MASQUES
Le. carnaval j'en va, Uj rodej vont éclore,
et voici la saison des masques, et l'occasion d'avoir encore des regrets. Car ainsi que de bien d'autres choses excellentes, nous ne savons pas en user. Nous le chaussons comme unTaux-nez, qui est ridicule et rend si triste qui le porte. A Venise autrefois, pourtant ,
que de piquant ce masque ajoutait à la vie, déjà si légère et si gaie !
On voudrait savoir quel docteur en raffinement, quel accompli voluptueux inventa le premier ce charmant
passe-partout. Comme il s'entendait
au plaisir !.. C'est que le plaisir gagne
beaucoup avec le mystère, que notre
époque ne goûte pas : elle est trop
pressée, elle n'aime qu'à jouir, et ça,
tout de suite. Au lieu que cette délicieuse compagnie qu'on voit courir au
long des Mémoires de Casanova, dans
les petits tableaux de Pietro Longhi,
sur la scène de notre Marivaux, ou
bien rêver dans les galantes assemblées champêtres de Watteau, elle ne
dédaignait pas la pénombre et ses
secrets hasards. Elle alla plus loin
même : elle en voulut trouver encore le bénéfice au grand jour, et fit le masque, ce triangle de nuit qu'elle se pose effrontément sur la partie la plus parlante du visage, le front et l'alentour des yeux, cachant juste assez ce visage pour le rendre méconnaissable, et cependant pas jusqu'au point qu'il puisse cesser d'inspirer le désir de le mieux connaître.
Le masque est charmant : il permet d'imaginer tout. Avec les belles, il intrigue; qu'elles l'ôtent, on a plaisir à les savoir plus belles encore, et que la découverte en soit un délice à vous seul réservé. Les laides, même, y trouvent un avantage : elles en
cachent leur disgrâce, et pour
peu que la voix soit jolie,
comme un regard bien franc
est toujours beau, c'est pour
elles un manque à gagner.
Quel mortel comblé par une
inconnue n'en ferait pas une
déesse, et d'une rencontre
sans lendemain cesserait d'entretenir le souvenir unique, et de nourrir d'un si beau don le regret amer et chaleureux?
Le masque est charmant : il est le risque, l'aventure. Il autorise et favorise l'impossible; et c'est pour lui, sans doute, que fut écrit par un moraliste ingénieux ce vers mélancolique et sage :
Aimez ce que janiaij on ne verra Jeux fou...
Quel voyageur a rapp ort é des nuits orientales cette
image, qui fait rêver, des tentes
plantées par les nomades au bord
des oasis, où, dans l'ombre venue,
par l'étroit intervalle de la toile
tendue entre deux piquets, une princesse insatiable passait la moitié de
son corps, afin que les passants se
fissent du bien de sa beauté, sans
cependant que, la tête demeurant
à l'abri, on pût savoir quel
honneur cessait d'être sauf?
— Tel est l'avantage du
masque. (Une honnête
femme en rougira : mais pas
sans soupirer, sans doute.
Au reste, si l'histoire semble
inconvenante, comme elle a
lieu dans le désert, on n'a
qu'à supposer qu'il ne passe
personne.)
Pour nous, qui ne faisons rien qu'à demi, nous avons
remplacé — bien mal, mais, cependant... — le masque par la
voilette, sous laquelle on peut cacher bien des rougeurs, qui
souvent en diraient trop long. Toutefois, quand on les choisit
épaisses, elles ne laissent pas voir les yeux, qui sont peut-être
autant faits pour être vus que pour regarder. — Le masque,
plus subtil, laisse passer le regard, et sous sa barbe de dentelle et sa cuirasse de satin, il donne ainsi à songer à ces malicieuses meurtrières à l'abri desquelles les défenseurs des places fortes d'autrefois lançaient, sans aucun risque, à l'assaillant des traits rapides et pointus.
Emile Henriot.
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DE QUELQUES TISSUS NOUVEAUX DESTINÉS A EMBELLIR LA SAISON NOMMÉE PRINTEMPS
/>vN fait tout ce qu'on peut pour les femmes, pour qu'elles ^-^ soient heureuses. Avec émulation chacun s'ingénie à prévenir leurs désirs. Le couturier s'offre à donner à celles qui veulent la forme, indifféremment, de vasques, de flacons de parfumerie de tous modèles, de meubles, de toutes constructions de tous styles : mosquées, par exemple (rien de
ï'OÎilï ©JE lAVSwjEFÏE
plus facile)... de tout ce qu'elles peuvent désirer et rêver.
Rodier, lui, leur prépare des étoffes dont je ne vous dis que çà ! DjerjabuLLe, Flatnméolaine, Kcwhaùuvetync... Et encore les noms ne donnent qu'une faible idée de ce que c'est !
Quand vous aurez votre costume de Popiuta crénelée, vous verrez comme la vie sera belle. Il ne fera pas bon vous attaquer. Je ne peux pas très bien vous dire en quoi cela est : les tissus, pour moi, vous savez, bien que /en écrive, c'est toujours ou du drap ou de la soie... Mais il y a là, à ce que je me rappelle, dans le tissage, un arc-enciel de couleurs crénelées...
Un pur ravissement.
Citant pour mention seulement Le<) JHotLfj Afgbatu (Afghanistan), je ne passerai pas sans un mot d'éloge aux qualités, nombreuses pour une étoffe
seule (soutachée, quadrillée, chinée), de l'excellente Gr'dlnc. Mais j'ai hâte d'en venir à la GraneLLa, à la DlaLLue, à la Trej/inc, et à la CôtelidJc, dont l'on fera des tailleurs unis. Il n'est pas une lectrice qui n'ait reconnu au seul énoncé les caractéristiques de chacune : La Granella est sans doute granulée ; la Dialisse, lisse; laTressine, tressée ; et la Côtelisse doit être à la fois lisse et côtelée, ce qui paraît difficile, mais n'est pas impossible.
Rien dans le domaine delamode n'estimpossible.
Avec elle, il faut s'attendre à tout. Signalons encore la LUjdaine, tissu dont la qualité a, en plus, celle de posséder un nom de baptême parfaitement clair ; et le DjerdabuLLe, auquel la même observation ne s'applique pas.
La décoration florale va jouer dans les industries
textiles un rôle nouveau et important (bien dit, n'est-il pas vrai ?) Vous en voyez deux exemples excellents dans t 'Arbuste Sassanide (Quid ?) et le* Bambou* fleuri*.
Mais quittons le règne végétal.
La place nous est mesurée effroyablement, comme on dit dans les journaux, pour entretenir nos lectrices des Gilet* Palme* de Hyderabad (tout simplement) et de ceux du Tehaout. (Dieu vous bénisse.)
— Aurais-je éternué?