LES HÔPITAUX ET HOSPICES ET LES OFFICIERS DE SANTÉ
Plusieurs fois déjà nous avons été consulté sur la question de savoir si un officier de santé peut être nommé médecin d'un hospice dans une localité où pratique un docteur en médecine ; et, dans le numéro 50 (p, 785) de la Gazette hebdomadaire de 1809, nous avons résolu celte question par la négative en nous appuyant, d'une part, sur l’article 27 de la loi de ventôse an XI, aux termes duquel « les fonctions de médecins et chirurgiens en chef des hospices civils » no peuvent être remplies « que par des médecins et des chirurgiens reçus suivant les formes anciennes (on sait que la loi n’avait pas d’effet rétroactif), ou pur des docteurs reçus suivant celles de la présente loi »; d’autre part, sur l’article 29 de la même loi, qui interdit aux officiers de santé la pratique des grandes opérations chirurgicales sans « la surveillance et l’inspection d’un docteur », du moins « dans les lieux où celui-ci sera établi ». Et nous faisions ressortir la singulière situation d’un médecin d’hôpital exposé, par le même article 29, à une condamnation en dommages-intérêts « dans le cas d’accidents graves arrivés à la suite d’une opération exécutéehorsdela surveillance et de l’inspection » du docteur.
Nous sommes consulté aujourd'hui sur un cas aualogue, mais qui 'se présente sous un aspect particulier.
Dans le département du Var, un docteur était médecin de l’hospice de sa commune depuis 1871 et chargé exclusivement du service médical. Dans le courant de janvier 1878, la commission de l’hospice décida de lui adjoindre un officier de santé, qui partagerait le service. Après plusieurs , protestations restées sans effet, notre confrère dut adresser au préfet du Var Une sommation extra-judiciaire et, tin mois après, à la date du 30 octobre, M. le ministre de l’intérieur faisait droit à sa réclamation, en se fondant, comme nous l’avons fait nous-même, sur l’article 27 de la loi de ventôse. Il ajoutait également que, si Ja commissicm croyait indispensable de désigner un officier de santé, celui-ci ne pourrait pratiquer, en certains cas, que sous la surveillance ou l'inspection du docteur. Il laissait, du reste, le préfet du Var libre d’apprécier s’il était utile de nommer plusieurs médecins.
La commission administrative, à la date du 5 décembre dernier, a pris une nouvelle délibération et reconnu l’illégalité de celle du 24 janvier. Mais qu’a-t-elle fait? Elle a nommé médecin adjoint charge du service l’officier de santé, et médecin en chef un docteur en médecine qui habite une commune distante de 22 kilomètres; Le docteur de la localité reste ainsi évincé.
Nous ne connaissons le fait que par le récit qui nous en est transmis, et nous ne savons rien des motifs qui ont pu diriger la commission administrative; mais il est évident que la décision mentionnée ne peut résulter que d’une interprétation abusive de la loi de ventôse. A la lettre, l’obligation du doctorat ne s’appliquant qu’au titre de médecin en chef d’un hospice, le médecin adjoint peut être pris parmi lps officiers de santé. A la lettre encore, la loi d août 1854 sur les hospices et hôpitaux se borne à conférer, en termes généraux, à la commission administrative (art. 14) le droit de nommer les médecins et chirurgiens, sans spécifier que ceux-ci seront pris dans la localité. Voilà manifestement les subterfuges légaux derrière lesquels s’est retranchée la commission administrative dont il est ici question. Mais elle viole deux fois l’esprit de la loi en choisissant le médecin en chef hors de la localité et en mettant, de fait, le service de l’hos¬
pice entre les mains d’un officier de santé dans une commune qui possède un docteur. Elle compromet enfin, et gravement, le salut des malades en les confiant à un homme de l’art empêché par la loi même de pratiquer les opérations nécessaires, et obligé d’aller chercher à plus de quatre lieues de distance une n assistance » et une « inspection » qui, dans les conditions habituelles de la profession médicale à la. campagne, peuvent se faire attendre longtemps. Une pareille interprétation de la loi équivaut, pour nous, à une infraction.
Banquet offert par le corps médical français à M. Ballay,
médecin auxiliaire de la marine, membre de l’expédition scientifique dans l’Afrique centrale.
En septembre 1875, une expédition française quittait le Gabon pour remonter l’Ogôoioe, fleuve français, dont le cours était encore inconnu. M. Savorgnan de llrazza commandait celle expédiliou; il avait pour second Ballay, étudiant de notre Faculté, médecin auxiliaire de la marine.
Leur mission officielle accomplie au milieu d’obstacles de tous genres, nos compatriotes auraient pu revenir sur leurs pas; mais, n’écoulant que leur courage et leur audacieux dévouement à la science et à l’humanité, ils s’avancèrent vers l’est.
Après avoir traversé d’immenses contrées, peuplées de tribus sauvages, désolées par l’esclavage, ils firent connaître et respecter le nom et le drapeau de notre pays et ouvrirent dans l’Afrique centrale une nouvelle roule à la civilisation par la découverte dé deux rivières.
Presque sans munitions, sans médicaments, à peu près nus, dévorés par la lièvre, épuisés par un séjour du trois ans dans l’intérieur de l’Afrique, aux prises avec des peuplades hostiles, nos hardis compatriotes opérèrent leur retour a travers mille dangers, dont ils surent triompher à force d’intrépidité et de patiente énergie.
Ils avaient été soutenus, jusqu’au bout, par la grandeur de leur mission et par l’amour de la patrie I
Les soussignés ont pensé remplir un patriotique devoir, en offrant un banquet à l’expédition française et en particulier à Ballay, qui, tour a tour médecin, soldat, explorateur, a montré un dévouement et une intrépidité au-dessus de tout éloge.
Cameron, Stanley ont reçu en France et en Angleterre un accueil enthousiaste; les explorateurs français ont rempli une mission non moins périlleuse, non moins féconde; ils ont droit, eux aussi, aux témoignages de notre reconnaissance et de notre
admiration. . ... , ,
Le banquet qu’offre à M. Ballay le corps medical aura lieu le mardi 18 février, à sept heures, chez Bignon (restaurant du café Riche, 1 , rue Le Peletiér).
Le prix de la cotisation est fixé à 15 fr. On souscrit chez les membres du comité d’organisation :
M. Bottenluit, rédacteur en chef de la France médicale , 19, boulevard Malesherbes.
M. Bourneville, rédacteur en chef du Progrès médical, 6, rue des Ecoles.
M. Corail, rédacteur en chef du Journal des connaissances médicales et de pharmacologie, 6, rue de Seine.
M. Dechambre, président du comité de rédaction de \u Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 91, rue de Lille.
M. de Ranse, rédacteur en chef de la Gazette médicale, 4, place Saint-Michel. . .
M. Dujardln-Beaumetz, rédacteur en chef du Bulletin dé thérapeutique, 8, place de l’Odéon.
M. Le Roy de Méricourt, directeur de la rédaction dos Archives de médecine navale, 5, rue Cambacérès.
M. Galippe, secrétaire du Comité, 48, rue Sainte-Aune.
ÜLYSSÉ TRÉLAT,
M. le docteur Ulysse Trélat, médecin honoraire de la Salpêtrière, ancien commissaire général du Gouvernement pro= visoire en 18-48, ancien représentant du peuple à l’Assemblée constituante de 1848, ancien ministre des travaux publics, etc., vient de s’éteindre à Menton dans sa quatre-vingt-quatrième année. De sa vie il faut faire deux parts : celle de l’homme politique et celle du savant. Nous ne parlerons ici que du mé-
10Ô — N° 6 — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 7 Février 1879 ’
decin spécialiste dont les travaux distingués ont marqué dans la science.
M. Ulysse Trélat était né à Montargis (Loiret), le 13 novembre 1795. Il étudiait la médecine à Paris, : quand, il partit pour faire la campagne de 1813 en qualité de chirurgien militaire. De retour à Paris, il fut reçu docteur en 1821 ; puis il rédigea à Clermont le Patriote du Puy-de-Dôme, de 1831 à 1835. A cette dernière date il revint à Paris et fut nommé médecin de la Salpêtrière ; l’âge et la maladie seuls le forcèrent, il y a quelques années, à quitter ses malades et à abandonner un service qu’il avait occupé pendant près de quarante ans.
.. Ces quarante années, d’ailleurs, ont été, malgré les préoccupations politiques de M. Trélat, utilement employées pour la science. Ainsi, dès 1839, il publiait d’importantes Recherches historiques sur la folie. Malgré les progrès de l’érudition, malgré ceux faits par la clinique et qui permettent de mieux juger les assertions des anciens auteurs, ce travail mérite encore d’être consulté ; la lecture en est agréable et peut être conseillée comme une excellente introduction à l’étude des maladies mentales. M. Trélat collabora dès leur londation aux Annales médico-psychologiques ; ainsi il publia successivement.dans ce recueil : en 1844, un travail sur le Transfert des aliénés de la Salpêtrière et de Bicétrc dans les asiles de province; en 1855, un autre sur la Paralysie générale ; enfin, en 1856, un important mémoire sur l 'Étiologie de la folie. Mais l’œuvre à laquelle le nom de M. Trélat restera attachée est le volume publié en 1861 et qui a pour titre : La folie lucide étudiée et considérée au point de vue de la famille et de la société. Il ne nous appartient pas de faire ici l’analyse de ce volume; contentons-nous de dire que si le sujet, qui y est traité, a reçu, grâce aux progrès de la science, plus de développements et a gagné en précision, il faut reconnaître que M. Trélat y a largement contribué par les obsérvations qu’il a recueillies et publiées, et par les considérations, souvent originales, dont il les accompagne. La vie de M. Trélat n’a pas été, comme on voit, stérile au point de vue de la science ; mais nous n’aurions pas tout dit sur ce savant médecin, si nous ne rappelions aussi qu’il aimait le malade, l’aliéné et, chose importante, qu’il savait gagner sa confiance et se faire aimer de lui. C’est le plus bel éloge qu’on puisse faire d’un médecin aliéniste. Dr A. Ritti.
— M. le docteur Ollier, père de M. le professeur Ollier, vient de mourir aux Vans (Ardèche), à' l’âge de quatre-vingt-un ans. Le corps médical s’associe vivement à la douleur de l’éminent professeur de Lyon.
Assemblée générale annuelle de l’Association des médecins dü'Département de la Seine. — Voici le tableau du mouvement de la caisse pendant l’exercice 1878 :
Recettes.
Fonds de secours :
Reniés 3 pour 100 et 5 pour 100. . . 23 415fr. »
Cotisations.... . 16897 »
Fonds de réserve :
Admissions....’ . . . . . . . i . 444 i
Dons et legs . 15355 »
Reliquat de l’année 1877 . 434 50
Total . . 50545fr. 50
Dépenses et emploi.
Secours à cinq sociétaires et à trente-cinq
veuves ou enfants de sociélaires . 26 200 fr. »
. • Secours, à vingt-six personnes étrangères à
, .l’Association . ..'.A V.1.’.. ’ 4425 »
, Recouvrement des cotisations . . . . . 500 »
Frais d’impression. . . . 909 20
. Po'rtsdesimprim'és'timbres-poste, dépenses
diverses . . . . !... 512 »
; Achat de rentes. . . . . . . . 23 768 30
Balance.
Recettes .
Dépenses. . • .
56 545 fr. 50 56314 50
Reste . . . .
2 31 fr. V