‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 36 sur 249 · SOCIÉTÉ PROTECTRICE DE L’ENFANCE. - — SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ PROTECTRICE DE L’ENFANCE. - — SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE

La séance annuelle a eu lieu dimanche dernier au théâtre du Château-d’Eau, vaste salle qui peut contenir deux à trois mille personnes, et où pas une place n’est resiée vacante. Cette séance était présidée par notre éminent confrère, M. Théophile Roussel, récemment1 élu sénateur. Ce choix avait une signification c’est que la loi,; dite loi Roussel, si opportune et si bienfaitrice qu’elle soit, ne doit aucunement ralentir la charité active des Sociétés privées, mais bien plutôt l’encourager par un exemple et par une sorte de patronage. C’est ce qui ressort de l’excellent discours du président de la Société, le docteur Marjolin, le défenseur des tours, qui apporte, on le sait, une chaleur d’âme particulière dans toutes les questions de bienfaisance et d’humanité. L’action spontanée de la Société protectrice s’unit aux prescriptions impératives de la loi Roussel dans un but commun, qui est la diminution de l’effroyable mortalité des nouveau-nés; mais, de plus, en pénétrant dans les familles et, pour, ainsi dire, dans toutes les couches delà misère, en y. étudiant de près les causes du dénûment, celles de la dégradation physique et de la dégradation morale, de tout ce .qui enfin pèse tristement sur la destinée des enfants, la Société protectrice trouve des remèdes particuliers que la loi ne peut fournir. La loi cherche à prévenir le mal ; la Société tout à la fois le prévient et le guérit. Ce discours de M. Marjolin, un peu chargé de détails minutieux qui auraient paru longs â une Académie, répondait bien par cela même aux dispositions d’un auditoire sensible aux choses du ménage, fussent-elles celles de la « couture » et du « pot-au-feu ». On l’a bien vu par les applaudissements qui ont salué l’orateur.

Ensuite on a entendu : 1° le compte rendu des travaux et de la situation de l’œuvre pendant l’année 1878, par M. le, docteur Duchesne, secrétaire général; 2° le rapport de la commission du prix, par M. B. Raynaud, docteur en droit, avocat à la Cour d’appel ; 3° le rapport de la commission des médailles à décerner à MM. les médecins-inspecteurs et lès inspecteurs délégués, par M. le docteur Fauvelle; 4° l’appel des lauréats ; 5° le rapport de la commission des encouragements à l’allaitement maternel et des récompenses aux mèresnourrices, par M. le docteur Linas.

Un certain nombre de lauréats se sont présentés à l’appel de leurs noms pour recevoir leurs prix de la main de M. Th. Roussel.

La séance a été terminée par une matinée musicale et littéraire qui a eu lieu entre quatre heures et six heures du soir, et que peu de personnes ont désertée.

Inspection générale. — Par décret en date du 10 février 1879, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, M. Gavarret (Louis-Dominique-Jules), professeur à la Faculté de médecine de Paris, a été nommé inspecteur général de l’instruction publique, pour l’ordre de la médecine, en remplacement de M. Chauffard, décédé.

Faculté de médecine de Paris. — Par décret en date du 20 janvier 1879, M. Parrot, professeur d’histoire de la. médecine, a été transféré, sur sa demande, dans la chaire de;clinique desmaladies dés enfants créée à ladite Faculté.

— M. Campenon est institué prosecteur à la Faculté de médecine

de Paris, en remplacement de M. Richelot. M- Nélaton est nommé aide d'anatomie a la Faculté de médecine de Paris, en remplacement de M. . Campenon. Ces arrêtés auront leur effet .à dater du 1er novembre 1878. . . : . ..

— Il est créé à la Faculté dé médecine de Paris trois cours auxiliaires, savoir : 1° un- cours. d’accouchements; 2° un cours de pathologie interne; 3° un cours de pathologie externe. Les agrégés de la Faculté de médecine de- Paris dont les noms suivent sont chargés des cours auxiliaires- ci-après désignés, pendant l’année Sc6lairè.l878-79 : MM. Charpentier : cours d’accouchements; Fernpt : cours de pathologie interne ; Terrier : cours de pathologie externe.

— Sont nommés maîtres de conférences à la Faculté de médecine de Paris, pendant l’année scolaire 1878-79 : MM. Gariel, agrégé de physique; Gautier, agrégé de chimie ; de Seynes, agrégé de botanique.

— M. de Seynes, agrégé près la Faculté de médecine de Paris, est rappelé à l’exercice pendant un an, en remplacement de M. Lanessan.

Assistance publique. — Par arrêté du ministre de l’intérieur, en date du 30 janvier 1879, ont été nommés : MM. les docteurs MM. les docteurs Grancher, Dieulafoy et Straus, médecins à l’hôpital de Ménilmoritant ; M. Liouville, médecin à l’hospice La Rochefoucauld; M. Legroux, médecin à l’Hôpital temporaire de la rue de Sèvres; M. Rendu, médecin à l’hôpital de Lourd ne; et M. Gillette, chirurgien à l’hospice de Bic.être.

La peste. — Le conseil sanitaire de Marseille a résolu : 1° de demander au ministre du commerce que toutes les mesures de préservation adoptées par la direction du port de Marseille soient rendues immédiatement obligatoires dans tous les autres ports du. littoral; 2° d’imposer une quarantaine de qaarante-huil heures à tous les navires provenant de la mer Noire, bien que munis d’une patente nette ; 3" l’assainissement absolu de toutes marchandises suspectes ou capables d’importer des miasmes (laines, etc.).

Cours publics. — M. E. Chambard, répétiteur au laboratoire d’bistologie du Collège de France, ouvrira son cours d’histologie normale et pathologique le l“r. mars 1879. Pour les renseignements, s’adresser à M . Chambard, au Collège de France, les jeudis, mercredis et samedis de deux heures à quatre heures.

G. MASSON, éditeur

K*w«i «m- l’hygîcnc internationale, ses applications contre la peste, la lièvre jaune et le choléra asiatique, avec mie' carte indiquant la marche des épidémies de choléra par les routes de terre et la voie maritime, par M. Adrien Proust, 1 vol. in-8.1

. . . , 10 fiv

Origine nouvelle du choléra asiatique, OU Début et développement en Europe d’une grande épidémie cholériqué, par le , docteur Thôlozan. In-8. ■-.. 2 fiv

Histoire de In peste bubonique en Mésopotamie, pal' le docteur Tholozan .

. 1» mémoire, in-8. : 1 fr. 25

2° mémoire, in-8. 2 fr. 50;

3° mémoire, in-8. 2 fr. 50

Prophylaxie du choléra en Orient, par le docteur ThOLOZAN.

1 vol. in-8. 2 fr.

l!nc épidémie de peste en Mésopotumic en 1869, par le docteur Tholozan. Broch. in-8. 2 fr.

État sanitaire de la ville dé Paris :

Du 31 janvier au 6 février 1879, on a constaté 1026 décès, savoir ;

Fièvre typhoïde, 12. — Rougeole, 9. — Scarlatine; 5. Variole, 7. — Croup, 22. — Angine couenneuse, 19. — Bronchite, 52. — Pneumonie, 98. — Diarrhée cholériforme des jeûnes enfants, 10. — Choléra nostras, 0. — Dyssenterie, 1. — Affec lions puerpérales, 3. — Erysipèle, 3. — Autres affections aiguës,' 242. — Affections chroniques, 464L{dont 162 dues à la phthisie pulmonaire). — Affections chirurgicales, 50. — Causes accidentelles, 29.

SOMMAIRE. — Paris. La peste do 487U. — Ostéomyélite et septicémie. •— Travaux ORIGINAUX. Thérapeutique : Le traitement du daltonisme congénital par l’exercice, chez l'enfant et chez l’adulte. — Sociétés savantes. Académie des sciences. — Académie de médecine. — Société de chirurgie. — Société de biologie. Revue des .JOURNAUX. De la guérison rapide dos accès d’asthme par. l’emploi des injections hypodermiques. — Bibliographie. Manuel pratique de l'exploration de la poitrine chez les animaux domestiques. — Variétés. Chauffard. — Pensions

aux veuves do médecins morts de maladies contagieuses. — Société, protoctrico de l’enfance. — Feuilleton. Le nouveau règlement concernant la policé des

G. Masson, Propriétaire-Gérant.

fAIUS. — IB PRIME RIE E.'mÀRTINÉT, RUÉ MIONONi j

Vingt-sixième année

Ï3 jfw't i--n

21 Février 1879

COMITÉ. DE rédaction : fl. DECHAMBRE, président; BUCHEZ, DIEULAFOY, fl. HÉNOCQUE, L. LEREBOULLET, A.-H. MARCHAND

Adresser tout ee qui concerne la rédaction au siège du Comité, chez M. Dechasibre, 91, rue de Lille (avant le mardi de préférènce)

Paris, 20 février 1879.

La peste de 1879 et:les quarantaines.- — Académie • ' des sciences : Même sujet, -,

La peste de 1899.

1 (Deuxième article.)

Au milieu de nouvelles incertaines, on conçoit la panique qui s’est répandue parmi les populations de Moscou, de Kief et d’Odessa. Dans la province d’ Astrakan, à part les nombreuses localités, voisines de cette ville, on signalait la présence du mal'à Selilrenn, sur le Volga, au nord d’Astrakhan, dans la ville de Tsaritsin, plus au nord encore, et à Nikolaïef, dans la province de Saratow ; mais des renseignements plus récents et plus autorisés ont contredit ces nouvelles.

- Le document le plus complet qui nous soit parvenu est le rapport de Y Office impérial de santé allemand, que la plupart des journaux ont reproduit, et que nous devons aussi faire connaître. A l’aide de ce rapport, il sera facile, avec une bonne carte géographique sous les yeux, de suivre la marche de l’épidémie depuis ses origines jusqu’à Astrakhan.

Il n’y a pas à avoir le moindre doute sur le fléau qui frappe les environs de cette ville. C’est une explosion, limitée jusqu’ici, mais très-intense, de la peste indienne, compliquée de pneumonie et ayant une marche très-aiguë et promptement fatale. C’est la vraie maladie noire du quatorzième siècle. La théorie de l’inhumation à une profondeur insuffisante des nombreux sujets morts de typhus par suite de la dernière guerre turco-russe, celle de l’enfouissement à fleur de terre des chevaux morveux, sont peu fondées. Celle qui fait de l’invasion actuelle le dernier anneau asiatique, par conséquent le premier rameau européen d’une chaîne d’explosion pestilentielle dont l’angle nord-ouest de la Perse a vu depuis plusieurs années le développement, cette théorie-là, dit le rapport allemand, est beaucoup plus rationnelle:

C’est dans les montagnes de la province d’Aderbaidjan que la peste, après une disparition de vingt-huit ans,- s’est de nouveau montréeen' 1863-04, 1870-71, 1873-74, 1876-77, alternant avec des explosions analogues ayant eu lieu en 1807-08, 1873-74, 1877, près de Bagdad, dans. la vallée inférieure de l’Euphrate. On sait que la majorité des Persans appartient à la religion schyite,' c’esGà-dire à la secte musulmane qui suit la tradition d’Ali. Les principaux sanctuaires de celte religion se trouvent dans des villes de la vallée inférieure de l’Euphrate, qui possèdent lés tombeaux d’Ali et de son fils. Le rapport allemand mentionne les nombreuses relations des habitants du nord-ouest de la Perse avec la ville de -Mesched-IIossein ouKeibela, à 98 kilomètres sud-ouest de Bagdad, sur unbras 2° SÉRIE, T. XVI.

de l’Euphrate, qui garde la sépulture de l’iman Hossein, fils, d’Ali, tué en ce lieu, de même qu’ Ali avait été tué à Kufa. Ces. villes saintes sont le but de nombreux pèlerinages qui s’accomplissent peut-être dans leur ensemble avec moins dè danger pour la salubrité publique que les grands pèlerinages à la Mecque, doht nous avons raconté ici même, en 1805, le dégoûtant épisode ( Gazette hebdomadaire, nos de septembre 1865 et suiv.). Les Persans schyites sont dans l’usage de transporter à Mesched-Hossein, par des caravanes spéciales, les corps de leurs parents, afin qu’ils reposent auprès des restes du lils de leur prophète. Ces. transports cadavériques se font avec l’omission des règles les plus élémentaires de l’hygiène. Il est à remarquer, dit le rapport allemand, que les explosions pestilentielles ont plus d’une fois coïncidé avec les époques où ces transports ont eu lieu.

C’est une coutume très-ancienne en Orient, et dont l’extirpation sera difficile, de mal ensevelir les cadavres. Après toutes les grandes guerres, les mêmes causes infectieuses s’y sont montrées. Corneille parle, dans sa tragédie de Pompée, de :

Ces montagnes de morts, privés d’honneurs suprêmes,

Que la nature force à se venger eux-mêmes,

Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents De quoi faire la guerre au reste des vivants.

C’est encore la même chose aujourd’hui. Voltaire trouve ce développement inopportun dans l’exposition d’une tragédie (Commentaires sur Corneille ). Il aurait eu moins à redire, sinon au point de vue du bon goût littéraire, du moins à celui de la vérité, si Corneille avait mis :

De quoi donner la peste...

Depuis qu’on écrit l’histoire, les plus grandes épidémies, les plus redoutables contagions nous viennent de l’Orient. Au moment où la politique et la guerre assignent aux limites de ces divers empires des modifications importantes, l’assemblée plénière des représentants des pays civilisés devrait bien leur imposer les mesures nécessaires pour qu’ils ne nous envoient plus tous les quinze ans le choléra ou la peste, s’ils ne peuvent parvenir à les éteindre chez eux.

En février 1877, continue le rapport allemand, l’épidémie s’avance jusqu’à Recht, capitale du Ghilan. Cette grande ville, située à 10 kilomètres de la baie d’Inzéli, est le centre d’un mouvement maritime fort important avec le gouvernement d’Astrakhan. Les environs ont, en outre, de nombreux rapports par terre avec les habitants de l’est du Caucase, et sont le siège d’une contrebande active pour les soieries et le thé. Dès le mois de mai 1877, plusieurs cas sporadiques plus ou moins graves éclatèrent dans le gouvernement d’Astrakhan. On a invoqué, pourles expliquer, le contact des sujets atteints avec despelletiers d’origine persane. Des affections relativement légères précédèrent à Vetlianka et ses environs l’épidémie

actuelle, dontl’humidité etl’élévation de latempérature favorisèrent d’abord le développement. Avec le retour du froid qui eut lieule24 décembre, l’épidémie aurait commencé à diminuer. Sans doute l’action de l’humidité doit être mise au nombre des causes débilitantes qui facilitent pour leur part l’apparition de la peste, comme elles facilitent celle d’autres états cachectiques, tels que la fièvre puerpérale, la diphthérie, le scorbut et le typhus. Mais la peste ayant, en sus de l’élément asthénique, commun à tous ces états, un caractère spécifique qui lui est propre, il ne faut pas exagérer, tout en en tenant compte , cette influence de l’humidité, pas plus que celle d’une température douce. M. Lutaud a eu raison de faire ses réserves sur ce dernier point d’étiologie, et de rappeler que la peste avait sévi antérieurement dans l’Ukraine et en Roumanie par les froids les plus intenses ( Gazette hebdomadaire de 1879, n° du 31 janvier).

Les cordons sanitaires et les quarantaines paraissent avoir eu d’excellents effets. Tsaritzin, point terminal des chemins de fer russes du côté d’ Astrakan, a été isolé du reste du monde. Grâce à ces mesures énergiques, aucun cas n’aurait apparu ni dans le gouvernement de Saratow, qui confine à celui d’Astrakan, ni dans aucun autre gouvernement russe. Le discours prononcé par l’empereur Guillaume, le 12 février, à l’ouverture du Reichstag, contient ces paroles rassurantes : « La Russie réussira très-prochainement à étouffer le fléau, au moins chez elle. Dès que ce résultat sera obtenu, la circulation aux frontières sera remise sur son pied conforme aux bonnes relations politiques qui unissent les deux pays. »

Lesautres gouvernements ne sont pas restés inactifs.

La Grèce a prescrit une quarantaine de quinze jours pour toutes les provenances de la mer d’Azof, delà mer Noire et de tous les ports turcs. L’Italie a pris des mesures analogues. Le conseil de santé de Madrid a demandé la suppression du service rapide de Lisbonne à Saint-Pétersbourg. Il a prescrit de plus une quarantaine de sept jours pour toutes les provenances de la mer Noire, de la mer d’Azof, de la mer Égée, de l’archipel turc, de la Grèce, de la Syrie, ainsi que pour celles de Salonique, parties après le 20 janvier. L’intendance sanitaire de Port-Mahon a porté à quinze jours la durée de la quarantaine.

Le gouvernement français a pris à son tour des mesures qui semblent répondre aux plus légitimes exigences. Il s’est de plus efforcé d’éclairer l’opinion publique en lui exposant la réalité des faits pour prévenir une panique sans motifs qui, d’ailleurs, si elle était justifiée, n’empêcherait pas la propagation du fléau. Si, en effet, l’épidémie n’est pas sortie de son foyer primitif, à quoi bon ^mettre en quarantaine même les provenances de l’Égypte et de la Tunisie, ainsi que l’a prescrit tout récemment le Conseil sanitaire de Marseille? On avait parlé des cas survenus à Cavala, en Roumélie, et à Namlri, près de Salonique. Mais, d’après les informations du Journal officiel du 11 février, l’épidémie ne se serait pas étendue et les mesures énergiques prises pour l’éteindre dans son foyer auraient été efficaces. Un médecin français a été envoyé par le gouvernement de la République pour aller étudier et au besoin combattre sur place la maladie, de concert avec les membres de la commission austro-allemande. Les bruits qui ont couru sur l’apparition du fléau dans la Turquie d’Europe, notamment à Cavala, proviennent d’une erreur d’appréciation. La peste n’existe encore qu’à une distance considérable de la mer Noire et de lamerd’Azof, et les points envahis sont entourés de cordons sanitaires. Néanmoins, pour plus de sûreté, des mesures de précaution (quarantaines

de deux jours au moins, avec désinfection des objets dangereux) seront appliquées jusqu’à nouvel ordre dans nos ports de la Méditerranée, Algérie comprise, pour toutes les provenances d’Orient, et des mesures plus sévères seraient appliquées en cas de besoin. Une dépêche de Trieste, publiée le 12 février par un journal marseillais et annonçant que l’apparition de la peste en Roumélie n’est pas confirmée, semblait justifier ces simples mesures de précaution. Mais le gouvernement italien ayant porté à vingt jours la durée des quarantaines, même pour les provenances d’Égyple, où l’épidémie n’existe pas, il a fallu, afin de sauvegarder notre propre commerce, entrer dans cette voie. Nous croyons qu’on a bien fait, au point de vue purement médical.

Déjà le Conseil sanitaire de Marseille avait demandé l’application immédiate, à tous nos ports de la Méditerranée, même avant l’arrivée des ordres du ministre, de toutes les mesures de précaution prescrites à Marseille par la direction de la santé. Ces jours-ci, il a prescrit une quarantaine de dix jours pour toutes les provenances de la mer Noire, de la mer d’Azof, de l’Archipel, de la Turquie, de l’Asie Mineure, de l’Égypte et de la Tunisie, et en môme temps la mise en quarantaine et la désinfection complète, au Frioul et aux îles, de tous chiffons et lainages arrivant par mer ( Sémaphore du 12 février).

Personne ne peut s’élever contre ces mesures de première nécessité. Deux honorables courtiers en chiffons cependant ont presque conclu, implicitement du moins, à leur inutilité, en rappelant l’immunité fréquemment observée au lazaret par des agents inférieurs de l’administration sanitaire, qui se vautrent et s’allongent sur les chiffons qu’ils sont chargés de ! déballer et de désinfecter. C’est là un fait qui trouve son ' analogue dans plusieurs épidémies et qui n’a d’ailleurs rien d’absolu. Ces deux courtiers ont été plus utiles à la tranquillité publique en démontrant ce qu’avait d’exagéré une rumeur qui s’était propagée dans Marseille sur l’apport direct d’échantillons de chiffons à la bourse de cette ville. Il suffit que des bruits de cette nature aient pu se répandre pour que l’autorité veille avec vigueur à ce qu’ils ne soient jamais l’expression de faits réels.

Voici maintenant les nouvelles informations contenues dans le Journal officiel du i 5 février. La reproduction est presque textuelle.

Les nouvelles précédentes sont confirmées en ce qui touche la non-extension du fléau. Seulement une dépêche de Saint- Pétersbourg annonce que, par suite du dégel, il y a augmentation des cas dans les localités atteintes. Quant à la Turquie d’Europe, ce n’est pas la peste, c’est le typhus exanthématique qui y règne à l’état épidémique depuis la dernière guerre.

Pour rassurer l’opinion - publique et sauvegarder notre commerce contre la mise en quarantaine des provenances françaises dans les ports d’Italie, d’Autriche et d’Espagne, toutes les provenances de la mer Noire et de l’empire ottoman seront considérées comme suspectes, et, même en cas de patente nette, il leur sera appliqué le règlement relatif à la patente brute.

Ces mesures sont plus rigoureuses dans les ports de la Méditerranée que dans ceux de l’Océan.

Dans les ports de la Méditerranée, les navires suspects (article 36 du règlement général), c’est-à-dire n’ayant aucun cas de peste constaté pendant la traversée, seront soumis à une quarantaine qui ne peut être purgée que dans un port à lazaret.

21 Février 1879

Pour les personnes, la quarantaine d’observation est de cinq à dix jours pleins, soit au lazaret, soit à bord si le lazaret est insuffisant.

Le déchargement sanitaire, la désinfection des effets à usage, de ceux susceptibles et du navire, est obligatoire.

La quarantaine des personnes restées à bord est de cinq à dix jours pleins et ne commence que quand la désinfection du navire est terminée.

Si les navires sont infectés, c’est-à-dire s’ils ont eu, s’ils ont encore des accidents de peste à bord (article 30 du règlement), les malades sont immédiatement débarqués aulazaret.

Les non-malades sont soumis à une quarantaine de dix à quinze jours pleins, à partir de l’entrée des précédents au lazaret.

Le déchargement sanitaire et la désinfection des effets et du navire est naturellement plus rigoureuse encore que dans le cas de simple suspicion, et la quarantaine de dix à quinze jours pleins pour les passagers restés à bord ne commence que quand la désinfection est terminée.

Dans les ports de la Manche et de l’Océan, les mêmes mesures ont été prescrites; seulement la quarantaine d’observation n’est que de trois à cinq jours pleins dans les cas de suspicion et de cinq à dix dans les cas d’infection nautique.

Si nous étions menacés par les provenances maritimes du Nord, comme nous pouvons l’être par celles du Sud, il y aurait lieu d’égaliser les délais.

Quelque vexatoires en apparence que soient ces ordonnances, nul ne doit refuser de s’y soumettre. On a pensé, en les édictant, que la surveillance sanitaire d’Astrakhan ne répondait qu’à une partie des exigences, et que l’épidémie, non encore éteinte peut-être dans la Russie du Caucase et le nord-ouest de la Perse, pourrait nous arriver par les ports orientaux de la mer Noire, par ceux de l’Asie Mineure, par les caravanes qui font le trajet du Caucase à Smyrne, en Syrie et en Égypte. Nous avons le ferme espoir que ces précautions seront efficaces et que nous pourrons, en conséquence, terminer ou interrompre cette étude. Une de ses conclusions pratiques est l’adoption, en temps d’épidémies, des purifications et des quarantaines terrestres telles que le gouvernement romain les pratiquait dès 1865 pour préserver du choléra la Ville Éternelle, telles que le gouvernement espagnol les imposait récemment aux régiments revenant de ses possessions du nord-ouest de l’Afrique, où la fièvre jaune avait paru; telles qu’on les applique actuellement pour nous préserver sur les frontières européennes de la Russie. Si nous étions parvenu à ces résultats, nous ne regretterions pas d’avoir pris la plume.

A. Espagne.

La peste de Vetllanka et les quarantaines.

L’Académie des sciences vient d’être saisie par M. de Lesseps (séance du 17 février) de la question des quarantaines, à l’occasion des mesures prises par le gouvernement français contre l’importation des marchandises venant de l’Orient.

Le savant académicien proteste énergiquement contre ces mesures qui, d’après lui, n’auraient aucune efficacité. Il se déclare l’adversaire résolu des quarantaines, qui ne seraient qu’un mal très-certain et un remède imaginaire. Pour mieux prouver que la peste n’est pas contagieuse, il rappelle qu’en

1834 et 1835 il a vu de très-près l’épidémie du Caire, qu’il a enseveli de ses propres mains plusieurs pestiférés, qu’il s’est couché côte à côte avec eux, et qu’il n’a point été atteint de la maladie, alors cependant qu’elle faisait autour de lui près de 75 000 victimes.

M. de Lesseps aurait pu, comme le lui a fait remarquer M. Bouillaud, citer l’exemple de Desgenettes, et nier tout à la fois la contagion et l’inoculabilité de la peste. Mais, s’il est d’accord avec Clot-Bey et la plupart des médecins qui ont observé la peste en Égypte, il ne l’est point, bien qu’il ait cru pouvoir le dire, avec le plus grand nombre des épidémiologistes. Aux expériences de Desgenettes, Clot-Bey et Pruner, on peut opposer, en effet, celles de White qui succomba huit jours après l’inoculation, et de Céruti, qui tua cinq personnes sur six en prétendant inoculer la maladie par mesure préventive. Aux observations que cite M. de Lesseps, aux tentatives faites à Moscou en 1770 et au Caire en 1835 sur des forçats ou des condamnés à mort qui furent barbouillés avec du sang pestiféré ou soumis à des inoculations restées inoffensives, on peut répondre en citant les nombreux faits dans lesquels l’importation de la peste a été rendue évidente. C’est ce qui est démontré pour la peste de Marseille apportée le 25 mai 1720 par le bâtiment commandé par le capitaine Chataud. La peste se déclara au lazaret, et ses premières victimes furent les gardes de la quarantaine. Depuis celte époque la peste fut importée, en 1769, par les Turcs en Moldavie et en Valachie. En 1813 à Malte, en 1815 à Noja, en 1818 à Venise, l’importation est aussi indéniable. On en pourrait énumérer de plus nombreux exemples. Mais ces faits sont connus de tous les épidémiologistes et les subtilités de dialectique soulevées au sujet de la définition des mots infection et contagion ne leur enlèvent point leur valeur. Si l’on explique difficilement les faits négatifs, puisque les conditions de race, de tempérament, d’acclimatement sont insuffisantes (l’épidémie de Vetlianka en est la preuve) pour préserver de la peste certains individus, on ne saurait cependant les opposer aux faits positifs d’inoculation et d’importation. L’immunité dont jouissent cer taines personnes, malheureusement en trop petit nombre, ne doit pas entraver les mesures de préservation que réclament les intérêts des populations exposées à l’importation d’un aussi dangereux fléau. Nous nous associons donc aux protestations énergiques qu’a fait entendre M. Bouley. Il faut agir de suite: il faut chercher à étouffer la maladie dans son foyer d’origine ; il faut adopter sans hésitation les mesures rigoureuses qu’a proposées le docteur Botkin et qu’ont adoptées les autorités russes.

Mais, si nous croyons à la contagion de la peste, si nous reconnaissons la nécessité de combattre par tous les moyens possibles l’extension du fléau et de chercher à le localiser sur les rives du Volga, à l’aide d’un cordon sanitaire aussi infranchissable que possible et à l’aide de mesures de désinfection et de purification locales très-rigoureuses, nous pensons aussi que l’émotion créée en Europe par cette nouvelle épidé- ; mie et les appréhensions qu’elle a suscitées sont exagérées. Nous sommes persuadé que des mesures quarantenaires rigoureuses n’auraient pas leur raison d’être sur nos côtes, et que, l’épidémie actuelle pouvant durer assez longtemps, elles seraient ou bien maintenues inutilement pendant plusieurs mois au grand dommage de nos intérêts commerciaux, ou bien supprimées très-rapidement et négligées dès : lors, en raison du discrédit qui les aurait frappées, au moment où elles pourraient devenir nécessaires. Les quarantaines rigoureuses seront inutiles, parce qu’il est permis

21 Février 1879

d’espérer que la peste ne s’étendra pas aujourd’hui au delà de son foyer d’origine.

C’est ce que vient de déclarer avec autorité M. le docteur A. Fauvel dans un article que publie la Revue d’hygiène (n°2, p. 89). Les documents nous manquent pour pouvoir déterminer ' sirépidémieacluelleapfisnaissancespontanémentàVetlianka, comme s’est développée l’épidémie de Recht, ou si elle n’est que la propagation de cette dernière. Mais ce que nous devons affirmer, car il semble qu’on l’ignore, c’est que cette épidémie, si cruelle qu’elle soit , n’est pas une maladie nouvelle, qu’elle n’est que la suite et la conséquence d’une série d’épidémies locales qui, depuis 1858, sévissent, comme tous les maux de misère, dans ces régions déshéritées où les bienfaisantes influences de l’hygiène ont tant de peine à s’exercer. En 1858, l’épidémie de la province de Benghazi ne s’est pas étendue. Les épidémies de 1863 dans le district persan de Makin, de 1867 et 1873 à Bagdad, de 1870 et 1871 dans le Kurdistan, de 1874 au sud de la Mecque, enfin celle de 1877 à Recht n’ont pas dépassé Constantinople, la Russie méridionale ou la Perse.

« Chaque épidémie, dit M. Fauvel, a pour ainsi dire évolué surplace, c’est-à-dire au milieu des circonstances qui l’avaient fait naître et se propager. Les caractères de la maladie sont restés les mêmes, sa gravité n’a pas diminué, elle n’a rien perdu de sa ténacité dans les lieux qu’elle a atteints, mais sa tendance à se répandre au loin a été moindre, sans que ce résultat puisse toujours être attribué aux précautions prises pour arrêter sa marche envahissante. » Dans toutes ces régions habitent des populations « misérables, vivant dans des localités insalubres, et dans des conditions de malpropreté et d’infection portées au plus haut degré. Presque toutes ces épidémies ont été précédées d’une famine qui avait réduit les habitants à se nourrir de détritus de toute sorte. » Il n’est donc point étonnant que la peste qui règne d’une manière presque permanente dans les régions que nous venons de signaler ait eu un degré de gravité exceptionnel après la guerre russo-turque qui vient de rendre plus misérables encore les populations qui y ont pris part.

M. le docteur Tholozan, qui à plusieurs reprises déjà a appelé l’attention sur les épidémies de peste localisées à certaines régions, n’avait-il point prévu l’épidémie actuelle, lorsque le 20 juin 1877 il disait à l’Académie des sciences :

« La guerre actuelle entre la Turquie et la Russie pourra bien favoriser le transport de la peste par les troupes asiatiques, et créer dans les agglomérations d’iiommes qu’entraînent les nécessités stratégiques des conditions hygiéniques défavorables qui prédisposent à la maladie. » La peste, comme le typhus et le scorbut, affectionne les milieux créés par les nécessités de la guerre ; mais de ce que la recrudescence de la peste pouvait être prévue, de ce que les observations épidémiologiques semblent prouver qu’elle l’estera limitée à son foyer d’origine, faut-il en conclure, avec M. de Lesseps ou bien avec le docteur Hirsch, qui est aussi opposé à l’établissement des quarantaines, que l’on doit uniquement se préoccuper de chercher à guérir les malheureux qui sur le territoire d’Astrakan sont décimés par le fléau? Telle ne saurait être notre pensée. M. le docteur Fauvel fait remarquer que si de Vetlianka, Pritchiba, Nicolsky, Tschernyjar, Starizkoje, la maladie gagnait Tzaritzin, le danger serait bien plus grand. Une voie ferrée pourrait transporter la maladie à Moscou ; une autre en favoriserait l’extension jusque sur le littoral de la mer d’Azof ou de la mer Noire. Or ce dernier chemin traverse des contrées qui ont été ravagées par la guerre, de sorte

que, dit M. Fauvel, « si la maladie venait à faire invasion en Roumélie où tant de ruines et de misères ont pté accumulées, elle y trouverait des conditions bien favorables à son développement. » Il importe donc que l’épidémie actuelle soit très-sévèrement circonscrite et combattue dans la province d’Astrakhan. Mais il importe aussi et surtout que les autorités sanitaires soient tenues au courant de la marche et des progrès de l’épidémie actuelle. La mission confiée à M. le docteur Zuber , professeur agrégé d’épidémiologie au Val-de- Grâce, répond à ce vœu si légitime. Si l’épidémie actuelle reste limitée et peut être étouffée dans son foyer sur les bords du Volga, point ne sera besoin de multiplier des mesures de préservation très-préjudiciables aux intérêts du commerce et de l’industrie. Mais si les efforts tentés pour arrêter l’extension du fléau ont été inefficaces dans la Russie méridionale, si la maladie vient à atteindre la mer d’Azof, il sera indispensable d’agir avec promptitude et énergie. Nous espérons encore qu’il nesera pas nécessaire d’ajouter aux prescriptions que vient de faire le gouvernement français des moyens de préservation plus rigoureux, etnous ne pouvons mieux terminer qu’en reproduisant la conclusion de M. Fauvel. « En résumé, dit-il, les craintes conçues en Europe à la nouvelle de l’apparition d’une épidémie pestilentielle au sud-est de la Russie ne sont pas justifiées dans leur exagération ; nous pensons que cette épidémie ne se propagera pas beaucoup au delà de ses foyers actuels et même que, par suite des mesures énergiques prises par le gouvernement russe, elle sera éteinte... Nous admettons qu’en tout état de cause, grâce à des mesures préventives sagement appliquées, ni l’Europe en général, ni la France en particulier n’auraient rien à craindre de cette épidémie. »

TRAVAUX ORIGINAUX

Pathologie interne.

Hémichorée préhémiplégiqüe; hémianesthésie. — Foyer

Page 1