BIJOUTERIE — ORFÈVRERIE C""") ^M
LONDRES D NICE D MO Ni TE-CARLO
Le M
•■«■<* >.ff>^
ariage aux
Ck
am
■nH bien ! Céline... j'avais touché juste lorsque, l'été dernier, *-* tandis que vous jouiez la comédie au château chez votre grand'mère, je vous y écrivais, en badinant, que vous nous apprendriez vos fiançailles, à l'automne... Pour un devin d'occasion, se tromper d'un mois, ce n'est guère. Ce que c'est, tout de même, qu'être psychologue ! Vous vous mariez. Je l'avais bien dit... Aussi, Mademoiselle, cela vous apprendra, pour une autre fois : ce n'est pas impunément qu'une combustible personne comme vous, sous le couvert de JVLusset, fait des agaceries à Silvio, quand c'est un trop joli cousin qui en tient le rôle. On se brûle à ce jeu, Céline. Vous vous êtes brûlée, c'est bien fait. On vous mariera au printemps... Et en voilà pour toute la vie, imprudente !
Il paraît — ce n'est pas vous qui me l'apprenez, car vous étiez distraite, en m'écrivant — il paraît que la cérémonie aura lieu à la campagne ? Je vous reconnais bien là, Mademoiselle Pas-comme-les- Autres. C'est au moins une idée à vous, ça encore ? Je la trouve charmante. Je vous vois d'ici, mariée de village, au milieu des pommiers en fleurs, qui auront l'air d'être de la noce, pour faire pièce à vos demoiselles d'honneur : savoir si elles seront aussi jolies ? Ah ! le piquant cortège ! On aura logé les invités chez les voisins. Le grand jour, il faudra les faire chercher de bon matin, en char à bancs. Et vous-même, c'est dans ce rustique appareil que Monsieur votre père vous conduira jusqu'à l'église. Le curé aura fait des frais : il aura une soutane neuve, et tous ses polissons d'enfants de chœur de beaux surplis blancs, tuyautés exprès. Les cloches sonneront pour vous toute seule, Céline ; et vous trouverez cela très émouvant. Car vous les connaissez, ces cloches. Elles ont sonné toutes les heures de votre enfance, et leur chanson vous est familière... Et dans votre village, lorsque la noce défilera, tout le monde sera là pour vous faire honneur. Les commères en beaux atours se mettront sur le pas des portes pour vous voir passer. La boulangère dira : « Elle est faraude, notre petite châtelaine ! . . . » A quoi la demoiselle de la poste
répondra : « Et pas glorieuse, avec cela!... Elle n'a pas voulu se marier à la ville... elle a préféré son petit pays... Mais quel courrier pour le piéton!... » Et les laveuses aux bras nus s'arrêteront de taper leur linge dans la rivière, pour vous admirer, et plus d'une aussi, Céline, rêvera : « Quand viendra mon tour...»
Et puis, Céline... Et puis, M. le maire et M. le curé ne vous diront pas de bêtises, dans leurs discours. Ils vous connaissent, eux... Ils ne vous diront pas, comme ceux de Paris, que c'est un grand honneur pour l'arrondissement ou pour la paroisse, etc.. Ils vous parleront de vous, de vos bons parents, de votre village.
Cela ne sera pas ennuyeux. Cela sera même attendrissant, et fort gentil. Et puis, il n'y aura qu'un nombre très limité de photographes, et pas de cohue. Et puis, la journée sera ravissante. Les fleurs seront vraies, le ciel pur, le déjeuner honnête, et fait chez vous... Et comme il fera beau, il aura lieu dehors ; et votre table à vous sera servie dans le grand arbre où vous jouiez à Robinson, quand vous étiez petite, vous vous rappelez? On y aura installé une logette. Et à la fin du repas, Madame votre mère essuiera une larme ; Monsieur votre oncle le général sera pompette et prendra son mirliton pour un bâton de maréchal ; et les gars du pays viendront vous faire un charivari, afin que vous leur donniez à boire ; et l'une de vos petites amies
sera déjà à moitié fiancée avec son garçon d'honneur. Et votre mari commencera à avoir envie de s'en aller — et vous, vous vous sentirez un peu de migraine... Mais contente, sans doute, aussi... Et la journée passera ainsi, comme elles passent dans la sereine paix de la campagne.
Les folles de la bande feront une ronde sur la prairie, et les brumes du soir dérouleront leurs molles écharpes autour d'elles. Un petit cousin balancera sa petite cousine sur l'escarpolette ; et, cependant, la petite cousine poussera des cris aigus d'oiseau... Enfin, Céline, ce sera une jolie journée, sérieuse, gaie, pas officielle. Une journée entre les autres — mais plus heureuse que les autres, et pleine de promesses au milieu des aîtres familiers, des arbres amis, d'un horizon que vous aimez, qui sera là, autour de vous, comme toujours, affectueux, tranquille, éternel...
Et le soir, les invités partis, vous serez chez vous, Céline, toute rendue. Dans votre vieille maison familiale où successivement tous les vôtres sont nés, ont vécu, se sont mariés ; où l'on conserve, sous des globes, les couronnes de fleurs d'orangerdes grand'mères. Au fait : où vous déposerez la vôtre, à votre tour, pour faire comme elles, sous un globe... Et cela fera plaisir à vos petits-enfants, plus tard, quand vous n'y serez plus, de savoir que vous aussi, vous en aviez une. Emile Henriot.