‹ Gazette du bon ton (volume 4)Chapitre 31 sur 41 · HENRI DE REGNIER · texte numérisé non relu

HENRI DE REGNIER

des créneaux laits de trois briques. Une dotation impériale de 5oo.ooo francs chargea d une lourde humiliation 1 écu du libéral Lamartine ainsi réglé : de gueules à deux cotices d or accompagnées en cœur d un trèfle d or. ' L obscure et fantaisiste devise, Accordisse de la martine ' , pourrait être remplacée par ce juste cri : Grandeur et défaillance!

Après .Lamartine, il faudrait choisir parmi les contemporains. JS/Lsàs ils sont trop. Puis beaucoup de poètes tombent dans la prose et nous trouverons ailleurs ces noms à deux laces. On peut noblement fermer le chapitre des poètes par les noms de J osé-Atana de Heredia, conquistador espagnol tombé merveilleusement dans la civilisation Irançaise, et de JbLenri de Régnier qui interprète avec génie 1 émotion des âmes et des paysages. Lomme sa vie, comme son œuvre, 1 écu d JbLenri de Jvégnier a 1 élégance discrète des choses vraies. 11 ne s étale ni sur les meubles, ni sur les portraits. 11 se lit dans 1 ombre favorable d une bibliothèque : d or au sautoir de gueules cantonné de quatre merlettes de sable.

Ainsi sont armés les poètes de France.

Je BONNEFON.

// faut avoir tout l'eéprit de \la Princeaôe L. Murât pour 4e coiffer de celte façon " parlante " , al je pu'u dire. Il t'y trouve pour qui âait lire, De la ligne dané L'enéemb'le, du

claôâlque dan*) le* rouleaux deé côté*; et oui*, regardez bien : cette petite èche à droite, n'eél-ce pa* l'Indication d'une Indépendance abôolue, d'un "je m enficb'ume " ducret el charmant.

eveux

Pomme elle est belle ! Ses cheveux merveilleux la coiffent tel un casque d'or ! "

Une forêt de cheveux noirs encadre son visage ". Ou bien, ces vers admirables de Baudelaire :

J'irai la-ba<t oh L'arbre et L'homme pleine de éève Se pâment Longuement tous L'ardeur deé ctlmaU. Forleé tre<i<seà àoyez La boute qui m'enLace Tu contiens, mer d'ébène, un éblouiààant rêve De vo'deà, de rameur*, de fiainmeà et de mâb.

Plus brièvement, Mallarmé traitait l'être aimé, de :

Blonde dont les coiffeurs dont de<* orfèvre*}!.,.

CttU

1ère de masser leà

cbev

ux est de

y an te

au visage

de la Comtesse

de Beau

mont.

Nutl

e agressivité, un peu d'i

ndiffe

rence, mais tout

cela

d'un

coup défait, en

seconde,

pour

lais*

rr la

place à la coi fui

•e en

"téléphone"...

Four mieux vo r, noir librement tout ce qu'elle regarde dans la Nature, Mademoiselle Alarie Laurencin ne supporte aucune entrave. Ses cheveux, elle les rejette en arrière, les porte courts et ne connaît plus l'ennui de se coiffer; un coup de brosse et c'est tout.

On le voit, les poètes symbolistes I toison que le Ciel mit au front des femmi heureusement, si peu d'entre nous possèdenl

Les uns prétendent que le fer ondul d'autres prétendent que la décoloration i est-il que la mode des beaux cheveux s davantage que sous le règne de la perru

C'est l'amour croissant des sports qj non décolorés, non frisés, que l'on peut]

Mais pour cela que de travail, que]

Il faut les voir, nos contemporaines,!

autour du lavabo occupant le milieu de lai manchotes, la tête échevelée entre les n pérorant sur les événements du jour, shampoing, celui de la friction, celui de S frisure électrique, mais... ce jour-là demi

Quelques-unes ont déjà passé par li parce que c'est là, disent-elles, une frisi vagues larges que nous aimons. Du reste,!

ient une importance considérable à la x d'aujourd'hui ont d'autres attirances,

nt la chevelure inspiratrice. . . Pourquoi ? mit de brûler les plus belles toisons ;

plus abondantes chevelures. Toujours assé, on ne s'en inquiétait plus ; pas

| vivre le goût des cheveux bien à soi, it coiffer.

is ou quatre à la fois, chez le coiffeur, émergeant du peignoir blanc qui les fait !S jeunes filles chargées du traitement, es se connaissent ! fil y a le jour du celui de l'égalisation et enfin celui de la huis clos et deux heures de patience ! is dissuadent de recourir à ce moyen tive (ô Einstein !) ne donnant pas les isme est absolu, aussi, ce qu'il faut c'est

Le col long, l'allure hautaine, fine et toupie, la Baronne de Wendel ae coiffe souvent ainéi, aoec un chignon haut, pointu, et le front dégagé, cependant aux oreillea de magnifique,) brillante.

Quand on eat dotée comme la Ducheaae de Cruaôol de la plut belle chevelure qui toit, on. de coiffe comme JHarty nout l'Indique ici, ceal-à-dlre : on lalaae retomber aimplement aea bouclea qui, onduléed, encadrent le vidage d'une moticae d'or.

se connaître, s'étudier, afin, pour répondre à ce goût d'intellectualisme poussé à l'extrême, et afin suivant le poète de " n'être ni tout à fait la même ni tout à fait une autre". Ainsi, joignant la littérature à la coquetterie, on se coiffera suivant le milieu dans lequel on se trouvera, suivant l'état d'esprit accompagnant la toilette que l'on porte. On a disposé les marteaux sous un Longhi de velours noir. On a évoqué Salammbô sous le casque de pierreries, un soir d'Opéra; et l'artiste parfois retrouvera en nous Béatrice d'Esté ou Madeleine de Van Eyck ! Et ainsi, tour à tour, telles que nous sommes ou telles que l'on peut nous rêver, nous apparaîtrons sans cesse renouvelées, séduisantes ou redoutées, mais à coup sûr à la recherche toujours d'un bonheur plus parfait, puisqu'à chacune de ces métamorphoses ce sera la beauté d'un recommencement !

Seulà deô yeux auédi beau expretàifi que ceux de la Ducb< de Gramont permettront de de cal/fer ainéi, avec ccé acccnlô envab'uàant

la joue et un bandeau descendant ni ut baà d'un côté dur le front.

Le chignon baà eàt le àeul permit avec celte àouple abondance.

PORTRA I iT

DE [g wwi'

CAS AN O Va

CE serait un bien bel homme, s'il n'était pas laid ! " lisonsnous dans les Mélangea du prince de Ligne. Il a laissé du célèbre aventurier une caricature étourdissante et sous le nom d'Aventuros, nous le montre retiré à Dux, bibliothécaire du comte de Waldstein, aigri, démodé, en proie aux railleries du domestique, vivant de ses souvenirs et arborant aux grands jours une parure surannée.

Le personnage plaisait fort à ce grand seigneur inquiet, délicat et insatisfait. Il en goûtait la verve énorme, la faconde, les aventures truculentes. Casanova lui avait lu une partie (alors inédite) de ses Mémoires, il en fut charmé et l'image qu'il croqua sur le vif est aussi ressemblante que l'autre, le portrait dessiné et le seul authentique, une assez méchante gravure, frontispice de l' Icoàaméron, petit roman scientifique fort rare et fort ennuyeux.

Le grand nez, le menton en galoche, l'œil vif sont assez de Pulcinella ou d'un oiseau malin et bavard. En interrogeant cette image (qu'un mauvais plaisant afficha dans les privés du château de Dux, à l'extrême fureur de notre philosophe) on cherche en vain à y retrouver les traits du séducteur dans la fleur de sa première jeunesse, alors que sa robustesse défiait la nature et triomphait même de Vénus ennemie.

11 était grand, mince, très bien fait, noir de peau, l'air d'un More avec des yeux de feu et des paupières brûlées, le nez long, la bouche fine ; sans être joli, on peut croire qu'il avait cette grâce à la fois caressante et sauvage, ce ragoût bizarre qui asservit les femmes et auquel les plus fières ne savent pas résister.

Imaginons-le avec ses vêtements couverts de dorures, sa frisure recherchée, ses culottes collantes sur lesquelles retombent les breloques de ses deux montres, avec ses bagues innombrables (vraies ou fausses), ses boîtes et ses tabatières, étincelant comme un miroir aux alouettes.

Sa sincérité aiderait à le faire absoudre ; s'il aimait qu'il soit pardonné ! Mais, dans ses Mémoires, dit-il toute la vérité? Aujourd'hui, cela ne paraît plus certain. Casanova n'a pas résisté au désir de parer ses faiblesses, de paraître sous un aspect avantageux. Assurément, il avoue corriger la fortune du jeu : jouer noblement, voilà comment il qualifie l'attitude du partenaire bénévole et qui se laisse plumer sans trop crier. Pour lui il aidait le hasard, bien mieux il tirait de fausses lettres de change pour se procurer l'argent nécessaire à ses bonnes fortunes. Généreux comme un voleur, l'expression ne fut jamais plus juste, et il faut voir dans son itinéraire à travers l'Europe une fuite perpétuelle devant la justice en éveil. Son magot dépensé, il allait chercher ailleurs des dupes nouvelles.

Il était, on le sait, très aimable avec les vieilles dames, et la marquise d'Urfée laissa entre ses pattes noires et diamantées plus d'un million. Amour et magie noire 1 En lisant toutes les simagrées qu'il fit accomplir à cette folle, on est presque désarmé. La comédienne Silvia même, cette célèbre nymphe sur le retour dont il exalte les vertus en termes bucoliques ne lui fut pas cruelle, si nous en croyons certain rapport de police, exhumé de la cendre des greffes par M. Samaran : «Le sieur Casanova vit présentement aux dépens de la demoiselle Silvia qui l'entretient. » Pauvre Silvia 1 En même

temps il cherchait à épouser la fille, cette délicieuse Manon Baletti, dont nous possédons les lettres les plus fines, les plus gentilles du monde. Le dénouement du roman est obscur. Manon sut-elle la vérité? Elle se maria avec un homme qu'elle n'aimait point, par raison, par dépit ou par désespoir. Enfin, devons-nous croire que Casanova, adolescent, eut pour ses nobles protecteurs des complaisances tout italiennes? Il s'est toujours défendu d'être un «chevalier de la manchette». Pourtant son aventure du séminaire est bien socratique, et aussi les louanges qu'il décerne à ces travestis hermaphrodites, scandaleux honneur de la scène romaine. On se demande pourquoi de bons vieux gentilshommes favorisèrent si constamment sa fortune naissante? Ce fut sans doute grâce aux ducats de M. de Bragadin que l'enfant terrible et cher put s'enfuir des plombs. Des casanovistes ont

examiné le problème, et il résulte de l'étude des lieux que l'évasion, comme elle est racontée, fut impossible. En tous les cas, elle demeure un beau roman et qui suffirait à établir sa réputation. N'oublions pas les lettres à Opiz, brave savantasse allemand, écrites en français et récemment publiées à Leipzig. C'est le seul document qui nous permette de juger du style de Casanova, la maison Brockhaus, propriétaire du manuscrit, s'étant toujours refusée à laisser publier le texte intégral des Mémoire*, lequel a été revu, poli et adouci quelque peu. Cette correspondance copiée avec soin dans un superbe

cahier, lettres et réponses, est écrite dans un français à l'italienne, incorrect parfois, mais toujours savoureux. On y découvre l'âme même de notre aimable aigrefin, pointu, querelleur, vaniteux, philosophe et essayant, sans succès, de faire éditer par son honorable correspondant un ouvrage de lui, d'un placement difficile.

Ce fut la raison de leur brouille. Cette bonne «tête cavilleuse d'Opiz», toute ronde assurément, avec de longues oreilles bien droites, se refusa à entreprendre une si dangereuse opération ; il en résulta des refus complimenteurs et de doctes aigreurs de beaux esprits en colère qui, aujourd'hui encore, sont à mourir de rire.

Qu'on ne juge pas ce portrait trop poussé au noir, notre aigrefin charmant avait des grâces caressantes, une éloquence parfois profonde, un cœur souvent volage, mais toujours compatissant et généreux, qui le font sinon absoudre, du moins souvent excuser.

Personne comme lui ne sut mêler le vrai et le faux, l'absurde et le raisonnable, se parjurer avec tant de sensibilité ; sa faconde étourdissante ressemble parfois à de l'éloquence et sa facilité à du génie. Relisez les Mémoire*), les aventures lascives passent au second plan et l'homme se grandit avec ses théories étincelantes comme des bagues, son amour de la vie sous toutes ses formes et sa sensibilité qui le place à côté de Restif, à l'ombre de Jean-Jacques.

George Barbier.

ia8

»jj-

-ffi

Page 1