‹ Gazette du bon tonChapitre 21 sur 38 · LINGERIES · texte numérisé non relu

LINGERIES

DANS cette région mystérieuse qui va du cabinet de toilette au lit, et vice versa, n'accède pas qui veut, vous savez. Il faut montrer patte blanche pour y être admis, et si l'on a cette chance, assurément on n'y saurait pénétrer avec désintéressement (à moins qu'on ne soit médecin). — Aussi nous trouvons-nous embarrassé, ayant à traiter aujourd'hui de certaines choses qu'on y voit — et qu'on ne voit que là ; car c'est dire qu'on est fort avant dans l'intimité des personnes, que donner d'indiscrets détails sur leur chemise ou leur jupon, et c'est s'exposer sans aucune sorte de recours aux plus humiliants quolibets, que de venir vous confier : « J'ai vu Céphise, dans son bain : elle avait un joli bonnet »,

vous vou ont, pour mir, fair« leurs onjles et ava 1er leur chocolat — et ce qui s'ensuit — adopté un très grand luxe de babioles (qui ne pèsent point et qu'un maladroit déchirera, dans sa presse, en un tournemain), tel que, d'abord, c'est tout à fait joli ; et, ensuite, que cela vous les rend si vaporeuses que l'on ose à peine y toucher.

Linge des femmes, merveilles délicates ! On y songe avec volupté ; et dans tout l'arsenal des secrets artifices où la beauté aime à préparer ses

ou : « Mariette, pour entrer au

lit, est ravissante à voir, dans

ses dentelles ». — Nous

n'échapperons point à ces

ridicules. Nous le savons,

nous en sommes chagrin,

triste, déconfit. Que faire ?

Y aller bravement ,

Madame. Et sans plus

d'ambages, vous dire que

I Céphise et que Mariette

pièges séduisants et dangereux, on ne sait rien de plus irritant que ce rayon des armoires où, en piles odorantes, reposent ces légères choses tuyautées, ajourées, dentelées, impalpables, qu'elles nomment ingénument jupons, cachecorset, bonnets, chemises, voire pantalons ; comme si les vocables faits pour désigner des objets aussi matériels pouvaient, aujourd'hui du moins, s'a-

pter aussi justement à

ces vapeurs, a ces nuages, à ces allusions... La soie, la mousseline, le tulle, la batiste, le crêpe de Chine, le voile de soie, voilà les seuls tissus qui conviennent à ces paradoxaux dessous, qu'elles préfèrent rosechair, afin que l'illusion soit plus complète encore d'une fleur dans sa transparence. Et vous verrez qu'elles finiront par porter ' des chemisettes en aile de libellule, un e ces jours, tant ces vains ornements, tant ces voiles leur pèsent. A moins

§ wuwrs in sien). s.

qu'une ingénieuse lingère ne les décide à se laisser envelopper de papier de soie, comme les fruits confits et les bonbons — pour le plaisir qu'on a de les décortiquer... Mais nous n'en sommes pas encore là.

Le dernier mot du raffinement — voyez comme la roue des modes tourne : on en revient presque aux héroïnes de Paul Bourget, qui portaient des chemises roses et des corsets noirs ; — le dernier raffinement, le voici : c'est, sous la robe, tout un attirail de lingeries à volants, à guimpes, à ruches, en mousseline de soie noire décorée de dentelles roses, et de dentelles noires sur mousseline rose — (ou bien mauve, si l'on est en deuil) — le tout à grand renfort de plissés dits « accordéon », pour ne pas faire transparent, nous souffle- t-on.

Mais parmi tant d'inutilités, c'est le bonnet qui a le pompon. Le bonnet blanc, qu'on porte cinq minutes, éclatant de fraîcheur (on ne saurait dormir avec, ni rien faire d'autre), — accompagné de valenciennes. Avec des brides, naturellement, comme ceux de nos grand'mères. — Mais il va de soi, néanmoins, que ces brides ne servent jamais ; car un bonnet bien attaché, ce serait à décourager tous les coups de vent, et tous les moulins.

Nicolas BoNNECHOSE.

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