‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 26 sur 249 · X. Arnozan · texte numérisé non relu

X. Arnozan

BIBLIOGRAPHIE

1» lèpre est contagiensc, par un Missionnaire attaché aux léproseries. — Paris, J. -B. Baillière et fils, 1879.

Voilà certes un titre qui est bien fait pour attirer l’allenlion, car il est très-généralement admis de nos jours que la lèpre est une affection héréditaire, dialhésique, mais non contagieuse.

, Or, la question vaut la peine qu’on s’en occupe, car nous n’apprendrons rien à personne en rappelant que la lèpre répand ses ravages sur une grande partie des terres ha¬

bitées et que les pays du nord de l’Europe, l’Asie, l’Afrique, une partie de l’Amérique et la plupart des îles de l’Océanie lui payent encore un énorme tribut, ainsi que le montre une carte coloriée, fort instructive, qui est jointe au livré dont nous parlons.

L’auteur reconnaît tout d’abord que l’opinion de la plupart des médecins est contraire à l’idée de la contagion, mais il en appelle énergiquement de ce verdict, et il est bien placé pour parler de ces matières, étant depuis de longues années dans les léproseries. Il pense que l’observation exacte fait défaut, et il explique cette lacune regrettable dont ou se plaint partout, dit-il, « parce qu’on conçoit trop bien que la nature » humaine n’aime pas à s’occuper ni de cette épouvantable » maladie ni de ces infortunés sujets. Nous connaissons un » certain nombre de praticiens qui font comme tout le monde » et fuient le plus possible ces malades ! »

Le missionnaire qui a écrit ce livre ne parait pas d’ailleurs avoir une grande tendresse pour les savants, les médecins, les hommes diplômés qui no sont pas de son avis et dont il parle avec une ironie dédaigneuse peu déguisée. Après avoir défini ce qu’il entend par contagion, il énumère les preuves do la contagiosité de la lèpre. Ces preuves sont de deux ordres qu’il appelle : les preuves d’autorité et les preuves de l'ait, et que l’on pourrait appeler d’ordre moral et d’ordre matériel.

Les preuves d’autorité sont celles qui se tirent du consensus omnium des peuples, et de l’opinion d’un certain nombre de médecins favorables à la contagion. L’auteur reproche amèrement au Collège royal de Londres qui, en 1867, dans un rapport solennel, nia la contagiosité de la lèpre, de n’avoir pas tenu un compte suffisant de la croyance constante et universelle des peuples. Depuis Moïse jusqu’à nos jours, le peuple a toujours cru à la contagion de la lèpre ; « plus quelques » savants écrivent contre la contagion, plus le peuple croit le » contraire. »

La belle raison !

Dans une seconde partie, l’auteur étudie les preuves de fait , et il rapporte un très-grand nombre de faits dont les uns lui sont personnels, dont la plupart sont empruntés par lui à des médecins ou à des missionnaires, et qui se rapportent à des cas dans lesquels la maladie a été transmise à la suite de cohabitation, de rapports sexuels, de relations sociales, et enfin à des personnes de service.

Parmi ces faits, il on est certes beaucoup qui peuvent recevoir une autre explication que celle que leur donne l’auteur, mais beauooup aussi paraissent impossibles à expliquer autrement que par la contagion.

Une dernière série de preuves est tirée de l’efficacité des mesures d’isolement et de séquestration dont l’auteur Se .fait le défenseur ardent et convaincu. Mais, qu’il nous permette de le lui dire, ses raisonnements pèchent souvent par défaut de logique, et ce n’est pas par induction qu’une question aussi importante que celle qu’il traite peut être jugée. Quel rapport y a-t-il, par exemple, dans les lignes suivantes (et nous pourrions fairo de nombreuses citations semblables), entre la conclusion.etles prémisses? « Ces petits malheureux (les lépreux) sont en contact perpétuel, assis, couchés par terre, çôte à côte, usant des mêmes objets. Pendant toutes leurs nuits et quelquefois une partie du jour, ils exhalent et respirent à la fois dans une même salle leurs fétides odeurs; par une chaleur étouffante et dans un local fermé, vingt-çipq. à trente corps en demi-putréfaction remplissent l’atmosphère, de la fine fleur de la lèpre; et l’air ne parvient aux poumons que tamisé encore sur les tubercules et les ulcères des fosses nasales et du larynx. Gomment donc, lorsque dans un tel trajet U arrive pour imprégner le sang veineux afin de le réparer, ne lui infuserait-il pas, au lieu d’un élément de vie, un élément de mort? Quel homme sain, condamné à passer ses nuits dans une peste pareille, n'y boirait pas la contagion ?... Si à ce point de vue le séjour des hospices est nuisible et accélère le mal, pourquoi ne le provoquerait-il pas? »

Heureusement l’auteur du livre La lèpre est contagieuse ne s’en tient pas à de pareilles digressions, il n’y a que justice à le dire, et son livre, rempli de faits du plus haut intérêt, écrit avec une conviction profonde delabonté de la thèse qu’il défend, et môme avec un véritable souffle d’enthousiasme, est de nature, sinon à entraîner la conviction absolue, du moins peut-être à faire suspendre le jugement et à appeler de nouvelles observations sur un sujet qui semblait cependant bien définitivement jugé. Dr Du Cazal;

VARIÉTÉS

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