L. Lereboullet
TRAVAUX ORIGINAUX
Pathologie interne.
Contribution a l’étude de la méningite compliquant la
PNEUMONIE, AVEC QUATRE OBSERVATIONS, par MM. H. BAnTIl
et A. Poulin, internes des hôpitaux.
L’inflammation des méninges survenant dans le cours de la pneumonie n’est pas un fait absolument rare, et on le trouve assez souvent mentionné parmi les complications possibles de cette maladie. Grisolle, dans son Traité de la pneumonie, signale l’infiltration purulente des méninges, qu’il a rencontrée huit fpis à l’autopsie dans des cas de pneumonie , avec délire; mais il se borne à citer ces faits sans ajouter aucun détail. Audral a vu également l’inflammation méningée survenir dans plusieurs cas de pneumonie. Durand-Fardel, bien qu’il n’admette pas la méningite vraie comme complication des phlegmasies pulmonaires, reconnaît cependant avoir vu plus d’une fois des traces manifestes d’irritation méningée,
part de ses ouvrages, ne concordent pas. Il les met soigneusement en regard les unes des autres, se complaît en quelque sorte à augmenter leur confusion, et arrive à ce résultat incroyable,^. ccxxv : a C’est que Paré n’était pas sûr de son » âge, qu’il accusait successivement pour date de sa naissance » les années 1510, 1514, 1516, 1518. La date de 1516 est » celle qu’il adoptait dans son âge mûr; les trois autres, adop- » tées tour à tour par lui dans sâ vieillesse, semblent accuser » un affaiblissement de mémoire qui ne permet pas de leur » accorder grande confiance. » Nous verrons bientôt que ce sont justement les dates des derniers ouvrages qui seules sont exactes. & Tel étaitle point où j’étais arrivé, ajoute Malgaigne, lorsque me sont parvenus les renseignements de M. E. Bégin, qui tranchent la difficulté; A. Paré était véritablement né en 1517. » Et alors on s’attend à voir Malgaigne établir la valeur de ces renseignements. Vain espoir! il se borne à dire, ouvrage cité, Introduction, p. ccxxiv : « Louis, le secrétaire de l’Académie de chirurgie, avait fait faire à Laval des recherches
spéciales sur la famille et l’époque de la naissance d’A. Paré; mais rien n’avait été publié sur ces documents, et l’on eu ignorait jusqu’à l’existence, lorsqu’ils tombèrent entre les mains de M. E. Bégin, docteur en médecine à Melz. » Voilà tout. On ne sait seulement pas qui a fait cette enquête (1), dont les résultats n’avaient pas même été jugés dignes de l’impression. Comprend-on que Malgaigne se soit ainsi laissé prendre à si peu de chose? Je suis persuadé que, sans ce hasard qu’il a cru favorable, il aurait suivi, pour arriver à la vérité, une autre voie, celle que je vais parcourir avec le lecteur, en cherchant moi-même au lieu de me fier à un autre.
Le portrait d’Ambroise Paré le plus connu, le plus répandu, est celui de A. Vallée : ANNO ÆTATIS 75 — 1585, qui a été
()) D’aprcs le docteur Hubert (Notice sur le monument élevé d la mémoire é'Ambroise Paré. Laval, 1840), ce serait le professeur Ijsshs qui, en 1804, présidant le jury médical à Laval, . vait reçu la mission d’y rechercher les descendants do Pari que l’empereur voulait honorer de »e» bienfaits.
46 Mai 1879
Le premier auteur qui ait étudié d’une manière spéciale la méningite comme complication de la pneumonie est M. Verrteuil (De la congestion et de l'inflammation des méninges dans la pneumonie, thèsë. Paris, 1873), dans sa thèse inaugurale soutenue en 1873; deux ans plus tard, une autre thèse, due à M. Surugue (De la méningite compliquant la pneumonie, thèse, Paris, 1875) et inspirée par M. le professeur Vulpian, a fait connaître un certain nombre d’observations relatives au même sujet; enfin, vers la même époque, M. le docteur Laveran (De la méningite comme complication de la pneumonie, in Gaz. hebd., 1875) résumait ici même les notions existantes sur ce point intéressant de pathologie.
Nous n’avons pas la prétention de recommencer une étude déjà faite ailleurs ; nous venons seulement ajouter aux faits déjà connus quatre observations de méningite dans le cours de la pneumonie, qui se sont présentées à nous récemment; nous y joindrons quelques remarques propres à mettre en lumière les points particulièrement intéressants que ces cas nous ont paru offrir.
Ods. I. Pneumonie droite, puis gauche, chez un alcoolique; céphalalgie et délire; aphasie transitoire; rigidité du cou; rétention d'urine. Mort. Autopsie : pneumonie étendue des lobes antérieurs des deux côtés; méningite suppurèe. — Georges (Frédéric), âgé de quarante-deux ans, corroyeur, entre le 31 janvier 1879 à l'hôpital Cochin, dans le service de A1. le docteur Bucquov.
Cet homme, habituellement bien portant, mais très-adonné à la boisson, a éprouvé, il y a dix jours, un léger frisson, suivi de fièvre, de toux et de dyspnée; les jours suivants, sensation de gêné thoracique, surtout du côté droit; toux fréquente, quinteuse, et expectoration do crachats blaucs, muqueux. Il a néanmoins continué son travail.
Dans la nuit du 29 au 30 janvier, il s’est réveillé en proie à une douleur violente sous le sein droit, avec dyspnée extrême; le jour suivant il a gardé le lit, souffrant d’une fièvre vive et d’une gêne respiratoire ue plus eii plus intense; en même temps la toux est devenue plus frequente, a donné lieu à une expectoration jaunâtre, visqueuse èt légèf'émgnt teintée de sang.
Lé 31 janvier aq soir, 'le faciès est fatigué, la langue très-blanche, chargée, l’anorexie complète. Pouls, 96, large; peaii moite, modérément chaude ; , tèmpéraiure, 39°, 4. Douleur vive dans le côté droit et gêne notable de la respiration; diminution et élévation de la sonorité soùs Ig , clavicule droite ; souffle tubaire rude et gros râles crépitants en üh point très-limité au niveau du troisième espace intercostal; en arrière, dans la fosse sous-épineuse, respiration rude, sans râles. Crachats visqueux, légèrement jaunâtres, peu abondants- Urine colorée, légèrement albumineuse.
te lor féyjrtgr, température: matin, 38°, 6; soir, 40 degrés. Le souffle tubaire s’est étendu à toute la région sous-claviculaire droite. — Ipéca stibie.'
Le 2, température : matin, 39 degrés; soir, 39°, 6. Crachats moins visqueux;
Le 3, température : matin, 39 degrés; soir, 39 degrés. État général satisfaisant.
Le 4, température : matin, 39°, 8; soir, 40 degrés. Matité étendue dans la fosse sous-claviculaire droite ; absence du murmure vésiculaire ; souffle tubaire perceptible seulement près de la racine de la bronche. Les bruits du cœur sont transmis dans toute la région hépatisée avec une intensité remarquable. Pouls, 90, trèsdicrote.
Le 5, température : matin, 39 degrés; soir, 38°, 4. Le malade se plaint d’éprouver depuis deux jours un peu de point de côté à gauche. L’auscultation ne révèle rien d’anormal de ce côté.
Le 6, température : malin, 36°, 2. Malgré la défervescence, le malade est toujours oppressé; il a. dit-il, la tête lourde; pas de céphalalgie à proprement parler. Température : soir, 38 degrés.
Le 7, température : matin, 37°, 2; soir, 37°, 8. 11 y a toujours matité et silence respiratoire sous la clavicule droite.
Le 8, un peu de diarrhée; dépression des forces. Température, 37°, 6 matin et soir; dyspnée et malaise général.
Le 9, température : matin, 37°, 4; soir, 39 degrés. Céphalalgie frontale; gène respiratoire plus accusée. Les signes stélliosco-
ues ne se modifient pas.
.e 10, température : matin, 40 degrés. Le malade a eu cette nuit du déliré; il a voulu se lever et est tombé à bas de son lit; ce matin il est prostré; son regard est fixe; il y a de l’étrangeté dans ses réponses. Température : soir, 40 degrés.
Le 11, température : matin, 37 degrés. La nuit a été plus calme; mais la céphalalgie persiste. Température : soir, 40°, 8. Depuis trois heures de l'après-midi, G. est tombé dans un état d’hébétude complète ; il ne paraît pas comprendre les questions et n’y répond pas; la sensibilité et la 'motilité sont intactes et les mouvements de défense très-énergiques. Le regard est fixe; il n’y a pas de strabisme. Pouls, 116. — Potion Todd, 80 grammes.
Le 12, délire et agitation pendant la nuit. Température : matin, 40 degrés. Le malade a recouvré sa connaissance ; mais il est aphasique et ne peut prononcer que les syllabes sedéguedé; à toutes les questions qu’on lui fait il ne répond que ce même mot. La sensibilité est normale; la vigueur musculaire paraît très-diminuée ; les mouvements ne s’exécutent qu’avec lenteur et hésitation. Il y a une roideur très-prononcée, presque tétanique de la nuque, rendant l’auscultaiion en arrière très-difficile. Les pupilles sont contractées.
Le soir, température., 40", 4. Pouls, 90, élevé. L’aphasie a disparu; le malade s’exprime avec beaucoup de netteté, en cherchant ses mots, mais les trouvant assez rapidement.
Le 13, température : matin, 40 degrés. Dyspnée ; roideur toujours très-prononcée des muscles de la nuque. Matité et souffle tubaire de nouveau très-intense, s’entendant surtout à l’expiration, sous la clavicule droite. A une heure de l’après-midi, frisson intense et prolongé.
Le soir, température, 40", 4. Dépression marquée des forces; la respiration est suspirieuse et bruyante.
Le 14 au matin, nouveau frisson très-violent, pendant lequel la température s’élève à 41", 4. Pouls petit, concentré; le souffle tubaire s’entend jusqu’à la partie gauche du sternum ; pas de matité réciable dans la fosse sous-claviculaire gauche, e soir, température, 41", 3. Faciès très-grippé; respiration courte et haletante; râles sonores et sous-crépitants dans toute l’étendue des deux côtés de la poitrine, révélant une congestion pulmonaire généralisée. Etat semi-comateux j contracture toujours
fait; pour la quatrième édition des Œuvres complètes, que j’appellerai l’édition par excellence. Mais il avait été précédé par un autre, à peu près pareil, signé S. F., en parfaite concordance de dates : ANNO ÆTATIS 72 — 1582, qui est en tète du discours sur la muinie.
C’est le portrait de Vallée qui a prévalu. On le retrouve dans les cinquième et septième éditions des Œuvres complètes, Paris, 1598 et 1614, et gravé plus grossièrement dans les autres, imprimées à Lyon : neuvième, 1633; dixième, 1641 ; onzième, 1652; douzième, 1664, toujours avec l’inscription ANNO ÆTATIS 75 — 1585.
Lè portrait de 1582 : ANNO ÆTATIS 72, signé S., a été reproduit exactement par Giullis Horbeck pour la sixième édition, 1607, ol pour la huitième, 1628, avec cette légère variante : ANNO ÆTATIS 75 — 1584. Pourquoi ce changement? Est*-ce une Fefctification? On sait que dans la première moitié du seizièmè siècle l’année commençait à Pâques. Peutêtre A. Paré .est-il né- à la fin (je 1&09; comme, le veulent
quelques historiens. Inutile de faire des suppositions. Il vaut mieux établir que les deux portraits de 1582 et de 1585 fixent l’un et l’autre l’époque de la naissance d’Ambroise Paré à l’année 1510. Ils se ressemblent tellement qu’on a cru qu’ils avaient été copiés l’un sur l’autre. Seulement Malgaigne se trompe quand il dit que Giullis Horbeck a copié Vallée. G. Horbeck a reproduit en 1607 le portrait signé S. de 1582. Le portrait signé A. Vallée est de 1585. Pour les distinguer l’un de l’autre, il faut les avoir sous les yeux. Le dessin n’est pas tout à fait le même, et d’ailleurs il y a une différence matérielle. Le portrait signé S. et copié par G. Horbeck n’a que six boutons au pourpoint, tandis que celui de Vallée en a sept.
Au-dessous du portrait d’A. Paré dé 1582, ANNO ÆïAïTS 72, et signé S, qui se trouve en tète du discours Sur la mumie, ou lit : .
Qttæ (ibi sit faciès, satis hæc pictura dôcëbît;
Doctrinal fàèiènt; Sed tua scripta fidéiii.
ii'*; . : a . A. Gaudinus. . /. .ü\ i;i
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intense des muscles de la nuque; rétention complète d’urine : évacuation par la sonde de 2 litres environ d’une urine très-foncée, ne renfermant ni sucre ni albumine.
Le malade succombe le 14 février, à dix heures du soir.
Autopsie. — Les lobes antérieurs des deux poumons sont hépatisés en masse et forment de chaque côté un noyau compacte du volume du poing; le tissu pulmonaire est ferme, induré; la coupe, lisse et peu granuleuse, est d’une teinte pâle tirant sur le gris; la pression n’en fait sortir aucun suc; le parenchyme, très-friable, se laisse écraser sous les doigts et se convertit en une pulpe grisâtre renfermant beaucoup de pus. La partie postérieure des poumons est fortement congestionnée et œdématiée, mais saine du reste.
Les plèvres, dépourvues d’adhérences, ne renferment pas de
Les méninges sont le siège d’une inflammation généralisée; la dure-mère étant ouverte, la convexité du cerveau apparaît recouverte d'une couche purulente grisâtre qui s’étend depuis les lobes frontaux jusqu’au cervelet, et s’étend de chaque Côté à 5 ou 6 centimètres de la ligne médiane; les parties latérales et la base offrent une congestion inflammatoire très-intense, avec traînées purulentes qui commencent à se développer le long des vaisseaux ; la piemère, infiltrée, se détache néanmoins avec facilité; la pulpe cérébrale sous-jacente ne paraît pas altérée; elle présente sa consistance et sa coloration normales. La troisième circonvolution frontale gauche, examinée spécialement, est saine; les cxsudats méningés sont peu abondants à son niveau ; l’artère sylvienne et ses branches sont parfaitement perméables.
Les autres organes n’offrent aucune lésion à noter.
Obs. II. Pneumonie en masse du côté droit; délire, puis coma dans lapériode terminale; rigidité du cou. Mort. Autopsie: méningite cérébro-spinale avec infiltration purulente de la piemère et des espaces sous-arachnoïdiens. — Boucand (Jean), âgé de trente-huit ans, garçon de cuisine, entre le 28 février à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. le docteur Laboulbène.
Boucand affirme qu’il a une bonne santé habituelle et ne boit pas. Il V a juste huit jours qu’il a été pris d’un frisson violent, sans point de côté. Depuis ce temps le malade est resté couché chez lui sans faire aucun traitement; il n’a jamais eu de délire.
Le 28 février, dans la journée, nous trouvons le malade avec une fièvre vive; la peau est chaude, la langue desséchée ; dans le crachoir se trouvent des crachats sucre d’orge rouillés caractéristiques, abondants et fortement adhérents. La température axillaire est de 40", 4. A la percussion, nous trouvons de la matité en avant, sous la clavicule droite, et en arrière, du même côté, dans le tiers supérieur. Sonorité normale à gauche. Les vibrations thoraciques, sous la clavicule droite, sont plutôt diminuées, et en arrière, s’il n’y a pas de diminution, il n’y a pas non plus d’exagération nette des vibrations vocales.
A l’auscultation, souffle dans les deux temps de la respiration dans la .clavicule droite; en arrière, également souffle intense et aride dans le tiers supérieur; nous ne pouvons percevoir de bouffées de râles, même dans la toux. Dans la moitié inférieure du poumon droit il y a des râles dans l’inspiration, mais à bulles moyennes et n’ayant pas le caractère de râles crépitants. Du côté gauche, bulles sous-crépitantes et respiration soufflante dans toute la hauteur.
I.e 1er mars, matin. Le malade n’a pas eu de délire dans la nuit; la fièvre néanmoins est toujours intense, la langue sèche et légèrement fuligineuse. Mêmes signes que la veille à l’auscultation; du côté droit le souffle est toujours aride et s’étend en arrière dans la moitié supérieure du poumon. Du côté gauche, dans le tiers supérieur, il y a vraiment aussi du souffle ; mais la sonorité à la percussion est parfaitement conservée, et sans doute il y a simplement une transmission des bruits du côté opposé par les arcs costaux. Les urines ne sont --pas albumineuses. — Prescription. Potion : oxyde blanc d’antimoine, 1 gramme; sirop diacode, 40 grammes. Température axillaire : matin, 39°, 2.
Le soir, le malade est agité, mais sans délire. Température, 40°, 4. — Injection de 1 centigramme de chlorhydrate de morphine.
Le 2. Le malade a dormi cette nuit après l’injection de morphine ; il n’y a pas eu de délire. L’état fébrile est toujours prononcé. Matité sous îa clavicule droite, avec diminution nette des vibrations thoraciques; en arrière, matité très-prononcée, beaucoup plus forte que la matité pneumonique ordinaire, dans la moitié supérieure; les vibrations thoraciques ne sont pas exagérées. Le souffle est toujours intense et non mélangé de râles, même dans la toux. Dans le tiers inférieur du poumon, on constate une diminution considérable du murmure respiratoire. A gauche, la sonorité est toujours très-nette dans toute l’étendue; toujours respiration soufflante et râles de bronchite. L’expectoration est assez abondante et mousseuse, moins visqueuse et moins colorée que la veille. Température axillaire : matin, 39 degrés; soir, Prescrip¬
tion. Potion : oxyde blanc, 1 gramme; cognac, 50 grammes.
Le soir, même état; agitation. — Injection de 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine.
Le 3, malin. Dyspnée vive; expectoration abondante mousseuse peu colorée. Température, 40°, 2; rectale, 48. Pouls, 120. Mêmes signes à la percussion et à l’auscultation ; seulement râles inspiratoires à bulles fines dans le tiers inférieur â droite et en arrière. La respiration est toujours Irès-soufllante du côté gauche; mais il y a conservation parfaite de la sonorité. — Prescription. Potion avec cognac, 90 grammes; sirop diacode, 40 grammes. Vésicatoire.
Le 3, soir. Agitation; tremblement; la respiration est très-embarrassée; subdélirium. — Injection de 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine.
Le 4, matin. Le malade a déliré toute la nuit; la respiration est très-accélérée; agitation et tremblement; stupeur marquée. En même temps Boucand est roide dans son lit; il y a une rigidité très-marquée du cou et du tronc, si bien qu’il est impossible d’asseoir le malade et qu’on est obligé de le placer de côté dans son lit pour l’ausculter. L’auscultation, très-difficile dans ces conditions, fait cependant constater la persistance du souffle à droite et en arrière dans les deux. tiers supérieurs. Température axillaire, 39°, 6. — On continue la potion avec 50 grammes de cognac. Soixante ventouses sèches seront appliquées sur le thorax.
Le 4, soir. Coma presque complet. Le malade marmotte des paroles qu’il est impossible d’entendre; la rigidité de la nuque est toujours marquée. Température axillaire : soir, 41°, 2.
Mort dans la nuit.
Autopsie le 6 mars. — Poumon droit : Pneumonie massive. Le poumon, volumineux, est dur et résistant dans toute la hauteur; il n’y a pas de liquide dans la plèvre.
Tous les autres portraits ont ce distique bien connu :
Humanam Ambrosii verè hæc pictura Parmi Effigiem, sed opus conlinet ambrosiam.
Jo. Heroardus.
Seulement, pour la copie de Giullis Horbeck, ambrosiam. des portraits de Vallée est écrit : ApS poalap, comme pour le portrait des deux premières éditions des Œuvres d’Ambroise Paré, Paris, 1575 et 1579.
Cette image est tout à fait différente de celles que nous venons d’examiner. La main est placée sur le devant de la poitrine. Le dessin, très-fin et très-remarquable, est d’un auteur resté inconnu. Le portrait de 1575 est sans inscription. A côté de celui de 1579, on a mis : Ætatis suce 65, et Malgaigne relève la divergence, bien qu’il entrevoie la réalité; c’est-à-dire que la date se rapporte au portrait et non à l’édition. Lors de la première édition des Œuvres complètes, en 1575, A. Paré est représenté dans sa soixante-cinquième année, (
ce qui le fait naître encore en 1510. Dans la deuxième édition, 1579, on a reproduit le portrait de 1575 avec l’indication: Ætatis suce 65, qui était exactement l’âge du modèle en 1575. L’erreur Ætatis suce 65 — 1579 est donc par trop facile à expliquer pour qu’on s’y arrête davantage ; mais elle en a fait commettre une autre plus sérieuse en apparence.
. L’édition en latin des Œuvres complètes d’A. Paré, par Jacques Guillemeau, a été faite sur l’édition de 1579 (vov. les préfaces, etc.), et comme elle a paru trois ans après 1582,1e graveur, non prévenu, a tout simplement changé Ætatis suœ 65 en Ætatis suœ 68, pour tenir compte du temps écoulé. De là encore cet assemblage fautif Ætatis suce 68 — 1582 qui a si bien dérouté Malgaigne. Il n’était pourtant pas difficile de deviner que Ætatis suœ 65 se rapportait à l’année 1575, et ue l’inscription placée à côté du portrait de l’édition de uillemeau aurait dû être justement Ætatis suœ 72, comme pour le portrait signé S. du discours sur la mumie : ANN0 ÆTATIS 72 — 1582. U n’y a donc là encore qu’une contra-
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A la coupe, hépatisation complète de tout le poumon ; à la coupe, supérieurement, le tissu résistant est gris jaunâtre, avec très-peu d’orifices bronchiques béants. Nous ne voyons pas de moules fibrineux dans les tuyaux bronchiques. A la base, le tissu pulmonaire est plus rosé, bien que ferme et résistant à la coupe. Les lésions sont évidemment plus jeunes en ce point; la pneumonie a débuté par le sommet. Une petite portion du lobe inférieur, délimitée par un prolongement fibreux qui part de la plèvre viscérale, est simplement engouée. La plèvre est partout épaissie, et à la coupe les lobules se distinguent séparés les uns des autres par un épaississement des cloisons interlobulaires.
Poumon gauche simplement congestionné.
Cœur : Caillot fibrineux organique dans le ventricule droit se prolongeant dans l’artère pulmonaire.
Encéphale : La dure-mère étant incisée, la surface du cerveau paraît recouverte d’une couche verdâtre purulente. Après l’extraction de la cavité crânienne, nous constatons une méningite purulente de la convexité; la pie-mère, épaissie et infiltrée de ce pus jaune verdâtre et épais, se détache difficilement. Les lésions sont surtout prononcées au niveau de la partie antérieure du cerveau. Les circonvolutions frontales, le sillon de Rolando sont masqués par cette couche purulente.
En arrière de la scissure rolandique, les lésions sont moins prononcées.
A la hase la méningite est moins marquée; pourtant il y a également du pus dans la scissure de Sylvius et deux plaques jaunes purulentes sur la face inférieure du cervelet, de chaque côté du bulbe rachidien.
Moelle épinière : Nous constatons également une méningite spinale purulente après l’incision de la dure-mère rachidienne. L’infiltration purulente existe nettement à la partie postérieure de la moelle et dans la moitié supérieure.
Obs. III. Pneumonie massive du côté gauche chez un sujet surmené; délire et prostration; irrégularité du pouls; mort. Autopsie; méningite avec infiltration purulente généralisée.— Balien (Julien]), âgé de cinquante ans, maçon, entre le 18 février 1879 à l’hôpital Cochin, dans le service de M. le docteur Bucquoy.
Il affirme s’ôtre toujours bien porté; il n’a jamais fait d’excès de boisson ; mais il a eu depuis plusieurs mois des fatigues excessives et a subi de longues privations.
11 y a quatre jours, il s’est refroidi en travaillant sous la pluie, a été pris d’un frisson violent, avec douleur sous-mammaire trèsintense à gauche; les jours suivants, dyspnée, toux fréquente, expectoration de crachats jaunâtres assez visqueux. Ces phénomènes s’aggravant de jour en jour, il entre à l’hôpital le 18 février.
Etat à l'entrée. — La peau est chaude ; température, 39”, 6 ; langue blanche ; anorexie complète; pas de diarrhée. La douleur thoraeique persiste dans la moitié inférieure du côté gauche; dans la même région, matité absolue ; diminution sensible des vibrations thoraciques ; souffle tubaire étendu, perceptible surtout au niveau dé ‘l’angle inférieur de l’omoplate; un peu de bronchoégophonie au môme point. La sonorité et la respiration sont normales du côté oppose.
Le 19 février. Le malade, très-tranquille jusqu’ici, a eu dans la nuit un peu de délire; ce matin, température, 39°, 4; pouls, 100, très-ample, très-élevé. (Ipéca, l'Jr,50, avec tartre stibié, 0!|r,05.)
Dans la soirée, vomissements verts très-abondants; température, soir, 39 degrés; face vultueuse; peau chaude; pouls élevé, à 9(1; un peu d’agitation. Souffle tubaire intense et profond à la base gauche, devenant de plus en plus superficiel à mesure qu’on remonte vers l’épine de l’omoplate, où se retrouve le murmure vésiculaire normal ; pas de râles; en avant, à la base, silence du murmure vésiculaire au niveau de la pointe du cœur, laquelle n’est nullement déplacée. (Potion Todd,. 80 grammes.)
Le 20. Température, matin, 38°, 4; la nuit a été assez calme; soir, température, 38", 6; pouls, 108, moins tendu qu’hier; affaissement comateux. La matité est maintenant à peu près complète dans toute la hauteur du poumon gauche; silence respiratoire dans la plus grande étendue; souffle tubaire intense vers l'épine, de l’omoplate. Du côté opposé, sonorité bonne; souffle tubaire à la racine du poumon, ne paraissant pas être un simple phénomène de transmission. Les urines, colorées et troubles, contiennent une notable quantité d’albumine.
Le 21. Température : matin, 38°, 4; soir, 38°, 4; un peu moins de ■ prostration ; pouls, 120. Dyspnée modérée; souffle tubaire sanrrâles dans toute la hauteur du côté gauche jusqu’à l’épine di l’omoplate, ne se propageant pas en avant. Du côté droit, le souffle voilé entendu hier à la racine du poumon a diminué d’intensité.
Le 22. Température: malin, 38", 8; soir, 39°, 4. Langue de plus en plus sèche ; subdélirium ; roideur marquée des muscles de la nuque rendant l’auscultation en arrière fort difficile. Du côté gauche, matité et silence du murmure respiratoire dans toute la hauteur; pas de souffle tubaire dans les respirations moyennes ; retentissement tubaire de la toux; pas d’expectoration.
Le 23. Délire violent et continuel pendant la nuit derniere; ce matin, température, 39", 2; pouls, 72, irrégulier et inégal. La roideur du cou est plus prononcée qu’hier; le malade se tient la tête renversée en opisthotonos ; silence complet du murmure vésiculaire dans toute la hauteur du côté gauche et matité absolue.
La dyspnée est extrême; le malade tombe peu à peu dans le coma et succombe à dix heures du matin.
Autopsie. — Le poumon gauche est hépatisé en masse; il forme un bloc compacte d’un volume considérable, du poids de 2300 grammes. A la coupe, le tissu, de couleur grise, ferme, peu granuleux, paraît sec et ne laisse échapper aucun liquide; par le raclage à l’aide d’un scalpel, on recueille un pus blanchâtre trèsépais; le parenchyme, très-friable, se laisse enfoncer parle doigL et se réduit en putrilage. Les fines ramifications îles bronches et leurs rameaux moyens, jusqu’au diamètre de 2 millimètres, sont entièrement remplis par un exsudât blanchâtre, tenace, qui, au microscope, se montre entièrement constitué par de la fibrine et des leucocvtes, et diffère peu des masses fibrineuses qui remplissent les alvéoles.
La plèvre gauche offre des adhérences récentes dune taibfe
solidité; elle ne renferme pas une goutte de liquide.
Le poumon droit, sain, est notablement congestionne ; son poids atteint 980 grammes seulement.
Le cœur n’offre aucune altération digne d’être notée.
Les reins sont volumineux, fortement congestionnés..
Le foie, gros, présente des plaques disséminées de dégénérescence graisseuse.
Les méninges sont le siège d’une inflammation intense et géné-
diction apparente, et rien n’empêche d’admettre la date 1510 pour l’époque de la naissance d’Ambroise Paré, conformément au renseignement fourni par Pierre de l’Estoile : « mort en 1590 à quatre-vingt ans ».
Restent les dates variables et non concordantes de la première petite estampe ovale, qui porte en exergue : Labor improbus omnia vincit. Elle se trouve en tète de la Méthode curative des plaies et fractures de la teste humaine et de Y Anatomie universelle au corps humain, ouvrages publiés à trois mois de distance, la même année 1561, à Paris, chez Jean Leroyer, imprimeur du roy es mathématiques, demeurant en la rue Saint-Jacques, à l’enseigne du vrai Potier, près les Mathurins. Au bas est cette inscription : A. P. — AN. ÆT. 45.
Malgaigne s’est trompé en mettant Y Anatomie universelle avant l’autre ouvrage, et en disant que l’un des portraits est gravé sur cuivre et l’autre sur bois ; ils sont absolument pareils; mais je n’insiste pas. Ce qu’il importe de faire remar¬
quer, c’est que l’année 1561 n’a pas été placée à côté de AN. ÆT. 45. Dès lors, pourquoi ne pas admettre que l’estampe ovale des ouvrages de 1561 a été exécutée d’après un portrait d’A. Paré fait en 1555, lorsqu’il était dans sa quarante-cinquième année?
Il était déjà célèbre. En 1552 avait paru la deuxième édition de la Manière de tr aider les plaies faites tant par hacquebutes que par flèches, que « par adveu et exhortement de monsieur de Rohan, amateur des armes, etc., il avait dédié au Roy Henri II ». La première édition, dédiée à René de Rohan, prince de Léon, etc., est de 1545. La brièvè collection de l'administration anatomique, avec la manière de conjoindre les os et d'extraire les enfants tant morts que vivants du ventre de leur mère, etc., est de 1550. Jusque-là A. Paré est maître barbier-chirurgien. Dans les ouvrages publiés en 1561, il a le titre de chirurgien ordinaire du roy et juré à Paris. En 1564, lors de la publication des dix livres de la Chirurgie, il est devenu premier chirurgien du roy. Ce der-
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ralisée, qui s’étend jusqu’à la région cervicale de la moelle épinière; la pie-mère, très-épaissie, adhérente en beaucoup de points à la dure-mère, est infiltrée d’une abondante sérosité louche et grisâtre, avec des traînées de pus collecté le long des vaisseaux.
La décortication du cerveau se fait sans difficulté ; la substance cérébrale est saine, nullement ramollie, et ne se dissocie pas sous le filet d’eau.
Les autres organes sont normaux.
Obs. IV. Pneumonie massive du côté droit chez un alcoolique; délire violent offrant les caractères du délirium tremens. Mort. Autopsie ; congestion inflammatoire et œdème louche des méninges. — Gigout (Antoine), âgé de cinquante et un ans, journalier, entre le 19 février 1879 à l’hôpital Cochin, dans le service de M. le docteur llucquov.
Cet homme, d’une constitution vigoureuse et d’une très-bonne santé habituelle, a des habitudes invétérées d’alcoolisme; il avoue 3 litres de vin par jour, eau-de-vie, etc. Le 14 février dernier, il aurait fait un violent effort en soulevant une charge trop lourde; dans la soirée, douleur vive sous les hypocholidres et gêne respiratoire. Pendant la nuit, malaise, insomnie, frissons répétés; le lendemain, fièvre, céphalalgie, incapacité de travailler. Il est resté à la chambre sans faire aucun traitement. Les jours suivants, point de côté à droite, dyspnée, toux quinteuse et quelques crachats jaunes visqueux. Le 18 février, il s’est présenté à l’hôpital, où il n’a pu être admis que le lendemain.
Le 19 février au soir, le faciès est bon; les pommettes sont légèrement mais également colorées; il y a de la céphalalgie, un peu d’excitation, mais les idées sont nettes; pas de délire. La langue est un peu blanche, point sèche; l’appétit perdu; pas de coliques ni de diarrhée. Température, 39°, 4.
L’examen du thorax révèle une matité notable dans la moitié supérieure du côté droit, en arrière; dans la même étendue, souffle tubaire superficiel, très-rude, sans mélange d’aucun râle; les vibrations thoraciques sont plutôt diminuées. Dans le reste de l’étendue des poumons, sonorité satisfaisante, râles ronflants et sibilants disséminés. La dyspnée est modérée; la toux, peu fréquente, amène sans difficulté des crachats visqueux, couleur caramel. Les urines sont fortement albumineuses.
Le 20 février, pendant la nuit, le malade a été pris d’un délire violent, furieux, qui nécessite l’emploi de la camisole de force ; il se débat, avec violence, injurie les assistants; il y a du tremblement des lèvres et des membres, des hallucinations de la vue et de l’ouïe; pas d’incertitude de la parole. La matité est complète dans toute la hauteur du côté droit; souffle luhaire intense; diminution marquée des vibrations thoraciques. Pouls élevé, 120; température, 39",4. (Potion avec eau-de-vie, 100 grammes.)
Le soir, même état; délire toujours très-violent, très-loquace; mais le malade s’affaiblit et a cessé de se débattre ; langue sèche ; peau chaude; température, 39°, 2. (Injection, morphine, 2 centigrammes.) Peu après l’injection le délire se calme, et le malade s’assoupit. Dans la soirée il tombe dans un état comateux, et succombe le 21 février à une heure du matin.
Autopsie. — Le poumon droit, hépatisé dans toute son étendue, sauf un très-petit point au sommet et une languette étroite à la base, en avant, se présenti; sous l’aspect d’un bloc pesant, compacte; le parenchyme, sec et granuleux à la coupe, offre une colo¬
ration rouge uniforme, tirant sur le gris principalement dans sa portion antérieure; il ne laisse échapper aucun liquide. Au microscope, les alvéoles ainsi que les minuscules terminaux des bronches se montrent entièrement remplis par des blocs fibrineux qui les distendent.
Le poumon gauche, fortement congestionné, fait contraste avec celui du -côté droit par son volume et son poids, beaucoup moindres (poumon droit, 1500 grammes; gauche, 720 grammes).
Le cœur est volumineux, flasque; le tissu musculaire, pâle, un peu grisâtre, offre des dépôts aliondants de' graisse sous le péricarde viscéral.
Les artères ne sont nullement athéromateuses.
Le foie, très-augmenté de volume, pèse 2300 grammes; sa coloration pâle, et même en certains endroits tout à fait jaunâtre, révèle une altération graisseuse avancée.
Les reins sont gros, congestionnés.
Les méninges, fortement hyperhémiées, sont épaissies ; en certains points, principalement à la convexité, la pie-mère est œdémateuse, infiltrée d’une sérosité louche et jaunâtre renfermant de nombreux globules blancs.
La substance cérébrale est saine.
Les observations qu’on vient de lire offrent entre elles des rapports, des analogies manifestes, qui permettent d’en tirer des notions intéressantes relativement aux conditions pathogéniques, aux symptômes et à l’évolution de la méningite compliquant la pneumonie.
Conditions pathogéniques. — Dans tous les faits observés, nous avons eu affaire à des pneumonies très-étendues ; dans les trois derniers cas surtoul l’hépatisalion occupait la totalité d’un poumon, depuis la base jusqu’au sommel; la pneumonie était bien véritablement massive, suivant la qualification proposée par M. Gaucher (De la pneumonie massive, in Gaz. mèd., 1877-1878); l’oblitération des bronchioles par un exsudât fibrineux membraniforme, sur laquelle cet auteur a particulièrement insisté, a été nettement constatée dans l’observation III. Si les lésions inflammatoires du poumon peuvent avoir un retentissement sur la circulation encéphalique, fait suffisamment démontré par les travaux antérieurs, on conçoit que cette influence doive surtout s’exercer dans les cas d’inflammation suraiguë, où le parenchyme pulmonaire est pris en masse et où l’altération atteint rapidement le plus haut degré.
Observons en deuxième lieu que dans deux cas (obs. I et IV), et vraisemblablement dans un troisième, il s’agissait d’individus manifestement alcooliques; or, on sait à quel point l’alcoolisme engendre dans le système nerveux une susceptibilité spéciale, et combien les ivrognes sont plus exposés que les autres sujets à la fluxion et à l’inflammation des méninges. Calmeil ( Traité des maladies inflammatoires du cerveau,, 1859) a insisté sur la fréquence de l’injection et de l’hyperhémie méningées dans l’alcoolisme aigu et chronique; Magnan (De l'alcoolisme, 1874), de son côté, dans ses expériences
nier ouvrage est orné d’un nouveau portrait gravé sur cuivre, qui ressemble beaucoup au portrait gravé sur bois dont nous venons de parler. Seulement ii n’a plus de cadre ovale, et la devise LABOR IMPROBUS OMNIA VINCIT est reportée en bas avec la légende A. P. — AN. ÆT. 48, et puis un R et un B emmêlés, le monogramme deRenéBoivin.Malgaigne,p.ficcxiv, l’a remplacé à tort par un R, sans ajouter la moindre réflexion. Le célèbre graveur, chargé par le même imprimeur Jean Leroyer de reproduire le portrait d’A. Paré dans un ouvrage publié trois ans après, a tout simplement mis un 8 à la place du 5. De là vient la concordance de ces deux dates : AN. ÆT. 45(1561) et AN. ÆT. 48(1564), relevée par Malgaigne. Mais cela ne prouve rien, pas plus que la divergence singulière que donne le portrait ovale A. P. — AN.' ÆT. 45, reproduit en 1572 et 1573 avec la légende A. P. — AN. ÆT. 55, en tête des cinq livres de chirurgie: 1° des bandages; 2° des fractures; 3° des luxations; 4° des morsures et piqueures venimeuses; 5° des gouttes; et des deux livres de chirurgie:
I. de la génération de l’homme, etc.; II. des monstres, etc. Ici l’imprimeur André Wechel n’a pas cru devoir modifier l’âge du portrait pour deux années cependant différentes. Peut-être même aurait-il mieux fait de conserver l’inscription primitive 45, puisque c’est le même portrait d’A. Paré, dans sa quarante-cinquième année, qu’on retrouve avec l’inscription 55, dans les ouvrages parus en 1572 et 1573.
Il n’y a donc pas de contradiction absolue entre les dates des portraits d’Ambroise Paré, comme l’avait cru Malgaigne.
Le premier, A.P.^-AN. ÆT. 45, qui est en têtedesouvrages publiés en 1561, et reproduit dans ceux de 1572 et 1573, avec la nouvelle inscription A. P. — AN. ÆT. 55; le second, avec la légende Ætatis suce 65, pour les premières éditions des Œuvres complètes en 1575 et 1579, ne peuvent infirmer la valeur des deux autres, qui seuls ont les années en regard de l’âge : ANNO ÆTATIS 72 - 1582 et ANN0 ÆTATIS 75 - 1585. Ils fixent exactement l’époque de la naissance à 1510,
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sur les chiens aussi bien que dans les autopsies qu’il a eu occasion de pratiquer, a constamment rencontré la congestion et même l’infiltration œdémateuse de la pie-mère sous l’influence de l’alcool.
Nous croyons donc pouvoir admettre qu’une pneumonie étendue, survenant chez un sujet alcoolique, constitue la condition la plus favorable au développement des complications méningées. $i maintenant l’on se demande quelle est la cause directe, quel est ie processus intime qui engendre la méningite, il est difficile de répondre autrement que par des hypothèses; nous mentionnerons seulement celle qui nous pàVfeîl la plus vraisemblable. M. le professeur Gubler ( Union médicale, 1857) a prouvé, il y a plus de vingt ans, que la phleg-* masie pulmonaire était capable de produire, par voie reftexe, une paralysie vaso-motrice de la tête et de la face du même côté ou même du côté opposé. C’est à un phénomène de ce genre qu’est due la rougeur de la pommette. C’est aussi à une paralysie vaso-motrice que Lépjne [De l’hémiplégie pneumonique, thèse. Paris, 1870) a cru pouvoir rattacher l’hémiplégie pneumonique, dont il ayait observé plusieurs cas. Avec M. Laveran ( loc . cit.), nous serions tenlés d’attribuer à la même cause Je développement de la méningite dans la pneumonie. Sans doute, une simple hyperhémie neuro-paralytique ne suffit pas à déterminer l’inflammation; mais peut-être peut-on, sans trop de témérité, admettre que l’alcoolisme vient créer précisément cette opportunité morbide sans laquelle les désordres circulatoires ne dépasseraient pas la simple congestion. Les faits seuls peuvent fixer l’opinion sur ce point.
Symptomatologie. — Si nous venons maintenant à analyser les phénomènes que nos malades ont présentés, nous remar-* quons en premier lieu l’existence constante du délire, qui n’a manqué dans aucune de nos quatre observations. Il a été remarquable tantôt par sa continuité, sa violence excessive (obs. IV), tantôt par son alternance avec un état comateux qui s’est établi définitivement peu d’heures avant la mort (obs, I, II, III). Sa marche n’a pas suivi celle de la fièvre; son apparition a été tardive (du sixième au douzième jour) et en rapport manifeste avec le début des accidents méningitiques. Ces divers caractères en font un symptôme d’une valeur incontestable; en effet, la pneumonie simple, si on excepte celle des vieillards, est rarement accompagnée de délire; Grisolle n’a noté ce phénomène que dans un onzième des cas. Lorsqu’il existe, il se produit ordinairement dès le début de la maladie ou dans la période d’augment; il affecte tantôt les caractères du délire alcoolique, tantôt ceux du délire lié à l’adynamie. Chez nos malades, tous hommes dans la force de l’âge, la pneumonie a débuté sans délire; plus tard seulement il s’est montré, alors que la fièvre durait déjà depuis plusieurs jours et avait même baissé chez deux d’entre eux (obs. I
et III) ; il a affecté une marche irrégulière, a présenté une violence ou une durée inusitées; enfin il^t été accompagné ou suivi de coma.
A côté du délire dont nous venons de faire ressortir la physionomie toute particulière, nous trouvons un autre symptôme presquo aussi constant et plus caractéristique : c’est la roideur du cou, notée dans trois cas sur quatre (obs. I, II et III). Ce phénomène s’est développé à peu près vers le même moment que le délire; il s’est accentué au point de rendre presque impossible le maintien de la position assise pendant ie temps nécessaire pour ausculter postérieurement; enfin il a persisté jusqu’à la mort. Il présente une importance réelle comme indice d’une irritation des méninges; il se montre, en effet, presque constamment dans toutes les formes de méningite cervicale, dans les variétés cérébro-spinales de la fièvre typhoïde, et surtout dans la grave maladie connue sous le nom de typhus cérébro-spinal. Dans cette dernière affection, la roicleur de la nuque constitue, d’après Laveran, un symptôme caractéristique: « elle donne au malade un aspect tellement frappant que les dénominations populaires désignent rccisément la méningite par ce symptôme (fièvre de nuque). » ous l’influence d’une cause identique, l’irritation des mé-r ninges cervicales, la roideur de la nuque s’est montrée chez nos malades tout aussi évidente, et ce seul symptOme aurait presque pu suffire au diagnostic (1).
Nous nous bornons à signaler, comme symptômes plus rares, mais non moins caractéristiques, cette aphasie transitoire, accompagnée de parésie des membres, qui s’est manifestée deux jours avant la mort chez un de nos malades (obs. I) et aussi cette irrégularité du pouls que nous avons notée chez un autre (obs. III). Comme le délire, comme la roideur de la nuque, ces phénomènes doivent évidemment être rattachés à l’inflammation des méninges.
Marche et évolution. — Le début de la méningite a été, dans tous nos faits, très-nettement consécutif à celui de la pneumonie. Les premiers symptômes se sont révélés, dans un cas, au cinquième jour (obs. I v) , dans un second, au sixième (obs. III); enfin, dans les deux autres, au douzième jour (obs. I et II). Il s’agit donc d’une véritable complication et non pas d’une méningite accompagnant la pneumonie. La marche a été rapide : dans notre seconde observation, trente^ six heures ont suffi pour amener l’infiltration purulente des enveloppes cérébrales. Enfin la mort a paru résulter moins de l’intensité de la phlegmasie pulmonaire que de l'affection encéphalique qui est venue compliquer' celle-ci.
Que conclurons-nous de ces faits? Sans attribuer à des ob-
(1) Notre collègue M. Savart a communiqué récemment à la Société anatomique une observation intéressante de méningite compliquant la pneumonie, dans laquelle la roideur de la nuque a également été notée.
peut-être 1509, suivant l’inscription rectifiée de Giullis Horbeclt : ANNO ÆTATIS 75 — 1584.
Malgaigne en adoptant la date 1517 des documents fournis par M. E. Bégin aurait dû admirer la précocité de son héros; car, à ce compte-là, A- Paré aurait fait des onservations sur les monstres à sept ans, en 1525, à Angers (ch. xx,xxi,xxii). Venu à Paris à quinze ou seize ans, en 1532 ou 1533, comme apprenti barbier, à dix-neuf ans il aurait déjà fait ses études et passé ses trois années à l’Hôtel-Dieu, et c’est à vingt ans, qu’en 1537, il aurait été chirurgien de M. de Montejean, à cette expédition du pas de Suze, où il fit ses premières observations sur les plaies par armes à feu. Malgaigne a même accepté sans la vérifier la date 1536, donnée par A. Paré. Cependant, au voyage de Thurin, 1536 (grande apologie), « quand le grand roi François envoya une grande armée pour ravitailler Thurin et reprendre les villes et châteaux qu’avait pris le marquis Dugaast », on était en août 1537, et le pas de Suze ne fut franchi par le connétable de Montmorency
qu’en octobre (1). Si l’illustre historien avait songé à rectifier la date 1536, il n’aurait pas eu l’idée, p. cclxv, dans un parallèle entre André Vésale et Ambroise Paré, de les croire <c peut-être en face l’un de l’autre » dans des armées ennemies. En 1536, Paré n’était pas en Italie, et en 1537, lorsqu’il y vint, au pas de Suze, Yésale était professeur à Padoue.
Mais, pendant que j’y suis, qu’on me permette de relever encore quelques erreurs. Au bas de la même page on lit :
« De nombreuses éditions latines avaient répandu partout les ouvrages et les planches de Yésale, triste avantage pour qui ne savait pas le latin? Enfin, en 1559, il en parut une édition française. Dès lors Paré se mit ardemment à l’œuvre. » Mal-
(I) Thierry do Héry, qui observa des faits « d’inlempérature froide # en mémo temps qu’A. Paré, fixe l’année 1537. « Ce que amplement je practiquay en passant les monts environ le Noël 1537, avec gens de guerre du Roy François premier de ce nom. Pluies oreilles, mais aussi . (Page 185 de la Méthode curative de la maladie véndr
rienne... composée par Thierry de Héry, lieutenant-général du premier barbier--' chirurgien du Roy, 1552.) ^ '
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servations assurément trop peu nombreuses une importance exagérée, nous croyons néanmoins que, dans les cas où, avec les signes d’une pneumonie d’emblée très-étendue, on verra survenir, avec un délire persistant, une rigidité prononcée des muscles de la nuque, on sera en droit de redouter une complication méningée; que cette présomption pourra se changer en certitude s’il survient, en outre de l’aphasie, de la parésie des membres ou bien encore une irrégularité maruée du pouls ; enfin que d’un tel ensemble de symptômes il écoulera pour le pronostic une gravité toute spéciale.
Faisons remarquer en terminant que le nombre relativement considérable des faits pareils observés en peu de temps appelle l’attention des observateurs sur les complications méningées des phlegmasies pulmonaires, et doit engager les médecins à examiner attentivement l’encéphale dans tous les cas de pneumonie.
Clinique médicale.
Note sur la possibilité de distinguer rapidement la rhubarbe ET LA SANTONINE CONTENUES DANS LES URINES , pal’ M. Picot, professeur à la Faculté de médecine de Bordeaux.
Chez les sujets qui prennent soit de la rhubarbe, soit de la santonine, les urines habituellement limpides ont une coloration jaune verdâtre très-claire. Dans ces urines, l’addition de potasse et de soude caustique déterminent immédiatement une coloration rose ; et cette réaction vraiment caractéristique permet de distinguer la rhubarbe et la santonine de toutes les autres substances qui peuvent se rencontrer dans l’urine.
Ces caractères sont connus depuis longtemps déjà; mais jusqu’ici il était difficile de distinguer rapidement quelle était l’une ou l’autre de ces substances tenue en dissolution dans le liquide urinaire. Les réactions qui ont été indiquées dans The Doctor, 27 septembre 1878, et dans Lyon médical, l'p décembre 1878, permettent cette distinction; mais elles demandent un certain temps à se produire et par suite ne peuvent devenir la base de recherches faciles applicables à la clinique.
J’ai fait étudier cette question à la Clinique médicale de Bordeaux, et les analyses qui ont été faites par l’un de mes élèves, M. Doumerc, préparateur à la Faculté des sciences, ont permis d’obtenir un résultat précis et rapide.
Avec l’ammoniaque, on voit se produire dans l’urine qui contient de la rhubarbe la même coloration rose qu’avec la potasse ou la soude caustique ; cependant cette coloration est moins intense qu’avec la potasse ou la soude. L’ammoniaque
ne produit pas cette coloration rose dans l’urine à santonine, au moins dans l’espace d’une demi-heure à une heure.
Avec les carbonates de potassent de soude, l’urine contenant de la rhubarbe prend immédiatement une coloration rose, tandis que dans l’urine à santonine cette réaction ne se montre qu’après quinze à trente minutes après l’addition du réactif.
L’analyse spectrale donne des résultats tout à fait caractéristiques. En solution moyennement concentrée, la santonine, traitée préalablement par la potasse, absorbe tous les rayons du spectre, à l’exception des rouges et des jaunes. En solution très-étendue, elle ne laisse passer que les rayons rouges et bleus, tous les autres étant absorbés. •
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Prix Chaussier. — Commission : MM. Gosselin, Vulpian, Bouillaud, Sédillot et Cloquet réunissent la majorité absolue des suffrages.
Prix Montyon (physiologie expérimentale). — Commission. Sont nommés : MM. Vulpian, Marey, Gh. Robin, Milne Edwards et Bouley.
Prix L. Lacaze (physiologie). — MM. Milne Edwards, Ch. Robin et de Quatrefages.
Prix Montyon (arts insalubres). — MM. Boussingault, Dumas, Chevreul, Peligot et Fremy.
Effets réflexes produits par l’excitation des filets sensibles du pneumogastrique et du laryngé supérieur sur le cœur et les vaisseaux. Note de M. François-Franck. — Quand on excite électriquement ou mécaniquement le bout central d’un pneumogastrique ou d’un laryngé supérieur, on observe des effets réflexes qui varient selon que l’animal est calme ou selon qu’il s’agite et fait des efforts : dans le premier cas, le cœur se ralentit ou s’arrête et la pression s’abaisse; dans le second, la pression s'élève et le cœur s’accélère ou ne modifie pas son rhythme. Il était donc indiqué de supprimer les mouvements généraux pour obtenir à coup sûr les réactions cardiaques et vasculaires liées à l’excitation du bout central des nerfs pneumogastrique et laryngé supérieur. En soumettant les animaux (chien, chat) à un empoisonnement graduel avec le curare, suivant la méthode de Cl. Bernard (absorption sous-cutanée avec ligature plus ou moins serrée d’une extrémité), l’auteur a constaté que, avant que les mouvements respiratoires soient supprimés, les réflexes rnodéra-
gaigne parle évidemment des œuvres de Vésale d’après le dire des autres, et il se trompe gravement. Le grand ouvrage d’anatomie de Vésale a seulement deux éditions, 1543 et 1555, sans aucune traduction française. Il parut, il est vrai, des reproductions des planches de Vésale avec le texte de YEpitome, en divers endroits (Ce que sont devenues les planches DE Vésale, Gaz. hebd., n° 5, 1878); un de ces livres, YEpitome, par conséquent, fut traduit en français par Jacques Grévin en 1569 et non pas en 1559. A. Paré ne pouvait donc pas le lire dix ans auparavant. Mais je reviens à mon sujet.
E. Turner.
(A suivre.)
Maladies de l’enfance. — MM. Bourdel et Pécholier, professeurs agrégés à la Faculté de médecine de Montpellier, viennent d’inaugurer dans cette ville un dispensaire où ils donnent des consul lations gratuites pour les enfants malades. Le dispensaire sera ouvert aux étudiants en médecine, et le but que se proposent MM. Bourdel et Pécholier est d’instituer un enseignement clinique spécial et d’exercer les élèves au diagnostic et au traitement des maladies de l’enfance. C’est le premier essai de policlinique tenté à Montpellier.
Abus du tabac. — La Société contre l’abus du tabac vient d’adresser au Sénat et à la Chambre des députés une pétition tendant à obtenir une loi qui interdise aux enfants au-dessous de seize ans l’usage du tabac dans les lieux publics, loi analogue à celle qui les protège déjà contre l’abus des boissons alcooliques.
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teurs du cœur ont disparu. L’action paralysante du curare sur les terminaisons cardiaques du pneumogastrique était connue depuis les travaux de Cl. Bernard et de Kolliker (1856); mais ce qu'on n’avait pas noté, c’est que l’excitabilité réflexe disparaît bien avant l’excitabilité directe. Ceci semble impliquer une action primitive du curare sur les centres d’où émanent les nerfs d’arrêt du cœur.
Ayant remarqué, dit l’auteur, dans d'autres expériences que les anesthésiques administrés à petites doses suffisent pour supprimer les reactions générales en atténuant la sensibilité et respectent les réflexes cardiaques, j’ai utilisé celte propriété pour mettre en évidence les réactions produites par l’excitation centripète des nerfs pneumogastrique et laryngé supérieur; dans ces conditions, c’est un arrêt réflexe, surtout dans le cas d’excitation du laryngé, ou un ralentissement réflexe du cœur, qui s’observe. Quand l’arrêt se produit ou quand le ralentissement des battements du cœur est assez considérable, on voit la pression artérielle s’abaisser consécutivement; mais, si le ralentissement est modéré, la pression peut rester stationnaire ou même s’élever notablement. Il devenait donc très-probable qu’une autre cause agissait en sens inverse du ralentissement du cœur : c’était vraisemblablement un resserrement vasculaire d’ordre réflexe. Pour mettre en évidence ce réflexe vasculaire, il suffisait de supprimer le réflexe cardiaque par la section du pneumogastrique opposé à celui dont on excitait le bout central : on permet ainsi à l’effet vaso-moteur de se manifester en toute liberté par une grande élévation de fa pression générale. Le même résultat s’obtient encore par l’emploi de faibles doses de curare, qui font disparaître les modifications cardiaques réflexes sans supprimer le resserrement vasculaire. On peut ainsi expliquer les résultats si djfférents obtenus par l’excitation du bout central du pneumogastrique; les modifications cardiaques réflexes qui tendent à produire une chute de pression et le resserrement vasculaire simultané qui tend, à élever la pression se combinant dans des rapports variables, on peut observer des variations de la pression artérielle très-différentes suivant la prédominance de l’une ou l’autre de ces influencés antagonistes.
Les réactions normales de l’excitation du bout central du pneumogastrique ou du laryngé supérieur consistent donc en un réflexe cardiaque modérateur qui interfère avec un réflexe vasculaire constricteur. (Renvoi à la commission du prix de physiologie.)
Académie de médecine.
M. le minisire do l'agriculture et du commerce transmet : 1° Lo compte rendu des maladies épidémiques observées, en 1878, dans les départements des Vosges, du Gard, de l’Ain, de l’Aveyron, de la Manche, de la Haute-Loire, de la Drôme, de l’Ariégo. [Commission des épidémies.) — 2° Les rapports de MM. les médecins-inspecteurs des oaux minérales do Guagno (Corse), d’Aix-les-Bains, de Brides et Salins, du Capvcrn, de Bagnols (Lozère). (Commission des eaux minérales.)
L’Académie reçoit des lettres de MM. les docteurs Ernest Besnier, Brouardel, Gallard, Léon Colin , qui se portent candidats dans la section d'hygiène et de médecine légale.
M. Devilliers présente, au nom de M. le docteur Gallard : 1° Le compte rendu officiel du dernier Congrès de médecine légale et d’hygiène. — 2° Lo deuxième fascicule du tome V des Bulletins de la Société de médecine légale.
M. Rochard présente, au nom de M. le docteur Bèrenger-b'éraud, un volume intitulé : Les peuples de la Sénégambie ; ethnographie, mœurs et coutumes, etc.
M. Lasègue présente : 1° Un exemplaire do la nouvelle édition du Traité de l'auscultation médiate do Lncnnec, précédée d’une Introduction rédigée par MM. les professeurs de la Faculté de médecine, — 2° Au nom de M. le docteur Boucomont, un ouvrage intitulé : Les eaux minérales d'Auvergne.
M. Bouley offre on hommage le premier volume des Bulletins de la Société d'hygiène publique.
M. Depaul présente, au nom de M. le docteur Riembault (de Saint-Étienne), un travail manuscrit intitulé : De l'encombrement charbonneux des poumons chez les houilleurs. (Ce travail est renvoyé à l'examen d’une commission composée de MM. Bouillaud, Parrot, Delpech.)
M. Gueneau de Mussy offre en hommage une brochure intitulée : Deux observations d’hémiglossite, suivie de réflexions sur la pathogénie de cette affection.
M. Poggiale présente, au nom de M. Léard, un appareil dit Respirol. Cet appareil à soupapes a pour but de faire respirer un air pur dans tout milieu aérien ne contenant pas d’air respirable et offrant des dangers d’asphyxie, ou dont l’air est vicié par dos émanations délétères, ou chargé de poussières nuisibles à la santé. (Voyez la figure ci-contre.)
Inoculation de la tuberculose. — M. Colin a cherché depuis longtemps à voir si le tubercule qui résulte de l’ino¬
culation se comporte comme le tubercule développé spontanément et si, par le fait de sa présence, la diathèse tuberculeuse peut se constituer à un certain degré, puis donner des produits nouveaux, soit d’une manière continue, soit par poussées successives.
M. Colin n’a pratiqué jusqu’à ce jour qu’un nombre d’expériences très-limité et ne' peut dès lors se prononcer immédiatement d’une façon définitive sur toutes ces questions.
Parmi les résultats qu’il a obtenus dans des conditions bien déterminées, il en est qui montrent la très-longue durée des effets de l’inoculation et semblent indiquer à leur suite le développement d’un état diathésique capable de faire pulluler le tubercule dans la plupart des organes et des tissus.
En attendant qu’il puisse donner des conclusions précises sur toutes ces questions, M. Colin présente à l’Académie différentes pièces anatomiques et des tableaux synoptiques qui permettent de juger de l’augmentation et de la diminution de poids des animaux chez lesquels il a inoculé la tuberculose. Ces tableaux synoptiques, très-complets et très-intéressants, ne se prêtent pas à une analyse sommaire, mais ils seront utilement consultés dans le Bulletin de V Académie par ceux de nos lecteurs qui s’intéressent à cette question.
Inoculation du horse-pox. — Dans la dernière séance, M. Pasteur avait annoncé, d’après Jenner, que le horse-pox inoculé à l’homme était malin, tandis que le môme virus inoculé à la vache et transmis de ce dernier animal à l'homme était bénin. Cette assertion ava t été vivement combattue par M. Depaul et par plusieurs académiciens. M. Pasteur communique aujourd’hui à l’Académie le texte môme de l’auteur anglais. Il résulte, en effet, de la lecture du texte de Jenner ue le horse-pox, lorsqu’il est transmis à l’homme, peut onner lieu à des accidents graves.
Dédoublement des opérations cérébrales. — M. Luys donne lecture de la première partie d’un mémoire trèsétendu sur le dédoublement des opérations cérébrales et sur le rôle de l’activité isolée de chaque hémisphère dans les phénomènes de la pathologie mentale. Les principaux détails que M. Luys a exposés devant l’Académie se condensent dans les propositions suivantes ;
1° Dans les conditions normales du fonctionnement du cerveau, les hémisphères sont doués d’une certaine autonomie.
2° L’hémisphère gauche, plus’ hâtif dans son développe-
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ment, est aussi celui qui présente le plus de masse. En général, il surpasse son congénère de 5 à 6 grammes normalement en poids.
3° Si les lobes cérébraux, au point de vue de certaines opérations psychiques d’ensemble, agissent d’une façon synergique, il existe par contre un certain nombre de circonstances dans lesquelles cette synergie cesse d’exister. Ainsi, dans l’action d’articuler des sons et de tracer de la main droite des caractères graphiques, dans le langage oral ou dans le langage écrit, c’est l’hémisphère gauche seul qui entre en action.
4° Dans l’action de jouer des instruments de musique, et du piano en particulier, la culture crée des conditions artificielles de l’activité cérébrale en vertu desquelles chaque lobe agit isolément, d’une façon indépendante de son congénère, non-seulement au point de vue des phénomènes psycho-moteurs, mais encore au point de vue des opérations mentales, pour lire la musique, assembler des souvenirs, accomplir des opérations de jugement et ordonner des actes moteurs coordonnés.
5° Dans le domaine de la pathologie mentale, ces aptitudes naturelles à l’activité autonomique de chaque lobe cérébral sont susceptibles de se révéler avec un grand caractère d’énergie.
Chez les aliénés, l’écart en poids entre la masse des lobes cérébraux est beaucoup plus grand que normalement. La déséquilibration entre chacun d’eux est beaucoup plus accentuée. C’est le lobe droit qui, dans ces cas, absorbe à lui seul l’activité trophique. L’écart, au lieu d’être de 7 grammes, s’élève quelquefois jusqu’à 25 ou 30 grammes (sans lésion destructive).
Chez certains aliénés, les hallucinés lucides, les hypochondriaques lucides, la coexistence de la lucidité et du délire peut trouver son explication rationnelle dans l’intégrité d’un lobe cérébral et l’hypertrophie morbide de certaines régions du lobe opposé. Dans un certain nombre de cas semblables, nous avons constaté que le travail morbide était unilatéral et manifesté par une saillie insolite du lobe paracentral.
Ces faits semblent donc démontrer la possibilité de la coexistence de l’hallucination et de la lucidité.
Nouveau mode de préparation du cerveau humain. — M. le docteur Armand Pautier, ancien interne des hôpitaux de Paris, présente à l’Académie des fragments de cerveau humain préparés d’après une méthode qui" permet: 1° d’obtenir ensemble l’arachnoïde et la pie-mère cérébrale avec les prolongements que cette dernière envoie dans l’intervalle des circonvolutions ; 2° de montrer nettement la distribution de la substance blanche dans les circonvolutions; 3° de diviser avec la plus grande facilité cette substance blanche en couches ; 4" de suivre les différents modes de superposition, de stratification des lamelles; 5° de rendre parfaitement visible la bande blanche décrite par Yicq d’Azyr dans l’épaisseur de l’écorce grise, et de montrer que cette disposition n’existe
u’au niveau de la partie postérieure de la fente cérébrale
ans les circonvolutions que sépare la faux du cervelet; 6° d’enlever toute l’écorce grise du cerveau, de manière à ne conserver que la substance blanche ; 7° de constater que la couche la plus superficielle de l’enveloppe grise du cervelet (probablement la zone corticale périphérique de M. Luys) peut s’enlever facilement dans toute son étendue, sans entamer la couche sous-jacente ; 8° d’étudier dans ses détails le faisceau des fibres convergentes postérieures décrit par M. Luys dans l’épaisseur du lobe occipital. On voit que cette bande, dont les contours sont nettement limités, commence en pointe vers l’extrémité du lobe pour aller en s’élargissant à mesure qu’elle s’approche de la couche optique et du corps strié, où elle acquiert une largeur de 5 millimètres. Elle tranche très-nettement, par sa coloration blanche, sur la teinte •légèrement grisâtre du reste de la préparation. On peut con¬
stater sur certaines coupes que, vers l’extrémité postérieure du ventricule latéral, elle se divise en deux branches trèsdistinctes : l’une, interne, plus petite, plus mince, qui se recourbe en bas et en dedans pour se dirige vers le bourrelet du corps calleux, où elle semble se perdre en partie ; — l’autre, externe, plus volumineuse et plus longue, qui traverse la couche optique pour se continuer très-manifestement avec la capsule interne du corps strié.
La disposition de cette bande ainsi que les particularités relatives au cervelet et à la distribution lamelleuse de lq substance blanche se voient très-distinctement à l’œil nu, sans le secours du microscope, ni d’aucun instrument.
— La séance est levée à cinq heures.
Société médicale des hôpitaux.
De la phthisie syphilitique : M. Gouguenheim. — De l’action de la métallothérapie et de l'éleotrioité statique dans les troubles visuels d'origine hystérique : M. Dujardin-Beaumetz. — Des rapports dq taenia et des oystioerques : MM. Fêréol, Vallin, Rendu et Constantin Paul.
M. Constantin Paul lit l’éloge de M. le professeur Gabier. — M. Gouguenheim présente les deux poumons d’un sujet syphilitique, mort dans son service à l’Hôtel-Dieu annexe; ces organes présentent des altérations bien différentes : le poumon droit est le siège d’une infiltration tuberculeuse généralisée, les lésions du poumon gauche sont la conséquence de la syphilis; c’est un des plus remarquables cas de phthisie syphilitique (pneumonie interstitielle, pleurésie partielle de la base remplie d’un liquide laiteux tenant en suspension de la matière caséeuse, cavités du volume le plus variable dues les unes à la fonte probable des gommes, les autres à une dilatation vraie des bronches sous l’infiuence de la pneumonie interstitielle et de la péribronchile). A la base du poumon droit (tuberculeux) se trouve une masse de tissu calcaire, friable, ramolli à son centre et dû soit à une régression d’une vieille gomme, soit à la crétilication d’un vieil épanchement pleural enkysté.
La comparaison de ces deux poumons est très-intéressante, en ce sens qu’elle dévoile à l’œil le plus inexpérimenté une dissemblance profonde des lésions de chacun d’entre eux.
La maladie avait été diagnostiquée pendant la vie; en effet, le malade, homme de quarante-cinq ans, avait été traité par M. Gouguenheim à l’hôpital Temporaire, il y a plus d’un an, d’accidents cutanés ulcéreux et serpigineux, manifestement syphilitiques, coïncidant avec une phthisie pulmonaire bien avancée du côté droit. La guérison avait été complète au bout dé trois ou quatre mois de traitement et l’observation fut remise à M. Fournier, au moment de sa communication à l’Académie de médecine. Le malade revint cette année dans le service de M. Gouguenheim ; il n’avait pas continué le traitement, qui cette fois échoua et ne put être supporté.
Cet homme, atteint de phthisie syphilitique du poumon gauche, succomba à une infiltration tuberculeuse du poumon droit.
— M. Dujardin-Beaumetz dans une séance de la Société (février 1879) a fait allusion à une malade guérie de troubles visuels par l’usage de l’électricité statique. Or, dm cette jeune malade, la métallothérapie et l’électricité statique ont été employées, aussi est-il curieux d’examiner les résultats obtenus par l’une et l’autre méthode.
Au mois de janvier, dit M. Dujardin-Beaumetz, je fqs appelé par h maîtresse de l’Ecole normale de la Seine pour examiner upeélèvp, mademoiselle R..., âgée de seize ans, qui avait perdu subitement
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la vue. La veille, vers cinq heures, se plaignant de lourdeur d„ tête, elle montait à l’infirmerie pour s’y coucher, et, le lendemain matin, elle se réveillait complètement aveugle.
Je constate, en effet, que cette jeune fille est atteinte d’une cécité absolue ; mais, ne trouvant aucune lésion apparente qui pût expliquer un trouble fonctionnel aussi grave, et jugeant qu'un examen ophthalmoscopique était indispensable pour éclairer le diagnostic, je conseille de la conduire chez le docteur Abadie.
Voici le résultat de son examen. Extérieurement, les yeux de celte jeune personne ne présentent rien qui frappe l’attention : les pupilles sont moyennement dilatées, mais ne reagissent pas sous l’influence de la lumière; la contractilité des muscles des yeux est parfaitement conservée, et les globes oculaires se déplacent facilement dans tous les sens. La perception lumineuse, même quantitative, est complètement abolie à droite ; à gauche, la lueur d’une lampe est encore faiblement distinguée à 30 centimètres environ.
A l’ophthalmoscope, le fond de 1 œil est normal, sauf peut-être une tres-légère diminution du calibre des artères (mais on sait combien il est difficile de se prononcer sur cos variations de diamètre des vaisseaux rétiniens en raison de leurs nombreuses variétés physiologiques), la papille ne présente rien d’anomal et l’exploration la plus minutieuse jusqu’aux parties équatoriales de l’œil ne fait découvrir également aucune altération. En présence d’une perturbation fonctionnelle aussi complète, indépendante, au moins en apparence, de toute lésion appréciable, M. Abadie songea à l’hystérie et, prenant une épingle, interrogea la sensibilité cutanée.
Toute la surface du corps était anesthésiée. Des piqûres faites sur le front, au cou, sur les bras, aux jambes, n’étaient pas ressenties, elles ne saignaient pas. L’hypothèse d’une amblyopie hystérique devenant de plus en plus probable, séance tenante, sans prévenir la malade de ce qu’on faisait, trois pièces d’or de vingt francs furent appliquées à la région temporale gauche et maintenues au moyen de deux tours de bande.
Au bout d’un quart d’heure environ, la jeune fille commença à dire qu’elle distinguait confusément quelques objets, puis le rétablissement de la vision se fit lentement, progressivement, et au bout d’une demi-heure elle pouvait se conduire seule. La vision s’était rétablie sur l’œil gauche , mais à droite il n’y avait pas trace de perception lumineuse, même quantitative. A ce moment l’acuité visuelle s’élevait à 1/10 sur l’œil gauche,
Il était de la plus haute importance de rechercher comment s’effectuait le retour de la perception des couleurs; mais, cet examen étant fait le soir à la lumière, les réponses ne pouvaient être précises. On put constater néanmoins que le rouge et le jaune étaient reconnus avec quelque hésitation, mais le vert et le bleu restaient confondus.
bien convaincus après cette épreuve que nous étions en présence d’accidents hystériques nettement caractérisés, nous interrogeâmes avec grand soin la jeune fille et la directrice de l’école afin de nous éclairer sur les circonstances qui pouvaient avoir favorisé leur apparition. Les antécédents pathologiques sont nuis. Jusqu’au soir du 21, ou la jeune fille s’est plainte d’une lourdeur de tête, sa santé a toujours été parfaite; réglée depuis près de deux ans, la menstruation s’est effectuée d’une façon très-régulière, tous les vingt jours. Elle n’a jamais eu de crises nerveuses et n’a présenté aucune bizarrerie de caractère; c’est une bonne élève, à tous les points de vue. Sa mère se porte très-bien; son père est, paraît-il, impotent et alité par suite d’une maladie de la moelle. Elle ne peut attribuer à aucune circonstance particulière, ni émotion morale, ni frayeur, ni perturbation de la santé générale, la cécité survenue si brusquoment et d’une façon aussi inattendue. Le jour de Noël, il est vrai, elle reçut une lettre de ses parents lui apprenant qu’il y avait eu chez elle un feu sans importance; mais le lendemain, complètement rassurée, elle n’y pensait déjà plus.
Sauf la perte de sensibilité cutanée, elle n’accuse aucun trouble dans les fonctions de l’économie. Pas de douleur dans les régions ovariennes.
Le 23 janvier, à onze heures du matin, nous faisons appliquer un aimant, d’abord à la région temporale gauche : au bout de dix minutes la vision s’améliore lentement; mais, au bout de ce laps de temps, la malade éprouve une sensation très-pénible dans la tête, et on suspend l’application. L’aimant est transporté à droite; au bout de vingt minutes l'a vision commence à se rétablir de ce côté. Le soir, nouvelle application de l’aimant, mais au bout de quelques minutes la sensation de constriction, de compression autour de la tête, qui a persisté pendant la journée, s exaspère au point qu’on est obligé de suspendre l’application.
Le 24, nouvelle appliéation de l’aimant comme la veille. La
vision s’était affaiblie, mais, n’avait pas complètement disparu; elle, était toujours beaucoup plus faible à droite. La tête est restée lourde. Après l’application, qui dure dix minutes pour chaque œil, la malade éprouve une sensation de lassitude très-pénible.
Le 25, mademoiselle R... est très-aceablée à sou réveil. On continue néanmoins les applications de l’aimant; mais à l’accablement succède une somnolence qui va jusqu’à la léthargie, au point qu’elle dort debout et qu’on est oblige de se tenir près d’elle et de la surveiller.
Nous insistons sur ce phénomène, qui a déjà été signalé par M. Landouzy chez une malade atteinte de crises douloureuses qui disparaissaient sous l’influence de l’aimant, mais après chaque séance la malade tombait dans une véritable léthargie.
Le 28, application à chaque tempe d’une pièce d’or, laissée en permanence. Au bout d’une heure, compression très-pénible dans fa tête, compression qui va en augmentant jusqu’au moment où l’on retire les pièces. Grande envie de dormir.
Le 29, on continue les applications d’or, et en même temps elle prend chaque jour 2 centigrammes de chlorure d’or et de sodium a l’intérieur.
Le 5 février, on procède de nouveau à l’examen fonctionnel des yeux. L’acuité visuelle à gauche, toujours plus élevée qu’à droite, est égale à 2/7 ; à gauche elle est 1 /5. Le champ visuel est trèsrétréci, mais plus a droite qu’à gauche. Les couleurs sont assez bien perçues. La sensibilité cutanée est encore très-émoussée sur toute la surface du corps, mais néanmoins les piqûres faites un peu profondément sont ressenties.
Prescription. — Hydrothérapie, une douche par jour. Continuer le chlorure d’or à l’intérieur; porter de petits bracelets d’or, une chaînette d’or au cou et des boucles d’oreilles également en or.
L’état de la vision reste stationnaire jusqu’au 24.
Le 24, nous essayons de nouveaux métaux. Application de pièces d’argent deux fois par jour pendant une heure : aucun effet appréciable sur l’acuité visuelle.
Le 25, nouvelles applications de pièces d’argent qui ne donnent pas plus de résultat que la veille.
Le 26, essai du cuivre. Le résultat paraît défavorable, l’acuité visuelle semble diminuer légèrement-
Le 28, essai du zinc. Somnolence léthargique dans la journée. Sensation de tiraillement dans les yeux pendant l’application, mais amélioration assez sensible de la vision. Au bout de deux jours l’acuité visuelle atteint 2/5 des deux côtés. Les applications de zinc sont continuées jusqu’au 4 mars, mais l’amélioration cesse de progresser et la malade reste toujours incapable de lire.
A cette époque paraissait précisément un article fort intéressant sur la guérison de certaines manifestations hystériques au moyen de l’électricité statique (Landouzy, Progrès médical, n° 8, 1879). Nous résolûmes d’essayer encore ce moyen-là.
Notre malade fut placée sur le tabouret isolant de la machine électrique et mise en communication avec l’un des conducteurs. Quand elle fut suffisamment chargée d’électricité, on lui tira des étincelles sur le pourtour des orbites. L’explosion de chaque étincelle. provoquait une douleur assez vive. Après une séance d’un quart d’heure environ, la vision s’améliorait au point que la malade pouvait lire couramment les caractères d’imprimerie ordinaires- D’emblée l’acuité visûelle s’élevait à 2/5. Les jours suivants, nouvelles Séances d’électricité statique, l’amélioration va s’accentuant et l'acuité visuelle redevient normale.
Depuis, les séances d’électricité ont été faites régulièrement tous les deux jours, elles troubles visuels n’ont plus reparu de ce côté; la guérison semble complète. Néanmoins, cette jeune fille est encore loin d’être rendue à une santé parfaite, Les phénomènes de somnolence persistent; le matin, on est obligé de la faire lever : elle ne peut se réveiller. Pendant les classes, elle est prise parfois de véritables' crises léthargiques.
Le travail intellectuel, beaucoup plus pénible qu’auparavant, ne peut être soutenu longtemps. Bien que les bracelets, chaînette, boucles d’oreilles aient été enlevés depuis le 8 mars, la sensibilité se maintient intacte. - ,
M. Dumontpallier demande à M. Dujardin-Beaumetz comment le transfert a été possible, puisque l’anesthésie était générale : le transfert ne peut se comprendre que quand il y a hémianesthésie.
M. Dumontpallier présente un malade qui à la suite d’une hémorrhagie cérébrale fut atteint d’hémianesthésie complète du côté droit ; anesthésie des sens spéciaux comme aussi de la sensibilité générale. Après l’application d’un aimant (la
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séance dura dix minutes), on constata un retour de la sensibilité et des sens : le malade distingua peu à peu les couleurs dans Tordre indiqué par Charcot; la seule qu’il ne puisse reconnaître est la coloration verte.
— M. Féréol présente un homme présentant plusieurs poches de cysticerques. Cet homme a autrefois rendu un tænia et c’est seulement plusieurs années après qu’il s’est trouvé atteint de ladrerie. Cet homme, en outre, a été diabétique, au point de rendre jusqu’à 450 grammes de sucre et de 10 à 11 litres d’urine par jour. 11 est permis de se demander si ce diabète n’a pas été la conséquence de la présence d’un cyslicerque dans le plancher du quatrième ventricule. Quant à la coexistence chez le même individu du tænia et de cysticerques, on sait qu'elle a donné lieu à diverses interprétalions.
M. Vallin fait remarquer quç, depuis que l’attention est attirée sur ce point, les cas de coexistence, chez le même individu, d’un tænia et de cysticerques ou de tumeurs hydatiques, deviennent assez fréquents ; depuis les recherches de M. Mégnin, on peut se demander si les œufs contenus dans les cucurbitins mêmes ne peuvent pas se dégager à l’état d’embryon dans l’intestin même du sujet qui porte le tænia, traverser la membrane muqueuse, pénétrer dans un vaisseau et produire ainsi une sorte d’auto-infection.
M. Constantin Paul croit qu’on pourrait aussi bien considérer le tænia comme la phase terminale du développement d’un des cysticerques qu’on rencontre sous la peau du malade de M. Féréol.
M. Vallin rappelle que chez le malade de M. Broca (Société de chirurgie, février 1876) le tænia avait été expulsé quatre ans avant l’apparition sur la peau des cysticerques enkystés dont M. Broca détruisit en quelques jours 250. Dans les autres cas publiés jusqu’ici, le tænia paraît avoir également précédé l’apparition des cysticerques.
M. Rendu rappelle que les expériences de Siebold, Van Beneden, Küchenmeister ont toujours montré que le cyslicerque du porc ne donne pas naissance au tænia inerme, et réciproquement que tout prouve qu’il s’agit ici de deux espèces distinctes.
M. Vallin dit que c’est précisément le point en discussion ; les expériences récentes de M. Mégnin tendent à infirmer l’opinion ancienne ( Revue d'hygiène et de police sanitaire, mars et avril 1879). Il semblerait, d’après ces nouvelles recherches, qu’un œuf ou embryon de tænia peut pénétrer dans une glandule, dans un diverticulum de l’intestin, y subir sa phase vésiculaire, puis repasser dans l’intestin où il devient ver sexué, tænia, mais tænia inerme; le tænia resterait armé quand l’animal ou l’homme aurait avalé un cyslicerque ou éehinocoque déjà développé et quand la transformation en ver sexué se ferait directement dans l’intestin. Si cette opinion se confirmait, on comprendrait aussi bien qu’un œuf se dégageât d’un fragment terminal de tænia contenu dans l’intestin, et que l’embryon, entraîné dans les vaisseaux, allât former au loin des tumeurs hydatiques ou des cysticerques, sans avoir besoin de passer dans le tube digestif d’un autre animal.
DP Joseph Michel.
Société de chirurgie.
Hémorrhagies consécutives à l’extraction d’une dent chez un hémophyle; ligature de la carotide primitive; guérison. — Sur l’ostéomyélite. — Présentation d’un malade ; ligature de l’artère ischia-
M. Farabe uf fait un rapport sur une observation adressée à la Société de chirurgie par M. Hémard, médecin principal à l’hôpital militaire de Versailles.
Le malade s’était fait arracher la deuxième molaire supérieure gauche, et depuis, aucun moyen ne pouvait arrêter le sang. Du 30 juin au 8 juillet, on employa divers tampons, le fer rouge, la compression : l’hémorrhagie se reproduisait toujours, et le malade était très-alîaibli. Dans les antécédents, on ne trouva rien du côté de l’hérédité; pas de fièvres intermittentes. Le malade avait eu des hémorrhagies très-rebelles aux traitements employés.
M. Hémard résolut de faire la ligature de Tarière carotide primjlive gauche ; pendant les jours qui suivirent cette opération, il y eut de fréquentes hémorrhagies capillaires parla plaie ; mais le sang cessa de couler du côté de l’alvéole dentaire. Le fil tomba au bout de treize jours. La plaie, blafarde, se fermait lentement; elle n’était pas complètement cicatrisée en octobre. Peu à peu l’état général s’améliorait. Après l’opération, on donna la limonade sulfurique, Tergotine, le tannin, le sulfate de quinine. Riche alimentation. Les urines contenaient beaucoup d’albumine et un excès de phosphates.
Selon M. Hémard, l’opéré était un hémophyle, et les hémorrhagies étaient dues à la qualité du sang plutôt qu’à une altération des vaisseaux. M. Farabeuf se demande pourquoi, une fois la ligature artérielle décidée, M. Hémard n’a point lié la carotide externe? Probablement parce que, en liant le milieu de la carotide primitive, on est moins exposé aux hémorrhagies secondaires ; mais la clinique n’autorise pas cette opinion qui paraît juste au point de vue anatomique.
M. Tillaux voudrait savoir si M. Hémard a tout tenté avant de faire cette ligature. Il y a trois ans, un étudiant en médecine avait une hémorrhagie dentaire; le tampon de cire était inefficace; M. Tillaux fit une cautérisation au fer rouge qui n’arrêta pas le sang. Alors il introduisit dans l’alvéole une boulette de charpie imbibée de perchlorure de fer, et fit appliquer un doigt sur ce tampon pendant toute une nuit; l’hémorrhagie fut définitivement arrêtée.
M. Tillaux n’accepte point que pour une hémorrhagie siégeant d’une façon évidente sur une branche de la carotide externe, on fasse la ligature de la carotide primitive; quand on a des doutes sur le point de départ de l’hémorrhagie, c’est autre chose, il faut lier la carotide primitive. La ligature de la carotide externe est moins grave ; la ligature de la carotide primitive met bien moins à l’abri de l’hémorrhagie.
M. Verneuil est de l’avis de M. Tillaux. Dans l’observation, i’hémophylie n’est nullement démontrée, et on ne doit l’admettre qu’à défaut d’autre chose. Or, le malade était albuminurique, et l’albuminurie prédisposeaux hémorrhagies incoercibles. Il y eut des hémorrhagies par la plaie de la ligature; on donna du sulfate de quinineet les hémorrhagies s’arrêtèrent Chez un étudiant qui avait des hémorrhagies répétées à la suite de l’avulsion d’une dent, M. Verneuil fit donner 1 gramme de sulfate de quinine elle sang s’arrêta définitivement. C’est parla qu’il faut toujours commencer, car ce sont des hémorrhagies dialhésiques. On n’est pas autorisé à lier la carotide avant d’avoir essayé ce médicament.
M. .Mfflÿifot n’a jamais vu une hémorrhagie dentaire résister à l’emploi des moyens ordinaires et surtout au tampon de gulta-percha mélangée de charpie.
M. Le Fort n’admet pas la ligature d’une carotide pour une hémorrhagie dentaire; car on s’expose presque certainement aux hémorrhagies secondaires.
M. Després a employé les bouchons de cire avec succès pour arrêter les hémorrhagies dentaires chez des individus diathésiques.
M. Farabeuf. M. Hémard a employé tous les moyens, exceptéla gutta-percha. La dent arrachée était la deuxième molaire du maxillaire supérieur à gauche; mais l’observateur ne dit pas si le sang venait du rebord alvéolaire ou du fond de l’alvéole. Le malade n’était plus albuminurique trois semaines après
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l’opération ; s’il avait été albuminurique avant l’hémorrhagie, l’albumine n’aurait pas disparu en si peu de temps.
— M. Trélat a écouté avec intérêt la communication de M. Lannelongue; et, quoique d’accord avec son collègue sur le fond de la question, il désire faire quelques remarques. M. Lannelongue a montré la longueur d’évolution des affections ostéomyélitiques et leurs diverses transformations. L’an dernier, à propos d’une discussion sur la résection coxofémorale, M. Trélat citait le cas d’un malade amputé de la cuisse à l'âge de cinquante-sept ans, pour une septicémie subaiguë consécutive à l’évidement d’une vieille cavité d’ostéite fongueuse datant de l’âge de treize ans.
I’armi les documents interprétés par M. Lannelongue, ceux qu’il a empruntés à diverses publications sont des cas graves, des exemples de typhus des membres, et il a été conduit à exagérer la léthalité de l'ostéomyélite des enfants. Il y a des cas où les choses se passent avec moins de gravité. M. Trélat a vu une jeune fille dont la main était devenue énorme en quarante-huit heures; il pratiqua des incisions dorsale et palmaire. Un métacarpien était dénudé complètement, sauf en quelques points. L’état général s’améliora rapidement; on retira une partie de l’os nécrosé, et en un mois la guérison était complète.
M. Lannelongue a surtout étudié les cas d’autopsie. Il dit qu’il y a toujours du pus dans la profondeur des os ; oui, pour un grand nombre de cas; mais il ne faut pas prendre les cas de mort ou d’opération pour la totalité des cas. Il peut y avoir des ostéomyélites qui bornent leurs ravages à la partie superficielle de l’os et donnent lieu à de petits séquestres.
M. Després présente deux malades. Les abcès sous-périostiques sont-ils indistinctement dus à la périostite, à l’ostéite ou à l’ostéopériostile? Il y a une théorie unique qui peut expliquer tous les faits; les malades ont invariablement leur abcès au même point. Il faut excepter les abcès venant dans la convalescence de la fièvre typhoïde ou de la rougeole. Les abcès se développent aux extrémités des os, jamais au milieu de l’os, sauf dans les cas de traumatisme. C’est toujours au niveau du cartilage interépiphysaire que le mal commence. Les abcès sous-périostiques ne sont qu’un symptôme de l’ostéomyélite juxta-épiphysaire des adolescents. M. Després présente ses deux malades à l’appui de son opinion.
M. Trélat n’a jamais contesté que l’ostéomyélite, telle qu’il l’entend, n’ait son point de départ au niveau du cartilage. La dissidence avec M. Gosselin réside en ceci : M. Gosselin dit qu’il s’agit d’une ostéite, et M. Trélat dit que ce sont les éléments médullaires qui sont le point de départ de la maladie. Plus le sujet se rapproche de l’âge de quinze ans, plus l’ostéomyélite reste confinée au niveau du cartilage épiphysaire ; plus l’enfant est jeune, plus elle s’étend loin du cartilage; 99 fois sur 100 le mal part de l’épiphyse; ces données sont en accord avec le développement normal des os.
— M. Tillaux présente un malade sur lequel il a fait la ligature de l’artère ischiatique pour un anévrysme traumatique diffus de cette artère, consécutif à une fracture du bassin.