Mars
Voici le tracé de la température (fig. 4) après une légère fièvre ; le neuvième jour, la température revint à l’etat normal.
Chute des ligaiures le quatorzième jour ; cicatrisation complète de la plaie le quarantième jour. Application de la jambe de bois. Ce malade, maladroit, ne savait se servir de sa jambe de bois, et la cassa dans les premiers jours de mai. En se promenant avec des béquilles pendant la réparation, il tomba sur son moignon et déchira la peau autour de la cicatrice dans une étendue de 7 centimètres. Des cataplasmes de farine de lin furent appliqués pendant
Fig. 4.
douze jours, et ensuite M. Després fit appliquer le pansement simple. Cette nouvelle plaie guérit en trente-cinq jours.
Le malade resta encore quelque temps à l’hôpital en attendant qu’on lui trouvât un placement, et pendant ce temps il gagna une pleurésie dans les baraques, le 21 juillet. Il sortit guéri, sachant se servir de sa jambe de bois, au mois d’octobre 1878.
Obs. V. Tumeur blanche du genou gauche. Amputation circulaire. Guérison. — Drot (Jean), cordonnier, âgé de trente-neuf ans, entra à l’hôpitel Cochin, salle Saint-Jacques, n° 3 (vieilles salles), le 16 septembre 1878.
Ce malade avait, depuis six ans, une tumeur blanche du genou avec fistules et conservation de mouvements, avec craquements osseux caractéristiques; ce mal existait depuis trois ans, et le malade venait à l’hôpital pour se faire amputer la cuisse.
Après huit jours de préparation : bains, cataplasmes en permanence sur le genou, repos au lit et purgatif léger, le malade est opéré. Sa température était à 37°, 1.
Le 24, amputation circulaire du haut du tiers inférieur de la cuisse. Chloroforme; trois ligatures; pansement à l’ordinaire.
Voici l’observation, d’après le tracé de la température (fig. 5);
zi
Zü
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FlO. 5.
la ligature de la fémorale, toujours indiquée dans nos opérations, parce que nous nous servons d’un fil double, tomba le seizième jour.
La plaie est entièrement cicatrisée le trentième jour.
Une seule remarque à propos de ce malade : le sixième jour, après l’opération, la température était revenue à l’état normal. J’ai déjà observé le fait sur deux amputés que j’ai opérés dans les mêmes conditions.
Le malade, guéri de son amputai ion, a été pris d’un anthrax de la lèvre inférieure à poussées successives, qui a guéri sous l’influence de cataplasmes émollients et sans incisions dans l’espace de vingt et un jours. 11 eut, encore un petit furoncle sur le bras
gauche; puis il eut en décembre 1878, une gastralgie qui dura un mois. Aujourd’hui, le malade est complètement rétabli, et a repris son métier de cordonnier.
Ces cinq observations variées montrent bien que ce n’est pas un pansement extraordinaire, merveilleux, qui a procuré la guérison. Le pansement que nous avons employé a suffi à favoriser la réparation de la plaie d’amputation, en assurant une bonne compression, c’est-à-dire une bonne immobilisation du moignon, et une atmosphère humide sur la plaie pendant la première période de suppuration. Mais ce qui a donné le succès dans deux des amputations pour un traumatisme (obs. II et III) ; c’est que les malades ont été opérés moins de dix heures après leur accident, et qu’ils avaient presque identiquement la même blessure; c’est que ces deux hommes n’avaient point perdu une trop grande quantité de sang, et aussi, c’est que ces deux blessés, surtout le malade de l’observation II, qui était jeune, acceptaient sans crainte et avec une entière résignation l’amputation ; l’un d’eux, le second, était cependant un ivrogne, un alcoolique; mais il n’avait sans doute pas encore le cerveau, le. cœur ou le foie malades. Ces deux blessés ont guéri, parce qu’ils étaient dans des conditions naturellement favorables et qu’ils ont été opérés à temps. Le premier malade est mort parce qu’il ne présentait aucune de ces conditions favorables; il avait d’ailleurs une lésion double, il avait une fracture avec contusion artérielle du membre qui n’a pas été amputé, et eut la gangrène dï la jambe qui a fait périr le malade de septicémie aiguë. Les trois observations servent de contrôle l’une à l’autre. Qu’on nous montre des blessés de ce genre guéris avec un pansement quelconque. Jusqu’à ce que je trouve un fait publié, je serai en droit de dire que les amputés que l’on guérit avec un pansement, l’autre l’aurait guéri de même avec un autre, pourvu qu’ils assurent l’immobilisation de la plaie et une atmosphère humide dans le pansement.
Pour ce qui est des tumeurs blanches, le succès avait été prédit par moi aux élèves. Lorsque des malades ont depuis longtemps un genou malade, et lorsqu’ils en souffrent, nous les voyons quelquefois solliciter l’amputation. 11 faut, en effet, établir une grande différence entre les malades auxquels on impose une amputation et ceux qui la demandent. Je me rappelle encore ce que j’ai vu faire lorsque j’étais élève, et j’ai vu bien des malades ne point se consoler d’avoir perdu leur cuisse; je ne dis pas que le chagrin les a tués, mais j’ai toujours remarqué qu’un opéré qui a un bon moral est toujours dans de bonnes conditions ; il mange plus volontiers qu’un homme attristé, et un amputé qui se nourrit est bien près de guérir. Les malades qui souffrent depuis longtemps ont l’habiludedu lit, ceux qui suppurent depuis longtempssont moins exposés aux inflammations, cela est reconnu depuis longtemps. N’avons-nous pas rappelé tous que les scrofuleux tolèrent mieux que les autres les opérations?
A moins d’avoir la main forcée, on peut toujours préparer les malades aux amputations par le régime, les bains, les amers, les toniques, et lorsqu’ils ont une température qui oscille régulièrement entre 37° et 37", 2, on peut être tranquille sur leur avenir. Toutes les fois que l’on opère les malades pendant une période de fièvre, on est au contraire exposé à des accidents; quels que soient les désirs des malades, on va souvent au-devant d’un échec, il n’y a pas de pansement qui tienne. J’ai le souvenir d’avoir amputé un malade qu’on avait apporté à l’hôpital Cochin, et dont le fémur sortait par une ulcération du genou; il avait la fièvre. J’ai tenté l’amputation ; le malade est mort dans les trois jours, et je n’hésite pas à dire qu’avec un pansement quelconque le résultat eût été le même. ,
Mes deux malades atteints de tumeur blanche étaient dans un état de santé relativement satisfaisant, et ils ont bien guéri ; et ce sera toujours comme cela entre les mains d’un
U Mars 1879
chirurgien soigneux quelconque, et celui qui choisira dix ou quinze malades de ce genre, et voudra prouver la valeur d’un pansement, ne fera qu’une chose, c’est prouver qu’il y a des amputations de cuisse destinées à réussir.
Je suis de ceux qui pensent que les observations bien nettes ont la valeur d’expériences, et je suis heureux de pouvoir donner ces cinq observations, pour permettre aux lecteurs de discerner la vérité sur le pronostic des amputations et la valeur des pansements.
Je ne voudrais pas terminer sans faire remarquer qu’il y a eu autant de guérisons dans les vieilles salles que dans les baraques, et que, s’il y a quelque chose à dire, c’est contre les baraques, puisqu’un convalescent a été pris d’une pleurésie dans ces bâtiments situés dans un pré humide.
CORRESPONDANCE
AU COMITÉ DE RÉDACTION DE LA GAZETTE HEBDOMADAIRE
Anurie chez un graveleux.
L’observation de M. Tenneson sur un cas d’anurie par obsl ruction calculeuse des uretères, rapportée dans le numéro du 28 février de la Gazette hebdomadaire, me rappelle un fait analogue que j’ai observé au mois de juillet 1877. Il s’agit d’un malade de la clientèle de mon confrère M. le docteur de Confévron qui me Ta très-gracieusement fait voir. L’autopsie n’a pas été permise malgré nos instances réitérées ; mais ce cas paraît néanmoins se rapprocher beaucoup de celui de M. Tenneson.
L’observation n’a ôté prise que très-sommairement ; je m’étais contenté de noter les faits principaux, pensant qu’ils me seraient utiles à l’occasion. Ce sont ces notes très-succinctes que j’ai l’honneur de vous adresser, vous priant de les publier si elles vous semblent être de quelque intérêt pour vos lecteurs :
Obs. Anurie chez un graveleux. — M. X..., prêtre, soixante ans, d’une constitution robuste, a eu plusieurs fois des coliques néphrétiques. 11 a rendu en assez grande quantité, et à trois reprises assez éloignées les unes des autres, des calculs de petite dimension (grains de millet, lentilles), qu’il nous a montrés.
La dernière émission de graviers date de quelques mois. Ce sont des graviers qui nous paraissent phosphatiques; cependant, une fois ils étaient muriformes, rougeâtres.
Depuis huit jours, c’est-à-dire depuis le 25 juillet 1877, anurie complète.
Pas d’urine dans la vessie ni envie d’uriner depuis cette époque.
Perte d’appétit, quelques envies de vomir, fièvre, tels sont les seuls symptômes qu’il accuse avec une pesanteur dans les reins, surtout à droite. Autrefois il souffrait surtout du côté gauche.
L’urine n’a pas reparu. Le malade a succombé le 7 août 1877, dans le coma, après avoir présenté les symptômes d’intoxication urinaire.
La famille a refusé absolument l’autopsie.
Réflexions. — Cette observation est trop incomplète pour donner lieu à des conclusions irréfutables. Cependant, des faits rapportés plus haut, nous croyons qu’il est permis de supposer que :
1° L'anurie est due, dans le cas présent, à l’oblitération des deux uretères par un calcul;
2° L’uretère dçpit a été oblitéré le premier depuis une époque lus ou moins éloignée, et l’uretère gauche seul laissait passer de urine;
3° L’anurie est survenue alors que l’uretère gauche a été oblitéré à son tour.
Dr J. Brocard,
Médecin des hospices civils de Langres.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des sciences.
Influence de l’oxygène sur la fermentation alcoolique par la levure de bière. Note de M. A. Béchamp. — M. Béchamp communique à l’Académie deux séries d’expériences faites en 1871-1872, et ayant pour but de démontrer l’influence de l’oxygène sur la fermentation alcoolique. La première série d’expériences prouve l’influence favorable exercée par l’oxygène sur la production de l’alcool, dont la quantité est toujours plus grande, pour le même temps, dans l’expérience que dans le témoin. Toutes choses égales d’ailleurs, la quantité d’acide acétique paraît dépendre beaucoup plus de la température et de la nature de la levûre que de l’oxygène. La levûre paraît s’user davantage dans l’expérience que dans le témoin. Bref, l’oxygène paraît agir comme un excitant, sous l’influence duquel la vie de la levûre et les mutations dé sa matière sont plus actives. Il faut noter enfin que les fermentations dans roxygène donnent fort peu de mousse : la levûre y tombe rapidement au fond.
Dans une deuxième série d’expériences, pour prouver l’absorption de l’oxygène, on faisait plonger, dans le mélange fermentant, les électrodes d’une batterie de six à huit forts éléments de Bunsen. Les gaz de la fermentation étaient recueillis, et, après l’absorption de l’acide carbonique, on constatait que l’hydrogène de l’eau décomposée n’était pas mêlé d’oxygène, ou n’en contenait que fort peu.
On voit, par ces expériences, qu’il est malaisé de démêler quel est le genre d'influence qui fait que l’oxygène amène une diminution finale assez notable de l’alcool et l’augmentation considérable de l’acide acétique.
Mais on voit aussi que, s’il est difficile de démontrer que la fermentation alcoolique peut débuter, continuer et finir sans le concours effectif de l’oxygène libre, il est, au contraire, très-facile de prouver que l’oxygène, dans son état ordinaire, est favorable à l’accomplissement régulier du phénomène.
Académie de médecine.
M. le ministre de l'instruction publique transmet l'ampliation d’un decret par lequel est approuvée l’élection de M. Gustave Lagneau, dans la section d’hygiène, en remplacement de M. Vernois, décédé.
M. le ministre de l’agriculture et du commerce transmet le rapport de M. le médecin-inspecteur des eaux minérales do Silvanès et do Prugnes pour l’année 1878. ( Commission des eaux minérales.)
L’Académie reçoit: 1° Un pli cacheté déposé par M. Eugène Crouzat, externe à la Clinique d'accouchement (Accepté.) — 2° Un rapport de M. le docteur Cavaillon, de
Carpenlras pendant l’année 1878. ( Commission des épidémies.) — 3" Une note de M. Achille Brachet, relative à l’emploi de la lumière électrique. — 4» Un travail manuscrit de M. A. Fabre, sur le daltonisme, destine au concours pour le prix Barbier.
M. Hillairet présente, au nom do M. le docteur Paul Fabre (de Commentry) : 1° Une brochure intitulée : De l'influence du travail souterrain sur la santé des mineurs; — 2“ Uno note sur l’extraction d’un calcul développé dans la cavité
M. Hérari présente un volume en espagnol. Sur la diphlhérie, par M. le docteur Vidal Solarès.
Remèdes secrets. — M. Poggiale, au nom d’une commission dont il fait partie avec MM. Bussy et Chalin, fait un rapport officiel sur une série de demandes adressées à l’Académie par M. le procureur de la République de Reims, au sujet du sirop de chloral, dit de Follet.
Ce rapport conclut que le sirop de chloral, dit de Follet, peut occasionner des accidents graves lorsqu’il est administré
à haute dose, et qu’il ne peut être vendu sans ordonnance ! d’un médecin.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
Ophthalmologie. — M. le docteur Cusco soumet à l’Académie le spécimen d’un instrument dioptrique, où sont réalisées les principales conditions de l’accommodation de l’œil, au moyen de lentilles dont le pouvoir réfringent peut être modifié à volonté. Cet instrument est spécialement destiné à l’étude de la faculté d’accommodation.
Septicémie puerpérale. — M. Hervieux dit qu’il ne s’occupera que de la septicémie puerpérale. Suivant lui, cette septicémie serait à peu près exclusivement d’origine interne, et les proto-organismes connus : vibrions, bactéries, bâtonnets, corps mouvants, seraient impuissants à l’expliquer.
D’après la théorie de M. Pasteur, les germes existant partout, dans l’air, l’eau, les aliments, etc., toute accouchée, où qu’elle soit, d’où qu’elle vienne, devrait être une proie facile offerle. à la cohorte des êtres microscopiques, car l’empreinte placentaire est là avec le sang qui la baigne, avec ses produits de sécrétion si prompts à s’altérer, avec ses émanations fétides, en un mot, avec les conditions les plus propices à l’invasion des éléments figurés. Ainsi, le territoire à envahir et l’ennemi qui le menace sont partout les mêmes. Et pourtant il est telle localité où le chiffre des victimes est annuellement énorme, telle autre où ces désastres sont depuis longues années à peu près complètement inconnus.
Il est, en province, de nombreuses communes où, malgré les conditions physiques et morales les plus défavorables pour les nouvelles accouchées, l’accouchement est chose simple, naturelle, exempte d’accidents graves, où les suites heureuses sont la règle et la septicémie puerpérale la très-grande exception.
A Paris même, où les épidémies puerpérales ont atteint des proportions si terribles, qui ne sait que la pratique de la ville, comparée à la pratique hospitalière, ne fournit qu’une très-faible mortalité, même dans les quartiers les plus misérables ?
Il résulte de ces considérations, suivant M. Hervieux, que les vibrions qui, dans la théorie des germes, menacent toute existence et, par conséquent, celle de la femme en couches, dans tous les temps et dans tous les lieux, ne réussissent réellement à la compromettre ou à la détruire que dans certaines circonstances. On sait que la septicémie puerpérale peut atteindre les sages-femmes et le personnel des maternités.
Est-il besoin de rappeler ici les faits rapportés par Paul Dubois, Danyau, Voillemier, M. Depaul, M. Tarnier, faits relatifs à des élèves sages-femmes qui succombèrent à la suite de péritonites contractées en soignant les femmes en couches de nos infirmeries. M. Hervieux a eu, lui aussi, la douleur de voir quatre de ses élèves périr de la même manière. Mais il appelle l’attention de l’Académie sur les conditions dans lesquelles la maladie a été prise : 1° Ce fut dans la période de 1861 à 1864, c’est-à-dire, à l’époque de nos épidémies les plus violentes ; 2° ces faits se sont passés antérieurement aux modifications introduites dans le service de santé, et qui consistèrent, entre autres choses, dans la séparation du personnel des accouchées valides et de celui des accouchées malades, et dans l’interdiction absolue des infirmeries aux élèves sages-femmes. Depuis cette époque, c’est-à-dire, depuis plus de quinze ans, il n'a plus observé un seul cas de ce genre. Dans ce long intervalle, il n’a eu à déplorer parmi ses élèves que deux morts, l’une par scarlatine, l’autre toute récente par fièvre typhoïde.
Les effets toxiques du miasme puerpéral ne se sont pas bornés aux élèves sages-femmes. D’autres personnes affectées au service des infirmeries ont subi cette fâcheuse influence. Deux de ses surveillantes ont été atteintes d’arthrites graves
du genou, arthrites que le séjour permanent de ces dames au milieu des malades pouvait seul expliquer.
Enfin, s’il lui était permis de se citer comme exemple de ces intoxications, il dirait que pendant les quatre premières années de son exercice à la Maternité, il a été trois fois atteint d’arthrite rhumatismale aiguë, la première fois à la hanche, la seconde à l’épaule et la troisième fois au genou. Cette dernière atteinte, qui a eu lieu en 1864, l’a retenu six mois au lit. Depuis lors, il n’a jamais éprouvé aucune manifestation rhumatismale. Il attribue la cessation complète de ces accidents à l’amélioration survenue à dater de ce moment dans notre état sanitaire.
Pas plus que nos élèves sages-femmes, pas plus que nos surveillantes, il ne croit avoir favorisé par une effraction quelconque la pénétration dans son organisme des vibrions et des bactéries, et il incline fortement à penser que le miasme puerpéral n’a rien de commun avec ces êtres microscopiques. M. Hervieux se résume ainsi :
1° Contrairement aux proto-organismes qui sont répandus partout dans la nature, et qui paraissent en somme bien inoffensifs, puisque nous vivons au milieu d’eux sans en être incommodés, le miasme puerpéral ne se plaît, ne prospère et n’exerce guère son action que dans certaines localités trèscirconscrites.
2° Tandis que les proto-organismes auraient besoin, suivant les partisans de la théorie des germes, d’une solution de continuité pour s’introduire dans l’économie, le miasme puerpéral ne connaît aucune barrière épithéliale. Il atteint la femme enceinte, le nouveau-né et même le fœtus tout aussi bien que la femme en couches. Il a même le pouvoir de sévir sur des sujets placés en dehors de l’état puerpéral.
Il y aurait donc de grandes chances pour que le miasme énérateur de la septicémie puerpérale ne fût point un virion. Ce serait en tout cas un vibrion d’une nouvelle espèce, dont les caractères, la nature et la constitution physiques auraient besoin d’être déterminés. Mais, faut-il l’avouer, j’ai une peur terrible, une peur dont je ne puis me défendre et que l’Académie comprendra, c’est celle de mourir avant qu’on n’ait découvert ce vibrion-là.
M. Pasteur présente quelques observations. En premier lieu, il ne croit pas, comme M. Hervieux, qu’il existe un état sanitaire ou infectieux proprement dit; tout est sain ou infecté selon qu’il y a absence ou abondance de germes se répandant soit par l’air, soit par l’intermédiaire des hommes ou des animaux infectés.
En ce qui concerne la fièvre puerpérale proprement dite, M. Pasteur croit être sur la trace de la découverte du protoorganisme qui engendre cette maladie. Il croit l’avoir rencontré chez une jeune fille du service deM. A. Guérin atteinte d’un abcès de l’aine et dans le pus d’un abcès de la joue chez un cheval. Ce microzoaire se présenterait sous la forme de globules réunis par séries et ayant chacun en moyenne un diamètre de 2 millièmes de millimètre.
En somme, il y a encore beaucoup d’obscurités dans la théorie des germes; mais il est probable qu’elles seront un jour dissipées, et, dans tous les cas, il ne faut pas arguer contre cette théorie des phénomènes qu’elle n’a pu encore expliquer.
Société de chirurgie.
SÉANCE DU 5 MARS 1879. — PRÉSIDENCE DE M. TARNIER. Correspondance. — Discussion sur le pansement des plaies.
La correspondance comprend : 1° une observation adressée par M. Robert, médecin-major à Lunéville : Luxation simple de l'articulation péronêo-tibiale supérieure.
2° Un ouvrage imprimé de M. Gross ('de Nancy) : Leçons
-14 Mars 1879
de clinique chirurgicale, fascicule I81', traitant des fractures compliquées de la jambe et du pied bot.
— M. Farabcuf continue la discussion sur les pansements. Ce qui fait la valeur du pansement de Lister, c’est qu'il nous donne le plus souvent la réunion immédiate. Il s’agit de savoir s’il y a des pansements antiseptiques et, s’il y en a, quel est le meilleur.
Il y a des pansements antiseptiques, parce qu’il y a des plaies putrides, des plaies qui se putréfient au contact de l’air, et cette putréfaction est mauvaise pour l’économie. Il y a une putréfaction des liquides à la surface des plaies; les liquides putréfiés sont résorbés, d’où la septicémie. On ne peut pas contester que les plaies sous-cutanées soient beaucoup moins graves que les plaies à ciel ouvert.
11 faut donc des pansements antiseptiques pour désinfecter l’air ou empêcher l’air d’arriver sur la plaie ; de là le succès des pansements par occlusion, des pansements facilitant l’écoulement des liquides.
Si certains agents chimiques pouvaient empêcher la putréfaction sans empêcher la cicatrisation des plaies, il faudrait les employer. L’acide phénique est un antiseptique connu, l’acide salicylique aussi, l’alcool aussi s’il ne se dilue pas.
M. Després applique à l’hôpital Cochin une sorte de pansement à l’alcool, et ses résultats ne sont pas excellents. M. Després dit qu’à l’étranger on ampute des malades qui guériraient en France sans opération : cela est à prouver. Et même des amputations de complaisance n’améliorent pas la statistique des chirurgiens anglais (Topinard). L’amélioration réelle dans les siatistiques est partie de Glascow pour aller à Edimbourg, puis à Londres, dans le nord de l’Europe, et enfin à Paris; ce n’est pas une coïncidence, car cette amélioration a suivi le pansement antiseptique, qui est un des grands progrès de la chirurgie du côté des pansements.
Avec ce pansement, la réunion immédiate, quand elle réussit, donne des moignons irréprochables dans un temps très-court. Pour faire une bonne réunion immédiate, il faut de nombreuses conditions qui sont maintenant connues : lambeaux bien en contact, sans interposition de corps étrangers; drain pour évacuer les liquides, etc. Le pansement de Lister permet toutes ces conditions. La réunion immédiate est un progrès; si M. Yerneuil vient nous démontrer qu’avec la réunion immédiate la mortalité est plus grande, nous nous inclinerons.
Les pansements antiseptiques sont nés en France; Corne et Demeaux ont essayé, il y a longtemps, dans le service de Velpeau, une poudre antiseptique; plus tard, vint le coaltar Le Beuf. L’acide phénique a été étudié en France par Lemaire. Les Anglais font usage du pansement antiseptique.
En Allemagne, Bardeleben, sur 397 cas, n’avait pas eu de septicémie en 1875. Le Lister a été adopté successivement par Nusbaum, Saxtorph, Langeubeck; M. Gosselin fait à l’hôpital de la Charité des pansements antiseptiques.
Il est vrai qu’en 1873 Callender a dit que le panseinent de Lister était mauvais; mais il fait des lavages phéniqués, emloie l’huile phéniquée; les drains et le cat-gutt! On trouve eaucoup de falsificateurs, mais pas d’opposants.
Rose (de Zurich) laisse les moignons à l’air ; sa mortalité est de 20 pour 100; maintenant il fait des lotions phéniquées deux fois par jour et tient ouvertes les fenêtres des salles de chirurgie. Cela n’empêche point un gonflement considérable des moignons, ce qui prouve une inflammation sérieuse.
Les Russes font usage, dans tous les cas, du cat-gutt phéniqué ; presque toujours ils appliquent un pansement fermé et font la réunion immédiate avec application de drains; si on y ajoute les lavages phéniqués, on ne peut pas dire que c’est là un pansement à l’air libre.
Les éléments du pansement de Lister, sauf le cat-gutt, sont empruntés aux chirurgiens français; ce pansement a, en outre, ceci de spécial qu’il est fermé à l’air et laisse sortir les
liquides produits à la surface de la plaie. Avec ce pansement on obtient des réunions par première intention, même chez des vieillards; on ouvre hardiment les articulations, et les résultats sont presque toujours satisfaisants.
M. Vemeuil a admis l’existence de la sepsine, mais il n’en fait point un article de foi. Il n’est point un adversaire des réunions immédiates ; il est éclectique. On fait le plus grand tort à la réunion immédiate en l’appliquant dans les cas où elle est plus dangereuse que les autres modes de pansement.
M. Trêlat dit que les expériences de M. Perrin sont intéressantes, mais non convaincantes; dans tous les cas, on ne doit pas repousser les expériences de laboratoire. Ces expériences nous conduisent à admettre que la septicémie est probablement d’origine proto-organique. Les expériences de M. Pasteur et de M. Davaine entraînent la conviction.
Quand on parle septicémie, on répond parfois pyohémie : M. Després a fait cette confusion ici, et M. Colin à l’Académie ; cependant ce sont deux choses distinctes. La septicémie aiguë est une affection à marche rapide, durant de vingt heures à quatre jours; c’est une complication du début des plaies ou des opérations; c’est une intoxication, personne n’en doute; le poison est né dans l’individu, selon les uns; selon les autres, il vient de l’extérieur et est résorbé à la surface de la plaie.
Quant à la pyohémie, c’est une affection relativement tardive, paraissant vers le douzième jour et durant plus ou moins longtemps; elle est caractérisée par des frissons, des variations dans la température, du subdélirium, et par les lésions de l’autopsie; tout cela constitue un ensemble. L’expérimentation a pu reproduire la septicémie; mais l’infection purulente n’est point facile à reproduire. Devant ces grosses différences, il ne faut pas confondre les deux affections. Toutefois, il est incontestable qu’à force de combattre la septicémie on a vu disparaître des salles de chirurgie l’infection purulente.
M. Théophile Ànger est un partisan des pansements à l’alcool; M. Gosselin emploie l’alcool pour les plaies de tête; beaucoup de chirurgiens considèrent l’alcool comme un accessoire utile; M. Trélat donne des bains alcoolisés pour les plaies de la main. Si l’on veut comparer l’alcool aux autres pansements, on trouve que l’alcool est volatil, qu’il faut le renouveler incessamment; il est coagulant pendant quelques heures; il est irritant et douloureux, et les plaies se cicatrisent lentement sous le pansement à l’alcool.
11 y a plusieurs années, étant chirurgien de l’hôpital Saint- Antoine, M. Trélat essaya les pansements à l’eau froide; mais ces pansements sentaient mauvais ; puis il employa l’eau et la glycérine, et enfin la glycérine pure; mais la glycérine n’a aucune vertu. Il ajouta de l’alcool à la glycérine; puis vint l’eau avec l’alcool, et enfin les solutions hydro-alcoolophéniquées.
Pour juger les pansements, il ne faut pas s’en tenir aux statistiques; il faut d’abord étudier la mortalité ordinaire après certaines opérations, et voir comment marchent les plaies sous les pansements. Avec le pansement antiseptique, les bords de la plaie restent rosés; il n’y a pas de pus, ce qui est nouveau, et ces résultats s’obtiennent, facilement. On pratique maintenant des opérations qu’on n’osait pas aborder il y a quinze ans. Il faut toujours chercher à éviter la contagion, avoir la propreté chirurgicale, ne panser les blessés qu’avec des matériaux absolument neufs. M. Trélat est parti san du pansement de Lister modifié. On ne doit attacher à l’expérimentation que la valeur quelle peut avoir, et l’observation clinique est aussi importante.
M. Sée a pratiqué le premier, en 1866, les irrigations alcooliques. Mais aujourd’hui il panse les plaies au chloral, qui présente de nombreux avantages et désinfecte absolument les plaies. Quand il veut obtenir la réunion immédiate, il donne la préférence au pansement de Lister.