‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 100 sur 249 · LA PLEURÉSIE AIGUE MULTILOCULAIRE. — RÉCLAMATION DE M. JACCOUD · texte numérisé non relu

LA PLEURÉSIE AIGUE MULTILOCULAIRE. — RÉCLAMATION DE M. JACCOUD

M. le professeur Jaccoud nous a fait l’honneur de nous écrire pour protester qu’en citant Monneret, dans sa communication à l’Académie de médecine, il n’avait fait que reproduire les idées professées par son éminent , prédécesseur.

« Évidemment, nous écrit M. Jaccoud, vous n’avez pas tenu compte de la date dont j’ai fait suivre son nom; si vous vous étiez reporté au mémoire répondant à cette date, vous y auriez trouvé la preuve que Monneret a bien exprimé l’opinion que je lui ai prêtée, car vous auriez lu : 1° la conclusion suivante : la vibration thoracique est très-marquée dans la pneumonie, la congestion, l'oedème pulmonaires, dans les tubercules crus et disséminés, enfin dans les pleurésies avec adhérences et sans épanchement; 2° dans le corps du mémoire : l’ondulation thoracique n’est pas modifiée de la même manière dans les pleurésies avec épanchement de liquide ou avec adhérences pseudo-membraneuses. Dans ces dernières, elle est presque naturelle si les fausses membranes sont molles, récentes et peu épaisses; si, au contraire, elles relient solidement le poumon à la paroi costale, et s’il n’y a pas de liquide, la vibration acquiert une intensité trèsgrande. Voilà ce qu’a dit Monneret dans sonmémoire del848 (Mémoire sur l’ ondulation pectorale dans l’état physiologique et dans les maladies, in Revue médico-chirurgicale, octobre , 1848), et voilà . ce que je' lui ai fait dire à cette même date de 1848. Qu’il ait plus tard changé d’opinion, cela importe peu pour mon exactitude, puisque j’ai indiqué à quelle date je le cite. »

Nous commencerons , par reconnaître non- seulement, comme nous le demande M. Jaccoud, que les phrases qu’il

FEUILLETON

Ambroise Paré (1510-1590).

LA DATE DE SA NAISSANCE. —, SA FAMILLE. — SA DEMEURE. — .... •, SAREUGipN..— SES;(EUVRES.

’ [Ce travail était déposé à la : Gazette hebdomadaire, quand elle fit paraître une série' d’articles dé M. Emile Bégin sur Ambroise 'Paré. Aii sujet de -ces7 articles! je me contentérai dé faire remarquer que le voyage M’Ambroise Paré dont il y est question a eu lieu, non h.Dourdan-sur.-Orge (Seine-et-Chse), mais bien à Dourlan, Durlentium, Dourlens, aujourd’hui Doullens (voy. Gaz. hebd. , n° 1 de janvier 1879, p. 6.).]

I. Quand il s’agit d’Ambroise Paré, on est heureux de trouver, le monument littéraire élevé par J. -F. Malgaigne à la gloire du grand chirurgien. du seizième siècle (Œuvres com- 2» série, T. XVI.

nous oppose se trouvent textuellement imprimées dans, le mémoire auquel il nous renvoie, mais encore que Monneret, dans les citations que nous avons faites, a manqué d'exactitude en rappelant ce travail de 1848, alors qu’il affirmait, au contraire, en 1861, que les vibrations thoraciques étaienttoujours abolies ou notablement diminuées dans les cas d’adhérence médiate ou immédiate du poumon avec la paroi pectorale. Mais nous le demandons à tous les esprits honnêtes et sérieux, et par conséquent à M. Jaccoud, n’est-il pas évident que Monneret, ayant développé, dans son Traité de pathologie interne, écrit en 1861, les idées que nous avons exprimées en citant textuellement ses paroles, ne peut plus être considéré aujourd’hui comme le représentant des idées opposées qu’il a pu émettre en 1848? M. Jaccoud était-il dès lors bien inspiré en ne citant que ses premières allégations sans tenir aucun compte des réfutations que Monneret s’était appliqué avec tant de soin à formuler lui-même? Monneret affirme en 1861, après une longue expérience, que la vibration thoracique est nulle ou à peine sensible dans les points qui correspondent aux adhérences médiates ou immédiates du poumon avec la paroi pectorale. Il prend même la peine, d’ajouter que, si l’on ne comprend pas qu’une disposition anatomo-pathologique qui semble établir une continuité plus parfaite entre les différentes parties de la poitrine et le corps sonore (le larynx) soit précisément une cause qui anéantisse l’ondulation pectorale, rien cependant n’est mieux démontré pour lui que ce fait de diagnostic. S’il a le tort d’ajouter que ces observations ont été faites par lui dès l’année 1848, et qu’il se borne à reproduire, en 1861, ce qu’il avait constaté treize années auparavant, ne faut-il point reconnaître cependant que cette dernière opinion, mûrement réfléchie, exprime la théorie à laquelle il s’est définitivement arrêté ?

Si donc nous avons déclaré que Monneret n’avait pas, au sujet de la valeur des vibrations thoraciques, les idées que

plètes, 3 vol., 1840). L’étude si connue et si remarquable sur sa vie et ses œuvres, qui forme la troisième partie de l’introduction (pages ccxxiii à cccli), tout eu étant digne d’éloges mérités, n’est pas cependant sans quelques erreurs et quelques omissions sur les points que je viens d’indiquer. C’est pour corriger les unes et réparer les autres que .ce petit travail a été entrepris.

L’erreur principale a été de fixer l’époque de la naissance d’A. Paré à l’année 1517. Et malheureùsement, sous l’autorité de l’éminent professeur, elle a été acceptée et propagée par tous les historiens: qui ont écrit ;depuis 1840. Jusque-là on avait cru, et j’espère qu’on croira encore, d’après Pierre de l’Estoile, que « maistre Ambroise Paré, chirurgien du roy, mort le jeudi 20. décembre 1590, la veillé de la saint ThohiaS', à Paris, en sa maison, à l’âge de quatre-vingt ans, » était; né en 1510. Pourquoi .Malgaigne ; a-t-il refusé de se ranger à l’opinion commune? Uniquement parce que; les dates des divers portraits d’A. Paré, qui.se trouvât en; tête de la. plu-

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lui attribue M. Jaccoud, nous en avions le droit ; car nons devions conclure de la lecture des passages que nous avons cités qu’une plus longue expérience avait dû l’éclairer, et que les controverses qu’il avait eues avec Grisolle l’avaient engagé à observer avec plus de soin et d’attention, de manière à les mieux définir, les conditions dans lesquelles se propagent ou se suppriment les vibrations du thorax. Aux yeux de tous ceux qui tiennent à reproduire fidèlement les opinions d’un auteur classique, Monneret nous paraît donc encore devoir être considéré non comme le fondateur de la doctrine qui vient d’être rappelée à l’Académie, mais bien comme son adversaire. Or, c’est là précisément la seule idée que nous ayons exprimée à ce sujet.

Nous regrettons de ne pouvoir nous rendre davantage aux raisons que nous donne M. Jaccoud pour affirmer, sinon l’exactitude (elle n’a jamais été contestée), du moins l’autorité de sa citation. « Du reste, ajoute-t-il, si j’ai fait cette citation et non pas une autre, c’est pour rendre hommage à notre compatriote, car son opinion de 1848, admise et formulée d’une manière plus générale en 1854 par Wintrich, est devenue justement classique sous le nom et par l'autorité de ce dernier, et l’on a trop souvent oublié que la conclusion de Monneret éri 1848 était le véritable point de départ de cëlte manière de voir, »

Ici encore nous différons d’avis avec l’honorable académicien. Monneret ayant affirmé, dans un livre justement classique qui résume son enseignement, des idées contraires à celles que lui prête M. Jaccoud ; Monneret, qui les a affirmées après avoir déclaré, dans sa préface* qu’il éviterait avec soin de citer des faits douteux ou des théories hasardées, ne peut être considéré comme le parrain de la théorie qu’il a combattue en 1861. Ceux qui admettent l’hypothèse que défend aujourd’hui M. Jaccoud nous paraissent donc avoir raison quand ils l’attribuent à Wintrich et non à Monneret. Quant à cette théo rie elle-même, elle ne nous paraît pas aussi nettement démontrée ni surtout aussi classique que le déclare M. Jaccoud. Nous persistons, au contraire, à penser que, dans le plus grand nombre des cas, les vibrations thoraciques sont atténuées lorsqu’il existe des fausses membranes épaisses reliant le poumon à la paroi costale. S’il mous fallait citer encore Monneret et le mémoire de 1848 auquel nous renvoie M. Jaccoud, nous lui ferions remarquer que, dans la page d’où il a extrait le passage qu’il nous oppose, Monneret déclare que « l’ondulation pectorale reste longtemps affaiblie ou nulle dans le côté de la poitrine qui a été atteint de pleurésie ,

avec épanchement, » et que les faits qu’il cite (en 1848) pour appuyer à cette époque l’hypothèse de la persistance des vibrations sont deux cas de pleurésie très-ancienne avec retrait considérable du thorax èt adhérences constituant, avec la paroi costale « une double enceinte solide que le son traverse avec une grande facilité ». Ges faits sont-ils comparables à ceux que M. Jaccoud a exposés devant l’Académie? Nous le répétons : rien n’est plus difficile que de tirer de l’existence ou de l’absence des vibrations dans les pleurésies chroniques des lois immuables. Rien ne nous semble plus hypothétique que les assertions qui viennent d’être émises à cet égard. Rien ne ressemble moins à la doctrine défendue par Monneret, en 1848, comme en 1861, que la théorie des vibrations transmises à la paroi pectorale par des fausses membranes tendues sous la pression du liquide qu’elles contiennent. Nous aurons d’ailleurs l’occasion, si la discussion soulevée par le travail de M. Jaccoud se continue devant l’Académie, de revenir sur ce sujet. Qu’il nous suffise d’avoir établi que nous avions consciencieusement et sérieusement exposé les idées émises par Monneret. Nous différons, il est vrai, d’avis avec son honorable successeur dans la chaire de pathologie- interne ; mais cette divergence d’opinion tient à ce qu’il n’a cité que le mémoire écrit en 1848 par Monneret, tandis que nous avons recherché dans son traité publié en 1861 l’ensemble de ses idées sur un sujet qu’il a pendant de longues années très-sérieusement étudié.

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