‹ Gazette du bon ton (volume 5)Chapitre 10 sur 41 · JAMES & C · texte numérisé non relu

JAMES & C

Ladies Hosier

$o, A-tenue des Champs-Elysées

Objets de goût

134, Boulevard Haussmann

Jumelles Flammarion

12, Boulevard des Capucines

JJes DESUMEUR M TAPIS D'ART H

27, Rue de Cle'ry — 1, Rue de Mulhouse

Hors-Concours et Membre du Jury ^

aux Expositions

Londres 1908, Bruxelles 1910

Turin 1911, Roubaix 1911

Londres 1912

Tél. 131-16

Le Grand ClHC

Une

Maison J. ROTHSCHILD & Fils

RHEÏ/nS ôc AUSCHER *

131 ôc 133, Avenue de Malakoff.

Chez MERCIER Frères

100, Rue du Faubourg-Saint- Antoine — PARIS

LETTRE A UNE PROVINCIALE

Paris, 8 décembre 1912.

i^ien-CHÈre Agathe, je vous écris dans une pièce où l'odeur du camphre n'a pas encore tout à fait disparu et se mélange mélancoliquement à l'odeur amère des chrysanthèmes. Les meubles, qui, il y a quelques jours, étaient rassemblés au milieu de la chambre sous une grande toile grise, ont repris maintenant leur place habituelle. Voici, à côté de la petite table peinte, le fauteuil dans lequel vous vous êtes assise lors de votre venue à Paris, l'autre printemps. Il faisait alors un temps doux et gracieux; les fenêtres étaient ouvertes. Aujourd'hui, rien de pareil n'égaierait votre présence. Le soleil est tout emmitouflé de brumes. Aussi, pour mieux accueillir votre précieux fantôme, je vais m' agenouiller devant la che-

minée, et faire crépiter en votre honneur la première flambée.

Je pense que vous n'usez jamais de cette affreuse trappe, invention misérable, sorte de rideau de fer tiré sur la belle danse des flammes, et qu'on lève toujours trop tard, lorsque le spectacle est commencé. Je dédaignerai cette tôle brutale, sonore comme le tonnerre de Calchas, et me servirai, pour attiser le feu naissant, du soufflet de nos grand'mères, petit accordéon pointu, qui répète tout bas aux bûches une haletante chanson de vent et d'air, rappelant ainsi au chêne et à l'orme les brises de l'ancienne forêt.

Devant ma cheminée étroite et peu profonde, je songe à l'âtre magnifique de votre salon des champs. Laissezmoi copier, pour vous l'offrir, cette phrase que le marquis de Mirabeau écrivait dans l'une de ses lettres à la fois si robustes et si fines : « Le feu tordu au retour, ayant le fagot pour base, des souches pour façade et des copeaux pour fronton, dissipe l'humidité, et, sauf respect, vaut mieux que le soleil. » Ce feu-là, c'est le vôtre ; ce n'est pas le mien. Ma gouvernante entasse sans art journaux, margotins et bûches. D'ailleurs, elle ne comprend pas mon goût pour ce mode de chauffage.

Et elle est étonnée que le radiateur installé par le propriétaire ne me suffise pas. Le radiateur! monstre de fonte qui

siffle et grommelle, rivé par ses tuyaux à la muraille et habillé de ripolin : connaissez-vous rien, chère Agathe, qui donne aussi peu envie de rester chez soi?

Pour ma part je préférerais la rue, certains soirs d'hiver, à un intérieur où l'on n'aurait pas, pour oublier la bise, d'autre secours que le radiateur. Lire les journaux du soir, au coin de son feu, en pantoufles, avant d'aller dîner en ville, c'est, vers six heures, une occupation nécessaire et délicieuse. Parfois, laissant en plan la « dernière heure » ou le leader (comme ils disent) consacré aux graves "■&**•«««,.•

questions de politique étrangère, on se penche vers les chenets, et, les pincettes à la main, on rétablit le bûcher miniature sur lequel on tentait de brûler et de détruire, comme un condamné, cet ennemi, hélas, toujours renaissant: le Spleen d'Hiver. Puis, on quitte à regret l'hospitalière chaleur, pour aller trouver dans un salon la chaleur entêtante et captive que distribuent sournoisement les radiateurs dissimulés.

Souvent, pour m'occuper, pour me venger aussi, je tourne les clefs de ces appareils sauvagement civilisés. Ainsi tout le monde bientôt grelotte-t-il, les femmes demandent leurs fourrures et, moi, je propose d'allumer du feu. Mais, depuis que les cheminées ne servent plus à ce pour quoi elles ont été faites, la plupart des locataires les ont converti en armoires ou en commodes, et l'on hésite, le plus souvent, à consumer, même pour sauver de la bronchite ses amis les plus chers, les vêtements d'été et les

chapeaux de paille que l'on réfugie, l'hiver, sous les trappes.

Il ne reste plus, alors, qu'à quitter la Sibérie de luxe qu'est devenue le salon des X... ou des Z... On rentre chez soi, et, si l'on ne rentre pas seul, n'est-ce point une des meilleures heures de l'existence que celle où, dans une chambre close et ténébreuse, naît la douce chaleur et la mouvante clarté d'un feu de bois et de pommes de pin? Presque contre la cheminée, au pied du lit, se dresse une petite table ornée d'un succulent médianoche '. N'aimez-vous pas ce mot désuet? Au centre de la table, sur un réchaud de vermeil usé, fume un consommé de velours fauve; un perdreau froid, une salade confite, quelque compote faite avec une vieille recette forment le menu de cet intime repas nocturne, que l'on arrose, si vous le voulez bien, avec une bouteille de ce vin délicieux et rare que je dois à votre munificence : le Monbazillac, Agathe, que l'on fait dans votre domaine, lorsque le raisin, ayant atteint l'état de «pourriture noble » et gorgé de soleil, rend son âme odorante et sucrée, l'âme même de l'été défunt.

Ah! que n'êtes -vous là, Agathe! nous trinquerions

ce beau médianocbe ! Que n'êtes-

ensemble, à vous là !.. .

la fin de

Jean-Louis Vaudoyer.

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