LES SPÉCIALITÉS PHARMACEUTIQUES
(Deuxième article.)
Après avoir essayé de définir ce qu’il faut entendre par spécialité phar maceutique ; après avoir montré que, sous ce nom, on confond d’ordinaire des préparations excellentes auxquelles les pharmaciens, qui se sont spécialement appliqués à les fabriquer, sont autorisés à donner leur nom, et des drogues inefficaces ou même dangereuses dont le nom bizarre et la réclame peuvent seuls assurer le succès, il importe de bien faire comprendre quels sont les dangers de certains abus qui tendent à abaisser la médecine et à détruire la pharmacie ; il importe surtout de montrer toutes les difficultés que rencontreront les législateurs qui prétendraient réprimer ces abus, et d’insister cependant sur la nécessité des mesures à prendre pour les combattre.
Il ne nous paraît point utile de rappeler longuement combien devient plus envahissante chaque jour la manie des spécialités. Forcés, pour satisfaire les exigences de leur clientèle, de posséder toutes les spécialités en renom, bien des pharmaciens s’efforcent d’en iuvenler de nouvelles pour augmenter leurs bénéfices. En vain les prescriptions très-formelles de la loi de germinal leur interdisent-elles de préparer à l’avance des médicaments dont la formule n’est pas inscrite au Codex. Combien est-il de pharmacies normales, rationnelles ou autres qui n’aient leurs sirops, leurs pâtes ou leurs pilules spécialement destinés à guérir toutes les maladies! Un prospectus plus ou moins riche en promesses pompeuses, un empaquetage plus ou moins coquet, et quelques paroles adroites tiennent lieu de formules magistrales et de consultations prises au cabinet du médecin. Le malade, qui ne de¬
mande qu’à être rassuré sur la nature du mal dont il souffre, accepte, sans contrôle possible, le remède qui doit le guérir. Les annonces ou les réclames qu’il a lues à la quatrième page des journaux politiques lui inspirent la plus aveugle confiance. Et c’est ainsi que les pharmaciens s’occupent de moins en moins de la récolte, de la conservation et de la préparation des drogues magistrales. Mais il y a plus. Dans l’enquête à laquelle, pour nous éclairer nous-même sur l’étendue du mal que l’on prétend combattre, nous avons dû nous livrer ces jours derniers, nous avons appris bien des détails, aussi instructifs que tristes à enregistrer. La fortune des spécialités ne tient pas seulement à l’habileté de ceux qui les fabriquent ou à la crédulité des ignorants qui les absorbent. Certains médecins, infiniment plus coupables que les industriels qui cherchent à écouler leurs produits, ne reculent pas devant les procédés les plus méprisables pour augmenter leurs revenus. Il en est qui, dans des consultations gratuites ou même rétribuées, ne prescrivent que des spécialités dont le nom ne figure pas sur leurs ordonnances; elles sont désignées par un numéro, et ne peuvent être achetées que chez un pharmacien spécial, qui partage ses bénéfices avec son indigne associé. Des traités commerciaux, très-adroilement rédigés, assurent au médecin un bénéfice considérable. Souvent même celui-ci reçoit une subvention mensuelle et traite à forfait avec un pharmacien en s’engageant à ne livrer à ses clients que des formules dont le prix sera très-élevé. Il en est d’autres qui, non contents de ce trafic, distribuent eux-mêmes et se font payer directement des drogues aussi chères qu’elles sont inefficaces. Leurs salons de consultation, très-fréquentés d’ailleurs, deviennent ainsi des agences où l’on peut prendre en même temps une consultation médicale et toute la série des drogues qui devront, dans un avenir plus ou moins rapproché, guérir la maladie constatée ou imaginée par celui que son traité oblige à prescrire chaque jour un grand nombre de médicaments. Il en est enfin qui s’abaissent — nous avons
FEUILLETON
llibliogrupliia Pntiniana. — Catalogue chronologique, analytique et explicatif des ouvrages composés par Guy Patin, et de ceux A la publication desquels il a contribué.
(Suite. — Voyez le n° 35.)
IV. — Traduction du français en latin de toutes les œuvres d’André Du Laurens.
■ Né à Tarascon le 9 décembre 1538, professeur à l’Ecole de médecine de Montpellier, premier médecin de Henri IV, André Du Laurens fut un des hommes les plus remarquables du seizième siècle. Il mourut le 16 août 1609. Ses ouvrages sont nombreux et presque tous écrits en français. On doit savoir gré à Guy Patin d’avoir entrepris et mené à bonne fin une entreprise qui était considérable, et qui consistait à mettre 2<= Série, T. XVI.
en latin, non-seulement tous ceux de ces ouvrages qui avaient vu le jour, mais encore d’enrichir l’œuvre de plusieurs leçons données par le célèbre archiàtre de Henri IV, du haut de sa chaire professionnelle de Montpellier. En 1628, paraissait à Paris, chez Martin Durand, deux beaux volumes in-4”, portant ce titre :
Andrece Laurentii... Opéra omnia... Studio et opéré Guulonis Palini.
On y trouve, outre deux beaux portraits, celui de Henri IV et celui d’André Du Laurens, les traités suivants :
A. Là traduction latine de tous les ouvrages déjà imprimes en français par Du Laurens, savoir :