Saint-Vel
Paris, t» oclol.ro 1879,
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
SÉANCE Dü 13 OCTOBRE 1879. — PRÉSIDENCE DE M. DAUDRÉIC.
Gymnote électrique. — M. Marey annonce à M. le Secrétaire perpétuel qu’il a reçu vivant, du Para, un gymnote électrique.
L’animal, d’abord un peu fatigué du voyage, est en ce moment tout à fait remis et donne de fortes décharges électriques lorsqu’on le touche, mais très-brèves.
Électropiiysiologie. — M. Ziegler adresse un mémoire sur les Polarités électriques latérales et leur action sur l’organisme. (Commissaires : MM. Becquerel, Marey.)
Fermentation. — M. Ch. Bonnafé adresse une note relative à la présence de l’oxygène dans les produits de fermentation. (Renvoi à l’examen de M. Pasteur.)
Traitement de l’opiithalmie sympathique par la section
DES NERFS CILIAIRES ET DU NERF OPTIQUE, SUBSTITUÉE A L’ENlëvement de l’ceil. Note de M. Boucheron. — Il existe d’ailleurs, dans la science, plusieurs observations de section accidentelle des nerfs optique et ciliaires, avec conservation du globe oculaire : tel est, par exemple, le cas d’un soldat qui, en 1870, eut la tête traversée par une balle d’une tempe à l’autre. Il y eut section de tous les nerfs de l’œil, et cependant le malheureux aveugle conserva ses yeux, avec une transparence parfaite des milieux réfringents, comme nous le montra l’ophthalmoscope. Ce fait est concluant. Comme l’ophthalmie sympathique est transmise d’un œil à l’autre par les nerfs ciliaires et optique, il suffira de couper ces nerfs, en arrière de l’œil malade, pour interrompre la transmission . de la maladie. D’autre part, il est d’observation que l’oplithalmie sympathique se déclare quelquefois avec une rapidité foudroyante, peu de temps après le traumatisme. On a proposé l’extraction préventive de l’œil blessé. La section également préventive des nerfs ciliaires en arrière de l’œil blessé est bien préférable.
Procédé opératoire. — Section de la conjonctive et de la capsule. Ténotomie du muscle droit externe, sans dénuder la face externe du muscle. Introduction, entre l’œil et la capsule, de ciseaux fortement courbés sur le plat. L’œil étant tiré en avant ou tourné en dedans, le nerf optique, tendu comme une corde rigide, est saisi entre Jes branches des ciseaux, et coupé en s’écartant de la sclérotique.
Rotation en avant de l’hémisphère postérieur, de manière à voir nettement la section du nerf optique et à ne laisser échapper aucun nerf ciliaire. Suture du muscle, serrée seulement le lendenïfmV, s’il y a strabisme prononcé. Pansement antiseptique.
Sur l’innervation et la circulation de la mamelle. Note de M. Laffont.
Sur une chienne en lactation, curarisée légèrement ou immobilisée par injection intraveineuse de cicutine, on recherche l’artère honteuse externe (branche de l’artère prépubienne), qui descend sur la paroi postérieure du canal inguinal et se partage, après avoir franchi l’anneau inférieur du canal, en artère sous-cutanée abdominale et artère mammaire. C’est dans cette branche qu’on introduit un ajutage en T qui permettra de prendre la pression sans gêner la circulation de l’organe. Celle artère s’abouche à plein canal avec le rameau mammaire fourni par l’artère thoracique interne. On recherche aussi la veine mammaire satellite, qui est très-volumineuse. C’est à cette veine qu’est accolé le nerf mammaire, qui va se perdre dans le tissu et la peau de la mamelle
en suivant les vaisseaux. En remontant vers la moelle, ce nerf quille la veine honteuse externe pour passer sur l’artère iliaque externe et de là sur les psoas, entre lesquels il pénètre à la hauteur de la cinquième vertèbre lombaire. Il provient du cordon nerveux qui unit la quatrième paire lombaire a la cinquième, et reçoit quelquefois dans son parcours, entre les psoas, ou même plus bas, comme je l’ai vu dans plusieurs disseclions, un rameau de la troisième paire lombaire.
L’animal étant ainsi préparé et deux fils passés sous le nerf, dans l’endroit où il rampe sur la veine mammaire, on place le nerf sur une pince excilatrice de notre modèle. D’un autre côté, l’ajutage en T est mis en communication avec un manomètre à mercure ; et, les serres-fines placées sur l’artère étant enlevées: 1° On prend un tracé normal. 2° Sans rien déranger, on fait passer un courant faible. L’élévation de pression est insignifiante, bien qu’on excite un nerf éminemment sensible, et fait même place à un abaissement qui devient déplus en plus considérable (4 à 5 centimètres de mercure). En même temps, la mamelle devient lurgide, le mamelon s’érige, tandis que l’état de pâleur et de flaccidité des autres mamelles rend le phénomène d’autant plus manifeste, surtout si l’on opère sur des animaux à robe blanche. Cependant la mamelle immédiatement antérieure rougit aussi un peu, et son mamelon s’érige. 3” On lie le nerf et on le sectionne entre deux ligatures. L’animal, qui est à peu près revenu, s’agite beaucoup. Cinq minutes après, on fait passer le même courant pour exciter le bout périphérique du nerf sectionné. Immédiatement, baisse de la pression, en même temps que survient tout le cortège de la congestion. Si à ce moment on comprime le mamelon des autres mamelles, on fait sourdre à peine quelques gouttes de lait; la même manœuvre sur la mamelle opérée provoque des jets multiples et forts. On arrête l’excitation ; la pression remonte et devient même supérieure à ce qu’elle était avant l’excitation.
Ainsi donc, la mamelle possède des nerfs dilatateurs types, analogues à ceux de la corde du tympan et du nerf maxillaire supérieur, en même temps que des nerfs dont l’excitation provoque une augmentation dans la quantité de lait excrété.
Académie de médecine.
1/ Académie reçoit : 4° U» pli cacheté de MM. Aimé Martin et Oberlin, et un autre pli racheté de MM. Fort et Laiteux. (Accepté.) — 2° Des lettres do candida¬
ture de MM. Desnos, Vidal, Dujardin-Bcaumelz, Boinet, pour la section de thérapeutique; de MM. Bucquoy et Ollivier. pour la section de pathologie médicale; de M. Laborde, pour4 la section d'anatomie et de physiologie.
M. le Secrétaire perpétuel présente, au nom de MM. Mathieu R]», fabricants d'in-
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vapeur médicamenteuse sortant de la chaudière, et que l'on aspire en plaçant la bouche contre l’entonnoir. Ce tube possède à sa base quelques ouvertures qui servent à l’introduction do l'air. En augmentant ou diminuant la grandeur de ces ouvertures, ou gradue la température do la vapeur aspirée. — 3" lino lampo à alcool, placée sous la chaudière. (Voir la figure page 680.)
M. Jules Bochard présente, do ln part de H. Fonssagrives (de Montpellier), un volume intitule : Thérapeutique de la phthisie pulmonaire.
M. Dechambre présente, au nom do M. le docteur Berlin (do Montpellier), une Leçon sur l'histoire de l'hygiène.
M. Gueneau de Mussy offre, en son nom, une brochure intitulée : Des pleurésies purulentes diaphragmatiques et interlobulaires, cl des pneumothorax cir-
M. Pidoux présente, au nom do M. le docteur Martineau, la deuxième partie de son Traité clinique des affections de l'utérus et de scs annexes.
M. Legouest présente présente : 1" au nom de M. Hochet, chirurgien-major, un
M. Beeb, médecin principal, un rapport d’ensemble sur le service médical des eaux de Bourbonne.
II. Bergeron présente, au^ nom do M. le docteur Lccatlre (du Havre) : 1“ un 2“ uno Élude sur la rage.
M. Gosselin présonto: 1“ en son nom et au nom do M. Albert Bergeron, une
monts antiseptiques ; 2» au nom do M. le docteur Dumoulin, un rapport sur les eaux minérales de Salins.
Hystérotomie appliquée au traitement des tumeurs fibreuses. — M. Duplay communique à l’Académie deux observations d’hystérotomie, et présente la dernière de ses opérées, dont la guérison a été complète et rapide.
M. Duplay déclare qu’il est complètement partisan de l’hystérectomie dans le traitement des fibromes ou cystofibromes de l’utérus. Les premières opérations pratiquées l’ont été à la suite d’erreurs de diagnostic par des chirurgiens qui croyaient avoir affaire à des tumeurs ovariennes. Kienball paraît être le premier chirurgien qui entreprit, en 1853, de propos délibéré, d’enlever l’utérus pour un fibrome. Son exemple fut suivi plus tard, et les observations d’hystérectomie se sont multipliées depuis une quinzaine d’années. En France, cependant, on s’est montré peu favorable à cette opération, qui n’a guère été pratiquée avec succès que par MM. Kœberlé et Péan. Le plus grand nombre des observations nous viennent de l’étranger.
M. Duplay relève quelques statistiques des opérations pratiquées jusqu’à l’année dernière, opérations divisées par catégories: 1“ laparotomies pratiquéees pour des fibromes; 2° laparotomies pratiquées pour des tumeurs fibro-cystiques.
1° Laparotomies pour des fibromes. — A. On enlève le fibrome en laissant l’utérus. Tumeurs sous-péritonéales plus ou moins pédiculées : 17 laparotomies, Sguérisons, 12 morts, soit 70,5 pour 100 de mortalité. — B. On enlève tout l’utérus : 55 laparotomies, 23 guérisons, 32 morts, soit 58 pour 100 de mortalité.
2° Laparotomies pour cysto-fibromes : 41 laparotomies, 22 guérisons, 19 morts, soit 46,4 pour 100 de mortalité.
Ces statistiques partielles sembleraient prouver que l’hystérectomie est moins grave pour les cyslo-fibromes que pour les fibromes purs. Si l’on réunit ces statistiques partielles, on trouve: sur 113 laparotomies et hystérectomies, 50 guérisons, 63 morts, soit 42,2 pour 100 de guérisons et 55,7 pour 100 de morts.
M. Duplay fait ensuite l’exposé des deux opérations d’hystérotomie qu’il a pratiquées pour des fibromes utérins, dont l’une, en 1876, dans son service de l’hôpital Saint-Louis et qui fut suivie de mort, et dont l’autre, le 15 août dernier, dans une maison de santé de l’avenue du Roule, et qui fut suivie de guérison, bien que M. Duplay n’eût pas cru devoir prendre les précautions indiquées par les partisans de la méthode antiseptique.
Dans ce dernier cas la tumeur enlevée pesait 22 livres, elle était entièrement solide et offrait la structure des fibromes utérins. Les suites de l’opération ont été des plus simples ; la
malade, jeune femme de vingt-six ans, est aujourd’hui complètement guérie, et M. Duplay la présente à ses collègues.
Recherches cliniques sur la communication des deux
CŒURS PAR INOCCLUSION CONGÉNITALE DU SEPTUM INTERVEN¬ TRICULAIRE, parM. II. Roger. — Après quelques considérations sur les vices de conformation du cœur, et après avoir rapporté quelques faits d’inocclusion de la cloison des ventricules, l’auteur conclut parles propositions suivantes :
Il est une malformation du cœur où la cyanose ne se produit point, malgré le libre mélange des deux sangs, veineux et artériel ; cette malformation, qui est compatible avec l’entretien de la vie, et même avec une longue existence, quand elle est simple et sans concomitance d’une sténose également congénitale de l’artère pulmonaire, c’est l’inocclusion du septum ventriculaire.
Cette anomalie cardiaque, il importe, au point de vue clinique, de la distinguer des autres vices de conformation et surtout des affections cardiaques. Elle n’est révélée que par l’auscultation; elle s’annonce par un signe physique dont les caractères sont tout à fait spéciaux : c’est un bruissement fort et étendu ; il est unique; il commence à la systole et se prolonge de manière à couvrir entièrement le tic-tac naturel; il a son maximum, non pas à la pointe (comme dans les altérations des orifices auriculo-ventriculaires), non pas à la base à droite (comme dans le rétrécissement de l’aorte), ou à gauche (comme dans la sténose de l’artère pulmonaire), mais au tiers supérieur de la région précordiale; il est médian comme la cloison elle-même, et, de ce point central, il diminue d’intensité régulièrement et par degrés, à mesure qu’on s’en éloigne; il est. fixe et sans propagation dans les vaisseaux; il ne coïncide avec aucun signe d’affection organique autre que le frémissement cataire. Un bruit anormal qui réunit cet ensemble de caractères est le signe patliognomonique de l’inocclusion du septum des ventricules.
Le diagnostic différentiel de cette malformation (jusqu’à présent méconnue ou confondue avec d’autres lésions congénitales ou acquises), ce diagnostic sera désormais rendu facile par la comparaison attentive des signes physiques : ces signes varient de nombre, de siège et de caractères dans les maladies du cœur où les altérations matérielles sont multiples, progressives et changeantes, tandis que le bruissement, indicateur d’une lésion identique à elle-même, permanente et immuable, persiste sans modification pendant un temps indéfini. De même pour les troubles fonctionnels : trèsvariables selon les diverses périodes des phlegmasies cardiaques et totalement dissemblables dans leur état aigu ou chronique, ils sont à la fois moins accusés et plus constants dans l’innocclusion du septum ; ils se modifient à peine avec les années et ne s’aggravent que très-lentement et par degrés insensibles.
La considération de Y âge du sujet est un élément capital de la diagnose : l’endocardite, par exemple, ne se montrant pour ainsi dire jamais dans l’enfance avant deux ans, et d’autre part, l’anémie des très-jeunes ne se traduisant pres*^ que jamais par un souffle cardiaque, il en résulte '
souffle, chez un enfant à la mamelle, sera l’indice a peu près certain d’une anomalie de la circulation centrale.
Le pronostic est, d’une manière générale, moins grave dans la malformation précitée que dans les maladies organiques du cœur où le danger, pour les enfants, estplus grand et plus prochain : avec celles-ci, les jeunes sujets ne peuvent guère espérer qu’une dizaine d’années d’existence ; malgré celle-là, ils peuvent atteindre et dépasser la moyenne de la vie humaine.
Une diagnose exacte commande dans les affections du cœur un traitement énergique et persévérant : ce traitement est, au contraire, interdit comme inutile et même nuisible s’il y a malformation ; montrer, grâce à un diagnostic précis, l’opportunité de l’action dans un cas et de l’abstenliou dans
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l’autre, c’est rendre également service aux praticiens et aux malades.
M .Colin demande à M. Roger si dans les cas de persistance du trou de Dotal ou du canal artériel, on a observé un bruit de souffle analogue à celui qui vient d’être décrit dans les faits d’inocclusion de la cloison interventriculaire.
M. Roger répond négativement.
M. Colin fait remarquer que Flourens a démontré que l’occlusion du trou de Botal se faisait dans les premières semaines qui suivent la naissance; il se propose de rechercher sur les animaux s’il existe un bruit de souffle avant l'occlusion du trou de Botal. Il pense en outre que dans les cas d’inocclusion interventriculaire signalés par M. Roger, il devait y avoir de la cyanose.
M. Roger dit que la cyanose existe, dans tous les cas où il existe en même temps oblitération de l’artère pulmonaire. Quand cette lésion manque, le ventricule gauche, plus énergique que le droit, pousse le sang à travers l’ouverture anormale.
M. Marc Sée adopte la solution que donne M. Roger d’un phénomène pathologique qui n’avait pas été suffisamment expliqué jusqu’à ce jour. Mais il remarque que M. Roger n’a qu’une seule autopsie d’un enfant qu’il n’a pas observé lendant la vie, et qu’il n’a pu faire l’autopsie des autres mandes dont il a rapporté l’observation. C’est là une circonstance regrettable ; il faudrait an moins une observation avec autopsie.
M. Roger répond qu’il n’a pas eu la bonne fortune de pouvoir observer pendant la vie le malade dont il a fait l’autopsie.
M. Raynaud. M. Roger avait dit qu’on trouverait peut-être chez des animaux l’explication de ce phénomène. On avait pensé à la tortue qui, comme on le sait, n’a qu’un seul ventricule et deux oreillettes, mais les résultats ont été négatifs.
M. Colin dit qu’il n’y a pas de bruit de souffle sur les petits animaux.
M. Pidoux demande si M. Roger a vu quelques-uns de ses malades guérir. Il croit avoir observé des cas analogues suides malades qui sont aujourd’hui bien portants.
M. Roger dit que la guérison est impossible, mais que les lésions dont il s’agit ne sont pas incompatibles avec la vie.
M. le Président invite M. Pidoux à rassembler ses observations et à les présenter à l’Académie.
La séance est levée à cinq heures.
Société médicale des hôpitaux.
Érythème papuleux généralisé des jambes et de la conjonctive :
M. Gougenheim. — Du cancer des lymphatiques pulmonaires :
M. Debove. — Pemphigus des nouveaux-nês : M. Hervieux.
M. Gougenheim communique une observation à' érythème papuleux généralisé (les jambes et de la conjonctive. Il s’agit d’une femme maigre, vigoureuse, qui avait été atteinte il y a trois semaines de douleurs assez vives de la jambe et du coude droits avec fièvre et œdème du cou-de-pied droit. Le 22 avril dernier, M. Gougenheim constatait de plus une éruption papuleuse disséminée sur la face dorsale des mains, des bras et du tronc. L’éruption disparaissait le Ier mai, mais deux jours plus tard des plaques d’érythème noueux se montraient aqx jambes. Le 10 mai les yeux devenaient rouges et larmoyants. Le lendemain apparaissaient des papules conjonctivales avec œdème périkeratique. Le 25 mai des douleurs se manifestèrent dans les jambes, mais toute éruption disparut. Discutant la nature de ces symptômes, M. Gougenheim
rappelle que Bazin rattachait les éruptions de ce genre à la diathèse rhumatismale, tandis que d’autres médecins et en particulier MM. Ernest Besnier, Hardy, Ilébra, ne sont pas aussi affirmatifs et émettent quelques doutes sur les rapports de parenté qui paraissent exister entre ces érythèmes (à l’exception de l’érythème polymorphe) et le rhumatisme. Dans le cas actuel la diathèse rhumatismale paraît exister.
M. Empis ne croit pas que la coïncidence d’une éruption papuleuse et de douleurs rhumatismales puisse prouver la nature rhumatismale de l’éruption. Très-souvent l’érythème noueux n’est ni précédé ni suivi de douleurs articulaires.
M. Ed. Labbé rattache volontiers, au contraire, les éruptions papuleuses à la diathèse rhumatismale. Sous ce rapport, il fait une différence entre l’érythème papuleux chronique et l’érythème papuleux aigu. C’est ce dernier qu’on a appelé péliose rhumatismale. D’après M. Labbé la dénomination est parfaitement exacte.
— M. Debove a étudié les lésions lymphatiques du poumon dans certains cas de cancer. Cette question a déjà été l’objet de travaux intéressants dus à MM. M. Raynaud, Hillairet, Cornil. M. Troisier en a fait le sujet de sa thèse inaugurale. Enfin, M. Debove a publié autrefois lui-même une note sur les lymphangites cancéreuses dans laquelle il établit que ces lésions n’étaient pas de nature purement inflammatoire, mais de nature spécifique. MM. Raynaud et Cornil ont soutenu, au contraire, que la lymphangite dite cancéreuse n’avait rien de spécial dans ses caractères anatomiques.
La nouvelle observation de M. Debove semble confirmer l’opinion qu’il avait précédemment défendue. Il s’agit d’une femme de quarante-huit ans, admise récemment à l’Hôlel- Dieu pour un cancer de l’estomac. Depuis longtemps la malade toussait. La toux était sèche, peu fréquente, sans expectoration; parfois cependant, après une quinte, accompagnée d’une expectoration sanguinolente. Trois mois avant son entrée celte femme ressentit dans le côté gauche de la poitrine, vers la ligne axillaire, une douleur de plus en plus vive qui persista. Plus tard survint une dyspnée qui prit rapidement un caractère de gravité très-accentué, et un ictère foncé. Lorsque M. Debove vit la malade pour la première fois, la peau, les sclérotiques et l’urine présentaient une coloration iclérique. L’émaciation était extrême. On ne retrouvait pas de sang clans les matières des vomissements ou des garde-robes. A l’épigastre existait une masse empâtée, irrégulière, au-devant de laquelle les muscles droits abdominaux se contractaient fortement. On sentait des ganglions gros comme des noisettes dans le creux sus-claviculaire à droite et à gauche. Au-devant du sternum, sur la peau, des arborisations rouges rappelaient absolument par leur disposition le lacis d’un réseau lymphatique. A l’auscultation de la poitrine on entendait de nombreux râles ronflants, sans souffle ni retentissement exagéré de la voix. La dyspnée était intense.
La mort eut lieu deux jours après l’entrée à l’hôpital.
A l’autopsie on trouva une masse du volume d’un gros œuf, siégeant au pylore, ayant contracté des adhérences avec les organes voisins. Les deux faces du diaphragme présentaient des dépôts cancéreux sous forme de traînées saillantes blanchâtres. 11 n’y avait pas de liquide dans la cavité pleurale ; mais sous la plèvre pulmonaire on voyait se dessiner un réseau blanchâtre dont les plus gros troncs occupaient la ligne de jonction des lobules pulmonaires, rappelant du premier coup d’œil le réseau bien connu des lymphatiques souspleuraux. Dans les poumons existaient deux ou trois noyaux cancéreux du volume d’une cerise. Enfin, sur les surfaces de section on constatait une série de petits nodules blanchâtres, confluents, résistant à la pression, et assez analogues par leur aspect général aux lésions de la tuberculose aiguë. Ces nodules étaient dus à la section de tractus blanchâtres anastomosés, c’est-ià-dire des lymphatiques pulmonaires envahis par le cancer. Les ganglions du hile du poumon avaient aussi
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subi la dégénérescence cancéreuse. L’examen histologique montra qu’il s’agissait d’un carcinome. En étalant sous le champ du microscope un morceau de la plèvre viscérale décollée, M. Debove vit également un réseau bien autrement riche que ne pouvait le faire supposer l’examen à l’œil nu, réseau indépendant des vaisseaux sanguins et formé par des cordons cylindriques anastomosés. Dans l’intérieur du poumon variqueux on pouvait seulement obtenir de petits fragments cylindriques variqueux, identiques aux précédents. La lésion avait donc envahi tout le système lymphatique du poumon. Enfin, on retrouvait dans les canaux lymphatiques de la surface et de l’intérieur du poumon les cellules identiques ou du moins très-semblables à celles du carcinome pulmonaire. M. Malassez a examiné à son tour les pièces préparées par M. Debove, et il en a donné la môme interprétation. De ce fait M. Debove conclut que, dans certains cas de cancer viscéral, il peut se développer un véritable carcinome envahissant tout le réseau lymphatique sans intéresser beaucoup le parenchyme ambiant.
M. Féreol pense aussi que les lymphangites pulmonaires ne peuvent être tantôt inflammatoires et tantôt spécifiques; il croit que, dans les cas de cancer du poumon, il y a toujours cancers lymphatiques.
A une question de M. Dumontpallier, M. Debove répond que la paroi des lymphatiques était rompue en certains points et la lumière des vaisseaux bouchée par une accumulation de cellules.
— M. Hervieux résume l’observation de deux nouveau-nés jumeaux, atteints dès leur naissance d’un pemphigus généralisé à toute la surface du corps. Le pemphigus ordinaire des nouveau-nés, décrit parM. Besnier, n’affecte point cette forme. L’éruplion se localise d’habitude il la paume des mains et à la plante des pieds. Aussi M. Hervieux considère-t-il le pemphigus généralisé comme une forme très-rare. Chez les deux enfants dont il s’agit, l’accident est probablement de nature syphilitique. L’un d’eux présentait sur les différents points du corps des vésicules miliaires remplies de pus. En dehors de ces lésions M. Hervieux n’a pu découvrir d’autres manifestations de la syphilis chez ses petits jumeaux. Us tètent très-bien l’un et l’autre.
M. Dumontpallier pense que la maladie dont parle M. Hervieux diffère du pemphigus syphilitique qui n’apparaît que huit à quinze jours après la naissance.
M. Férèol fait remarquer qu’il est bien difficile de distinguer cliniquemenL le pemphigus syphilitique du pemphigus simple des nouveau-nés. Il n’y a pas de caractère bien tranché qui permette de poser un diagnostic bien certain.
M. Quinquaud croit que la présence du pus apparaissant dans les vésicules au bout de quarante-huit à soixante heures est un signe de syphilis. Le pemphigus sans leucocytes au cinquième ou au sixième jour serait indépendant de la syphilis. M. Quinquaud attribue également une certaine importance à la présence de nucléine qui, très-abondante dans le pemphigus syphilitique, manque dans le pemphigus simple.
M. Besnier déclare que la détermination des maladies classées sous le nom de pemphigus est toujours assez délicate. Les vésicules du pemphigus sont toujours au début remplies d’une sérosité limpide ; alors donc que l’on se trouve en présence d’une affection très-récente caractérisée par l’existence de bulles remplies de pus, on pourrait admettre qu’il s’agit d’une maladie syphilitique et non d’un pemphigus. En ce qui concerne les malades observés par M. Hervieux, peut-être s’agit-il d’un pemphigus cachectique. M. Besnier demande à M. Hervieux de bien vouloir compléter son observation, afin que là discussion en puisse être plus approfondie.
M. Rathery dit avoir observé un enfant né d’une mère syphilitique et présentant aux mains et aux pieds des bulles
qui devinrent rapidement purulentes. Cependant, durant trois semaines, cet enfant ne présenta aucune autre manifestation syphilitique.
Société de chirurgie.
Réflexions sur l'ovariotomie. — Hystérotomie avec ablation des
deux ovaires. — Luxation sous-épineuse de l’humérus. — Coryza
M. Labbè croit que la question de la réduction du pédicule dans les ovariotomies peut être jugée aujourd’hui. M. Kiss (d’Edimbourg) réduit de parti pris; Spencer Wells, qui a fait de nombreuses opérations, a admis cette pratique. Dans nn récent voyage, M. Labbé a pu étudier la pratique des chirurgiens allemands; deux seulement (Billroth et Bruns) ne réduisent pas le pédicule. La question est donc jugée dans le sens de la réduction.
Le volume du pédicule est à considérer; mais il suffit de subdiviser ce pédicule en plusieurs faisceaux avec les ligatures pour pouvoir le laisser en toute sécurité dans l’abdomen. Si l’on a eu des hémorrhagies autrefois, c’est que l’opération n’était pas aussi bien réglée que maintenant. M. Labbé a eu aussi l’occasion de réduire le pédicule; et, s’il y a une indication de réduire, c’est pour l’hystérotomie bien plus que pour l’ovariotomie, à cause de la difficulté de tenir au dehors un lédicule court et large. Après une ablation de l’utérus, Billroth aissa le pédicule au dehors; mais, ne pouvant pas l’attirer, il attira au contraire la paroi abdominale, fortement déprimée vers le pédicule. Schræder réduit toujours. M. Labbé s’est toujours bien trouvé de la réduction du pédicule ; au moyen d’un serre-nœud, on peut tracer le sillon où sera placé le fil de calgutt, afin qu’il ne glisse point. La portion située audessus de la ligature sera taillée en cône creux, et on la suturera avec du catgutt, pour qu’il ne reste dans le ventre qu’une surface péritonéale. M. Labbé a surtout en vue l’ablation de tout ou d’une partie de l’utérus.
— M. Guéniot fait un rapport oral sur une observation de M. Dézanneau (d’Angers) : Hystérotomie, avec ablation des deux ovaires, pratiquée à l’Hôtel-Dieu d’Angers; guérison.
La femme, âgée de quarante-sept ans, portait depuis quinze ans une petite tumeur dans la fosse iliaque droite; cette tumeur se développa progressivement, en même temps que la santé générale s’altérait. On fit, en ville, une ponction exploratrice qui donna issue à quelques gouttes de liquide sanguinolent. La malade entra à l’hôpital. Ventre gros, renfermant une tumeur bosselée en divers points et paraissant mobile; l’utérus paraissait sain dans son segment inférieur et suivait en partie les mouvements de la tumeur.
Opération le 3 juillet dernier, avec tous les détails de la méthode antiseptique. Incision de 15 centimètres sur la ligne médiane : la ponction de la tumeur ne donne rien. M. Dézanneau incise fa partie visible de la masse, qui est eu grande partie solide et non réductible. On agrandit l'ouverture abdominale. Pas d’adhérences, sauf avec le grand ép j-'/ ploon. L’épiploon est lié par fragments et coupé entre les** ligatures. La tumeur est tirée au dehors; les ovaires étaient sains. La tumeur adhérait à l’utérus par un pédicule large et court; au-dessous existait une tumeur fibreuse faisant corps avec la matrice.
M. Dézanneau se décida à enlever l’utérus et les ovaires ; il passa sous le fibrome utérin une grande aiguille courbe, portant un double fil métallique; l’utérus fut ainsi compris entre deux anses bien serrées; on le sectionna au-dessus de ces ligatures, qui furent amenées à la plaie abdominale, ainsi que les six faisceaux de l’épiploon. L’opération dura trois heures et demie.
Le premier pansement fut levé au bout de quarante-huit
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