‹ Gazette du bon ton (volume 4)Chapitre 35 sur 41 · ET CHAPEAUX · texte numérisé non relu

ET CHAPEAUX

D. — Qu'appelle~t-on chapeau ?

R. — On appelle chapeau, dans le langage du journalisme, un paragraphe liminaire, destiné à présenter succinctement au public un auteur qu'il est supposé ne pas connaître ou connaître imparfaitement.

D. — JVLais quid en matière de modes ?

R. — J'y arrivais : par analogie, on appelle également « chapeau » un appareil, de forme, dimensions et couleur variables, que les femmes ajustent sur leur tête et qui a pour objet de renseigner, au premier coup d'œil, le passant sur l'élégance d'une personne qu'il voit pour la première fois.

D. — Qu'appelle-t-on bonnet ?

R. ■— On appelle bonnet une coiffure,1 de dentelle ou d'étoffe légère, dont les femmes, principalement celles qui se rangent dans la catégorie « femme - enfant » ou « femme-poupée », emprisonnent le soir leur chevelure, afin d'empêcher que leur cervelle ne s'évapore pendant la nuit. D. — Existe-t-il une différence radicale entre le chapeau

et le bonnet ?

R.. — Assurément. Le chapeau est, par essence, diurne, et le bonnet, nocturne ; ou, pour plus d'exactitude, le chapeau est réservé à l'usage externe, je veux dire extérieur, tandis que le bonnet appartient à la classe des vêtements intimes. Le bonnet est la coiffure généralement usitée pour les scènes de jalousie, les colères sur l'oreiller. De là

1 expression : avoir la tête près du bonnet. Il est également l'accessoire obligé de l'amour, comme en témoigne la locution proverbiale : jeter son bonnet par -dessus les moulins.

D. — Arrive-t-il que l'on porte simultanément le bonnet et le chapeau ? R. — Jusqu'à l'an de grâce 1922, il n'apparaît pas que cette idée assez paradoxale ait traversé l'esprit des

régents de la Mode. JVLais précisément nous voici arrivés à un tournant de l'histoire, car ces combinaisons qui peut-être eussent choqué le bon sens un peu étroit de nos grand'mères, elles menacent, à ce qu'on assure, de faire fureur l'été prochain. D. — Quelle autorité, quelles sources pouvez-vous invoquer à l'appui de votre réponse ?

R. — Lepape, dont l'infaillibilité constitue un article de foi.

D. — A votre avis, que faut-il penser de cette innovation? R. — Klle est absurde, mais charmante; j'oserai presque

dire qu'elle est charmante dans la mesure même où elle est' absurde. Car telle est la règle, dans le domaine de la frivolité, et il faut appliquer à la mode ce que Platon dit de la

poésie, c'est à savoir, qu'un grain de folie n'y faitjamaisdemal.

D. — Cette question des bonnets et des chapeaux ne réveille en vous aucun souvenir historique ?

R. — Si fait. Au XVIIIe siècle, en Suède, deux factions se disputèrent le pouvoir et allumèrent des guerres civiles : le parti des bonnets et celui des chapeaux. L'un préconisait l'alliance avec la Russie, l'autre n'en voulait point entendre parler. C'était un peu, comme qui dirait, communistes et bloc national.

D. — Dès lors, que peut-on espérer, politiquement parlant, d'une mode qui établit la concorde entre bonnets et chapeaux ?

K. — La paix de l'Europe et la hausse du rouble.

D. -— Je vous remercie. A vous, Mademoiselle. Ditesmoi, je vous prie, qu'entend-on par le mot béguin ?

Georges Armand M.ASSON.

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de MIL HUIT CENT SOIXANTE-QUINZE a MIL NEUF CENT

TL vous est arrivé comme à moi de feuilleter un album de photographies, certain soir d'automne, à la campagne, alors que la promenade écourtée par la saison oblige à s'enfermer très tôt. Nous avons regardé avec mélancolie, parfois aussi avec un sourire moqueur, ces figures de tante ou de cousine, presque inconnues, rarement nous trouvâmes joli le petit « saute-en-barque » qui s'évasait du bas sur une jupe trop ample ; le visage nous paraissait toujours froid et triste sous l'amoncellement de cheveux échafaudés, formant un chignon trop gros, à notre avis. Même celles de ces lointaines parentes qui étaient jolies nous paraissaient difficilement agréables, parées de ces robes que l'éloignement nous rendait ridicules. Eh bien, au bal qu'organisa M. Emilie Terry, bal 1876-1899, nous avons trouvé jolies presque toutes les femmes

ComteMe J. de JHoiuherA

qui y furent conviées. Pourquoi ? C'est un mystère. IVLais mon souvenir gardera, ineffaçable, l'impression que j'eus en rencontrant à l'entrée du salon, la princesse Lucien Murât qui, ce soirlà, personnifiait un des plus beaux Carolus Duran qu'il nous a été donné de voir, même parmi les premières œuvres de ce grand coloriste. Vêtue de noir, elle portait une

perruque blonde, dans laquelle retombaient de tendres glycines mauves, s'harmonisant avec les fleurs de la jupe.

Le décolleté rond qui prenait les épaules, le drapé de la jupe, tout,

Comtewe 0. de Kergorlùi

donnait une telle impression de passé élégant que le Temps nous prouve qu'il n'y a pas de mode laide à proprement parler.

Dans le brouhaha des entrées plus ou moins préparées amenant la danseuse de Degas à côté de la canotière de Bougival, au milieu de toutes ces couleurs et de ces formes tellement éloignées de celles que nous portons aujourd'hui, toutes les femmes causaient un extrême plaisir à regarder. Ici, brune,

trop frisée, le chignon parsemé d'oiseaux et de plumes exotiques, c'est la comtesse Etienne de Beaumont, dont les yeux rieurs sont pétillants d'intelligence ; puis, la jupe gonflée d'une tournure grotesque, c'est Mlle Béatrice de Yturbe, charmante dans sa robe de foulard à fleurs et son corsage « ponceau ». La duchesse de Grammont, sous son haut de forme blanc, évoque un Manet d'une poésie romantique. La comtesse François de Castries, le corsage boutonné haut, avec son petit col ridicule et ses manches longues trop courtes, n'est-elle pas un pur Gervex ?

La comtesse ^Vladimir Rehbinder éclatante de jeunesse et de beauté sous sa petite toque de velours noir, abrite son teint resplendissant sous une ombrelle « Marquise » des plus amusantes.

Klle a dix-huit ans à peine, habillée ainsi, et c'est justement ce qui nous frappe, c'est que toutes les femmes venues au bal Terry, étaient rajeunies sensiblement, même les plus jeunes paraissaient quinze ans. Alors? Devonsnous reprendre ces modes, nous qui sommes à tel point affolées de jeunesse que nous en arrivons à paraître, bien souvent, plus jeunes que nos filles ?

JVLéditons sur ce point : essayons des robes au corsage trop ajusté ; ouvrons notre encolure en carré ou en rond,

Ai ade moi de LU d'Hinniédal

suivant l'heure, et demandons à notre miroir si telle coupe ne nous sied pas davantage que celles proposées ces dernières saisons. Il me semble voir venir à nous, d'ici une ou deux saisons, peut-être, non pas l'exacte mode de 1875 ou de 1900, mais des détails se rattachant aux atours de ce temps, qui fut pour quelques-unes d'entre nous l'enfance et pour d'autres la jeunesse : souvenirs pleins de gaieté ou... de mélancolie... Qu'importe, pourvu que nous soyons jolies à présent !

Jeanne Kamon-Fernandez.

ComUéée G. de Catlried

[~*\E prime abord cela n'est pas très raisonnable. A la réflexion, cependant, c'est logique : de cette logique féminine, aux postulats sans doute assez baroques, mais à la suite imperturbable, aux conséquences sans défaut. Du moment qu'elles vont au bal toutes nues, à deux rubans près, il est naturel que les dames s'habillent pour aller au bain. On peut bien montrer son dos jusqu'aux lombes, dans les couloirs de l'Opéra ou au Claridge : ce sont des endroits faits pour ça. Et puis, le nu est chaste, comme chacun sait, car ce n'est pas ce que l'on voit qui porte trouble. — Le trouble vient de l'incertain, du deviné. On voit bien que la volupté est un art perdu, dans ce siècle étrange qui a banni les falbalas, chassé le froufrou, raccourci la jupe. O siècle épris du seul commode, ô siècle pressé ! — Mais voici une indication charmante, qui

signale peut-être un retour, un sentiment

plus nuancé de l'art de plaire : afin de se

tremper dans l'eau, l'été, sur le bord des

plages, il va falloir être habillée. Le maillot

collant a vécu. Les vieux messieurs qui ne

se baignent plus ne s'en consoleront pas.

La bienséance, la vertu, la décence, la

modestie ne sont pas seules à y gagner:

les raffinés seront charmés. Plus que le

jersey qui accuse, et parfois condamne,

le voile qui cache à demi, la tunique aux

longs plis flottants leur ménagent des

sorties de bain savoureuses. Les anciens

grecs l'ont bien compris : c'est sous les plis

du lin mouillé, transparent comme une eau

qui coule, qu'ils ont modelé leurs plus?ri.

émouvantes statues. La beauté d'une pure

ligne est plus délicate au point qu'elle se perd; elle préfère être rompue. La nudité est insolente. Elle ne laisse rien au spectateur, du doux plaisir d'imaginer.

J'ajouterai pour achever de discréditer l'antique maillot

qu'il est en lui-même fort laid, et d'un usage difficile. Il implique le peignoiréponge. Il n'est possible que de la cabine au tremplin, d'où l'on va plonger. Orné \^^P^ de volants aux épaules, ou muni d'une courte jupe, il est ridicule. Kt sans elle, il est indiscret, il dit tout. Au lieu qu'une de ces molles et flottantes tuniques (mais très courtes) comme on en voit aux pupilles de miss Isadora Duncan, et mieux encore, à Lydie, à la jeune Atalante, à Nausicaa, c'est un très joli vêtement, qui permet aussi défaire plage avant la trempette; déjouer au tennis, au besoin, voire de risquer un cent mètres. Dans l'eau même, ces légers voiles ajouteront à nos naïades> entre deux vagues, autour de leurs corps vigoureux, ce halo vaporeux qu'on voit aux méduses, aux traînes des poissons chinois. Les rubans ne sont pas interdits ; les ceintures peuvent s'orner de coquillages, imiter des algues, des perles, des ,

grains de corail. Aux peureuses ,

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on peut conseiller d'emprunter au liège, pour la décoration de ces aquatiques robes de bal marin, le parement des manches courtes, des colliers et des bracelets, ou bien l'ornement du bonnet : elles auront ainsi l'illusion de pouvoir, le cas échéant, assurer elles-mêmes leur propre sauvetage.

Maintenant, je sais bien qu'il faut toujours compter avec la fantaisie, et qu'il y a de par le monde, d'extraordinaires créatures qui ne font point les choses pour être vues, mais seulement pour le plaisir. A cet égard, le meilleur bain, c'est encore celui qui se prend sans aucun costume, dans une crique abandonnée sous le seul regard des oiseaux. On en sait d'augustes exemples, mais ils ne sont pas sans danger : Suzanne, il faut toujours compter sur la surprise. Vénus seule n'y a rien à craindre. Pour Diane, j'ai toujours pensé qu'elle n'était pas si parfaite. Une belle fille sûre de soi n'aurait pas été si méchante avec ce pauvre Actéon.

Nicolas BONNECHOSE.

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