LA MAISON DU BONHEUR
OLTAIRE a dit : Nous cherchons tous le bonheur, mais sans savoir où, comme des ivrognes qui cherchent leur maison, sachant confusément qu ils en ont une . JM.01 qui suis buveur a eau, je puis vous aire où est la maison du bonheur. Rassurez-vous, il ne s agit pas d une lumerie d opium clandestine, il ne s agit pas d un boudoir de cocaïnomane. Cette maison du bonheur dont je veux vous parler, vous la connaissez tous comme moi, vous en passez le seuil trois lois par semaine. -Lja maison du bonheur, c est le cinéma. JVlais voilà, si j ai bonne mémoire. Voltaire n allait pas au ciné.
11 avait tort. S il avait vu, comme nous, cinq cents personnes, les yeux agrandis et la gorge sèche, possédées par le démon de 1 Aventure, suivre sur un écran les péripéties d une rixe au lond d un bouge de Californie, s il avait touche ces mains moites ou ces poings crispés, s il avait ausculté ces cœurs populaires, il aurait crié au miracle. Pour un monarque névropathe, que de chemises d hommes heureux on pourrait réquisitionner dans ces salles béatikques. Avez-vous observé, quand le film vient de finir et que la lumière se lait, le regard d un spectateur de
cinéma ? Il chavire encore, tout ébloui de sa lélicité. L homme aspire une bouilée d air, pour emplir son thorax longtemps comprimé par la passion ; la femme essuie ses yeux embués. O ils parlaient, s ils pouvaient parler, 1 un et 1 autre pousseraient ce cri de triomphe que iJeaudelaire prête au mangeur de hasckicli : Il est possible que j aie mal dîné, mais je suis un dieu .
A la vérité, plus encore que la salle même, c est 1 écran qu il faudrait appeler le lieu du bonheur. Car si la salle est heureuse, c est grâce à l'influx radieux qui se projette sur la toile magique. Aussi Lien, s il m était permis de choisir ma destinée, c est dans un iilm que je voudrais vivre. On y coule des jours délicieux. La population y est presque exclusivement composée de coureurs cyclistes, de présidents de la .République, de peintres de génie et de poupées blondes sept lois milliardaires. Ce sont des gens très bien, qui ont conservé les mœurs chevaleresques des anciens temps. -Le cinéma est le seul endroit du monde où 1 on voie encore des fils de roi épouser des bergères, lesquelles bergères sont des dactylos.
Lieux lortunés ! Auprès d eux, que sont les v ocagnes et les Lldorados : La nature est ici d une qualité merveilleuse. Les arbres sont triés sur le volet, si je puis ainsi parler, et les clairs de lune sont toujours très beaux, car on les prend
en plein midi. L'amour est litre et Je telles passions se développent à leur aise, qui eussent enctanté iStendtal. Les femmes sont toujours grandes et tien laites, avec des tras délectatles et des reins de ctattes supertes. Elles sont affrancties de nos préjugés mesquins : au cinéma, c'est la femme qui fait, et non 1 tomme, la déclaration d'amour. Usage tien avantageux et qu il serait soutaitatle de voir ado
pte i
■ notre terre.
Le cinéma est le pays de la ptllosoptie parfaite. On y considère le temps et l'espace pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour d'aimatles fictions destinées aux commodités du discours. Aussi la géograptie comme l'tistoire y sont-elles élastiques à soutait, et l'on y a des arrangements avec la mort. J'ai vu Adrienne Lecouvreur dans une fote XVIII' siècle, ctercter l'interrupteur d'électricité pour faire la lumière, et Verclngétorix vaincu jeter aux pieds de César son revolver déctargé. Pour peu qu'il soit sympattique, le téros étranglé ou jeté vif dans une cuve épisode peut sans difficulté ressusciter la semaine , est inconnu. Il n'est pas rare de voir des motocyctstes courir sur les flots, ce que Jésus ne fit qu une fois dans sa carrière, ou des détectives sauter du 85 e étage d'un immeutle de la 17° Avenue et retomter gracieusement sur la pointe des pieds.
peu qu d'acide sulfurique au cours d suivante. Le mot impossible,
J,e détective, au cinéma, est d ailleurs un être fort comparable à Dieu, dont il a la toute-puissance et 1 ubiquité. Il se plaît quelquefois à se donner des airs d amateurisme et revêt volontiers, pour ne pas être remarqué dans la rue, le masque noir ou la cagoide. iSa bravoure et son flair sont au-dessus de tout reprocke. 11 n est pas d exemple qu un voleur, dans un film, ne finisse par se faire pincer, qu un faussaire ne soit réduit au suicide, qu un làclie séducteur ne voie sa vieillesse empoisonnée par le remords. Comment s étonner après cela si le film est une école d optimisme ! C est au cinéma que j ai appris à respirer librement. Je sais désormais que si je viens à tomber entre les mains d'une bande d'assassins masqués, cinq minutes ne s écouleront pas qu un avion fantôme ne vienne me délivrer, et si, capitaine d un paquebot, je suis jeté pieds et poings liés par-dessus bord en pleine mer par mon équipage mutiné, je ne m en ierai pas pour si peu : car je sais bien que tout aussitôt surviendra un requin serviable, qui coupera mes cordes avec ses dents.
-Lieux fortunés. .En vérité, je vous le dis, le royaume de Dieu est de ce monde, et il y a plusieurs royaumes de Dieu sur les grands boulevards, et il y a un royaume de Dieu dans chaque quartier, un royaume de Dieu dans chaque ville de banlieue. L entrée du royaume de Dieu ne coûte que deux frc
Irancs cinquante.
Georges- Armand M.ASSON.
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de ses de nt elles
L est assez remarquable qu'on fi 1 ~l\ peut ne pas ressentir l'attraction
¥ s /\ et le charme des êtres dans les premiers temps de leur connaissance. Il semble qu'on ne les voit pas " au point ", que le prisme à travers lequel on les observe ne soit pas à la bonne distance; puis, un certain moment ils vous apparaissent dans leur vraie lumière et vous êtes séduit. A moins que ce ne soit le contraire, et que le moment où vous êtes séduit soit précisément celui où vous avez cessé de les bien voir.
Bref, cette dame que je connaissais depuis quelque huit ans ne m'avait jamais touché au cœur. Peut-être que j'étais fortement attaché ailleurs. Pas même . Je ne la voyais pas. Elle passait, comme un incident, et ne se détachait pas sur l'écran des jours. Puis, j'ai ressenti violemment son attrait, d'une façon souveraine. Nous nous promenions quelques amis — dont elle — un après-midi d'été. A la campagne, dans une propriété. Elle s'assit sur un gros bloc
de pierre en forme de table basse et trapue, dominant une vallée. Elle s'assit et sa silhouette se dessina sur le drap du ciel. Le paysage m'apparaissait à ses pieds et entre ceux de cette table de pierre, paysage minuscule, *ik
avec un petit château perdu dans des arbres fous, et dont la silhouette de guingois eût rempli d'aise nos cubistes. Qu'avaitelle de plus, cette fois que les autres, ma dame? Que sais-je? Elle avait un vaste chapeau, sombrero soyeux, une robe de taffetas vert jade et une grosse écharpe de dentelle, d'un vert plus jauni, à fleurettes; elle était harmonieuse : jela découvris. Entre la couleur du temps, la teinte de ses parures et la nuance de mon cœur s'établit un synchronisme exact. Le paysage, la dentelle à fleurettes, mon être sensible se nouèrent du même lien coloré et fort, singularité dont je ne me ris pas en cherchant à l'expliquer aujourd'hui, car c'est un coup de couleur qui dure toujours.
Cette dame eut-elle conscience du phénomène de la séduction? — Je le pense.
Elle a dû en avoir l'instinct secret, car depuis lors elle a porté toutes sortes de voiles de dentelle et de toutes les couleurs. Elle en a fait composer de charmants, avec de grosses broderies cerise ou
des applications vertes et capricieuses comme des algues.
Toutes ne se sont pas toujours accordées avec mon goût intime, ne m'ont pas enlacé de la même façon. Une dentelle de couleur n'est pas nécessairement un état d'âme. Mon amie a parfois le choix violent. Je me souviens d'être entré avec elle, au Bois, en jardin zoologique trop abandonné :
dommage, car un homme de talent et de science pourrait y accomplir une jolie
besogne, satisfaire notre curiosité moderne et nous donner là, avec une faune et une flore recherchées, comme les " Ballets russes " de la nature. Nous pénétrâmes dans une salle chaude, odorante, qui sentait les tropiques (je suppose ainsi l'odeur tropicale). Il y avait une soixantaine de perroquets suspendus sur leurs perchoirs, une merveille ! Oiseaux polychromes, jacos grises à queues roses, aras bleu sombre et lophophore, amazones marron et jaune clair, cacatoès blancs huppés de rouge, qui tous se
balançaient, qui tous piétinaient leurs perchoirs, qui tous se mirent à crier. Cela faisait un bruit énorme aussi vif que leurs couleurs.
— Comme c'est beau! dit cette dame. Quelle hardie richesse, quelles magnifiques écharpes! Elle ajouta naïvement : " Et comme ils gueulent ! "
C'était l'expression. Il en était un fort beau que nous calmâmes en le grattant doucement sur le cou ; il inclina la tête, souleva son duvet, nous montra sa doublure grise.
Parfois, cette dame que j'aime se souvient des aras. Elle apparaît avec une dentelle d'une couleur bien vive. Elle s'approche, sourit et commence :
— Çàg
Sans prononcer tout à fait le mot. Alors, [je la caresse dans le cou, à la naissance ^^^ ^ e ^ a nu( i ue - Déjà
la nuance est plus douce à ^^m mes Y eux -
Gérard BauËr.
(SB.) av*f i/t»
ir L faut aimer les bonnets de lingerie, les délicieux petits bonnets, parce qu'ils sont enchantés ; ils sont l'illusion et le rêve. C'est par eux que les fées exécutent leurs plus surprenants miracles. Chacun sait en effet que les toilettes ne valent que par qui les porte. La plus belle robe, la robe " couleur du temps " de Peau-d'Ane prendra, sur les épaules d'un laideron, allure d'oripeau; et les plus délicates merveilles des lingères, les combinaisons souples, diaphanes, seront à faire pitié , portées par cette dame, dont, hélas ! on connaît la tournure.
Rien de pareil pour les bonnets : ils créent la poésie, le
charme et la beauté. Grâce à eux, la noiraude devient piquante, et la moutonnière alanguie.
... Chers petits bonnets, si fins, si ténus, voiles transparents posés sur l'or ou l'ombre des cheveux, couronnant la ligne d'une nuque fragile — auréole de dentelles à ce fin visage, à cette bouche, qui s'offre — petits bonnets de
gaze, de tulle ou de mousseline, fleuris de roses, semés de
pois, enguirlandés de rubans
— évocateurs de jolis yeux baissés, qui savent si bien se relever, de peignoirs clos que tant de hasards heureux peuvent entr'ouvrir — petits bonnets ingénus et pervers, bonnets des estampes du XVIIP
— de la Laitière — de la " Gimblette " — bonnets aussi de Ste-Catherine, qui cachent des déceptions, de beaux rêves en fuite — tous bonnets légers, aériens qui s'envolent si facilement, au grand vent des ailes de moulin.
Je leur dois un doux souvenir de guerre. Dans un secteur pelé, je connaissais une maisonnette prétentieuse et médiocre qui dressait sa tourelle de carton au bord d'un chemin gluant, sillonné nuit et jour par les voitures du ravitaillement et les caissons de l'artillerie lourde. Une jeune femme habitait là, à qui je n'ai jamais adressé la parole; mais je lui avais voué une tendresse passionnée. Je ne me rappelle plus rien d'elle, que son bonnet. Il
était rose et noué d'un large ruban. Ce petit bonnet représentait pour moi la paix, la poésie, la joie de vivre, et l'Amour.
Il est des petits bonnets qui sont faits pour le matin, qu'on noue négligemment au-dessus d'un cou pur, et qui accompagnent si bien les tons chauds du kimono; des bonnets pourrecevoir cet ami dont la tendresse s'autorise à vous venir relancer avant midi. Il en est qu'on imagine dans
le cadre d'une fenêtre fleurie, caressé par les mèches folles de la vigne-vierge, et qui se penche en signe d'adieu vers une auto grondeuse, chargée d'imposantes valises de cuir anglais, de la plus sûre élégance masculine. Il en est qui vont et viennent dans l'éclat blanc et nickelé des salles de bains, amis des peignoirs clairs et des mules légères. Il en est qu'on aperçoit furtivement par la porte entrouverte d'un compartiment de sleeping.
Il en est — et ce sont les plus chers — qui se perdent ; la dentelle des oreillers.
... Il faut surtout chérir les bonnets de lingerie, les délicieux petits bonnets, parce qu'ils ne sauraient se porter avec un pyjama. Et le pyjama est peut-être une toilette pour la femme que l'on désire, mais point à coup sûr pour celle que nous aimons.
Robert Burnand.
E vous ai nommée Diane, vous Gisèle et vous Valentine, parce que, bien que beaucoup d'imagination entre dans notre rencontre, j'aime à préciser les images que je me fais... J'étais sur la margelle de marbre rose qui ceinture non plus l'eau noire où le ciel pose, renversée, sa coupe d'argent, mais une inextricable brousse poussée dans le bassin desséché, lorsque je vous ai aperçues, toutes les trois. Les portiques du Trianon encadraient vos silhouettes d'un arc triomphal et léger, et vous descendiez les marches de marbre, rose aussi, avec je ne sais quoi d'aérien et d'ailé qui ajoutait au printemps divin, fougueux et frêle tout ensemble, en ce parc où tout se répond et s'équilibre suivant la pure et classique harmonie. Et un nom m'est venu, inévitable : Watteau. Oui, Diane, et vous aussi Gisèle, et vous aussi Valentine, en ce coin de nature heureuse et cadencée je vous ai associées, Verlaine encore aidant, à l'image de quelque fête galante ou
de quelque embarquement tout proche pour Cythère proche aussi, puisqu'aussi bien les futaies sont accueillantes et que le canal est là pour vous y conduire.
Et ce n'est point une illusion. Vous-mêmes prêtiez au mirage à cause, sur vos robes claires, de ces vêtements légers et vagues où la brise soufflait comme en ces collets de soie que portent les marquises de Watteau. C'est peu sans doute, mais il n en faut parfois point davantage pour imaginer et philosopher... J'admirai que ce qui fut un agrément d'autrefois collaborât à vos grâces modernes, et qu'il vous plût de piller le passé pour l'ajouter à cet instant, à ce jour de printemps finissant, à cet ivre parfum de jeunes pousses, à ce ciel changeant et fin comme un visage rougissant, à ce paysage tout empli d'un sentiment délicat et de la noblesse des époques disparues.
Cependant, vous vous avanciez et je vous distinguais mieux. Des détails que je ne percevais point m'apparurent. Ce que je prenais de loin pour des petits collets étaient de ravissantes vestes écourtées et des boléros ingénieux... Vous, Gisèle, vous avez pris à quelque torero le goût de ces passementeries merveilleuses sur votre vêtement de satin ; vous, Valentine, c'est de quelque mandarin que vous avez hérité cette parure : kimono court ouvert sur ces arabesques où s'encadre un rococo paysage chinois; vous enfin, Diane... Mais c'est vous qui, j'en fais l'aveu, m'avez le plus étonné. Au-dessus d'une jupe bouffante et plissée à la ceinture ainsi qu'une culotte de turco, vous portiez un boléro où des galons se tordaient ainsi que sur la tenue fameuse de notre armée d'Afrique. Avez-vous des goûts belliqueux, belle Diane chasseresse, ou trouvez-vous simplement amusant ce paradoxe
de convertir en fantaisie primesautière un uniforme plutôt sévère par ailleurs ? Je penche, Diane, pour cette dernière conjecture. Je revois votre bouche enfantine et vos yeux malicieux qu'effilait un sourire, et ce souvenir fixe ma certitude. J'en mettrais la main au feu — ce qui, entre nous, ne m'engage qu'à peu de chose — ; vous avez trop d'esprit pour qu'il ne vous ait point paru divertissant de faire, si j'ose dire, le zouave à votre façon.
Mais que vous m'avez donc fait revenir de loin, et quel chemin n'ai-je pas parcouru, puisque, parti de Watteau, j'en suis, et par votre faute, au père Bugeaud !
Louis Léon- Martin.
-La v^nenill
Vj6 A ng f
OUS êtes poète. Bien entendu vous n'écrivez jamais de vers, qui ne servent à rien du tout. Mais vous avez dans l'imagination un singulier dépôt qui fermente à certaines époques de l'année : au printemps principalement.
Vous sécrétez curieusement du lyrisme. Quand ça vous prend, vous vous mettez à sécréter. On voit les mots qui sortent continuement par la filière, se suivent, s'allongent, conduits par la plume, en phrases, retournent régulièrement à la ligne, épaississent patiemment l'alinéa commencé, forment une toile brillante où les images viennent se prendre comme des insectes. Chaque fois que l'une d'elles donne dans le piège, vous avez, maniaque constructeur accroché à sa table comme l'araignée au haut de son étoile de fils, le même rire silencieux qui doit distendre les mandibules de l'arachnide à chaque mouche nouvelle qui vient se perdre, petit navire
mal dirigé, dans la cruelle embuscade.
Alors, les gens savent cela. On récolte les fils étincelants sortis de nous-mêmes.
On les recueille précieusement en n'évitant pas t ouj ours assez bien de les casser, et lorsqu'il y en a une quantité suffisante, on les enroule sur des bobines qui prennent le nom de livres ; et les amateurs trouvent cela très joli, curieux et bien fait.
La chenille, au sujet de quoi je dois dévider quelques mètres de substance poétique aussi brillante que possible, la chenille est dans un certain ordre d'idées comparable à la littérature. C'est une matière d'aspect velouté, de la forme d'un gros cordonnet, et qui n'en finit pas et se déroule intarissablement suivant les besoins (comme la littérature); il n'y a vraiment pas de raison pour que cela finisse. Je la crois sécrétée par les couturières, qui ressemblent dans une certaine mesure aux poètes. On recueille la chenille. On s'en sert pour
écrire des œuvres d'imagination sur les robes, qui seraient sans cela nues comme les pages blanches d'un livre. Et les dames, comme les amateurs de romans, trouvent que cela est très joli, curieux et bien fait.
Les couturières, quand elles jugent qu'elles ont promené suffisamment, dans le sens " pékiné " et dans le sens "bayadère", en dessinant des cercles concentriques, des damiers épais, des chevrons et des bran bourgs, capricieusement, 1 cordon de velours, elles coupe elles rangent avec une chanson pièce entamée. Et si leur provision diminue, elles n'ont qu'à faire une commande au fabricant qui vend la chenille.
Tandis que pour nous il n'est pas de fonds où renouveler notre stock, si l'on peut ainsi parler d'une matière aussi belle : l'imagination d'un poète.
Quand nous avons débité notre petit métrage, nous coupons soigneusement le précieux fil dont nous ne savons jamais si nous pourrons reconstituer ce que nous
avons dépensé. Pleins d'appréhension, et mornes comme l'avare qui vient d'écorner son trésor, nous nous hâtons, pour aller reprendre des forces, vers une de ces bodegas où l'on trouve de gracieux esprits inoccupés dont la conversation est d'une utilité énorme, et, parfois, des dames jeunes et charmantes qui sont de rafraîchissantes Jouvences à nos esprits engourdis.
J'y vais.
Marcel Astruc.