‹ Gazette du bon ton (volume 5)Chapitre 37 sur 41 · HOTEL AST0R1A · texte numérisé non relu

HOTEL AST0R1A

Champs-Elysées

Confort, tranquillité

Prix modérés.

Grand Hôtel Ville de Paris

Hôtel de famille de i er ordre

E. HAÎ1PELE, propriétaire et directeur

oc

Hôtel de i er ordre

Directeur : Aug. OSER \

Ouvert d'Avril à fin Octobre

Tir au pigeon - Grand Kursaai - Casino

P&rfe-Wôî«l

Confort moderne

Direction : ELLMER

Hôtel du Parc Majestic Palace

Maisons de tout premier ordre J. ALETTI, directeur

Paris

Strasbourg

Venise

Vichy

Chez MERCIER Frères

Tapissiers - Décorateurs 100, Rue du Faubourg- Saint- Antoine. PARIS

LETTRE A UNE PROVINCIALE

Paris, mars 1913.

OTRE belle amie Patricia, chère Agathe, est venue de Londres passer quelque temps à Paris. Elle ne change pas. Elle est toujours cette grande personne à moitié fée, à moitié déesse, à la fois Titania et Hébé ; vraiment les personnages de certaines tragédies de Shakespeare, Hélène ou Portia, telles que nous les montrent les peintres anglais dans les Keepsakes de 1840, hardies et bien membrées, tenant le glaive ou le rameau.

Ses toilettes sont plus que jamais intrépides et singulières. Cependant elles n'ont pas des couleurs ni des formes plus baroques et plus audacieuses que les toilettes qui sont « à la mode » en ce moment chez nous. Les robes de Patricia, néanmoins, seront toujours voyantes. C'est qu'elle est seule à en porter de semblables. Elle le lait avec une sorte de gravité enfantine, de noble gaucherie qui lui donne

un « style » extraordinaire. Pas une française ne résisterait à de pareils attiffements ; elle aurait aussitôt l'air d'une « déguisée ». Les françaises veulent bien braver le ridicule, mais en corps ; et, quand il s'agit d'adopter une forme de manche ou de jupe, elles ne font pas de différence avec leur goût et leur devoir. Patricia ignore de pareils héroïsmes. Elle a des opinions très personnelles sur la façon dont elle doit et veut se vêtir; et elle obéit sans fraude aucune à ses opinions.

Elle est venue à Paris pour « rafraîchir son français », qu'elle prétendait ne plus savoir parler. Vous savez que, au contraire, elle le parle avec une pureté presque livresque; elle a appris notre langue en lisant Renan et M. France; aussi, parlant si bien, mais avec tant d'accent, a-t-elle toujours l'air de se moquer un peu de vous.

Cette cure, Patricia avait décidé de la faire en assistant chaque jour, pendant une semaine, à une conférence. Elle avait aussi décidé que je l'accompagnerais. C'est une grande et forte épreuve que je viens de subir. Agathe ! Il faut me plaindre un peu. Jugez-en!

Lundi, nous avons été au vénérable collège de France, dans une petite salle qu'emplissait l'odeur du rhume. Un extrêmement petit et délicat vieillard, à peine discernable derrière sa chaire, nous a entretenu

de certains épisodes peu connus de la vie de saint Papoul et de celle de saint Saturnin.

« Quel bizarre accent a ce monsieur! Je ne connais pas cet accent là! » disait Patricia. Ce professeur n'avait pas d'accent, mais il n'avait plus une seule dent, et cela lui donnait en effet une façon de parler particulière, assez confuse. — Mardi, je pensais me dédommager.

C'était dans une salle élégante. — Un très célèbre couturier devait exposer ses idées sur la mode. Il l'a fait avec une gravité déconcertante. Ah! par comparaison, le professeur du collège de France nous a paru bien futile ! Ce couturier a cité deux fois saint Augustin, une fois Porphyre, et le passage qu'il nous a lu, pris dans M. de Sacy était interminable.

Mercredi, une comédienne fastueuse, qui, sur les scènes des boulevards, joue des rôles auxquels rien ne résiste, est venue nous dire ce qu'il fallait penser du renouveau patriotique qui fait battre le cœur de tout bon français. Elle avait une robe tricolore, la narine frémissante, le geste ému. Elle nous a lu, pour finir, quelques centaines de vers d'Hugo, une dépêche de M.

Déroulède et une œuvre de M. Gustave Hervé — Le jeudi, un journaliste réputé pour son esprit et un jeune chirurgien

réputé pour son adresse ont fait le diable et le bon dieu, c'est-à-dire, une conférence contradictoire, sur un sujet que j'ai oublié.

Vendredi « une très grande dame », à la silhouette de tambour-major a su nous apitoyer, son face à main lui chevauchant le nez, sur un sort particulièrement cruel. Il s'agit de malheureux poissons vivants que l'on emporte dans des viviers, sur les transatlantiques, pour nourrir les passagers. Ces infortunés poissons, parait-il, entendent le bruit des vagues et de la liberté à l'heure même de leur mort. C'est contre ce raffinement sadique qu'on nous a demandé de nous élever.

Enfin, samedi, une conférence. Un petit garçon, (costume de velours, col de dentelle) qui a fait deux fois le tour du monde. Il en a rapporté des cornes de rhinocéros, des morceaux de minerai, des échantillons de graines oléagineuses, et un certificat qui prouve qu'il a été embrassé par le président Kruger.

Après cela, Patricia devait rentrer à Londres. Mais elle a voulu se rendre au fameux bal des pyjamas et des chemises de nuit. On n'a pas voulu nous laisser entrer. Jamais on n'a consenti à croire que la chemise de nuit de Patricia en était vraiment une. Ce qui était cependant vrai.

Ah ! Agathe, que je vous envie d'être aux champs. Mille choses aux lilas, je vous prie.

Jean-Louis Vaudoyer.

Coiffure et corsage.

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