d'après-midi, en crêpe, est de Béer ; et la 4* tenue d'après-midi (veston bordé, gilet et guêtres de toile écrite, pantalon ,*.
fantaisie foncé) est de Kriegck.
*» Planche jo. — Robe d'après-midi et robe de jeune fille, de Jeanne *î*
t Lanvin. La jaquette noire bordée est de Larsen.
Planche ôi. — Voici, de Alarlial et Armand, une robe d'après- 4, midi en salin " Frisson " , de Biancbini. j»
Planche Z2. — Cette robe de foulard imprimé, de Paul Poiret, a des *v manches en crêpe georgelle, et une collerette et des manchettes en organdina 4*
tuyauté.
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