‹ Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgieChapitre 44 sur 249 · MONTAIGNE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE

En. dépit du Scepticisme dont notre époque est imbue, les détracteurs de la médecine y sont en moins grand nombre qu’on ne les a. vus jadis, en raison sans doute des méthodes plus rigoureuses que la science applique de nos jours à ses investigations. Il n’en est pas moins intéressant de connaître par quels arguments des. esprits supérieurs, tels que Montaigne et les disciples qu’il; a faits (Molière, etc.), combattaient les. médecins de leur temps, et.ee qui reste de paradoxes de nature à séduire encore, parle prestige qui s’attache au nom de leur auteur, les nombreux. admirateurs; des Essais.

..Hippocrate disait, .il y a deux mille ans, avec ce. bon sens profond qui le caractérise : «Il y a des choses utiles et des

choses nuisibles, donc il y a une médecine. » Ajoutons qu’il y a un médecin partout où il y a un malade. « Guérissez-moi ! » tel est le cri que l’instinct de la conservation et la crainte de la douleur arrachent partout aux .êtres souffrants, qu’ils habitent une chaumière ou iin palais, qu’ils appartiennent à l’élite des penseurs ou qu’ils croupissent dans l’ignorance. Aussi, et quoi qu’en dise notre philosophe, la médecine, est aussi ancienne que le monde. Il le reconnaît implicitement luimême quand il dit que «-pa.rmy tant d’ouvrages de nature il y. a des choses propres à nostre conservation ». Seulement, il se défie « de toutes ces inventions et arts qui les font abandonner ». Comme s’il valait mieux préférer aux lumières de l’homme de. l’art, éclairé par son expérience personnelle et par celle des siècles, les grossières traditions de l’empirisme Ou les avis. .« de. simples femmelettes »; car, ajoute-t-il, en prenant soin de se réfuter tui-mêine, « qui ne se vanté de quelque recopie,: et qui ne la.hazar.de sur .son. Vojsin^ » Il uous fournit même un exemple plaisant de l’infa-

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en changeant les conditions du sujet soumis à l’expérience par des influences physico-chimiques, les phénomènes physiologiques morbides peuvent être modifiés aussi bien que les phénomènes d’ordre normal. Claude Bernard, se plaçant à un point de vue semblable, a souvent insisté sur la possibilité d’obtenir chez des animaux à sang chaud des phénomènes particuliers aux animaux à sang froid, et réciproquement; eu effet, lorsque par la section de la moelle épinière on transforme un mammifère en animal à sang froid, on découvre chez lui les mêmes phénomènes électriques'' que chez la grenouille ; mais si l’on plonge les grenouilles dans un bain d’eau à 37 degrés, c’est-à dire à une température plus élevée que leur température propre, ces mêmes phénomènes électriques disparaissent, et ces batraciens se comportent comme des animaux à sang chaud ( Cours de médecine du Collège de France).

En somme, l’expérimentation offre des moyens multiples d’étudier dans leurs moindres variations les propriétés des agents septiques; peut-être permettra-t-elle dereconnaîtreleurs diverses espèces plus complètement que les études morphologiques ou histologiques n’ont pu le faire; dans tous les cas, il lui reste à résoudre dès maintenant des problèmes de la plus haute importance. M. Davaine nous les signale, et en particulier il appelle l’attention sur notre ignorance à l’égard de l’élimination des bactéries ou de leurs germes.

A vrai dire, le bilan de nos connaissances sur ce point est rapidement établi ; nous savons que les bactéries peuvent être incorporées aux leucocytes, aux cellules embryonnaires, aux épithéliums, ce qui offre plusieurs voies d’élimination par le revêtement épithélial et par les surfaces endothéliales; en d’autres termes, la peau, les muqueuses, les canaux d’excrétion et de sécrétion sont des voies d’élimination aussi largement ouvertes pour la sortie que pour l’entrée. Enfin la suppuration n’est-elle pas une issue plus complète encore qui s’ajoute d’elle-même ou que le chirurgien s’applique à produire? Si nous voulions poursuivre cette énumération, nous aurions à rappeler les manifestations cutanées ou muqueuses des fièvres éruptives, depuis le bouton variolique jusqu’aux sudaminas de la scarlatine, remplis de bactéries, les squames de la rougeole; mais nous serions ainsi entraîné à parler de toutes les maladies zymoliques ; celles-ci nous montrent bien comment l’élimination des bactéries peut se faire, mais il faut néanmoins reconnaître avec M. Davaine l’insuffisance de notions précises sur le mode d’élimination des bactéries de la septicémie. Nous avons en main la méthode et les procédés;

tuation dans leurs propres idées que présentent maints contempteurs de la science, lorsqu’il nous dit du vieux Caton : « qu’il enlretenoitsa famiile en santé par l’usage du lièvreln Il aurait pu ajouter qu’il traitait tous les malades de sa maison par l’emploi des choux...

Mais, s’il ne confie ni à la science, ni à de simples femmelettes le soin de le guérir ou de le soulager, à qui s’en remet-il donc? A l’instinct et aux efforts de la nature médicatrice. Les principes qui lui ont servi en santé à régler sa vie le guideront aussi pendant la maladie : « Et sain et malade ie me suis laissé aller volontiers aux appétits qui me pressoient. le donne grande auctorité à mes désirs et propensions : ie n’ayme point à guarir le mal par le mal; ie hais les remedes qui importunent plus que la maladie... Quoy que ie receoive desagreablement me nuit, et rien ne me nuit que ie fasse avecques faim et alaigresse (liv. III, ch. xra). Tibère disoit que quiconque avoit vescu vingt ans, se debvoit respondre des choses qui lui estoient nuisibles ou salutaires, et se sça-

leur simplicité même est un attrait qui engagera les expérimentateurs à en multiplier les applications.

A. Hénocqüe.

lie l’anurlc par obstruction calculense des uretères.

Dans la dernière séance de la Société médicale des hôpitaux, M. Tenneson a soulevé, à propos d’un malade mort après quinze jours d’une anurie complète, une question des plus intéressantes, et qui a été l’objet de quelques réflexions de la part de MM. Ferrand et Constantin Paul. Ce malade entre dans le service de M. Tenneson après dix jours d’anurie; on ne constate alors aucun trouble général; la vessie est vide et la palpation ne dénote rien d’anormal du côté de la région lombaire, ni douleur à la pression, ni matité à la percussion. Puis viennent des vomissements, de l’œdème des jambes, du coma, et enfin la mort le quinzième jour après le début de la cessation de l’émission des urines. A l’aulopsie, on trouve la vessie vide et saine, l’uretère droit obstrué par un calcul ancien et l’uretère gauche libre dans toute son étendue. Dans le calice, du même côté, légèrement dilaté, existait un calcul allongé, qui très-certainement, pendant la vie, était venu se placer à l’orifice de l’uretère, s’opposant ainsi à l’excrétion de l’urine. De plus, et ce fait est des plus importants à noter, les reins ne présentaient aucune altération, ni dégénérescence graisseuse, ni infarctus, ni infiltration d’urates de soude. Les antécédents recueillis pendant la vie du malade avaient mis en évidence ce fait que jamais il n’avait souffert de douleurs articulaires, ni de douleurs rhumatismales d’aucune sorte, ni même de coliques néphrétiques : les symptômes observés à l’hôpital avaient été les premiers symptômes de la maladie qui devait l’emporter.

En résumé, le malade était resté quinze jours dans un état d’anurie complète (à part 2 centimètres cubes d’une urine albumineuse excrétée le dixième jour) ; sur ces quinze jours, dix n’avaient présenté aucun fait important à signaler; à partir du dixième jour, les accidents urémiques avaient éclaté. Pour M. Tenneson, l’anurie est donc due à une obstruction des uretères par la présence de calculs : l’un engagé depuis longtemps dans l’uretère droit, qu’il obstruait complètement; l’autre par un calcul trouvé libre dans le calice, à l’autopsie, mais qui pendant la vie serait venu se fixer à l’orifice de l’uretère. C’est à cette théorie que nous nous rattachons com-

! voir conduire sans medecine : et le pouvoit avoir apprins de [ Socrates... L’ expérience m’a encores apprins cecy, que nous nous perdons d’impatience. Les maulx ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santé... Qui essaye de les I abbreger impérieusement, par force, au travers de leur course,

! il les alonge et les multiplie, et les harcele au lieu de les I appaiser. s> (Ibid.)

j Platon avait déjà formulé les mêmes idées dans le Timée : • « La nature des maladies a quelque chose d’analogue à celle I des animaux. Elles naissent pour une durée limitée, de même I que chaque animal naît pour vivre pendant un temps déter- I miné, sauf les accidents qui peuvent survenir... Si on les j dérange avant le temps fixé pour l’emploi des remèdes, les | petites deviennent grandes, et une seule en appelle plusieurs.

Il faut donc les diriger par le régime autant qu’on en a le ! loisir, et ne pas les irriter, etc.»(Trad. de Cousin. — Voyez I aussi sur le même sujet Bacon, De augmentis.)

I Ces philosophes tranchent là, sans s’en douter et sans avoir

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plétement, malgré l’avis de M- Ferrand. M. Ferrand, en effet, s’appuyant sur l’absence de la dilatation des uretères et des calices, et aussi sur l’absence des coliques néphrétiques, a proposé de considérer cette anurie comine étant due plutôt à une anurie goutteuse qu’à une anurie calculeuse. Quelque rare que soit l’anurie goutteuse, elle a été signalée, et un médecin éminent des hôpitaux en a été la malheureuse victime. Mais si, dans les manifestations de la goutte, on observe parfois une anurie passagère et plus rarement une anurie persistante et déterminant la mort, on peut affirmer, et nous ne connaissons pas une seule observation venant infirmer cette idée, que jamais les troubles urinaires n’ont été les premiers et les seuls symptômes de la goutte, qui toujours s’est manifestée par quelques troubles du côté de l’estomac ou plus souvent du côté des articulations ; de plus, à l’autopsie, dans des cas semblables, on trouve les reins altérés : ceux-ci ont subi tout au moins la dégénérescence graisseuse et plus souvent une infiltration de calculs d’urate de soude. Telles sont les lésions constatées par M. Cornil et M. Constantin Paul chez le regretté docteur Bouley, auquel nous faisions allusion tout à l’heure. Il peut se faire, ainsi que M. Constantin Paul l’a signalé, que chez les goutteux les calculs n’existent que d’un seul côté et qu’il se produise une anurie rénale, réflexe ; mais là encore les reins sont lésés, et on constate à l'autopsie ce que Todd, Rayer, Garrod, Charcot et Cornil ont très-bien décrit sous le nom de rein goutteux, c’est-à-dire une infiltration graisseuse d’une part, et, d’autre part, une infiltration de cristaux d’urate de soude siégeant en dehors des tubes droits, et des dépôts d’urate de soude, dépourvus, du moins en apparence, de structure cristalline, siégeant dans la cavité même des tubes dont ils représentent le moule interne, etsur lesquels . s’implantent les groupes de cristaux. Cette disposition mérite d’être rapprochée de cello qu’on observe lorsqu’il s’agit des cartilages diarthrodiaux ; dans , ce second cas, les nombreux cristaux articulaires qui pénètrent la substance fondamentale du cartilage paraissent implantés par une de leurs extrémités dans les chondroplastes autour desquels ils rayonnent, tandis que la cavité de ceux-ci est littéralement remplie par des dépôts d’urate de soude amorphe (Charcot et Cornil). Telle est, en effet, la lésion déjà très-bien décrite anatomiquement par Rayer (néphrite goutteuse de Rayer; Maladies des reins, t. II, p. 48) et histologiquement par MM. Charcot et Cornil; mais, qu’il s’agisse de l’atrophie du rein ou de l’infiltration d’urale de soude dans le parenchyme de cet organe, on peut voir survenir de l’anurie, puis les accidents uré¬

miques, ainsi que l’a indiqué le professeur Rayer, dans le cas où à l’anurie ne succède pas une polyurie abondante entraînant ainsi en dehors de l’économie toutes les matières excrémentitielles qui doivent être éliminées.

M. le professeur Charcot ( Leçons sur les maladies des vieillards, p. 88), étudiant les manifestations de la goutte du côté de l’appareil urinaire, a déjà signalé ce fait que, à la première période de la maladie, les reins peuvent être frappés de troubles fonctionnels, caractérisés par une douleur vive, mais transitoire, alternant « manifestement avec la goutte articulaire, qui peut occuper l’un ou l’autre rein, et une albuminurie qui ne persiste pas longtemps. Il peut se faire que, pendant toute la durée de cette complication, il n’y ait aucune émission de graviers. » Mais, alors même que ces accidents n’apparaissent qu’avec les premières manifestations de la goutte, on trouve une lésion rénale comme conséquence anatomique, et de plus ces manifestations ne sont pas isolées, elles sont, précédées ou accompagnées de symptômes du côté des articulations, permettant dès lors d’établir le diagnostic d’une façon positive; à plus forte raison, ces symptômes sontils plus évidents à une période avancée de la maladie. Or, le malade de M. Tenneson n’a jamais présenté aucune douleur du côté des articulations, rien, en un mot, qui pût faire penser à la goutte ou au rhumatisme, et les reins étaient sains. Supposer, comme le fait M. Ferrand, qu’il s’agissait là d’une anurie goutteuse, ne peut être qu’une hypothèse, hypothèse qui doit s’effacer devant l’explication plus rationnelle de M. Tenneson : il s’agit évidemment là d’une anurie par obstruction des uretères.

TRAVAUX ORIGINAUX

Physiologie pathologique.

Deux faits contraires aux i.ocalisations cérébrales, par M. le professeur Jaccoud.

I. — Convulsions unilatérales du côté d'une lésion de la région motrice corticale.

Le nommé Prévôt, âgé de quarante-deux ans, cartonnier, est entré dans mon service, à l’hôpital Lariboisière (salle Saint-Jérôme, 5), le fi novembre 1877, à sept heures et demie du soir; il y a succombé le 8 novembre, à cinq heures du soir.

le moyen de contrôler leurs idées théoriques par l’expérience, un des problèmes les plus ardus de la pratique médicale.

Poursuivant les mêmes idées, notre moraliste ajoute encore : « C’est la crainte de la mort et de la douleur, une furieuse et indiscrète soif de la guarison, l’impatience du mal qui nous aveugle ainsi, comme si l’impatience estoit de soy quelque meilleur remede que la patience! Laissons faire un peu à nature, elle entend mieulx ses affaires que nous... L’ordre qui pourvenit aux pulces et aux taupes pourveoid aussi aux hommes qui ont la mesme patience à se laisser gouverner. Us doibvent au mal son cours comme à la santé... il meine ceulx qui suyvent; ceulx qui ne le suyvent pas, il les entraisne et leur rage et leur medecine ensemble. Faites ordonner une purgation à vostre cervelle, elle y sera mieulx employée qu’a vostre estomach. » (Liv. II, ch. xxxvii.)

Molière, qui a emprunté à l’auteur des Essais la plupart de ses traits satiriques contre les médecins, nous offre dans le Malade imaginaire comme un résumé de cette philosophie

expectante: &Que faire quand on est malade? Se tenir en repos. La nature d’elle-iiième, quand nous la laissons faire, se tire doucement du désordre où elle est tombée... C’est notre impatience, c’est notre inquiétude qui gâte tout. » Quant aux remèdes, il pense comme Montaigne « qu’ils ne sont permis qu’aux gens vigoureux qui ont des forces de reste pour porter les remèdes avec la maladie ».

Mais qui ne sait combien l’instinct, essentiellement départi aux êtres dépourvus de raison, est vague, trompeur chez l’homme? Que de fois on est exposé à regarder comme des inspirations instinctives ce qui n’est que le résultat de préjugés, d’opinions préconçues et purement gratuites sur la cause et la nature de nos maladies! Quant à la nature, si parfois elle guérit, souvent aussi elle tue; ainsi d’une fièvre pernicieuse, de la phthisie, des maladies du cœur, du cancer, etc., etc. Et quand notre philosophe finit par nous dire « qu’il faut souffrir doulcement les loix de nostre condition, que nous sommes pour vieillir, pour estre malades en dépit

Antécédents. — Depuis quatre semaines douleurs de tête, bizarreries de caractère, et actes déraisonnables qui ont attiré l’altenlion des camarades d’atelier.

Le 6 novembre au matin, attaque apoplectiforme, perle de connaissance avec mouvements convulsifs qui n’ont pu être précisés. C’est dans ces conditions que le malade est apporté dans ma salle le soir de ce même jour.

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