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II. CllOUPPE

VARIÉTÉS

NÉCROLOGIE : CHAUFPAHD.

La mort subite de M. le professeur Chauffard a douloureusement ému tous les vrais amis de TUniversité, tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de nos institutions médicales, et nous sommes certain d’exprimer leurs sentiments en disant ici tous les regrets que nous inspire cette perte si inattendue. Médecin des hôpitaux, professeur de la Faculté, membre de

14 Février 1879 GAZÈTTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE — N° 7 — 115

l’Académie, inspecteur général de l’enseignement supérieur, notre éminent confrère était cligne des hautes fonctions qu’il a a été appelé à exercer; et, disons-le hautement, il les a clignement remplies. Lorsque, en 1857, il quitta définitivement sa ville natale, où, pendant dix années, il avait exercé la médecine et continué les traditions de son vénérable père, ce fut à la suite d’un remarquable concours qu’il obtint le titre d’agrégé qui lui permit de suppléer Àndral, et mit ainsi en relief les brillantes qualités dontil était doué. Nommé en 18(31 médecin du Bureau central, M. Chauffard était appelé, en 1870, à monter dans la chaire de pathologie générale qu’Andral avait illustrée. A cette époque, il avait déjà publié ses Lettres sur le vitalisme, divers travaux de philosophie ou de critique médicale, et ses Principes de pathologie générale, ouvrage dont on peut contester l’esprit et la méthode, mais dont nul ne saurait méconnaître la valeur. Sou enseignement, qui devait nécessairement résumer ces importants travaux, n’eut cependant ni le succès, ni l’éclat qu’un esprit aussi élevé, un savant aussi distingué était en droit d’espérer. On ne s’en étonnera point, si l’on songe combien il devient plus difficile chaque jour d’intéresser à des idées exclusivement théoriques et doctrinales un auditoire qui ne se passionne plus que pour les recherches de laboratoire ou les observations cliniques. M. Chauffard avait des convictions à défendre, une doctrine à faire connaître. Il ne voulut pas suivre le mouvement qui entraînait l'es esprits vers l’étude exclusive de l’anatomie et de la physiologie pathologiques. Il s'efforça de vulgariser des idées qui n’étaient aisément comprises que parun petit nombre d’esprits distingués. Saparole fut toujours correcte et sa plume toujours élégante ; mais il fallait, pour suivre les développements que le professeur donnait à des doctrinesqui n’avaient pas toujours le degré de précision auquel accoutume l’étude des faits, certaines connaissances philosophiques et un amour de l’étude que n’eurent pas, au même degré, tous ceux qui l’ont écouté ou qui ont lu ses ouvrages. Il est d’ailleurs très-intéressant de comparer entre elles les premières et les dernières pages'qu’il a écrites, pour mieux comprendre l’évolution progressive qui s’est faite dans l’esprit de ce penseur éminent. Quelques-uns des chapitres de son livre sur la Vie, que nous avons analysé récemment, et ces chefs-d’œuvre d’analyse et de critique consacrés à l’étude des travaux de Broussais, de Chomel, d’ Andral, de Cl. Bernard, sont, à ce point de vue, bien instructifs. On y voit avec quelle conscience M. Chauffard s’efforçait de concilier les découvertes positives de la science moderne avec les idées qu’il s’était faites de la vie et de ses fonctions. Le temps n’était peut-être pas éloigné où une nouvelle doctrine de la spontanéité et de la spécificité dans les maladies eût contredit quelques-unes des pages écrites en 1807. On l’a compris en écoutant, à l’Académie, ses trois discours sur l’étiologie de la fièvre typhoïde. On n’a point oublié non plus la discussion sur la tuberculose, ni l’art avec lequel le savant académicien sut trouver, dans sa deuxième communication, une doctrine nouvelle pour interpréter les faits qu’on venait de lui opposer.

L’œuvre de M. Chauffard se complétait et se perfectionnait donc chaque jour, et cependant, que d’occupations diverses, que de travaux souvent ingrats le détournaient des études qu’il préférait 1 Inspecteur général de l’enseignement supérieur, le professeur de la Faculté avait été appelé à ces fonctions, si difficiles à bien remplir, à une époque et dans des conditions où, seul, il était capable de satisfaire à tous les devoirs qu’imposait alors une aussi lourde responsabilité. Or, nous pouvons l’affirmer, c’est avec l’esprit le plus libéral, avec la plus scrupuleuse impartialité, qu’il a présidé aux réformes qui ont eu pour résultat de perfectionner l’enseignement supérieur de la médecine. Chacun sait la part qu’il a prise à la création et à l’organisation des facultés de Lyon et de Bordeaux. On a pu lire ici même les éloquentes paroles qu’il a prononcées en inaugurant ces deux grandes

écoles. Quant à ceux qui ont eu à solliciter son intervention, ou à lui indiquer quelque réforme utile à accomplir, ils n’oublieront jamais la cordiale et affectueuse bienveillance avec laquelle ils ont toujours été reçus et écoutés. « J’ai l’espérance, disait M. Chauffard, en inaugurant les cours de la Faculté de Lyon, que mon dévouement à l’œuvre naissante me sera compté à ce moment où l’œuvre est née, et me vaudra votre bienveillance en parlant de nos efforts et de nos désirs communs. » Nous aussi, nous avons l’espérance que justice sera rendue à cet honnête homme, à cet homme de bien, qui fut toujours, non-seulement un grand médecin et un écrivain remarquable, mais eucore le plus affable, le plus courtois, le plus loyalement intègre des hauts fonctionnaires de l’Université.

— Les obsèques de M. Chauffard ont eu lieu dimanche, 9 février. Une foule de notabilités scientifiques et médicales avait tenu à venir lui rendre un dernier hommage. Quatre discours ont été prononcés sur sa tombe : par M. Potain, au nom de de la Faculté; par M. II. Roger, au nom de l’Académie; parM. Ilervieux, au nom de la Société médicale des hôpitaux; par M. Hérard, au nom de l’Association générale. Nous regrettons que le défaut d’espace ne nous permette pas de publier ces discours.

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