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DU RALENTISSEMENT DES PULSATIONS CARDIAQUES

Sous l’influence des causes les plus diverses, générales ou locales, nous voyons tous les jours les battements du cœur s’accélérer au point que, dans certains cas graves et particulièrement chez les enfants, il devient souvent difficile de compter les pulsations. Le ralentissement des mouvements cardiaques est au contraire beaucoup plus rare. Chez certains sujets, la lenteur des contractions est physiologique et ne se traduit par aucun symptôme morbide. J’ai eu occasion d’observer, à la Charité, un homme dont le cœur battait dix-huit fois à la minute. Il était entré pour un léger embarras intestinal. Jamais il n’ayait eu de dyspnée et ne se doutait pas de l’anomalie qu’il présentait. Bien qu’on ait noté la lenteur toute particulière du pouls dans certaines affections gastro-intestinales, nous ne pensons pas que cette cause' puisse être invoquée chez ce malade. On le garda quelque temps dans le service en observation et le pouls ne se modifia pas longtemps après que l’embarras gastrique fut terminé. Le plus habituellement, ces lenteurs exceptionnelles constituent un phénomène morbide. Quand on parcourt les différents Traités des maladies du cœur, on est étonné du silence presque complet que gardent les auteurs sur ce symptôme, assez rare d’ailleurs. Stahl avait noté lalenteur du pouls dans certains accès de fièvre quarte. Spens, cité dans le grand Dictionnaire en GO volumes, parle d’un homme qui, ayant eu pendant sa maladie (?) le pouls très-rare, succomba au moment ou les pulsations descendirent au chiffre de 9 par minute.

Il y a quelques années, j’ai pu observer un cas des plus curieux sous ce rapport. Il s’agissait d’un homme de cinquante ans, bureaucrate, légèrement anémique et rhumatisant. Il avait eu plusieurs attaques de rhumatisme sans que le cœur en eût gardé aucune trace sensible au moment où je fus appelé auprès de lui. Il était en proie à des douleurs rhumatismales assez vives avec pouls à 84-90. Les battements du cœur étaient énergiques, sans souffle caractérisé.

Vers le huitième jour de la maladie, qui avait été traitée par le sulfate de quinine à la dose de 80 centigrammes à lar,20 et par des applications calmantes, il fut pris tout à coup de symptômes cérébraux qui m’alarmèrent singulièrement. La nuit, il était dans un état de subdelirium trèsprononcé. Le matin, il ne gardait nul souvenir de l’agitation nocturne. Je fus frappé en même temps de la lenteur de son pouls, qui battait de 20 à 24 fois par minute. Ce qu’il y avait de particulièrement remarquable chez lui, c’était un état syncopal intermittent, qui suivait régulièrement les pulsations cardiaques. Entre deux pulsations, on le voyait pâlir, les yeux

se fermaient, les lèvres blanchissaient; puis une pulsation énergique colorait de nouveau la figure et la muqueuse labiale, qui redevenaient pâles quelques secondes après ; de telle sorte que l’on pouvait, sans aucune chance d’erreur, compter les pulsations par la seule inspection du faciès, dont la coloration et la pâleur scandaient exactement les battements cardiaques. A l’auscultation, on trouvait les signes d’une péricardite sèche, étendue, caractérisée par un double bruit de frottement superficiel. Un souffle systolique, doux et prolongé, s’entendait avec une égale intensité aux foyers aortique et mitral.

Cet état se prolongea pendant six jours. Pendant les trois premiers, il était à son maximum; puis le pouls revint à 45. Les phénomènes de syncope cessèrent un moment. Au bout de huit jours, le pouls avait repris son rhythme normal et donnait 72 pulsations. La péricardite s’était heureusement modifiée sous l’action de larges vésicatoires répétés. Il m’a paru évident que le ralentissement des pulsations se liait intimement à l’inflammation de la séreuse, probablement aux modifications plus ou moins profondes que subit la couche musculaire superficielle dans la péricardite. Jamais le malade n’eut une syncope complète; jamais d’attaque éclamptique. Les rêvasseries et le subdelirium représentaient seuls les phénomènes cérébraux. L’usage du café noir, de la caféine à la dose de 5 centigrammes, des boissons alcooliques, m’a paru également favoriser le rétablissement du malade, dont la convalescence fut très-longue et ne se compléta que par une saison d’eaux thermales.

A côté de cette observation, je placerai celle d’un autre malade chez lequel le ralentissement du pouls se lie également à une affection cardiaque. C’est un vieillard de soixante-dixhuit ans qui, à la suite d’un violent chagrin, a été pris assez rapidement de palpitations, dyspnée, faiblesse du pouls et bientôt d’œdème des jambes. Tous ces phénomènes sc présentèrent vers le commencement de l’automne de 1878. A ce moment, on constata un léger bruit de souffle systolique à la pointe. Dès la fin du mois, le pouls subit un ralentissement marqué et il arriva à tomber entre 32 et 42. C’est ce nombre de pulsations qu’il a conservé depuis cette époque. Le premier chiffre correspond habituellement au pouls du matin ; le second est un chiffre non constant, auquel le pouls n’arrive qu’après les repas. Les palpitations sont peu violentes ; mais la dyspnée est constante et le moindre exercice la rend intolérable. L’œdème des jambes est permanent. Il y a eu dernièrement une congestion pulmonaire avec hémoptysie peu abondante. La gêne respiratoire, la faiblesse augmentent dès que l’on cesse l’usage de la caféine; le malade en prend 20 à 25 centigrammes par jour et du café noir le matin. Des révulsifs sur la région cardiaque, des ventouses sèches sur la poitrine modèrent les accidents. Depuis quelque temps la faiblesse a augmenté ; les urines sont rendues involontairement; le moindre mouvement actif détermine une dyspnée violente. L’intelligence s’alourdit, la parole est peu suivie, l’amnésie se prononce de plus en plus.

Dans ces deux faits, il paraît hors de doute que le trouble des mouvements cardiaques n’est qu’une des expressions symptomatiques de la maladie du cœur.

Tout récemment, M. le docteur A.-R. Blondeau a pris pour sujet de sa thèse inaugurale l’étude du pouls lent coïncidant avec des attaques de syncope ou d’épilepsie. ( Etude clinique sur le pouls lent permanent avec attaques syncopales et épileptiformes ; chez V.-A. Delahaye et Gle, 1879.) Rapprochant plusieurs faits recueillis à la clinique de la Sal-

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pêlrière des observations publiées surtout en Angleterre, il cherche à constituer une espèce de syndrôme représenté par la lenteur du pouls, la syncope et l’attaque épileptique ou épileptiforme. Sur dix-sept cas, le cœur n’était malade que six fois. M. Blondeau pense que l’on doit distinguer un type clinique particulier, observé le plus souvent chez les vieillards, s’accompagnant souvent d’anémie, survenant quelquefois à la suite de traumatismes cérébraux, ailleurs d’une façon spontanée. La lenteur du pouls et les accidents épileptiformes sont les deux facteurs nécessaires de cet état morbide.

M. Blondeau suppose, sans pouvoir s’appuyer sur des lésions anatomiques, qu’il s’agit d’une altération bulbaire modifiant l’innervation du cœur par les filets sympathiques et par ceux du pneumogastrique, et rapproche avec raison ces faits cliniques des phénomènes d’expérimentation observés à la suite de la compression de la veine cave supérieure (Landois) ou de l’anémie bulbaire par oblitération artérielle (Couty-Duret).

A côté de ces faits cliniques ou expérimentaux, il convient de mentionner l’influence exercée sur le ralentissement des mouvements du cœur par certaines substances à la tête desquelles il faut placer la digitale, les acides biliaires, l’aconit, la scille, le colchique, etc.

En résumé, le ralentissement des battements du cœur peut résulter de causes fort différentes dont les unes agissent sur le tissu même du cœur, les autres sur l’innervation de l’organe. Ces dernières paraissent être les plus nombreuses et déterminer dans certains cas une association de symptômes dont l’étude est d’un vif intérêt.

Blachez.

TRAVAUX ORIGINAUX

Pathologie externe.

Contribution a l’étude du cancer du larynx, par le docteur Krishaber.

(Suite. — Voyez les numéros 33, 34, 35 cl 36.)

Après ces exemples, qui prouvent ce qu’on peut attendre de la trachéotomie, il est inutile de dire que les opérés peuvent succomber à des maladies intercurrentes, sans qu’on puisse tirer de ces insuccès un argument en faveur de la nonintervention. Un malade, par exemple, qui m’avait été adressé par M. le docteur Roché (de Charny), succomba, d’après cet honorable confrère, à des accidents très-nets d’alcoolisme, sans qu’aucun phénomène nouveau se fût produit du côté des voies respiratoires.

En dehors de ces accidents, la trachéotomie éloigne bien manifestement le terme inévitable ; mais la lésion progresse toujours et finit par amener la mort, soit par les accidents locaux, soit par les accidents généraux. Nous avons signalé ces terminaisons : parfois le cancer inlra-laryngien s’étend vers l’espace sous-glottique ; les bourgeons cancéreux viennent faire saillie sur les bords de la plaie trachéale, sur les côtés de la canule. Cette forme d’envahissement est même assez commune. D’autres fois, l’extension se lait vers la partie supérieure, ou les deux modes de propagation sont simultanés. Le pharynx peut être alors compris dans la dégénérescence ; mais c’est vers l’orifice supérieur de l’œsophage que le néoplasme s’étend principalement, produisant alors la dysphagie mécanique par rétrécissementducanalalimentaire.Gontre cette complication, il n’y a qu’un recours, la sonde œsophagienne laissée à demeure, indéfiniment ; je donne en ce moment des soins à une malade atteinte d’un cancer qui englobe le larynx

et l’œsophage ; elle respire par une canule trachéale et ne s’alimente que par une sonde œsophagienne que j’ai introduite par une des narines; elle est à demeure actuellement depuis cinquante-deux jours. J’ignore combien de temps cette situation pénible pourra se prolonger : certainement beaucoup plus que s’il n’y avait pas de sonde dans l’œsophage, d’abord parce que l’alimentation est suffisante, en outre parce que la malade n’avale pas constamment les détritus sanieux et purulents qui proviennent des ulcérations cancéreuses; les troubles gastriques, la diarrhée, n’ajoutent pas leur contingent au dépérissement, et il me sera probablement possible dans ce cas déjuger de la résistance vitale d’un individu atteint de cancer du larynx et de l’œsophage, à partir du moment de la bronchotomie. Je l’ai faite il y a vingt et un mois.

Il peut arriver aussi que le cancer envoie des prolongements dans toutes les parties situées au-devant du larynx. Dans un cas présenté par M. Monod {Bull, de la Soc. anal., 1876, p. 632), l’autopsie, faite avec soin, montra que le thyroïde était envahi par la dégénérescence, et que les muscles situés au-devant de l’organe vocal étaient englobés dans une masse cancéreuse, qui se faisait jour par tous leurs interstices.

Des trois méthodes qui ont pour but l’ablation totale du cancer, la plus simple consiste dans l’extraction de la tumeur par les voies naturelles. Elle ne réclame aucune opération préliminaire, et il est regrettable qu’elle ne puisse être préférée toujours. Mais elle exige de la part du chirurgien des connaissances spéciales, et elle ne peut s’appliquer qu’à un nombre restreint de cas.

Il n’est possible d’introduire, par l’orifice supérieure du larynx, que des instrumenls.d’un volume et d’une forme déterminés, et on ne peut atteindre que certains points de l’organe. L’épiglotte, les replis aryléno-épiglottiques, le vestibule .de la glotte sont facilement accessibles, mais la cavité même du larynx et surtout l’espace sous-glottique ne sont accessibles qu’à des mains très-expérimentées.

Les tumeurs bien isolées et pédiculées peuvent être circonscrites par une anse métallique, ou, encore mieux, saisies avec une pince, même lorsqu’elles siègent en un point éloigné, sur les cordes vocales, par exemple ; mais les cancers affectant cette forme sont les plus rares. Ceux qui ont une large base d’implantation peuvent parfois être détruits localement avec le couteau galvanique et extraits ensuite avec des pinces; mais ce dernier procédé, souvent inapplicable, a toujours le grave inconvénient d’exposer consécutivement à de redoutables hémorrhagies. Voici comment je procédai dans le cas suivant :

M. le docteur Léon Labbé me fil l’honneur de m’appeler dans son service à la Pitié pour examiner un malade qui s’y trouvait depuis quelques jours. Cet homme, âgé de cinquante-deux ans, s’était présenté à la consultation avec une grande gêne de la respiration et un empêchement presque absolu à la déglutition. 11 ne donnait pas de renseignements sur ses antécédents héréditaires; il avait toujours été lui-même d’une bonne santé et exerçait depuis longtemps dans un village la profession de crieur public. Il y avait six mois que les troubles dont il se plaignait avaient commencé à se produire. Au moment où il se présentait, cet homme était dans un état d’asphyxie lente et continue, il subissait en même temps une inanition progressive, pouvant à peine avaler quelques gouttes de liquide. Il y avait en même temps du cornage, et lorsqu’on engageait le malade à respirer profondément, l’inspiration Brusquement entrecoupée s’arrêtait tout d’un coup. Aucun engorgement ganglionnaire.

A l’examen laryngoscopique, je constatai l’existence d’une tumeur d’apparence carcinomateuse, de forme approximativement pyramidale, dont le sommet arrivait jusqu’au vestibule du larynx et dont la base ne pouvait être vue, la masse de la tumeur ne permettant pas l'accès de la lumière jusqu’au point d’implantation. 11 fut décide avec M. Labbé, qui voulut bien me confier l’exécution de l’opération, que je tenterais l’ablation de la tumeur parles voies naturelles. Une première tentative d’extraction, pratiquée au moyen d’une pince laryngée, provoqua un tel accès de suffo-

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cation, qu’il fallut ouvrir immédiatement la trachée. Je reconnus plusieurs jours après, l’examen étant devenu possible, que la luineur était trop résistante pour être enlevée par arrachement, et qu’il y avait lieu d’employer le galvano-cautère.

Je fis cette opération, toujours par les voies naturelles, dix jours après la première tentative, avec un plein succès. En une seule séance, la tumeur fut enlevée en totalité par la bouche au moyen du couteau galvano-caustique intra-laryngé : la masse cancéreuse avait à peu près le volume d’une grosse noix. Perte de sang insignifiante.

Aussitôt après l’opération, nous pûmes nous assurer, en bouchant la canule, que les voies de la respiration étaient entièrement iibres; dès le lendemain, la déglutition put s’opérer. La voix était Intacte. En un mot, le malade était guéri pour l’instant, il put quitter l’hôpital après quelques jours.

Cet homme reprit sa profession de crieur public et l’exerça sans en éprouver plus de fatigue qu’antérieurement. Mais au bout d’un an les symptômes dyspnéiques se reproduisirent, puis la voix s’altéra de nouveau, le malade reparut dans Je service de M. Léon Labbé, et je reconnus que la tumeur s’était reformée. Une seconde opération fut faite et fut encore suivie du plus heureux résultat. Pendant une nouvelle période de onze mois, cette homme put se croire guéri, mais lorsque une seconde récidive se fit à ce moment, il n’était plus possible d’intervenir chirurgicalement: le pharynx et probablement la portion supérieure de l'œsophage avaient été envahis à leur tour, les ganglions cervicaux s’étaient tuméfiés, la cachexie s’accusait visiblement, et dans ces conditions nous dûmes renvoyer le malade chez lui; il ne tarda pas à y succomber.

L’examen histologique de la tumeur, fait par M. Malassez, concordait avec notre diagnostic, mais il est bien certain que dans ce cas la clinique pouvait à elle seule affirmer d’une manière absolue la malignité de celte tumeur, qui après deux récidives conduisit le malade à la cachexie et à la mort.

Le fait vraiment significatif dans cette observation, c’est l’amélioration considérable, on pourrait dire la guérison momentanée, obtenue à la suite des opérations, alors que le malade paraissait en imminence de mort et que l’organisme même semblait profondément déchu. Il est évident que le cancer n’avait agi jusqu’alors que comme un corps étranger et que la déchéance organique provenait, d’une part, de l’insuflisance de la respiration, d’autre part de la dysphagie ; mais l’infection ne s’était pas encore opérée; le malade put recouvrer l’intégrité de sa santé aussitôt que la cause, pour ainsi dire mécanique, des troubles fonctionnels eut été supprimée. Cet homme retira de nos deux opérations un bénéfice net de vingt-trois mois pendant lesquels son état fut si satisfaisant, qu’il put travailler aussi bien qu’avant d’être malade et reprendre son état de crieur public! On peut affirmer, en outre, que s’il avait été opéré plus tôt, le résultat aurait été beaucoup plus favorable encore, attendu que la tumeur était déjà bien grosse quand je la vis pour la première fois, et qu'elle a dû mettre un temps fort long à se développer.

C’est en me réglant sur ces considérations que je disais du cancer de l’épiglotte, que s’il est très-grave à cause de sa tendance à l’envahissement des voies digestives supérieures, il rachète en partie cette condition défavorable par sa plus grande curabilité. L’épiglotte étant la partie du larynx la plus rapprochée de l’orifice buccal, la mieux isolée en même temps, et la plus mobile, il est presque toujours facile de la circonscrire, dans une anse métallique par exemple, et d’en pratiquer l’ablation. C’est ce que je fis pour le malade du service de M. Desormeaux, dont il est question plus haut. 11 y avait cependant chez cet homme de l’engorgement ganglionnaire sous-maxillaire, et le rejet de toute intervention s’expliquerait lorsque le malade présente déjà l'adénopathie, qui, dans toute affection cancéreuse, est considérée comme le premier indice d’une généralisation. C’est, de l’avis unanime, la limite au delà de laquelle une opération ne saurait être entreprise sans témérité. La même règle s’imposerait pour le cancer du larynx, s’il n’y avait lieu de distinguer ici entre l’opération palliative qui est la trachéotomie ou la laryngotomie, n’ayant

pour but que d’empêcher l’asphyxie, et une opération toute différente, visant par d’autres moyens, à un but curatif.

Dans un autre cas dont voici l’histoire, je pus faire une ablation complète de la tumeur cancéreuse par les voies naturelles sans bronchotomie préalable. J’avais alors, malgré la situation du néoplasme, la pensée de faire une opération curative, et le but fut atteint au moins pour un temps, car je n’ai pas su si, dans la suite, une récidive s’était produite, tout en admettant cependant qu’il a dû en être ainsi.

M. l’abbé X... me fut adressé par le docteur Ferrand au mois de mai 1873. 11 était âgé de cinquante-neuf ans, s’était toujours bien porté et paraissait jouir d’une bonne constitution.

Il y a quatre ans, il fut pris subitement, on parfait état de santé, d’une extinction de voix qui persista depuis ce moment avec quelques alternatives de mieux ou de pire, mais la voix restant toujours couverte et enrouée. La respiration demeura normale d’abord ; mais il survint cependant, quelques mois après l’apparition de l’aphonie, un accès de suffocation qui dura quelques heures et se dissipa sans laisser aucune trace. A part cet accident, l’abbé X... ne ressentit qu’un léger picotement qu’il rapportait au larynx et au pharynx, mais il put continuer ses fonctions, dire sa messe, et se soumettre à toutes les exigences de son sacerdoce.

Au mois de juin dernier, survint de la dyspnée, augmentée par la marche ou tout autre exercice; nuis la respiration devint bruyante et pénible, le décubitus dorsal était impossible; les nuits peu à peu troublées se passèrent à la fin presque sans sommeil. La toux se produisit à ce moment; elle était spasmodique, rauque, comme étranglée, toujours très-violente et suivie d’une expectoration blanchâtre, visqueuse, qui était difficilement expulsée.

Le médecin consulté par rabbé X... conseilla l’application de teinture d’iode sur le cou, un vésicatoire, des badigeonnages avec une solution d’alun, enfin des vomitifs et des gargarismes de diverses natures.

L’état s’aggravant sans cesse, M. X... se décida à venir à Paris et se rendit à la maison hospitalière des frères Saint-Jean-de-Dieu. M. Ferrand, médecin de cet établissement, reconnaissant qu’il s’agissait d’une affection laryngée grave, me fit l’honneur de m’adresser le malade. L’examen laryngoscopique ne put être bien fait qu’après plusieurs tentatives, à cause de certaines dispositions anatomiques, le renversement de l’épiglotte en arrière, l’étroitesse du pharynx et l’excessive petitesse de la bouche. Je vis cependant que la corde vocale droite était inégale à son bord libre, qu’elle était en outre boursouflée, rouge et immobile ; en outre, toute la muqueuse du larynx était rouge et tuméfiée. Je priai M. Ferrand d’examiner le malade à son tour et il vérifia mon observation. Nous convînmes de soumettre M. X... à un traitement hydrargyrique. Après une dizaine de jours de ce traitement auquel fut ajouté à la fin l’iodnre de potassium, je fis un nouvel examen laryngoscopique. Les cordes vocales s’écartaient un peu mieux et je pus voir immédiatement au-dessous de la corde vocale droite une grosse tumeur lobulée, irrégulièrement arrondie qui ne laissait dans la cavité de l’organe qu’un orifice de 3 à A millimètres pour le passage de l’air. Tous les accidents s’expliquaient dès lors : il s’agissait d’une grosse végétation ayant envahi tout l’espace sous-glottique et peut-être aussi la partie contiguë de la trachée.

Le traitement-interne amena des troubles gastriques, et il fallut le supprimer; d’ailleurs les accidents allaient croissant rapidement ; quinze jours après son arrivée à Paris, le malade était constamment sous le coup d’une asphyxie imminente; le cornage était continu et le moindre exercice’ était suivi de menaces de suffocation.

Dans cet état des choses, il fallait intervenir; d’accord avec M. Ferrand, je dus essayer l'extraction de la tumeur par les voies naturelles, me réservant, dans le cas de non-réussite, de faire la thyrotomie restreinte, que j’avais déjà employée avec succès. Après avoir fait les préparatifs delà laryngotomie, je fis avec l’anse galvano-caustique une première tentative d’extraction par la partie supérieure, je fus assez heureux pour saisir la tumeur et l’élranler ; alors, rendant le fil incandescent, je pus en ramener au ehors une petite partie. Cette application fut suivie d’un formidable accès d'étouffement, pendant lequel le malade privé rie respiration sembla devoir mourir. Le calme revint cependantpeuà peu, et je pus dans la même séance faire'plusieurs applications semblables à la première, en ramenant presque à chaque fois des parcelles de la tumeur. L’opération était de mieux en mieux supportée. A la fin de cette séance, à laquelle assistaient M. Ferrand et son interne,

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le malade respirait un peu plus librement. Le lendemain, les crachats furent très-abondants, mais le soulagement obtenu ne se démentit pas.

Cinq jours plus tard, je fis la même opération avec un succès analogue et M. X... put immédiatement après rentrer chez lui à pied, faire par conséquent un trajet de vingt-cinq minutes environ.

Huit jours après, nouvelle opération en présence de M. Guyon. Cette fois, la tumeur n’étant plus assez saillante, j’employai à la place de l’anse, le couteau laryngé galvano-caustique. 11 fallut encore faire deux séances, après lesquelles la tumeur ayant été complètement détruite, je ramenai avec la pince laryngée quelques débris noirâtres et adhérents ; je cautérisai le point d’implantation avec du nitrate d’argent, et je m’en tins là.

Il resta de 1' enrouement, un très-léger bruit pendant l’inspiration, et je m’assurai que ces légers troubles tenaient à ce nue la corde vocale droite ne s’écartait pas complètement pendant l’inspiration. Toutefois la respiration était ample et trèssuffisante, l’opéré pouvait marcher et monjer l’escalier avec la rapidité que comportait son âge ; toute sensation d’oppression avait cessé, le décubitus dorsal était très-bien supporté, le sommeil était revenu, et l’état général était tout à fait satisfaisant.

Je conseillai contre la laryngite l’usage des eaux sulfureuses, et l’abbé X... put rentrer dans sa cure où il reprit l’exercice de son ministère. J’ai perdu de vue ce malade depuis ce moment, mais deux ans environ après l’opération, j’appris par M. Ferrand, sans aucun autre détail, que notre malade était décédé.

Cette observation montre le procédé opératoire par les voies naturelles que je crois le plus utile à employer en pareil cas : enlever avec une anse galvanique la tumeur quand elle est pédiculée, ou les parties saillantes de la tumeur; et puis détruire les tissus au niveau du point d’implantation, avec le couteau galvanique.

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Pathologie Interne.

Lèpre et sclérodermie, par M. Grasset , professeur agrégé à la Faculté de Montpellier. — Travail lu à l’Association française pour l’avancement des sciences, dans la séance du 30 août 1 879.

La lèpre et la sclérodermie sont deux maladies que l’on sépare habituellement d’une manière complète, et les auteurs donnent classiquement les éléments du diagnostic différentiel. C’est contre cette opinion, qui nous paraît trop absolue, que nous voudrions réagir.

Nous avons actuellement dans notre service, à l’Hôpital général, deux malades que nous serons heureux de présenter à ceux des membres du congrès qui le désireront; l’un est atteint de sclérodermie, l’autre de lèpre tuberculeuse. Or la comparaison de ces deux cas nous semble établir, non les dissemblances, mais les analogies qu’il y a .entre ces deux états, et amène à conclure que lèpre et sclérodermie ne sont en réalité que deux formes différentes de la même maladie.

Je ne puis pas rapporter ici in extenso les observations de mes deux malades; je me contenterai de les comparer rapidement au triple point de vue AtY étiologie, de la symptomatologie et de l’ anatomie pathologique. Ce sont les trois chefs sous lesquels on range ordinairement les signes de différenciation.

1° La lèpre se distingue d’abord de la sclérodermie, dit-on, en ce que c’est une maladie spéciale à certains climats, le plus souvent héréditaire. Or, notre lépreux n’a jamais quitté la France ; cultivateur depuis l’âge de onze ans, il n’a quitté Montpellier que pour faire son service militaire, pendant lequel il a passé trois ans ici et deux au camp de Châlons et à Dunkerque. Donc, aucune contagion possible, aucune influence climatérique, aucune hérédilé.Notre sclérodermique n’a jamais quitté le pays, non plus ; mais elle a eu un frère

qui est mort à vingt-deux ans, d’une maladie curieuse pour laquelle le médecin traitant avait parlé de lèpre, et dans laquelle il avait des plaies multiples et de longue durée; aux doigts notamment.

Contrairement à ce que disent les auteurs, nous trouvons donc ici l’hérédité chez le sclérodermique e.t non chez le lépreux, et nous ne trouvons pas chez ce dernier d’influence climatérique.

2° C’est évidemment au point de vue symptomatique que les deux maladies semblent le plus différer. La face de notre lépreux est tout à fait caractéristique : chargée de tubercules, les uns formant un bourrelet autour de la bouche, d’autres écrasant et élargissant le nez, d’autres situés sur les paupières et laissant à peine entr’ouvrir les yeux ; les sourcils et les cils dégarnis de poils ainsi que les lèvres et le menton ; la langue hérissée de tubercules aplatis , séparés par des anfractuosités; la voûte palatine et le voile du palais couverts de tubercules mamelonnés, etc. Tout cela constitue un faciès léonliasique, type bien différent des plaques que présente notre sclérodermique.

Mais, d’une part, sur certains points de la peau sclérodermique il y a des élevures très-marquées qui servent de transition avec les tubercules, et d’autre part notre lépreux présente en certains points du corps un aspect tout différent de celui de la face: ainsi aux jambes il n’v a pas de tubercules; il n’y a qu’une cuirasse dure, ligneuse, qui enveloppe les membres ; à tel point que si on ne voyait que ces extrémités inférieures, on diagnostiquerait une sclérodermie et non une lèpre.

Sur ce point capital, nous ne trouvons donc point de différence absolue entre la lèpre et la sclérodermie. Si en prenant les termes extrêmes nous rencontrons une certaine opposition, nous trouvons d’autre part, chez chacun de nos malades, des termes de transition qui remettent en lumière l’unité de la maladie.

3° On invoque alors les phénomènes "nerveux concomitants et on dit: Les troubles de sensibilité sont beaucoup plus accentués dans la lèpre que dans la sclérodermie; l’alrophie musculaire, qui est rapide et très-marquée dans la lèpre, manque dans la sclérodermie.

Or, nos deux malades sont, sur ce point encore, dans un rapport précisément inverse de celui que voudrait celle règle. Le lépreux, qui a eu peut-être de l’anesthésie transitoire à une autre époque, ne présente aujourd’hui aucun trouble de sensibilité et n’a pas d’atrophie musculaire. La femme sclérodermique, au contraire, présente de l’anesthésie au niveau de toutes les parties altérées, qui sont aussi le siège de fourmillements ou de démangeaisons, soit spontanément, soit à la percussion ; de plus, il y a chez elle, en diverses régions, un certain degré d’atrophie musculaire.

4" Mais, ajoute-t-on pour compléter le diagnostic symptomatique, on n’arrive jamais dans la sclérodermie au morcellement ulcéreux de l’individu que l’on observe dans la lèpre.

Or, nos deux malades donnent encore un démenti à celte assertion: notre lépreux n’est pas encore arrivé à la période d’altération profonde, et notre sclérodermique a perdu des phalanges entières, non-seulement par résorption totale et intérieure, mais par morcellement ulcéreux et élimination extérieure.

On voit donc qu’au point de vue symptomatique on ne peut, pas plus qu’au point de vue étiologique, établir d’opposition formelle entre la lèpre et la sclérodermie.

5° Reste le côté anatomo-pathologique, par lequel nous terminerons.

La sclérodermie est essentiellement caractérisée par une inflammation chronique de la peau et du lissu cellulaire souscutané, s’étendant plus ou moins profondément et pouvant aboutir à des épaississements cutanés, des rétractions fibreuses, des arthrites et des altérations osseuses. C’est ce qui

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résulte de l’examen fait par Verneuil sur un doigt amputé par Mirault d’Angers, de l’autopsie de Lagrange, etc. C’est un processus chronique analogue à celui que Vulpian et Renaut ont décrit dans l’œdème et l’érysipèle. Les leucocytes s’accumulent dans le tissu cellulaire sous-cutané, et le tissu embryonnaire évolue en tissu fibreux qui soude ensemble les parties superficielles et profondes.

Dans la lèpre les choses se passent-elles différemment?

La plupart des observateurs, Danielssen et Bœck, Virchow, Bergmann, etc., ont insisté sur les rapports de la lèpre et du système lymphatique, en décrivant les lésions des ganglions. Cette localisation aurait pu établir entre la sclérodermie et la lèpre une différence réelle, avant les travaux de Ranvier. Mais aujourd’hui tout le monde sait que le tissu cellulaire sous-cutané fait partie du système lymphatique, qu’il en forme la partie périphérique. Et en effet, Lamblin d’abord, et Thorna ensuite, ont montré les lésions lépreuses commentant à l’origine des vaisseaux lymphatiques, dans les espaces lymphatiques périvasculaires, etc., c’est-à-dire dans des régions que nous avons vues être précisément le point de départ îles lésions dans la sclérodermie.

Comme confirmation clinique de ce dernier rapprochement, nous dirons que nos deux malades ont eu ou ont encore, l’un et l’autre, de nombreux engorgements ganglionnaires.

6° Ces différents points de vue que j’ai pu à peine indiquer, mais dont on trouverait le développement dans l’observation complète de mes malades, me paraissent suffire pour montrer qu’il n’y a, au triple pointde vue de l’étiologie, de la symptomatologie et de l’anatomie pathologique, aucune différence tranchée et fondamentale entre la lèpre et la sclérodermie.

Ce sont pour moi deux formes de la même maladie, pour laquelle on peut garder le nom général de sclérodermie.

On a déjà rattaché à la sclérodermie la Irophonévrose faciale ou aplasie lamineuse progressive, qui devient une sclérodermie localisée à la face ou à une moitié de la face. On on a rapproché l’asphyxie locale des extrémités, qui devient la sclérodermie asphyxique ou des extrémités. Je propose d’en rapprocher de la même manière la lèpre tuberculeuse nostras, qui devient simplement la sclérodermie tuberculeuse.

CONGRÈS SCIENTIFIQUES

Congres ptVriodiquc international des sciences médicales (<«" session), & Amsterdam.

(Correspondance particulière de la Omette hebdomadaire.)

(Suite. — Voyez le n" 37.)

Section de médecine.

Ont été nommés pour cette section : Président : M. le docteur Rosenstein; vice-présidents : MM. les docteurs Eulenberg, Semmola et Bouchut.

— M. le professeur Rosenstein (de Leyde) fait une. communication sur la maladie de Bright et la cirrhose primitive des reins. — Ce travail, très-intéressant et très-complet, se résume dans les propositions suivantes :

1° Les lésions anatomiques des reins, qui déterminent l’ensemble des symptômes cliniques décrits pour la première fois par Bright, se rapportent toujours aussi bien au parenchyme qu’au tissu connectif de ces organes.

2° Il n’y a ni une néphrite exclusivement parenchymateuse, ni une néphrite exclusivement interstitielle. L’on peut affirmer, en se fondant sur l’expérience et sur l’observation clinique, que là où une inflammation véritable diffuse des reins a lieu, les deux éléments histologiques sont affectés dès le début.

3° Le produit final de l’inflammation diffuse est le rein blanc et le rein rouge granuleux. Ils forment, au point de vue anatomique, le rein atrophié, et ne diffèrent qu’en ce sens que l’affection parenchymateuse est plus prononcée chez le premier, l’affection interstitielle chez le dernier. Au point de vue clinique, on les peut distinguer l’un de l’autre par l’analyse des urines. Les symptômes de l’atrophie sont communs aux deux modifications.

4“ L’observation clinique rend très-vraisemblable l’opinion que, tout aussi bien que le rein blanc, le rein rouge granuleux, ou, comme on dit maintenant, la cirrhose primitive des reins, est précédée d’une période de tuméfaction. Les observations anatomo-pathologiques ne contredisent point celte manière de voir.

5" La description clinique de Bright a surtout rapport au rein blanc granuleux. Il est certain que, dans cette modification, le processus'morbide parcourt deux stades, tant au point de vue clinique qu’au point de vue anatomique.

— M. Gilbert Ballet, interne des hôpitaux de Paris, fait, au nom de M. le docteur Proust, médecin de l’hôpital Lariboisière, et au sien, une communication relative à l'action dès aimants sur quelques troubles nerveux, en particulier sur les anesthésies. — C’est à la suite des premières recherches sur l’influence du magnétisme, faites en 1878, à l’hospice de la Salpêtrière, sous la direction de M. le professeur Charcot, que MM. Proust et Ballet songèrent à leur tour à expérimenter les effets de l’aimant. Leurs recherches ont été faites sur 11 malades : 8 femmes atteintes d’anesthésie hystérique; 3 hommes, l’un affecté d’hémianesthésie saturnine, l’autre d’anesthésie toxique par 1e sulfure de carbone, le troisième d’hémianesthésie de cause organique, très-vraisemblablement produite par une tumeur cérébrale.

Les résultats les plus intéressants qui découlent des expériences multiples auxquelles ces malades ont donné lieu sont les suivants :

Toutes les hémianesthésies sensitivo-sensorielles traitées par les aimants ont disparu temporairement sous l’influence de ces agents, quelle qu’ait été la cause de l’hémianesthésie (hystérique, toxique, organique). Le nombre, la force des aimants, le temps d’application nécessaire à la disparition de l’anesthésie, varient de beaucoup avec les différents sujets. Chez telle malade, l’application d’un aimant pendant quinze ou vingt minutes suffit pour faire réapparaître la sensibilité; chez telle autre, il est nécessaire d’employer trois ou quatre aimants pendant plusieurs heures (deux heures).

MM. Proust et Ballet ont, en outre, constaté que certaines anesthésies diffuses ou généralisées peuvent, comme les hémianesthésies sensitivo-sensorielles, disparaître sous l’influence de l’aimant. Dans deux cas, l’un d’anesthésie hystérique diffuse, l’autre d’anesthésie généralisée par le sulfure de carbone, ils ont vu réapparaître la sensibilité en appliquant les aimants de chaque côté des malades.

La sensibilité, fait qui n’avait pas encore été signalé, réapparaît dans le côté anesthésié du centre à la périphérie. Quelle que soit, en effet, la partie avec laquelle les aimants sont mis en rapport, c’est toujours par le thorax que la sensibilité revient en premier lieu. D’après ce fait, il semble y avoir une différence marquée entre la manière dont agissent les applications de métaux et celle suivant laquelle procèdent les aimants. Lorsqu’on applique, par exemple, à l’avant-bras une pièce d'or, c’est au niveau de la pièce d’or que la sensibilité se montre en premier lieu, pour de là envahir une zone de plus en plus étendue. Les métaux semblent agir sur les parties périphériques du système nerveux. Les aimants, au contraire, paraissent porter leur action primitivement sur les organes centraux.

Etudiant le phénomène qu’on a décrit sous le nom de transfert, c’est-à-dire le passage de l’anesthésie d’nn côté à l’autre du corps sous l’influence de l’aimant, MM. Proust et

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Ballet confirment le fait qu’on ne l’observe que chez les hystériques. Chez ces dernières, le transfert n’est d’ailleurs pas constant, quoiqu’il soit de règle de l’observer. D’autre part, les auteurs de la communication ont remarqué qu’il était facile d’empêcher le transfert en appliquant les aimants en regard du côté sensible, en même temps qu’on les met en rapport avec le côté anesthésié. Dans ce cas, l’anesthésie disparait sans se transporter du côté opposé.

Chez un de leurs malades (tumeur cérébrale), MM. Proust et Ballet ont remarqué un phénomène singulier. Le malade est hémianeslhésique à gauche. Si l’on applique des aimants en face de ce côté, la sensibilité reparaît; mais, du côté opposé, on voit se produire de Y épilepsie spinale. Il suffît d’ailleurs, pour faire disparaître cette dernière, de placer les aimants du côté droit.

Quant au temps pendant lequel la sensibilité a persisté, après l’action des aimants, il faut noter que, dans tous les cas auxquels ont eu affaire les auteurs, le retour de la sensibilité n’a été que passager, aussi bien dans les anesthésies toxiques et organiques que dans les anesthésies hystériques. Mais chez deux des malades observés (tumeur cérébrale, intoxication par le sulfure de carbone), la sensibilité a persisté d’autant plus longtemps que le nombre des applications des aimants devenait plus considérable. La durée de la période de sensibilité, qui avait été de quelques heures seulement après la première applicalion chez l’un des malades, a été de quarante jours après la quatrième. Contrairement aux conclusions prématurées tirées des faits antérieurs, les auteurs concluent que, pas plus dans les anesthésies organiques et toxiques que dans les anesthésies hystériques, le retour de la sensibilité n’est fatalement persistant après les applications d’aimant.

MM. Proust et Ballet ont institué une série d’expériences intéressantes et qui ont fait ressortir des faits curieux. Mettant en rapport deux malades (hommes ou femmes) hémianesthésiques, plaçant la main de l’un dans la main de l’autre, et appliquant les aimants au premier, ils ont constaté que, par l’intermédiaire du corps du premier malade, agissant comme conducteur, l’action des aimants était transmise jusqu’au second, qui voyait, comme le premier, son anesthésie disparaître. Des expériences variées leur ont d’ailleurs montré que, dans ce cas, il ne s’agissait pas d’une action à distance des aimants sur le second malade, puisque si l’on met les deux patients à côté l’un de l’autre, dans la même position que précédemment, mais sans que. les mains soient au contact, l’action des aimants sur le second malade n’a pas lieu. Autre fait intéressant : lorsque les sujets choisis pour l’expérience ci-dessus sont deux hystériques, le transfert n’a pas lieu chez la première malade à laquelle on applique les aimants, comme si l’anesthésie passant d’abord, chez la première malade, du côté primitivement insensible au côté sensible, passait ensuite chez la seconde, grâce au contact des deux mains.

On voit, d’après ces faits, que loin d’être un agent inerte, sans action sur l’organisme, l’aimant possède des propriétés puissantes au même titre que les métaux, que l’électricité. D’ailleurs MM. Proust et Ballet ont remarqué que ce n’est pas impunément qu’on applique les aimants à un malade. Les trois hommes sur lesquels ils ont expérimenté se sont constamment plaints, chaque fois que l’application des aimants a été quelque peu prolongée, de douleurs très-vives au niveau de l’épigastre et de la partie antérieure du thorax. Ces douleurs, qui rendent l’inspiration très-pénible, s’accompagnent de dyspepsie avec boulimie. Peu marqués chez les femmes observées, ces phénomènes se sont montrés très-intenses chez les hommes en expérience. Et la souffrance éprouvée par les malades, soit immédiatement après la séance d’aimantation, soit dans les heures ou dans les premiers jours qui ont suivi, s’est montrée telle qu’il était difficile d’obtenir des patients qu’ils se soumissent àune expérience un peu prolongée.

— M. le docteur Daremberg communique une note sur T influence de la fonction menstruelle sur la marche de la phthisie pulmonaire. — Depuis le début de son séjour à Menton, l’auteur a été souvent frappé de la marche particulière de la phthisie chez la femme; marche par saccades, par bouffées congestives, avec alternatives périodiques d’amélioration et d’aggravation. Depuis que son attention a été particulièrement attirée sur l’influence de la fonction menstruelle, il croit devoir rapporter à celle-ci celte particularité. Il cite plusieurs observations confirmant cette manière de voir, dans lesquelles l’époque menstruelle est marquée par une poussée phlegmasique aiguë, soit lorsque l’ovulation marche de pair avec l’écoulement menstruel, soit lorsque l’acte ovarien existe sans l’acte utérin, et il explique ces faits par de nombreuses raisons physiologiques. Voici, du reste, ses conclusions :

Chez la femme régulièrement menstruée, chaque époque cataméniale peut être la cause d’une poussée congestive, simple, hémorrhagique ou inflammatoire.

Quand le phénomène de l’ovulation, caractérisé par tout le rnolimen congestif de l’orgasme ovarien, est conservé, tandis que l’écoulement menstruel est supprimé, les phénomènes congestifs réflexes sont encore plus redoutables.

Lorsque l’écoulement menstruel persiste après la suppression de l’ovulation, cette modalité pathologique n’a aucun effet congestif réflexe sur l.es poumons. Il en est de même lorsque la fonction menstruelle totale a disparu, soit à la ménopause physiologique, soit à la ménopause pathologique.

De ces faits résultent les indications thérapeutiques suivantes :

Chez toute femme phthisique, il convient d’observer l’état local et l’état général aux époques menstruelles, et à la moindre alerte d’empêcher le rnolimen congestif réflexe par des sédatifs généraux, comme la digitale, le bromure de potassium, le sulfate de quinine, et par des révulsifs loco dolenti (vésicatoires, cautérisation ponctuée, huile de croton, cautère volant).

Il faudra agir de même dans les premiers temps qui suivent la grossesse.

Quand les règles cessent pendant que l’ovulation est conservée, il faut essayer de ramener les règles par des appels extérieurs (sinapisation et frictions sèches des membres inférieurs, sangsues aux cuisses), et par des purgatifs modérés. Si l’on ne réussit pas, il faut employer les emménagogues ordinaires. Même si les règles n’apparaissent pas comme auparavant, l’effet dérivatif est obtenu et le danger est conjuré.

Si, l’ovulation ayant cessé, les règles continuent à venir, cette hémorrhagie, ordinairement abondante, devient une cause anémiante qu’il importe de faire diminuer avec beaucoup de prudence. Il en est de même pour la leucorrhée.

Quand la fonction menstruelle sera complètement supprimée, il faudra bien se garder de faire venir les règles, qui deviendraient, sans but utile, une nouvelle cause d’affaiblissement.

— M. le docteur G. Delaunay communique une note sur le traitement de la phthisie. — D’après M. le docteur Delaunay, la phthisie est une maladie en raison inverse de la nutrition, frappant les individus les moins nourris (races inférieures, femmes, enfants, vieillards, faibles) et accrue par toutes les circonstances physiologiques et mésologiques qui diminuent la nutrition. Parmi ces circonstances, le docteur Delaunay cite le défaut d’aliments, le défaut d’oxygène, le défaut d’exercice, la menstruation, le défaut de lumière, le matin, l’été, les pays chauds. M. Delaunay soutient que la phthisie est une maladie des pays chauds; rare et lente au Nord, fréquente et galopante au Midi, et d’autant plus grave qu’on se rapproche de réquateur.

Au point de vue thérapeutique, la phthisie étant accrue par les circonstances qui diminuent la nutrition, sera combattue

19 Septembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

par les circonstances contraires, qui augmentent la nutrition, c’est-à-dire par une bonne alimentation, la vie en plein air, uu exercice modéré, le chant, la déclamation, etc., qui exercent les poumons ; le séjour à la campagne ou au bord de la mer et les milieux froids. Si la phthisie est considérée comme une maladie incurable, c’est que les médecins font fausse route en envoyant les phlhsiques du Nord au Midi. Les phthisiques du Nord peuvent guérir en ne descendant pas au Midi; les phthisiques du Midi ne guérissent qu’autant qu’ils remontent au Nord. M. Delaunay défie qu’on lui cite un phthisique de Nice ou d’Hyères ayant pu guérir en restant en Provence. Suivant lui, il importe d’établir des sanatoria, non pas au Midi pour les phthisiques du Nord, mais au Nord pour les phthisiques du Midi.

M. Landowski proteste énergiquement contre les théories émises par M. Delaunay. Les températures excessives sont nuisibles aux phthisiques, le froid comme le chaud. Il faut donc pendant l’hiver rechercher une température moyenne qu’on trouvera seulement dans le Midi.

MM. Semmola et Zawcrthal combattent également les conclusions de M. Delaunay.

— M. le docteur Damaschino communique, en sou nom et au nom de M. Henri Roger, un mémoire sur les altérations de la moelle dans la paralysie spinale de l'enfance et dans l'atrophie musculaire progressive. — Parmi les maladies du système nerveux que l’on observe chez les enfants, il en est une dont la symptomatologie présente des caractères spéciaux, c’est la paralysie spinale de l'enfance, désignée autrefois sous le nom de paralysie essentielle de l’enfance, parce qu’on la considérait comme appartenant au groupe des maladies nerveuses idiopathiques sine materia.

Il résulte d’un certain nombre d’observations recueillies par MM. H. Roger et Damaschino, que l’altération caractéristique de cette atfection est une lésion de la moelle épinière dont l’atrophie des nerfs et des muscles est la conséquence.

M. Damaschino présente à l’appui de cette proposition des préparations histologiques et cîes observations très - concluantes. Dans trois de ces observations les lésions consistaient dans des foyers de ramollissement inflammatoire qui siégeaient dans les cornes antérieures de la substance grise, et s’étendaient dans presque toute la hauteur de la moelle lombaire. La lésion est plus marquée à droite. Au niveau de la région dorsale il n’y avait pas de foyers distincts, mais on retrouvait des corps granuleux accumulés autour des vaisseaux. L’atrophie des cellules, très-considérable à la région lombaire, se retrouvait également dans les autres parties de la moelle et affectait un rapport constant avec la dimension des foyers et le degré variable des lésions vasculaires. L’atrophie des faisceaux blancs antéro-latéraux était très-nette, et il y avait à ce niveau une abondante accumulation de noyaux conjonctifs ; atrophie également très-prononcée des racines antérieures. Les lésions musculaires consistent surtout, à l’examen microscopique, dans la diminution de volume des faisceaux primitifs. Un grand nombre de muscles sont le siège d’un abondant dépôt de cellules adipeuses interposées aux éléments musculaires.

A la suite de la communication de M. Damaschino, M. Bouchnt dit qu’il a lui-même pratiqué un grand nombre d’autopsies dans des cas de paralysie infantile, et qu’il n’a pas observé les lésions de la moelle signalées dans le travail.

M. Damaschino répond que si l’on a pas trouvé dans la moelle les lésions qu’il vient de décrire, c’est que les procédés mis en usage étaient insuffisants. Les nombreux faits qu’il a observés avec M. Roger et les préparations histologiques qu’il place sous les yeux des membres du congrès prouvent jusqu’à l’évidence l’existence de ces lésions.

— M. le professeur Stokvis (d’Amsterdam) fait une com¬

munication sur la phosphaturie dans la phthisie pulmonaire. — Il résulte des recherches de l’auteur que :

1° L’élimination de l’acide phosphorique par les urines dans la phthisie pulmonaire n’a rien de caractéristique, ni au point de vue du diagnostic, ni à celui de la pathogénèse.

2" Celle conclusion est justifiée par une série de recherches analytiques, dans laquelle on a constaté les faits suivants :

a. La quantité totale de l’acide phosphorique éliminée en vingt-quatre heures par les urines n’est jamais augmentée dans la phthisie pulmonaire, ni au début de la maladie, ni dans les cas de phthisie consommée. En comparant la phthisie à d’autres maladies des poumons, on trouve au contraire le total de l’acide phosphorique presque toujours diminué.

b. Dans certains cas de phthisie chronique, dans lesquels la diarrhée et l'élévation de la température font presque complètement défaut, une augmentation des phosphates terreux, par rapport aux phosphates alcalins, ne peut être contestée. Le total des phosphates terreux éliminé en vingt-quatre heures par les urines reste pourtant, dans ces cas, bien au dessus du chiffre moyen chez l’homme sain, ou chez les malades affectés d’autres maladies chroniques (phosphaturie, diabète sucré, maladies des reins), c. Par rapport à l’azote (urée) de l’urine, l’élimination de l’acide phosphorique ne présente, dans la phthisie, aucune déviation constante du type normal. Cette valeur relative de l’acide phosphorique est très-rarement augmentée; elle est le plus souvent normale ou diminuée. Dans quelques cas, elle va en décroissant avec la progression de la maladie, d. Par rapport à l’élimination du chlore par les urines, l’élimination de l’acide phosphorique dans la phthisie s’élève presque toujours un peu, et dans quelques cas très-considérablement au-dessus des chiffres normaux. Cette élévation de la valeur relative de. l’acide phosphorique est due uniquement à la diminution du chlore dans les urines, et est d’autant plus marquée que la fièvre et les troubles de la digestion sont plus prononcés. L’on sait du reste, depuis longtemps, que cette diminution du chlore se retrouve dans tous les cas de fièvre et d’inanition. e. Les rapports normaux entre les quantités d’acide sulfurique et d’acide phosphorique éliminées par les urines ne présentent, dans la phthisie pulmonaire, aucune modification caractéristique. Une élévation de cette valeur relative de l’acide phosphorique n’a jamais été observée ; bien des fois, au contraire, une diminution assez considérable. Cette dernière est uniquement causée par une augmentation de la quantité de l’acide sulfurique éliminé par les urines, et se retrouve, comme pour le chlore, dans tous les cas de fièvre prolongée et d’inanition.

3° Toutes les anomalies que présente l’élimination de l’acide phosphorique par les urines, dans la phthisie pulmonaire, peuvent sans peine être ramenées aux variations des conditions physiologiques, par lesquelles la quantité de l’acide phosphorique dans l’urine est influencée. Ce n’est donc pas à un processus morbidespécifique, mais à l’élévation plus ou moins intense de la température du corps, aux troubles plus ou moins considérables de la digestion, au régime ou à l’inanition, qu’elles sont dues.

4° Si le traitement de la phthisie par les phosphates et les hypophosphites est couronné de succès, on ne peut certainement l’attribuer à une réparation des pertes d’acide phosphorique par les urines, que l’organisme subirait dans cette maladie.

— M. le docteur Landowki fait une communication sur le climat de l'Algérie. — Le climat d’Alger est intermédiaire entre les climats sec et humide, et sa valeur consiste dans la pureté de l’atmosphère, la splendeur de la lumière et la permanence des belles journées. Une de ses qualités les plus importantes est de ne pas avoir de changements brusques de température, pas de surprises par les courants atmosphériques et par la pluie.

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Le nombre des journées pluvieuses est très-restreint. Pendant sept mois d’hiver, l’an dernier, je n’ai compté en tout que vingt-neuf jours de pluie. En un mot, le climat d’Alger représente un milieu d’air marin pur et vivifiant, avec une température tiède qui permet aux malades de séjourner hors des appartements presque toute la journée pendant l’hivernage. N’ayant aucune influence spéciale ni spécifique, le climat algérien ne saurait être contre-indiqué dans aucune des formes de la phthisie.

C’est à la facilité de la vie en plein air, à la stabilité barométrique et thermométrique, qu’il faut attribuer la rareté de la tuberculose dans la population algérienne. Sur les sept mois de l’hiver dernier (octobre à avril 1879), les malades ont pu bénéficier de cent quatre-vingt-trois journées passées tout entières à l’air libre ; huit fois seulement ils n’ont pu sortir que deux heures seulement de toute la journée, pendant les éclaircies; tandis que durant les autres vingt jours ils ont pu profiter de quatre à six heures d’air libre chaque jour.

Les dernières observations du professeur Peter démontrent l’efficacité du climat algérien dans le traitement de la tuberculose. Plusieurs médecins de l’Algérie qui ont passé par différentes phases de la tuberculose ont retrouvé la santé sous le ciel de cette belle colonie.

A tout cela ajoutons encore qu’Alger, par sa situation géographique, par sa topographie, séparée de l’Europe par la Méditerranée, dont la vaste étendue régularise les variations atmosphériques, est à l’abri de toutes les perturbations venant du Nord, qui de temps à autre désolent le midi de l’Europe, ainsi que cela a eu lieu l’hiver dernier. D’après les bulletins météorologiques officiels du gouvernement général de l’Algérie, les moyennes lhermométriques ont été les suivantes, du 1" octobre 1878 au 30 avril 1879 :

Maximum général, + 19°, 7 ; moyenne générale, — j— 1G°,6 ; minimum général, + 13 degrés.

La France, au prix de son sang et des sacrifices de tout ordre, a conquis l’Algérie pour purger la Méditerranée de la piraterie; sa mission ne devant pas se borner à une glorieuse satisfaction, vous savez si elle poursuit vaillamment en Afrique l’œuvre de la civilisation. Elle a déjà fait beaucoup, elle fera plus encore en débarrassant le sol des germes morbigènes qui ont si cruellement décimé les premiers pionniers de la colonisation, comme ils moissonnaient les populations indigènes elles-mêmes. D’un pays réputé malsain, inhabitable à l’étranger, elle a déjà fait une contrée où l’on s’acclimate, où l’on vit, où l’on guérit.

La science apporte aujourd’hui son tribut à l’œuvre humanitaire, en proclamant les qualités bienfaisantes d’un climat appelé, par ses précieuses conditions, à résoudre un des plus désolants problèmes de la médecine : la curation des phthisiques!...

— Note sur l'étiologie de la maladie de Bright, par M. le professeur Semmola (de Naples). — Le mémoire présenté >ar le professeur Rosenstein, sur la maladie de Bright et sur a cirrhose primaire des reins, a fourni à M. Semmola l’occasion de faire une intéressante communication sur cette même question.

Les premières recherches de M. Semmola datent de 1850. Jusqu’à cette époque aucun auteur ne s’était occupé de démontrer l’influenceclassique de l’alimentation et du régime sur la quantité de l’albumine rendue par les urines dans la maladie de Bright.

Cette influence du régime tendant à augmenter ou presque à faire disparaître l’albumine par une alimenlation exclusivement azotée ou non azotée, fut le point de départ de toutes ses recherches, qui lui firent conclure qu’il fallait absolument fixer l’attention non-seulement sur les lésions rénales, mais tout autant, au moins, sur un trouble général de la nutrition, dans lequel les albuminoïdes n’étaient pas du tout ou trèsincomplètepienl assimilés et brûlés.

Cette idée que l’auteur s’est toujours efforcé dedévelopper, sur la pathogénie de la maladie de Bright, trouva sa pleine confirmation dans un autre fait classique, complètement méconnu jusqu’ici, c’est-à-dire la diminution considérable et progressive de la quantité d’urée formée dans l’organisme dès le début de la maladie chronique de Bright.

Dans tous les livres il est toujours fait mention du défaut dans l’excrétion de l’urée, et dans aucun livre on ne parle du défaut de formation; l’auteur affirme, en se fondant sur l’expérimentation, que c’est là un fait capital, fondamental, caractéristique de l’albuminurie de Bright proprement dite. C’est un fait capital, qui est le dernier effet du défaut ou de la suppression totale des fonctions cutanées.

En conséquence de cette suppression des fonctions respiratoires de la peau, se produisent et se développent deux troubles chimiques, nécessairement enchaînés au point de vue biologique, c’est-à-dire l’altération et Yinassimilabilité des albuminoïdes d’un côté, et le défaut de leur combustion, de l’autre côté, c’est-à-dire diminution dans la formation de l’urée, en conséquence. L’auteur laisse à la physiologie expérimentale d’éclaircir le rôle que les fonctions cutanées ont dans l’assimilation et dans la combustion des albuminoïdes. Il se borne à signaler le rapport intime dévoilé par l’état pathologique, cl entrevoit là-dedans la solution d’un problème du plus haut intérêt pour la physiologie et pour la pathologie.

Dans toutes les autres albuminuries, autres que la vraie albuminurie brightique, on ne trouve pas cette diminution dans la production d’urée depuis le commencement de la filtration albumineuse. En conséquence, il est de la plus hante importance de séparer entre elles très-rigoureusement ces différentes albuminuries, pour éviter une erreur qui existe encore, et qui est très-dangereuse pour la clinique et pour la thérapeutique. La cause, le mécanisme, l’évolution, le cachet du processus chimique général de la nutrition, avec la diminution dans la production de l’urée, et enfin la lésion anatomique finale de tous les deux reins, représentent un ensemble harmonique, enchaîné, constant, qui constitue le vrai type de la maladie de Bright proprement dite.

La diminution de l’urée dans les autres albuminuries n’a aucun rapport de causalité avec le fait de la filtration albumineuse; elle pourra tantôt exister, mais très-variablement selon la maladie particulière qui aura causé l’albuminurie et qui aura en même temps frappé le processus nutritif général (maladies du cœur, etc.). Mais alors celte diminution dans la production de l’urée n’a aucun rapport avec l’apparition de ['albuminurie : elle suit une autre marche, et ce n’est que seulement à la dernière époque de ces différentes maladies, c’est-à-dire quand le rein a été profondément atteint (rein cardiaque, rein amyloïde, etc.), que commence une diminution très-considérable d’urée dans l’urine par défaut de filtration. En conséquence, cette diminution est un fait mécanique et produit immédiatement l’accumulation d’nrée dans le sang avec toutes ses conséquences fatales.

Dans la maladie de Bright proprement dite, l’urée se trouve diminuée dans l’urine comme résultat de deux causes. Dans une première période de la maladie il s’agit d’une diminution d’urée produite par défaut de combustion (vice général de nutrition avec l’altération des albuminoïdes développée lentement à la suite de la suppression des fonctions cutanées). Plus tard, c’est-à-dire à une période avancée de la maladie rénale, il y a une seconde diminution de l’urée dans les urines comme résultat du défaut de sécrétion.

L’exagération du point de vue anatomique a tellement préoccupé les esprits, qu’il a fait complètement négliger le côté général et chimique de la maladie, et qu’il a conduit à une conclusion vraiment paradoxale pour la pathologie scientifique, c’est-à-dire : unité clinique et multiplicité anatomique (gros rein blanc, rein amyloïde, etc.).

Le passage de l’albumine dans l’urine peut avoir lieu en

19 Septembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

rapport avec les trois facteurs physiologiques qui président à la fonction rénale, c’est-à-dire : a. conditions chimiques du sang; b. degré de la pression; c. conditions des éléments histologiques de l’appareil de fdtration.

En conséquence, il existe trois séries d’albuminuries, c’est-à-dire : a. albuminuries dyscrasiques (par excès ou par altération des albuminoïdes du sang); h. albuminuries mécaniques ; c. albuminuries irritatives, c’est-à-dire par causes histologiques locales du rein (albuminuries produites par l’action irritante de tous les agents qui arrivent au rein, soit provenant du dehors de l’organisme, soit formés dans l’organisme).

Ces trois espèces d’albuminuries se trouvent en parfaite correspondance avec l’état anatomique du rein; c’est-à-dire que si chacune de ces trois conditions anormales a été de courte durée et passagère, l’état anatomique du rein peut rester normal et complètement étranger à la filtration albumineuse (comme dans la série a); ou bien il est modifié par un processus morbide passager et retourne ensuite à l’état normal ; ou enfin, si l’albuminurie est persistante, l’état anatomique du rein s’altère lentement et amène une lésion définitive spéciale et propre à chaque cause, et qui se trouve toujours en rapport constant avec chacun des trois facteurs qui ont modifié la fonction rénale de façon à déterminer la filtration de l’albumine.

— M. le professeur Zawertlial (de Rome), fait une communication sur les affections syphilitiques du larynx. — Les affections syphilitiques du larynx représentent un rapport de trois cinquièmes des maladies pour le traitement desquelles on réclame les soins du spécialiste en pathologie laryngée.

On peut observer sur le larynx les altérations dues à la syphilis secondaire (l’érythema syphiliticum et les plaques muqueuses) et les lésions qui appartiennent à la syphilis tertiaire : érythema papulatum — érythema nodosum; — les infiltrations gommeuses très-fréquentes sur i’épiglottis, sur les replis ary-épiglottidiens, etc.; — l’inflammation des cartilages et du périchondrium, chondritis et périchondritis; — les rétrécissements du larynx consécutifs à la cicatrisation d’ulcérations, à la rétraction des parties cicatrisées, ou en suite de végétations, ou de l’ankylose des articulations qui étaient jadis le siège des altérations syphilitiques. La possibilité de l’existence de plaques muqueuses sur un point de la muqueuse du larynx est un fait qui entre désormais dans le domaine des vérités pathologiques.

Les altérations syphilitiques secondaires du larynx cèdent très-sûrement au traitement local au moyen des pulvérisations de deutochlorure de mercure suivies d’insufflations de protochlorure de mercure. Le traitement général concourt admirablement à raccourcir la durée de la maladie. Bien des fois le traitement local est suffisant pour amener la guérison.

Les altérations tertiaires ne se passent jamais d’un traitement général actif ; quant au traitement local, il doit être le même, s’il s’agit d’ulcérations; mais lorsqu’on a affaire à une chondrite ou périchondrite, il faut le remplacer par le badigeonnage aux préparations iodées. Les végétations et les ankylosés résultant de la guérison des processus syphilitiques du larynx ne cèdent presque jamais à l’action du traitement complexe le plus énergique, en faisant exception cependant, contre les végétations, pour le couteau et le galvano-cautère.

Lorsque la sténose est grave, le moindre accroissement de l’œdème collatéral ou dans l’épaisseur des parties limitantes, l’ouverture glottique, peut mener tout directement et rapidement à l’asphyxie. Cela arrive rarement dans le cas de phthisie, car le travail d’ulcération, qui continue sans cesse, suffit pour entretenir dans la majorité des cas une largeur suffisante de la rime glottique. Autrement l’asphyxie est un dénoûment assez fréquent dans les autres espèces de sténoses laryngiennes. Quand cela arrive, le cathétérisme du

larynx avec les tuyaux en caoutchouc vulcanisé de Schrôtter peut arracher momentanément la malade à la mort; mais ce serait une erreur de se fier à cette pratique dans le but d’en obtenir des effets durables sur le cours de la maladie. Il n’y a qu’un cas dans lequel le cathétérisme peut être suffisant pour éloigner définitivement le danger de la suffocation; quand elle est menacée par un œdème collatéral aigu. Dans toute autre, circonstance il faut recourir avec confiance à la trachéotomie.

La trachéotomie est dans ces cas une opération qui vise à un triple effet :

1° Quoique entourée de périls dont une grande partie est due à l’inexpérience du chirurgien ou des aides, la trachéotomie éloigne le danger imminent de la suffocation.

2" En ouvrant un autre chemin au courant d’air qui va et vient pour entretenir la respiration, et en laissant en parfait repos le larynx tant comme organe vocal que comme organe de la respiration, la trachéotomie exerce une influence trèsavantageuse sur les conditions pathologiques du larynx, qui s’améliorent constamment et durablement.

3° Il va sans dire que l’ouverture trachéale permet au chirurgien d’instituer à l’abri de tout danger le traitement le plus énergique de la lésion locale du larynx.

Les statistiques de ma clinique laryngoscopique et celles tirées de ma pratique privée parlent à l’appui de ces conclusions, qui sont aussi en plein accord avec les lois de la pathologie et de la clinique.

— M. le docteur Brondgeest (d’Utrecht) donne lecture d’un mémoire sur le traitement des fièvres typhoïdes et autres maladies fébriles graves par les bains froids. — Voici comment l’auteur formule ses conclusions :

1“ La physiologie et la pathologie expérimentales nous sont très-utiles dans l’application de la méthode réfrigérante dans les maladies typhoïdes et fébriles à caractère continu.

2“ Par cette méthode nous éliminons les effets pernicieux

des températures excessives, sans augmenter considérablement la consomption fébrile.

3° Pour employer la méthode réfrigérante, il s’agit de bien se rendre compte des contre-indications, et en général de bien individualiser.

4° L’application de la méthode aux enfants se recommande surtout par sa facilité et ses bons résultats.

3° Il est de la plus haute importance de pouvoir appliquer la méthode dès le début de la maladie. On pourra obtenir par conséquent de meilleurs résultats dans la clientèle privée que dans les hôpitaux et dans les cliniques.

— M. le docteur Zawertlial fait une communication sur X asthme bronchial au point de vue histologique, pathogénique et clinique. — Dans la dénomination d’asthme on confond très-souvent le vrai asthme bronchial avec une de ces maladies : 1" angina pectoris ; 2° obstruction incomplète du larynx; 3" paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs ; 4° spasme du diaphragme ; 5° paralysie du diaphragme.

L’asthme bronchial est dû à une contraction spasmodique (tonique) des muscles bronchiques. Cette contraction peut être le produit de causes bien diverses, lesquelles agissent tontes dans le même sens en tendant à accumuler l’acide carbonique dans les vésicules pulmonaires, de façon que dans l’état actuel de la science on est autorisé à admettre

ue l’asthme bronchial est une maladie qui a sa raison d’être

ans un trouble chimique du sang. Les expériences physiologiques, le moment étiologique, la marche clinique, l’analogie avec les maladies infectieuses, l’action de certains agents thérapeutiques, sont autant de preuves à l’appui de lu théorie chimique soutenue par l’auteur.

— M. le docteur Cordes (de Genève) fait une communication sur les propriétés antinévralgiques du Gelseminum sempervirens. — L’auteur a pris des notes sur 54 cas de

608 — N° 38 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 19 Septembre 1879

névralgies occupant diverses régions. Il a obtenu des résultats dans 49 cas; dans les autres le médicament n’a eu aucune action ou les malades ont été perdus de vue.

L’auteur pense que ce médicament est surtout utile dans les névralgies de la cinquième paire, mais son action est toujours passagère. Il est évident que, la névralgie étant le plus souvent un symptôme, le Gelseminum ne peut apporter une guérison définitive. La dose employée a varié de 8 à 20 gouttes de teinture de feuilles ; elle peut être portée jusqu’il 60 gouttes par vingt-quatre heures selon les cas.

L’auteur ajoute qu’on peut employer le Gelseminum pendant la période menstruelle, ce médicament n’ayant aucun retentissement spécial sur l’utérus.

Section de chirurgie.

Président : M. Tilanus (d’Amsterdam); présidents honoraires: MM. les docteurs Hueter, Lister, Verneuil, Mazzoni; secrétaires : MM. Korteweg et Waler.

— M. le professeur Hueter (de Greifswald) fait une communication sur les déviations du squelette et sur le traitement de ces déviations au point de vue du développement physiologique du squelette. L’auteur formule de la façon suivante les conclusions de son important mémoire :

]° Le pes valgus acquis, ainsi que le genu valgum acquis, en tant qu’ils ne sont pas occasionnés par des inflammations ou des lésions traumatiques, appartiennent, pour la grande majorité des cas, aux maladies de développement du squelette.

2° Ces maladies ne présentent que des excès de ces métamorphoses physiologiques qui, dans le cours normal du développement, sont dues à l’influence des mouvements des articulations de , l’extrémité inférieure, et particulièremenl à celle de la marche.

3" Dans les cas susdits, ces déformations sont causées, soit par un chargement normal d’une charpente osseuse dont la résistance est anormale (forme rachitique), soit par un chargement anormalement grand d’un squeletLe normal (forme statique).

4° Le pes varus congénital peut être désigné comme maladie de développement du squelette, pour autant que, dans la grande majorité des cas, les troubles fonctionnels des muscles manquant au début, la formation des os tarsiens présente un excès de la forme normale fœtale.

5" Le plus grand nombre des cas de scoliose ordinaire, et particulièremenl ceux qui ne résultent pas d’un raccourcissement d’une extrémité ou d’un procès cicatriciel (empyème pleurétique), doit être considéré comme la suite d’une maladie de développement du squelette du tronc.

6" Les cas ordinaires de scoliose sont occasionnés par un développement asymétrique des deux moitiés des vertèbres pectorales et par une croissance asymétrique des côtes, tant à droite qu’à gauche, et des diamètres du thorax. La scoliose ordinaire est donc une maladie de développement analogue à la croissance asymétrique du bassin (bassin obliquement rétréci) et de la croissance asymétrique du crâne (crâne scoliolique).

7° Puisque le pes varus congénital, le pes valgus acquis, le genu valgum acquis et la scoliose ordinaire résultent d’une formation primitive vicieuse et d’un développement anormal des os, l’indication thérapeutique, dans toutes ces maladies,, est de contenir par une pression bien choisie ces parties des os qui croissent d’une manière anormal, et de stimuler, en diminuant la pression, la croissance de ces parties des os qui présentent un retard de croissance. C’est ainsi que le squelette pourra être redressé.

8° En appliquant ces principes de thérapeutique à la sco¬

liose ordinaire, on peut compter sur une guérison certaine de tous les cas récents.

— M. le professeur Tilanus (d’Amsterdam), vice-président du congrès, fait une communication sur le traitement radical des hernies.— Après avoir rapporté un grand nombre d’observations puisées dans sa pratique et dans celle de ses confrères hollandais, M. Tilanus se résume dans deux conclusions trèsimportantes ;

1“ Le traitement radical des hernies par la méthode moderne : fermeture du collet, extirpation du sac herniaire et suture de la porte herniaire, a donné de bons résultats. Avec des précautions aseptiques rigoureuses, il est sans danger pour les malades, et, dans le plus grand nombre des cas, couronné de succès.

2° Toutefois, l’opération est seulement indiquée dans les cas de hernies qui ne peuvent être retenues par un bandage,

— M. le professeur L. C. Van Goudoever (de Leyde) fait une communicaton sur les avantages opératoires que présente la lithotomie sus-pubienne. — Après avoir exposé d’une façon très-méthodique les avantages et les inconvénients que présentent les divers procédés opératoires employés, l'auteur arrive à conclure que :

1° Chez les enfants, la lithotomie sus-pubienne doit être préférée à toute autre méthode opératoire.

2° Même chez les adultes, la lithotomie sus-pubienne est recommandable dans un assez grand nombre de cas.

3“ L’application d’un cathéter à demeure doit être défendue après la lithotomie sus-pubienne.

4° La suture vésicale après la lithotomie sus-pubienne, préconisée par Lalzbeck et autres, est très-recommandable lorsqu’elle est praticable, pourvu que la méthode antiseptique de Lister soit rigoureusement appliquée.

5° Les données de la statistique, qui semblent prouver que la lilhotritie est préférable à la lithotomie, n’ont que peu de valeur.

De LA PRÉDISPOSITION ET DE L’iMMUNITÉ PATHOLOGIQUES, Influence de la provenance ou de la race sur l’aptitude DES ANIMAUX DE L’ESPÈCE OVINE A CONTRACTER LE SANG DE

rate. Note de M. A. Chauveau. — Tous les organismes ne se prêtent pas également bien à la culture féconde de la bactéridie charbonneuse et au développement de la maladie qui en résulte. On sait que certaines espèces jouissent, au plus haut degré, de celte propriété, et prennent à peu près infailliblement le charbon, quelles que soient les conditions de l’inoculation. D’autres espèces paraissent réfractaires, à moins que l’inoculation n’ait été faite dans des conditions spéciales, témoin l’expérience de MM. Pasteur et Joubert sur les poules refroidies. Enfin il est des espèces qui, dans toutes conditions, se prêtent plus ou moins difficilement à la prolifération du Bacillus anthracis.

L’auteur cherche à prouver que ces différences d’aptitudes à contracter le charbon n’existent pas seulement entre les différentes espèces, mais encore, dans la même espèce, entre animaux de diverses provenances ou de races différentes.

Déjà précédemment M. Ctiauveau avait remarqué que certains moutons résistent à l’inoculation du charbon alors que d’autres animaux (lapins ou béliers), inoculés comparativement, étaient infectés et mouraient rapidement du sang de rate.

19 Septembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE N° 38 — 609

Dans une série d’expériences plus récentes, l’auteur a constaté que tous les moutons importés d’Algérie, qui appartiennent à la race dite barbarine pure, ou croisée plus ou moins avec la race syrienne de moutons à grosse queue, sont absolument réfractaires à l’infection charbonneuse. Pendant que ces animaux algériens résistaient, sans aucune exception, aux inoculations charbonneuses réitérées, les lapins et les moutons indigènes qui servaient de sujets de comparaison succombaient tous après la première inoculation.

Cette immunité doit-elle être considérée comme un caractère accidentel, propre à quelques individus, ou comme un caractère général appartenant à l’ensemble des moutons d’Algérie amenés en France? Les faits, par leur unanimité, plaident en faveur de cette dernière opinion. On sera, du reste, très-vite fixé sur ce point, puisqu’il suffira, pour s’éclairer, de multiplier les inoculations sur un grand nombre de sujets.

Il faudra rechercher si l’immunité est un caractère congénial appartenant à la race ou le résultat d’une influence de milieu (?) ; en d’autres termes, si elle est l’apanage de tous les moutons algériens, ou si elle a été acquise par quelquesuns seulement d’entre eux. 11 sera très-intéressant de résoudre cette question et surtout de montrer, si l’immunité est acquise, dans quelles conditions elle pourra être réalisée expérimentalement.

icadémic de médecine.

M. Fauvel présente, au nom do M. lo maire du Havre et du directeur du bureau

fonctionnement de ce bureau. Il demande le renvoi 5de ces documents à l'ancienne commission de statistique, et l’envoi d’une lettre do rcmcrcîmcnls et do félicitations à M. le maire du Havre et à ses honorables collaborateurs. (Adopté.)

M. Larrey présente, de la part do M. lo docteur Tholozan, une brochure intitulée : Les trois dernières épidémies de peste du Caucase; chronologie, géographie, prophylaxie.

Présentation d’instruments. — M. Tarnier présente, au nom de M. le docteur Delore (de Lyon), un appareil instrumental que l’auteur désigne sous le nom de boite gynécologique, et qui, suivant M. Tarnier, mériterait beaucoup mieux celui de seringue gynécologique. Cet appareil consiste, en effet, en une simple seringue destinée à pratiquer des injections d’ergoline. Elle est munie à sa partie supérieure de deux ailettes servant de points d’appui pour deux doigts de l’opérateur qui soutiennent l’instrument, tandis qu’un autre doigt pousse le piston. L’injection peut ainsi être pratiquée à l’aide d’une seule main. L’instrument est muni en outre de trois canules, dont l’une sert aux injections hypodermiques, une autre aux injections interstitielles dans le tissu utérin, en cas de fibrome de ce tissu; une troisième, enfin, pour les injections intra-utérines d’ergotine.

Des hémorrhagies dans la coqueluche. — M. Henri Roger donne lecture d’un travail intitulé ; Études cliniques sur les hémorrhagies dans la coqueluche, et sur l'hémoptysie et la pseudo-hémoptysie.

Après avoir expliqué la physiologie pathologique des hémorrhagies dans la coqueluche, M. Henri Roger eu expose les différentes espèces, en insistant principalement sur les points pratiques. Il traite successivement de V épi taxis, qui est produite d’une façon directe par les secousses convulsives de la toux, et qui ne devient que rarement dangereuse par son abondance et sa répétition, alors qu’elle se lie à une altération du sang; des ecchymoses sous-conjonctivales ou palpébrales, également dépendantes des quintes, et qui sont un bon signe de la pyrexie et servent parfois à différencier la toux coqueluchéale de la toux de la bronchite commune ; de i’olorrhagie, du purpura, de certaines hémorrhagies viscérales.

L’hémoptysie est ensuite étudiée, ainsi que l’hématémèse, avec détails, et M. Roger démontre par de nombreuses observations que ces hémorrhagies sont tout à fait exceptionnelles chez les enfants; dans la presque totalité des cas, il y a, chez les coquelucheux, pseudo-hémoptysie , le sang, qui paraît hemoploique, étant fourni par les fosses nasales ou le pharynx, par la bouche ou les gencives, et, pour ainsi dire, jamais par les organes pulmonaires.

Après l’épistaxis, la plus commune des hémorrhagies est celle qui s’opère par la bouche. Dans cette région, la congestion est excessive au moment des quintes ; les gencives en deviennent gonflées, fongueuses et saignantes; la langue, violemment projetée hors de la cavité buccale pendant les accès de toux, s’érode par le frottement de sa face inférieure contre les aspérités des dents, ainsi qu’en témoignent les fréquents ulcères du frein ; parfois même elle est mordue. Les lèvres sont sèches, et le petit malade en arrache souvent l’épiderme ; or, toute érosion ou ulcération, quelque petite qu’elle soit, va verser du sang par le fait de la quinte.

Le point de départ des hémorrhagies buccales est tantôt dans les gencives et tantôt dans une solution de continuité de la muqueuse de la bouche ou de la langue ; le sang peut venir aussi du pharynx et surtout des fosses nasales, et, dans ce dernier cas, l’hémorrhagie buccale est accompagnée et primée par l’épistaxis. Quelquefois le sang rejeté par la bouche a une origine complexe ; il provient à la fois de la muqueuse nasale et de la cavité buccale.

C’est seulement à la fin de la quinte que l’enfant rejette une mousse sanguinolente en raison du mélange intime du sang avec les mucosités bronchiques battues et aérées dans les secousses de toux. C’est un accident bien peu sérieux que cette expuition sanglante, et cependant il est peu de symptômes qui effrayent davantage les parents et même le médecin; la cause en est que l’on prend ce ptyalisme sanglant pour une hémoptysie.

M. Roger a plus d’une fois rectifié à cet égard des jugements erronés et calmé des inquiétudes d’autant plus légitimes que les enfants, atteints de coqueluche prolongée, pouvaient être soupçonnés de tuberculose. Il y avait pourtant là double erreur de fait, puisqu’*/ ne s'agissait pas d’une hémoptysie véritable , et que l’examen de la bouche aurait suffi à indiquer la source qui avait fourni le sang; erreur d’interprétation, puisque l’hémorrhagie pulmonaire d’origine tuberculeuse est excessivement rare dans l’enfance, et qu’ainsi l’hémoptysie eût-elle été réelle, il n’était nullement rationnel de conclure de celle-ci à l’existence de la tuberculisation pulmonaire. M. Roger a établi que c’est seulement après la dixième année que les jeunes sujets sont passibles du crachement de sang; et encore cet accident, qui marque presque toujours les commencements de la phthisie des adultes, est-il exceptionnel. Quant à la première enfance que la tuberculose moissonne impitoyablement, on peut dire qu’elle est exempte de l'hémoptysie, l’hémorrhagie pulmonaire n’étant jamais, à cet âge, le symptôme initial de la phthisie.

M. Roger ne croit pas impossible Vhémoptysie vraie, mais il affirme qu’elle est peu fréquente, et sur ce point il diffère tout à fait d’avis avec Trousseau, qui la disait assez commune.

De même qu’il y a dans la coqueluche des pseudo-hémoptysies, il y a aussi des pseudo-hématémèses : lorsqu’un coquelucheux semble vomir du sang, il faut examiner avec soin les fosses nasales, et l’on s’assure aisément que ce sang provient toujours d’une épistaxis; il a coulé paries arrièrenarines, et souvent insensiblement dans la cavité stomacale où il peut s’accumuler en assez grande quantité ; s’il est expulsé presque tout de suite par l’estomac impatient, l’écoulement par les ouvertures antérieures ou postérieures des narines est encore visible ; s’il est évacué tardivement, alors qu’a cessé l’épistaxis, quelques gouttes ou des caillots dans le nez peuvent en signaler la provenance.

610 — N° 38 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 19 Septembre 1879

. Ici encore il faut se rappeler que Yliêmatémèse est, comme l’hémoptysie, un phénomène tout à fait exceptionnel dans le jeune âge, et qu’on ne la rencontre guère que dans de trèsrares cas de purpura liemorrhagica. Si, dans une maladie quelconque, et à plus forte raison dans la coqueluche, une mère effrayée montre au médecin un vase rempli de sang rejeté par la bouche, il peut, éclairé par les lois de la pathologie infantile, la rassurer et se rassurer lui-même, car il ne s’agit presque certainement ni d’un vomissement, ni d’un crachement de sang, mais d’une épistaxis dont le produit a pénétré dans l’estomac et en est ensuite chassé par la toux.

Voilà donc, en résumé, deux sortes d’hémorrhagies, Yhématémèse et Y hémoptysie, que le clinicien doit rayer de la liste des complications de la coqueluche; un diagnostic plus juste vient réformer un pronostic erroné, et, grâce à une appréciation plus saine des faits, des apparences redoutables se changent en une bénigne réalité.

La communication si intéressante et si magistrale de M. Henri Roger est accueillie par de nombreux applaudissements.

Remèdes secrets. — M. Riche, au nom de la commission des remèdes secrets et nouveaux, lit une série de rapports dont les conclusions sont adoptées sans discussion.

Commission des prix roun 1879. — Ont été nommés :

Prix de l'Académie: MM. Alphonse Guérin, Gosselin, Perrin, Panas et Verneuil.

Prix Civrieux: MM. Briquet, Charcot, G. Sée, Pidoux et Hervieux.

Prix Capuron : MM. Barthez, Blot, Depaul, Devilliers et Tarnier.

Prix Barbier : MM. Bourdon, Hardy, Hérard, Gueneau de Mussy (Noël) et Parrot.

Prix Godard: MM. Cloquet, Larrey, Ricord, Richet et Guy on.

Prix Desportes : MM. Marrotle, Moutard-Martin, H. Gueneau de Mussy, Hillairet et Oulmont.

Prix Buignet : MM. Bussy, Gavarret, Wurlz, Bouis et Bourgoin.

Prix Amussat : MM. Legouest, Rochard, Léon Le Fort, Trélat et Duplay.

Prix Itard : MM. Bouillaud, Roger, Woillez, Raynaud et Peter.

Prix Rufz de Lavison : MM. Broca, Jaccoud, Lagneau, Magne et Colin.

Prix Alfaro : MM. Baillarger, Bergeron, Blanche, Devergie et Peisse.

REVUE DES JOURNAUX

Itupture de l’utérus en dehors de lu grossesse,

parM. le docteur R. Sabin.

La rupture de l’utérus en dehors d’une cause traumatique et de la grossesse est un fait exceptionnellement rare, et c’est seulement avec certaines réserves que l’on acceptera le cas suivant, ou tout au moins l’explication donnée par le docteur Sabin, d’autant plus que l’observation n’est pas des plus détaillées; cependant nous devons rappeler que Larcher a publié un fait de rupture de l’utérus causée par un polype fibreux. Cet auteur a attribué la rupture à l’effort des contractions utérines causées par la présence du polype, tandis que le col restait fermé. Cette hypothèse est certainement préférable à celle que le docteur Sabin propose, à savoir la rupture par les gaz développés au-dessus du tampon.

Il s’agit d’une femme, Mmc R., âgée de quarante-six ans, mère de huit enfants, dont le plus jeune avait quatre ans ; elle vint consulter le docteur Sabin, le 26 août, se plai¬

gnant de nausées et de vomissements ; il n’y avait pas de douleurs; elle demandait si elle n’était pas enceinte, bien qu’elle n’éprouvât pas de symptômes de grossesse; elle avait été bien réglée jusqu’aux derniers trois mois, elle n’éprouvait aucun désordre utérin et n’avait pas de leucorrhée. On lui prescrivit du saccharure de pepsine. Elle revint le 28 août, disant qu’elle n’était pas mieux, et le 30 août elle fit la même observation. Le docteur Sabin alla chez elle, proposa un examen, pensant que les vomissements étaient symptomatiques d’une irritation de l’utérus, mais il ne fut pas rappelé par la malade avant le 4 octobre. Ce jour-là, à cinq heures du matin, le mari de cette femme vint prier le docteur Sabin de venir en toute hâte, parce qu’elle avait une perte abondante. En arrivant auprès de la malade, le docteur Sabin la trouva dans un étal syncopal ; on ne sentait presque plus de pulsations. Il administra de l’extrait d’ergot, enlevâtes caillots qu’il examina avec soin, sans trouver de fœtus ni de placenta. Un tampon d’ouate saturé de tannin fut porté sur le col ; l’hémorrhagie sembla d’abord arrêtée. La malade ne souffrait pas, mais elle était très-faible ; on lui fit prendre de l'eau-de-vie. Trois heures plus tard, le docteur Sabin fut rappelé en compagnie d’un confrère; l’hémorrhagie s’était renouvelée ; ils enlevèrent les caillots et appliquèrent un tampon d’ouale avec du tannin, puis tamponnèrent le vagin avec de la mousseline. L’hémorrhagie cessa et l’on continua l’ergot et l’eau-de-vie. Pendant la journée, la malade se releva un peu, mais elle était encore dans la prostration et vomissait lorsqu’elle prenait quelque aliment. Le surlendemain, samedi 5, il n’y avait aucun changement; elle avait uriné, et l’hémorrhagie ne s’était pas renouvelée.

Le dimanche, le docteur Sabin, rappelé à cinq heures du matin, trouva la malade se plaignant d’une vive douleur à l’hypogastre ; il fit une injection de morphine, enleva le tampon et fit le cathétérisme de la vessie. L’état de la malade devint rapidement désespéré; elle succomba à trois heures de l’après-midi.

L’autopsie fut faite vingt-cinq heures après la mort. Le corps était bien conservé, la peau très-pâle; l’épiderme cédait sous une légère pression du doigt; l’abdomen était distendu par du gaz ; l’utérus présentait le volume d’un utérus au quatrième mois de la grossesse ; il y avait une rupture vers le fond s’étendant de droite à gauche et s’ouvrant dans la cavité péritonéale. Il n’y avait pas de sang dans la cavité péritonéale et très-peu de pus. Tous les autres organes étaient normaux.

Le médecin qui avait été appelé en consultation donna les renseignements suivants : M™ B... était venue le consulter au commencement de septembre, elle se plaignait de nausées et de vomissements; il diagnostiqua une gastrite chronique et la vit plusieurs fois. « Un jour il la trouva atteinte de douleurs au bas-ventre, ressemblant aux douleurs de l’accouchement ; procédant à un examen, il trouva un polype faisant saillie en dehors de la vulve ; cette tumeur avait le volume d’une petite figue, attenante à l’utérus. Il prit une sonde pour l’examiner, et en la passant autour du pédicule, le polype céda et tomba. Il n’y eut pas d’hémorrhagie, et aucun autre traitement ne fut pratiqué. La malade put reprendre ses occupations ménagères jusqu’au 4 octobre, où se produisit l’hémorrhagie. »

Il faut maintenant, dit le docteur Sabin, résoudre cette question, à savoir : quelle est la cause de la rupture et quand celle-ci a-t-elle eu lieu? L’auteur pense que l’utérus a été rompu par le gaz qui s’est formé dans sa cavité après que le tampon a été introduit, et que celte Fûpture s’est faite la nuit du samedi vers minuit ; lorsque la vive douleur s’est manifestée, en effet, lors de la visite faite à cinq heures du matin, elle se plaignait d’avoir éprouvé la sensation d’une sorte de rupture à la partie inférieure de l’abdomen.

Quelle était alors la cause de l’hémorrhagie? L’auteur pense que le polype, en se détachant, avait entraîné la muqueuse utérine, laissant la paroi amincie, et probablement

19 Septembre 1879 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N° 38 — 611

une artère isolée, de sorte que rinllammalion de la paroi musculaire ulcéra l’artère, d’où l’hémorrhagie mortelle. ( New Yorlc medical journal, août 1879.)

Lo »ans défibriné pour l'alimentation par le rectum,

par M. le docteur Andrew Smith.

Dans la réunion de la Société de thérapeutique de New- York tenue le 14 février 1879, le docteur Andrew II. Smith a donné lecture, au nom du « Committee on Restoratives », d’un rapport fort intéressant sur l’emploi du sang défibriné dans l’alimentation par le rectum. Cette étude est basée sur 63 cas, parmi lesquels il y avait 38 malades atteints de phthisie pulmonaire à la dernière période; plusieurs môme sont morts quelques jours après le début du traitement. 8 malades ne purent tolérer les injections à cause de l’irritabilité du rectum ou de la production de coliques persistantes, même avec une dose réduite à 12 onces et avec addition d’opium. Il reste 30 cas dans lesquels le traitement a été suivi pendant un temps notable. Or, chez quelques malades, il ne s’est produit aucun effet attribuable aux injections; quelques-uns étaient en voie d’amélioration quand le traitement a commencé et l’amélioration a continué; enfin d’autres étaient dans la période ultime et n’ont pas paru être inlluencés par le traitement; au reste, aucun inconvénient n’a pu être attribué aux lavements. En somme, il y a 20 cas dans lesquels le bénéfice du traitement a été très-positif et s’est manifesté par l’augmentation notable de poids, le relèvement des forces, la réapparition de l’appétit, la diminution de la toux et la cessation des sueurs. De tous ces faits, le comité a déduit les conclusions suivantes : Le sang défibriné convient admirablement à l’alimentation par le rectum. A la dose de 2 à 0 onces, il est ordinairement conservé sans aucun inconvénient, et il est souvent si complètement absorbé, que l’on en trouve à peine des traces dans les déjections. Administré en lavement une ou deux fois par jour, il produit dans un tiers des cas, pour les premiers jours, plus ou moins de la constipation; celle-ci persiste dans un petit nombre de cas, et même peut augmenter par la continuation de l’usage des lavements. Il n’y a que rarement de l’irritabilité des intestins produite par ce traitement. Le sang défibriné vient ainsi en aide à l’estomac lorsque celui-ci est incapable de nourrir complètement l’organisme. L’usage est indiqué dans tous les cas où le gros intestin n’est pas atteint et où les moyens ordinaires d’alimentation tonique ne peuvent suffire; il peut dans certains cas donner à la nutrition une impulsion qui est rarement obtenue par d’autres moyens ; enfin les lavements de sang défibriné ne présentent aucun danger. ( New-York medical journal, avril 1879, et Thé Dublin journal, août 1879.)

BIBLIOGRAPHIE

Index bibliographique.

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