‹ Gazette du bon ton (volume 5)Chapitre 27 sur 41 · MASCARADE · texte numérisé non relu

MASCARADE

ES déguisements à mon avis sont de trois sortes, — les déguisements utilitaires, les déguisements historiques auxquels je joins les ethnographiques; et les autres.

Les premiers n'ont que faire ici dans le Bon Ton, j'entends les travestis revêtus selon les âges par les malfaiteurs dans le but de tromper sur leur qualité, à commencer par le démon et son habit de serpent. Les historiques, les voici : — Tandis que tourbillonnent sur un air de boston mousquetaires et Suissesses, bohémiens et bretonnes aux costumes authentiques, François premier, la jambe avantageuse conte comme il sait faire, fleurette à une belle; — il est bien près d'avoir conquis le cœur de la Pompadour car c'est elle ; on le connaît à sa coiffure poudrée, aux guirlandes de roses "mousse" rampant sur son corsage à taille interminable ; son bras que prolonge l'éventail peint en miniature embrasse négligemment le col de cygne de la causeuse Empire et notre hôtesse s'écrie: "Quel charmant tableau". Et je lui crierais moi, s'il existait des termes galants pour

contredire en ville : ' ' Non Madame, ce n'est pas un joli tableau".

Mais ici, sur un terrain plus neutre, je lui dirai ce que j'ai au cœur :

" Comment avez-vous pu tomber, Madame dans cette erreur de donner en 1913 un bal où se heurtent d'aussi choquants contrastes. Vous avez, je n'en disconviens pas, satisfait à certains désirs secrets de vos convives en leur donnant occasion d'incarner pour une heure une figure enviable; peut-être aurez-vous même marié le roi galant du seizième à la royale et Louis XV concubine, ce dont on ne saurait à la lettre vous blâmer, mais ce faisant, vous avez péché contre le goût pur et, ce qui est plus grave, contre la mode. N'eut-il pas été bien plus glorieux de réconcilier Scharriar avec Schéhérazade ou de rapprocher Aladin de Badroulboudour ? — Pourquoi cela? dites-vous?

Madame I — une semblable question ! ! ignorez vous donc les tentatives récentes des croisés de la mode?

partis là-bas, en Perse et en Alger, non pour convertir cette fois mais pour être convertis. — A l'Islamisme? — ' il n'en est pas question, mais

aux modes bigarrées, aux turbans, aux aigrettes et aux bouffantes culottes; c'est être mécréant à la façon nouvelle que de l'avoir méconnu.

Mais à ce propos, puisque vous semblez ignorer Madame tout cela, à moi de ne pas vous mal initier à ce qui se doit faire et vous induire en erreur. Vous saurez donc que nos croisés n ont pas rempli cette année la mission orientale que l'on attendait d'eux, pareils à certains de leurs pieux devanciers détournés de leur but par d'imprévues délices, ils se sont arrêtés en chemin; leurs vaisseaux ont mouillé dans les eaux de Venise, leurs ancres ont grippé le fond de la lagune. Nouveau Villehardouin j'ai couché par écrit dans ma chronique leurs travaux.

Permettez-moi, puisque j'ai commencé, de vous garder Madame pour interlocuteur, je ne vous accablerai plus, j'en fais le serment, de mes reproches. — Ainsi donc, votre prochain bal sera plus chrétien qu'il n'eut été l'an passé, quoique plus masqué ; le masque en effet y aura la plus large place, mais, ô subtilité, je me fais scrupule ici de décrire et de préconiser les habits véni-

tiens qui d'abord viennent à toutes les mémoires. Certes, nous serons reconnaissants de voir à ce bal Arlequin, Pulcinella et la Signora Lucretia, Fracasse, Fritello et tant d'autres de la Comédie, mais, c'est l'Esprit même de Venise qu'il me plairait de voir régner ici, avec le masque rendu à sa mission primitive: favoriser l'incognito. — Ceci est le point important, mais qui voudra se résoudre à ne point être reconnu, à passer peut-être, horreur!... pour un autre? les vénitiens pourtant le faisaient, il vous faudra donc en passer par là. Ils en avaient une grande coutume, j'en conviens, eux dont le simple habit de promenade était pour le moins un domino. Sans pousser aussi loin qu'eux l'horreur de se montrer tel qu'on est, ayons confiance en leur don périmé d'invention pour se travestir. Ils ne fuyaient pas, certes, les costumes consacrés aux allégories traditionnelles, mais choisissaient parmi eux ceux qui répondaient à leur caractère; un Gille au cœur tendre ne se mettait point en pohchinelle. En conséquence, mais je crains d'encombrer de mêmes masques tout le Carnaval, je dirais, si vous avez de l'esprit, mettez-vous en bossu.

Jean Besnard.

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QOURIANTE, au seuil du bal enfantin, Lady Clare nous accueille : « J'étais lassée, dit-elle, des légendes persanes; du poète à l'œillet, de la mystérieuse Péri. Leur langueur sied mal à nos alertes bonshommes. J'ai préféré renouveler les jours pim-

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pants de la Régence; voyez! de mon salon, j'ai fait le Pont-Neuf! »

Les boiseries ont disparu. A leur place, un décor en grisaille étend un ciel fin au dessus des toits. Entre deux rangées de boutiques, un peuple menu badaude et s'admire. Ce sont petites gens (de cinq à douze ans) venues à la promenade et aux emplettes. Il semble que les saisons et l'usage aient caressé leurs vêtements aux tons doux. N'est-ce pas la pluie qui rouilla la houppelande cannelle du mendiant? la lessive qui pâlit tendrement le jupon ardoise de la pour-

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voyeuse ? Kt la chape grise du preneur de rats garde -t- elle pas en ses plis un peu d'ombre ?

Tous sont si naturels, que chacun de leurs gestes éveille une image oubliée. Bleus crayeux, gris d'argent, roses mûrs de Lancret : devant l'échoppe de l'herboriste s'arrête une compagnie. Une dame de qualité fait boufîer sa jupe "ébaubie"; le maître de bon ton, la marchande de modes choisissent de l'origan et de la nonpareille. Rouges tannés, bistres sourds, noirs profonds de Van Troost: aux pieds du montreur d'images, le porteur d'eau, le gagne-petit, l'écaillère et le chaudronnier s'interpellent. Cartouche, un emplâtre sur l'œil, feint de s'intéresser au débat.

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Mais voici poindre le justaucorps bleu et les bas écarlates d'un Garde-Française. Le bandit s'efface. . .

De grands laquais, en livrée gris de lin, passent sur des plateaux les sorbets fruités et les crêpes d'or du mardi- gras. Aussitôt des rondes gourmandes les encerclent.

Les flammes des bougies brasillent dans l'air chaud; un halo de poussière enveloppe le bal bourdonnant. Surgit une silhouette d'une sveltesse fragile. Un jeune garçon en costume d'étudiant. Son regard suit un rêve, sa bouche sourit. Et je tressaille de voir, par dessus les siècles, cheminant, solitaire dans la foule du Pont-Neuf, le pensif, le divin AVatteau, que ses songes invitent à l'amoureux voyage. Maggie.

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DE ET LE BON TON

î E Carnaval ! Évocateur et troublant ce mot fait rêver aux Tiepolo, aux Souvenirs du Président De Brosses, à Casanove, à Longhi, à Goldoni! Nice et Cannes, avec leurs cavalcades burlesques, comprises suivant la tradition, donnent lelong de leurs routes embaumées et fleuries, sous le bleu lumineux du ciel méridional, l'impression très nette et très juste de ce que doit être le carnaval : une folie, la métamorphose complète d'un jour qu'on désavouera peut-être demain, mais qui donnera à l'esprit et aux sens, la vie d'heures intenses, invraisemblables et fugaces...

le carnaval c'était cela à Venise.

A Paris, c'est le bal costumé dans le

cadre plus ou moins restreint d'un

hôtel ou d'un appartement moderne ;

l'intrigue n'y a plus cours, l'audace du

masque y est interdite. . . Alors ?

ALORS, ô toi, qui dois, demain, faire figure au bal Louis XIII, Persan ou Grec de la Duchesse de XX X... cherche à remplacer la fantaisie et la folie par une reconstitution scrupuleuse et si j'ose dire, fantomatique. N'arrange pas une coiffure à ton minois, ni un costume à ta taille, ton effet serait raté et tu n'aurais l'air que d'une bourgeoise; mais cherche au plus profond de l'époque qui t'intéresse un personnage saisissant et coloré.

Etudies-en l'âme et le caractère, fais le revivre pour un soir, fût-il féroce, inattendu ou laid.

"NIE cherche pas "l'agréable" nous n'y tenons pas plus, que nous ne tenons à

une jolie femme aujourd'hui; il est des laides, étranges et pleines de caractères, qui savent nous captiver bien davantage.

Pourquoi ?

Parceque nous avons évolué, parcequ'une personnalité est plus pour nous que la beauté conventionnelle; parceque notre époque est par excellence celle des contradictions, des paradoxes et de l'inattendu; parceque c'est ainsi et pas autrement, voilà tout.

QI le bal où l'on te convie ne comprend aucun style spécifié, cherche dans les objets, et non plus dans les personnages, une figure amusante : un de mes amis souhaite une invitation de ce genre pour arriver en "poire" ce pour quoi nous lui prédisons un succès fou, car, en homme spirituel qu'il est, cette personnification du fruit idiot ne sera pas sans créer du piquant à sa conversation.

(T^ERTAIN couple charmant rêve de se faire annoncer en "œufs de Pâques":

l'œuf en sucre et l'œuf en chocolat.

Que dirais-tu d'une potiche, japonaise d'où ta tète émergerait étudiée et étrange ?

Le poussin " jusl oui" inspiré de l'affiche célèbre, serait une reconstitution charmante comme l'évocation d'un monument très connu, d'un tableau trop vu !

TA caricature d'un style est une des choses les plus curieuses, qui soient non par la beauté, mais par le cocasse de sa réalisation. Demande, en ce cas à un peintre son avis et son conseil; lui comme aucun autre, saura trouver du grotesque... réussi. •

¥L me souvient d'un certain Louis XIV, en personne, dont les canons étaient faits de centimètres multicolores et la perruque d'échevaux de soie jaune; dont la culotte était composée de son pantalon retroussé, et son habit, d'une veste de femme en piqué blanc; celui-là, les joues peintes au ripolin, la canne faite d'un manche à balai; un chapeau de paille de cinq sous troussé en tricorne sur la tête; celui-là dis-je, restera comme une des impressions les plus comiques que j'ai eues.

^TOIS-TU la caricature de Catherine de Médicis, de Mme de Maintenon ou de Cléopâtre; celle de Mme Vigée le Brun? Elles pourraient être chacune dans son genre, le clou d'une soirée, si tu te sens prête à la riposte burlesque, à l'assaut imprévu que suscitera une pareille fantaisie.

Ql tu es contemplative et lente d'esprit, si tu aimes par dessus tout à regarder, et si tu dois être décontenancée à la moindre attaque, alors porte le domino, magnifique et éclatant sous la lumière des lustres.

Accroche le masque de velours qui dissimulera ton visage et ce sera encore très beau, d'avoir sur ton passage, l'évocation des belles princesses de Venise qui sous les arcades des Procuraties promenaient leurs voluptés et leur dilettantisme en ce joli temps de licence qu'était le XVIII e siècle.

IpN tous cas, tout ce que je te demande, c'est de ne pas t'habiller en arlequine

et en folie pour t'en aller mélancoliquement bâiller dans l'embrasure d'une porte ou souffrir le pauvre martyr d'une belle dame habillée en ruche à abeilles, à laquelle il advint l'aventure suivante : meurtrie et fourbue, les pieds à l'étroit dans des souliers minuscules, elle voulait s'asseoir, mais dans l'impossibilité de le faire, à cause de sa jupe : une véritable ruche, raide et sans souplesse comme de juste, elle cherchait en vain un soutien au chambranle des portes, contre les cheminées, partout... à demi morte, on la trouva à cinq heures du matin le dos assis sur le coussin d'une bergère, le reste du corps raide et effleurant le sol comme un parapluie oublié là...

Encore un conseil pour finir : va au bal costumé, pour t'amuser, seulement dans ce but, sinon mieux vaut prendre un bon livre et t'asseoir au coin de ton feu, car rien ne peut concourir davantage au raté d'une fête que la présence de masques tristes qui se regardent en se demandant ce qu'ils sont venus faire là.

Le Bon Ton.

P. S. Quelque soit le costume choisi n'emploie comme sortie de bal qu'un vêtement exotique ou de pure fantaisie :

gandourahs égyptiennes, manteaux indiens, robes japonaises fourrés ou ouatés, capes espagnoles, manteaux de papes ou vêtements russes, mais ne mets jamais un manteau d'opéra si tues une femme, ni un mac farlan si tu es un homme.

Un chapeau de Maria-Guy

PI. I. — Costume d'homme en gros satin borde de cygne. Le maillot, la doublure du manteau et le turban sont en Velours.

PI- H- — Elle est Vêtue d'une iupe plissée en gaze d'or sous une autre jupe lai tonnée en tissu persan broché. La culotte et la blouse à manches longues sont en mousseline de soie plissée avec des bracelets d'or aux poignets, aux chevilles et au cou.

PL III. — Robe princesse en gaze lamée d'argent. Les feuilles de nénuphars bordant le décolleté sont en Velours ainsi que la coiffure oit se mêlent des roseaux.

PI. IV. — La robe de Paquin est en charmeuse blanche peinte de petits oiseaux Verts et rouges et garnie dans le bas de larges Volants plissés rouges. La cage, de mousseline de soie transparente à barreaux d'or, est garnie de glands, de fleurs et de fruits de laine.

PI. V. — Le costume de Paul Poire 1 est en soie plissé. Les boulingrins en mousse de laine sont piqués de petites fleurs de laine également. Des stalactites de cristal et de strass garnissent la coiffure en Velours marbré.

PI. VI. — La robe princesse de Redfern en Velours frappé incrusté de paillettes d'argent s' ouVre sur le devant et laisse Voir un dessous de mousseline de soie.

PI. VII. — La "Maya" habillée par W*ortb est Vêtue d'une robe à panier de taffetaschangeant bordé de ruche, sur une jupe, de Tarlatane blanche à girandole de roses de Velours. Elle est coiffée d'une mantille noire sur ses cheveux poudrés où est piquée une rose.

PL VIII. — La Bergère de Cheruil est Vêtue d'une jupe panier en Velours prunelle. La casaque décolletée, en carré et découpée en larges vans, est taillée dans une grosse peau de soie.

PL IX. Le manteau chinois rouge et noir de Dceuillet est doublé de soie et couvre un panier de satin sur une jupe de soie brodée d'une guirlande. La robe de dessous est en crêpe de Chine.

PL X. —Le costume de Douce t est un panier d'organdi "aurore" sur du quinze-seize "nuage ". Le nègre est habillé de soie.

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Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant.

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