LA BARBE A TRAVERS LES SIÈCLES
'origine de la barbe est, sans doute, l'absence de rasoir. Adam, si la sculpture est exacte, portait sur le menton une petite touffe de poils, qui, n'étant pas suffisante pour embellir sa figure, aurait dû être extirpée. S'il avait possédé un rasoir, Eve l'aurait prié de sacrifier cet ornement manqué. Car la femme d'Adam connaissait bien
la coquetterie; témoin son tablier de feuilles... Citons aussi Èsaii, héritier
de la longue et volumineuse barbe de Jacob, son père vénéré, et portée
aujourd'hui par le Père Noël. En effet, la barbe était considérée par les
gens de cette époque comme signe de virilité.
Shakespeare se servit de la phrase beardiejé boy (jeune homme sans
barbe). Snwoth face (figure qui n'a pas besoin de rasoir) était également une
expression dédaigneuse parmi les galants de la cour
de la reine Elisabeth d'Angleterre. Tous les amants
de cette reine réfractaire au mariage étaient bien
barbus : le séduisant Essex et le valeureux Raleigh,
qui, dans son double rôle de courtisan et de pirate,
donnait du plaisir à sa royale patronne et contribuait
pour beaucoup à remplir son coffre-fort. Combinaison
pratique...
LES NÉGUS DÉSAPPOINTÉS Les descendants d'Adam qui habitent l'Abyssinie ont toujours été très partisans d'une barbe
onduleuse que l'on a nommée « la barbe abyssine ». « Une belle barbe abyssine », dit Bernard Shaw, en faisant le portrait d'un de ses personnages fantastiques. Du reste, cet accessoire hérissé n'a guère changé depuis que le premier roi d'Abyssinie lui donna le cachet de son approbation.
Quelques Négus de Madagascar ont eu l'idée de porter la barbe de la même façon; mais, malheureusement pour cette race si coquette, le climat malgache, ou, peut-être,
la nature, les en empêche. Les Négus ont été
forcés d'admirer les Abyssins sans être capables de reproduire l'ornement tant désiré. Les
Indiens et les vieux Mahométans, si tranquilles
et si posés, ont des barbes qui leur descendent
jusqu'au ventre. Quelquefois ces messieurs
teignent la barbe avec un peu de benna. Si
la fuite des ans a blanchi leur barbe, le
résultat en est un rouge bien vif. Mais si la
jeunesse triomphe encore, la barbe devient pourpre ■ — chose bizarre. Voulez-vous savoir, ô lecteurs intrigués, pourquoi se défigurent-ils !
C'est la mode et la femme. L'un et l'autre le commandent. Le complaisant
Ali est pris entre les deux. Oui, par la barbe du Prophète !