L. Leroy
Société de thérapeutique .
De l'art de formuler, par M. Yvon. — Des lavements nutritifs : MM. Blondeau, Férêol, E. Labbêe. — Du traitement des anévrysmes par l’acupuncture et l’électro-puncture : MM. Constantin Paul et Dujardin-Beaumetz.
M. Constantin Paul présente au nom de M. Yvon, membre de la Société, un volume intitulé : L’Art de formuler. M. Constantin Paul insiste sur les qualités de cet ouvrage en en citant les passages les plus originaux.
— II. Blondeau, à propos de la discussion soulevée à la dernière séance sur les lavements nutritifs, rappelle que Régnier
de Graaf, dans son traité De clysleribus (1068), s’est demandé si l'on ne pouvait empêcher les malades de mourir d’inanition en introduisant, à l’aide de lavements, des aliments dans les intestins. « Ceux, dit-il, qui considèrent la chose comme possible, disent qu’il n’est pas nécessaire, pour la production du chyle, que les aliments soient digérés par l’estomac, et que les intestins ont, eux aussi, la faculté de faire du chyle. Ils proposent donc d’administrer au malade des clystères de vin, de crème d’orge, de lait, de bouillon, de jaune d’œuf, etc. Les clystères doivent être donnés en plus grande abondance et lancés avec plus de force que de coutume, afin que, dépassant le gros intestin, ils soient utilement absorbés par l’intestin grêle. On peut répondre à ceux qui sont de cet avis que, si leur opinion est acceptable en ce qui concerne les aliments liquides et d’une fermentation facile, elle cesse de l’être lorsqu’il s’agit d’aliments plus épais et d’une digestion laborieuse. Et même, en admettant qu’ils disent également vrai à l’égard de ces derniers, on n’en saurait conclure que leur théorie est fondée. En effet, avec quelque force que les aliments soient injectés, ils ne peuvent aller naturellement au delà du gros intestin, à cause de la valvule découverte par Baulieu à l’extrémité de l’intestin grêle.
» Quelle que soit la transformation que doivent subir les aliments injectés, il est évident que cette transformation s’opère par le gros intestin au milieu des matières alvines. L’on peut alors se demander justement comment ces aliments, transformés dans ce milieu fétide, peuvent passer dans les autres parties du corps. Il n’y a, en effet, que peu ou point de veines lactées appartenant au gros intestin. Les aliments, pour arriver au cœur et aux autres parties du corps, devraient, en conséquence, à défaut d’autres voies, emprunter les veines mésaraïques. »
A l’appui de ces observations, M. Blondeau rappelle ce que professait Claude Bernard, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de nutrition directe. Aucun élément alimentaire ne peut servir immédiatement à la nutrition. Pour atteindre ce but, il est nécessaire que l’aliment soit modifié préalablement en traversant un organe situé entre l’appareil digestif qui l’a élaboré et le système sanguin qui doit le transporter dans les différents organes qu’il nourrit.
M. E. Labbèe citait, dans la dernière séance, un malade qui, arrivé au dernier degré de la cachexie, a eu la vie prolongée pendant quarante-cinq jours à l’aide de lavements nutritifs. A l’Académie de médecine de New-York, en 4878, M. le docteur Flint a fait une communication sur ces lavements, dont il se montre tout à fait partisan. Il cite des faits de malades ayant vécu des années et ayant augmenté de poids à l’aide de lavements de sang défibriné, de lait et de mélange de suc pancréatique pratiqué selon la méthode de Leube. En présence des affirmations des uns et des négations des autres sur la valeur des lavements nutritifs, il serait nécessaire qu’une discussion précise s’engageât sur cette question.
M. Féréol. La communication de M. Labbée démontre que ces lavements nutritifs, pratiqués avec des précautions particulières, qu’on néglige trop souvent d’employer, produisent de bons résultats; il est un fait, c’est que ces lavements insuffisants pour un homme bien portant sont d’un grand secours lorsque l’alimentalion est impossible à pratiquer par les voies digestives ordinaires.
M. Blondeau a obtenu de bons résultats avec les lavements de vin ; quant aux lavements de lait, il les prescrit plus difficilement, parce qu’ils sont très-souvent laxatifs.
M. Créquy fait donner depuis plusieurs jours à une malade des lavements de lait, et ces lavements n’ont pas produit l’effet signalé par M. Blondeau.
M. Edouard Labbée fait remarquer que les résultats de ces
lavements sont d’autant plus heureux qu’on les donne dans des maladies curables, comme les ulcères de l’estomac, par exemple.
M. Ferrand rappelle avoir donné à la Société un compte rendu d’un mémoire dû à un médecin américain, dans lequel, sur six malades soumis aux lavements nourrissants, cinq fois on avait constaté une amélioration de l’état général, de la récupération des forces et une convalescence assez rapide. Les résultats avaient même été assez satisfaisants pour que l’auteur ait proposé de remplacer les transfusions sanguines par des lavements de bouillon, de lait et de vin.
M. Ferrand propose de nommer une commission chargée d’étudier spécialement cette intéressante question. La commission nommée se compose de MM. Ferrand, Blondeau, Beaumetz et Ernest Labbée.
— M. Constantin Paul, à propos du mémoire de M. Bucquoy sur un anévrysme de l’aorte ascendante trailé avec succès par la méthode électrolytique, rappelle une communication faite sur ce sujet par M. Dujardin-Beaumelz. Tout d’abord les résultats sont satisfaisants, mais cependant les malades sont morts peu de temps après l’opération. Frappé de ce fait qu’on pouvait introduire dans la poche des aiguilles assez volumineuses sans qu’il s’écoulât une goutte de sang, M. Constantin Paul eut l’idée de pratiquer non l’électropuncture, mais simplement l’acupuncture, sur un malade âgé de quarante ans et atteint depuis plus d’un an d’un anévrysme de l’artère aorte descendante : cet anévrysme déterminait une compression du nerf récurrent du côté gauche, de l’aphonie. M. Constantin Paul fit l’acupuncture avec des aiguilles japonaises : ces aiguilles sont capillaires, flexibles et terminées par uneextrémité-un peu volumineuse, de telle sorte que, si la pointe a été introduite dans le tissu, le corps de l’aiguille pénètre très-facilement. On fait passer ces aiguilles par un petit conducteur plus court que l’aiguille : au lieu de presser directement sur l’aiguille flexible pour la faire pénétrer dans les tissus, on donne une petite secousse brusque qui fait traverser le derme, puis on retire le conducteur et on l’introduit lentement dans la poche : une fois la peau traversée, on a conscience des divers tissus au travers desquels on passe ; cette aiguille ne provoque ni hémorrhagie, ni douleur.
Au mois de novembre, M. Constantin Paul introduisit
ualre aiguilles dans la tumeur anévrysmale de son malade.
es trois premières pénétrèrent sans provoquer aucune douleur, bien qu’elles fussent introduites à une profondeur de 3 centimètres et demi dans la cavité; l’introduction de la quatrième fut légèrement douloureuse. Au bout d’un quart d'heure, M. Constantin Paul retira les aiguilles : dès |e troisième jour, il y eut une diminution notable de l’anxiété etde la dysphagie. Huit jours après, nouvelle introduction dequatre aiguilles qui furent maintenues pendant une demi-heure. Pendant les vingt-cinq premières minutes, le malade n’éprouva aucune sensation, puis il y eut de l’anxiété. Aussitôt après celte opération, l’amélioration fut assez grande pour que le malade demandât à sortir de l’hôpital. Il y rentra quatre semaines après, M. Constantin Paul fit de nouveau deux opérations à quelques jours de distance ; à la quatrième, il éprouva une assez grande résistance à faire pénétrer les aiguilles dans le sac. Aujourd’hui le malade va très-bien, il Veut sortir de Phôpital pour reprendre ses occupations. M. Constantin Paul a été heureux de constater que par l’acupuncture il était arrivé à reconnaître non-seulement une innocuité complète de la méthode opératoire, mais un résultat réel dans la disparition des accidents déterminés par la douleur.
M. Dujardin-Beaumetz a pu étudier depuis l’année 1877 douze anévrysmes traités parl’électro-puncture : il n’a jamais vu survenir d’accidents, sauf cependant dans un cas observé en ville. Il s’agissait d’un malade atteint d’anévrysme de l’aorte chez lequel la moindre émotion déterminait une syncope : l’introduction de la première aiguille ayant occasionné
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cet accident, l’opération fut suspendue. Chez tous les autres malades, il y eut une amélioration, mais non une guérison; comme l’a déclaré consciencieusement Cineselli, l’inventeur de la méthode. L’électricité ne détermine que l’inflammation de la poche et non la formation de petits caillots dans l’anévrysme : il n’y a pas coagulation du sang, et par conséquent re faut-il pas s’étonner que les embolies n’aient pas encore été signalées à la suite d’opération de cette nature. Il se produit simplement une endarlérite au point même de la poche où on fait pénétrer l’aiguille ; les caillots se forment donc sur le point même où la poche est enflammée et ils y adhèrent.
On sait qu’il est exceptionnel de voir les anévrysmes s’ouvrir par la peau ; dans l’immense majorité des cas, la rupture se fait dans les organes, par la partie postérieure de la poche; par conséquent, c’est donc là le côté faible de la méthode de l’électro-puncture, car bien souvent il est difficile de traverser la poche entière pour arriver jusqu’à ses parois postérieures. Quant à l’action coagulante de l’électricité, elle n’est pas douteuse, c’est ce qu’on a pu observer chez le malade de M. Bucquoy. Mais, malheureusement, cette coagulation n’est pas indéfinie, souvent il y a récidive. M. Dujardin- Beaunietz cependant a des malades, opérés il y a deux et trois ans, vivant encore, sans éprouver de trop grandes douleurs. Ce qu’il faut faire, et ce que M. Dujardin-Beaumetz fera à la prochaine occasion, tout en agissant avec prudence, car le moindre accident, quand bien même cet accident ne serait pas dû à l’opération, jetterait sur cette méthode un discrédit dont elle aurait peine à se relever, c’est de faire pénétrer l’aiguille de manière à traverser complètement toute la poche anévrysmale.
M. Dujardin-Beaumetz conclut en disant que cette opération n’est jamais dangereuse et que toujours elle procure un soulagement : double avantage qui la rende précieuse.
M. Blondeau demande quel inconvénient il y aurait à traverser complètement la poche.
M. Dujardin-Beaumetz répond que, ne connaissant pas le volume exact de la poche, il est difficile de savoir si elle est traversée de part en part, mais qu’il ne croit pas que cette opération présente plus de dangers que quand on introduit simplement l’aiguille dans la poche, alors que la pointe est libre dans le liquide sanguin.
Dr Joseph Michel.
BIBLIOGRAPHIE
Leçons de physiologie opératoire, par Claude BERNARD.
In-8° de 615pages. — Paris, 1879* J.-B. Baillière et fils.
Les hommes illustres, quand ils disparaissent, laissent presque toujours derrière eux des notes, des travaux inachevés; leurs collaborateurs se trouvent alors dans un embarras sérieux et qu’il est facile de comprendre ; ils .doivent à la mémoire du grand homme, ils doivent plus encore à leurs contemporains la publication de ces documents, mais ils hésitent à en assumer la responsabilité. Ils n’ont plus auprès d’eux le maître à qui soumettre la rédaction et ils craignent de ne pas rendre dans tous les détails la pensée qui l’a inspiré. Que faire? Nous croyons qu’il y a dans cette dernière manière de voir une erreur, conséquence d’une modèstie exagérée, car une collaboration, une communion d’idées journalière les a mis à même de-se pénétrer de la manière de voir du professeur; ils n'ont que bien rarement à craindre de ne pas être ses interprètes fidèles. Quand bien même ils manqueraient quelquefois, dans des questions secondaires, d’une précision absolue, ils devraient encore passer outre ; ils n’ont ias le droit de priver la science du résultat des efforts de a vaste intelligence qui les a admis dans son' intimité. En
tout état de cause on a donc bien fait de publier le volume dont nous allons rendre compte.
Depuis bien des années, et pour quiconque le connaissait, la chose est facile à comprendre, Claude Bernard caressait la pensée de couronner son œuvre par un grand traité d’expérimentation qui traçât des règles générales, au moins dans leur ensemble, aux chercheurs à venir. C’est la première partie de celte vaste lâche qui fournit la matière du volume actuel:
« Il renfermera les procédés opératoires, dit Claude Bernard lui-même, pour arriver à 1a. localisation des divers phénomènes fonctionnels de l’organisme. Ici le cadre du sujet sera essentiellement anatomique : ce sera de la physiologie descriptive. Je donnerai des types d’expériences dans lesquels seront exposés les principes du déterminisme expérimental. »
Pour remjjlir ce cadre, le volume est divisé en quatre parties.
La première est consacrée à la physiologie opératoire en général et aux vivisections. Il existe en effet dans l’état actuel de la physiologie certaines expériences bien définies, qui, toujours pratiquées de la même manière, donnent des résultats déterminés et permettent d’étudier expérimentalement les fonctions des organes. Ces expériences peuvent être décrites d’une manière technique tout aussi bien que la chirurgie opératoire pour les parties qui ne réclament du praticien que l’habileté manuelle, des connaissances anatomiques et ne présentant rien d’incertain. La première leçon a pour but d’établir cette vérité et se termine par un plaidoyer éloquent en faveur de la médecine moderne, science d’observation et d’expérimentation. Lorsque la physiologie, dit Claude Bernard, aura donné tout ce qu’on lui demande, tout ce qu’on est en droit d’attendre d’elle, il n’y aura plus deux sciences, l’une la connaissance de l’organisme sain, l’autre la connaissance de l’organisme malade; il n’y aura plus une médecine et une physiologie. La physiologie, devenue la science complète de la vie, embrassera aussi bien les phénomènes normaux que les phénomènes anormaux, ces derniers dérivant des premiers. La physiologie sera la médecine devenue science théorique, et de celte théorie se déduiront, commepour toutes les autres sciences, les applications nécessaires, c’est-à-dire la pratique médicale.
L’expérimentation n’est autre chose qu’une observation réglementée par l’intelligence; c’est ce que Cuvier a si bien exprimé dans cette phrase célèbre : « L’observateur écoute la nature, l’expérimentateur l’interroge. » Or, l’un et l’autre sont soumis à des règles que Claude Bernard développe tout au long dans une leçon qui peut servir d’introduction à la physiologie expérimentale, et en quelque sorte à l’œuvre entière de Claude Bernard.
La troisième leçon traite encore des généralités; passant en revue les diverses méthodes, exposant les avantages de chacune, Claude Bernard montre que les conquêtes de la physique et de la chimie ont renouvelé la physiologie expérimentale ; que des détails autrefois inappréciables peuvent être maintenant constatés par un expérimentateur novice. Mais il est une méthode qui a fait plus encore pour la physiologie expérimentale en lui donnant ce qui manque toujours aux résultats constatés par les sens: la minutie, larégularité, la précision; on comprend que nous voulons parler de la méthode graphique. Les effets perceptibles de l’action dés nerfs, des muscles, sont si délicats dans leurs parties, que nos sens, même aidés des plus puissants instruments d'optique, s’ils en perçoivent l’ensemble, ne peuvent en analyser les détails; cette faculté, la méthode graphique nous la donne. En clinique, elle n’a jusqu’ici fourni que des résultats en quelque sorte de curiosité; nous ne craignons pas de dire que le sphygmographe lui-même est loin d’avoir les avantages dont on l’avait tout d’abord un peu théoriquement gratifié ; mais on peut prévoir le moment où, la clinique n’étant plus que la physiologie des organes troublés, la méthode graphique révélera
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les plus minutieux de ces troubles et les modifications produites sur eux par l’action des substances médicamenteuses ; elle les inscrira pour le lendemain et nous mettra ainsi en garde contre les défaillances de la mémoire même la mieux douée.
Avec la leçon suivante nous entrons dans le cœur même du sujet; elle traite de l’installation des laboratoires, du choix des animaux; nous nous bornerions à y renvoyer nos lecteurs si nous ne voulions leur signaler d’abord l’étude historique que Claude Bernard consacre à la physiologie expérimentale et surtout Tardent plaidoyer du grand physiologiste en faveur des vivisections. Nous sommes déjà loin, il est vrai, du temps où toute vivisection était condamnée comme inutile et cruelle; mais, puisqu’il se rencontre encore certains esprits chagrins et fanatiques pour les combattre, il n’était pas inutile qu’un physiologiste, qu’un philosophe comme Claude Bernard en démontrât la légitimité et l’utilité. Nous renvoyons à cette page partisans et adversaires : ceux-là y puiseront des arguments irréfutables pour défendre leur thèse; les autres, s’ils sont de bonne foi, seront convaincus.
Enfin, la cinquième leçon qui termine l’étude préliminaire traite des phénomènes de la vie. Comment localise-t-on ces phénomènes? Comment peut-on les expliquer? De quel ordre sont-ils? Il est évident que, la physiologie ayant pénétré plus profondément dans les détails des fonctions, ayant montré non-seulement le rôle des organes pris dans leur ensemble, mais encore celui des éléments primitifs qui entrent dans leur composition, les phénomènes de la vie se réduisent en dernière analyse en fonctions et modifications intimes dans ces éléments primitifs.
Claude Bernard aborde ensuite la pratique des expériences proprement dites et il s’efforce de bien montrer qu’en ayant soin de suivre les règles qu’il prescrit, l’expérimentation devient praticable pour et par tous ; il ne néglige aucun détail, ni le choix des animaux dont la structure anatomique favorise spécialement telle ou telle recherche, ni la manière de les contenir ; ces minuties préliminaires, qui peuvent d’abord paraître superflues, ont, pour quiconque a fait des expériences, une réelle importance. A ce propos, Claude Bernard décrit tous les appareils qui servent à la contention des animaux, ou à les museler. De ces appareils, plusieurs ont été inventés par l’illustre professeur et lui ont rendu des services sérieux. Cette leçon est donc l’enseignement didactique du côté mécanique des expériences.
Mais il arrive souvent que Ton a besoin que l’animal ne soit pas maintenu par des entraves et que le physiologiste puisse atteindre toutes les parties du corps et modifier rapidement la situation ou l’attitude des animaux opérés; dans ces conditions les instruments même les mieux compris ne peuvent suffir à remplir ces indications; il a donc fallu trouver un moyen de remédier à ces inconvénients, c’est à quoi on arrive par l’emploi de certains agents toxiques.
Dans la huitième leçon, Claude Bernard résume l’histoire de ces moyens : il passe en revue successivement ceux qui sont ordinairement employés ; en premier lieu il s’occupe de l’opium et de ses alcaloïdes, dont il expose les inconvénients. Puis il passe en revue l'éther, le chloroforme, ces anesthésiques déjà anciennement employés.
Le chloral fournit la matière d’un intéressant paragraphe et l’auteur y insiste, d’autant plus que cet agent, appliqué à cet usage depuis peu d’années, a rendu de trèsgrands services, plus grands que tous ceux qu’on obtient au moyen de ses congénères : l’éther et le chloroforme. Puis il passe en revue les combinaisons de ces divers procédés, chloroforme et morphin?, éther et opium, protoxyde d’azote. Enfin, il aborde l’étude de ce moyen de contention qui semble annuler toutes les facultés de l’animal et le mettre entre les mains de l’expérimentateur, qui peut en quelque sorte l’analyser comme un corps neutre dans la cornue ou le vase à expérience du chimiste : c’est le curare. Le curare comme
agent d’expériences est la propriété de Claude Bernard, une de ses plus belles découvertes, une de ses plus remarquables vulgarisations.
Cependant, si les agents mécaniques sont moins faciles à employer que les agents toxiques, ils ont sur eux un grand avantage dans beaucoup de cas; c’est que, s’ils obligent l’animal à des efforts qui peuvent jusqu’à un certain point troubler la circulation et fatiguer le sujet, c’est un inconvénient auquel on remédie en les laissant reposer; avec les agents toxiques il n’en est pas de même, et dans maintes circonstances il y a des difficultés à bien reconnaître ce qui dans les phénomènes observés appartient à l’agent contentif ou à l’expérience entreprise, c’est évidemment un désavantage. Mais il n’est pas assez grand pour en contremander l’usage: il suffit, en effet, de bien connaître les effets propres à l’agent employé, au besoin de répéter une ou deux expériences pour bien discerner les divers effets, et alors nous pourrons accorder à ces agents toute leur valeur, et pour finir nous dirons que l’application de ces moyens n’est pas une des moindres gloires de Claude Bernard.
Les deux leçons suivantes sont consacrées à l’étude des instruments qui servent aux expériences physiologiques et à celle des soins immédiats à donner aux animaux après les opérations. Dans un paragraphe spécial, il traite des injections hypodermiques et des résultats qu’elles peuventdonner.
Bernard s’occupe, dans la leçon suivante, de la manière de procéder pour examiner les animaux qu’on a soumis à des expériences : quand l’animal n’a pas succombé soit au traumatisme, soit à l’action des substances absorbées, il faut le sacrifier, et cela par le moyen le plus rapide et le moins douloureux ; c’est qu’en effet, s’il est permis de pratiquer des opérations sur l’animal vivant pour obtenir des résultats utiles, les physiologistes sont les premiers à reconnaître que, quand la chose n’est plus nécessaire, il faut ménager autant que possible les souftrances de l’animal et ne lui "faire supporter que les traumatismes nécessaires pour ne pas compromettre l’expérience, et c’est pourquoi on doit employer des moyens qui tuent vite et sans souffrances; parmi ces derniers nous signalerons l’injection d’air dans les veines, la section du bulbe, l’acide prussique.
Nous avons donc passé en revue tout ce qui a trait aux expériences en général et aux règles à suivre ; Claude Bernard va nous guider dans les cas particuliers et nous montrer à scruter les divers appareils.
L’appareil circulatoire, qui porte à tous les organes les aliments et les poisons, qui doit servir de voie aux substances introduites, mérite d’être étudié en première ligne: Bernard commence donc par l’exposé des particularités anatomiques que présente l’appareil circulatoire chez les divers animaux qui servent ordinairement aux expériences. Il indique les opérations qu’on doit pratiquer sur les vaisseaux, telles que les injections dans les veines, les artères et les lymphatiques; le cathétérisme du cœur. Il consacre plusieurs leçons à l’etude de l’appareil circulatoire, et Ton peut dire qu’aucune expérience classique ou au moins commune sur les vaisseaux n’est omise.
Après l’appareil circulatoire vient l’appareil digestif; les glandes salivaires, l’influence du système nerveux sur ces glandes, l’œsophage, l’estomac, l’intestin et enfin le pancréas et les fistules pancréatiques sont l’objet de développements intéressants.
Dans le chapitre consacré à l’étude de l’appareil circulatoire, nous avons déjà fait remarquer que Claude Bernard consacre quelques pages d’un puissant intérêt à l’étude des poisons employés comme moyen de vivisection : parmi ceux-ci nous nous occuperons spécialement du curare. Comme exemple citons l’expérience ci-après de Bernard commentée par lui : « Nous pouvons, soit en employant des doses différentes de ce poison, soit en suivant attentivement les périodes successives d’un empoisonnement complet, distinguer les
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nerfs moteurs ; nous pouvons produire un degré d’empoisonnement dans lequel les nerfs volontaires seuls soient atteints ; à un degré plus élevé, nous paralyserons de plus les nerfs qui président aux mouvements réllexes involontaires de la respiration ; mais toute une série de nerfs moteurs aura encore conservé ses fonctions, comme nous pourrons nous en assurer en prolongeant la vie de l’animal par la respiration artificielle. Ces nerfs sont les vaso-moteurs. Parmi les vasomoteurs, les uns président à la dilatation, les autres au resserrement des vaisseaux. Eli bien ! c’est encore le curare qui nous permettra d’isoler chacun de ces ordres de nerfs vasculaires, car nous le verrons paralyser, c’est-à-dire supprimer les uns avant d’entamer en rien les fonctions des autres. Il est évident que la vivisection à l’aide de l’instrument tranchant serait impuissante à réaliser avec une telle précision des distinctions aussi nettes, des délimitations physiologiques aussi délicates. Ajoutons encore que l’action du curare se porte non-seulement sur les vaso-moteurs proprement dits, mais que ce poison agit encore sur les nerfs de l’organe central de la circulation, sur les pneumogastriques et sur les nerfs du cœur. »
C’est là tout ce que nous voulions dire du volume de Bernard; le physiologiste praticien, le savant de laboratoire y puisera des renseignements qui deviendront son guide de chaque jour; et nous pouvons affirmer sans être démenti, que, quoiqu’il y manque le dernier poli de l’auteur, chacun voudra le ranger dans sa bibliothèque à côté des autres ouvrages du grand physiologiste. Quiconque s’intéresse aux progrès de la science le lira avec plaisir. S’il s’agissait d’un de nos maîtres vivant, si illustre soit-il, nous éprouverions un grand plaisir à joindre le faible tribut de nos éloges à ceux que ne manqueraient pas dé lui prodiguer les critiques de la presse médicale : Claude Bernard n’est plus et la position qu’il a conquise le met à un tel rang qu’on ne peut rien ajouter ; nous nous taisons. Cependant il est un collaborateur qui a travaillé bien des jours à réunir et à publier les éléments du volume actuel; à lui nous ne craindrons pas de répéter, après avoir résumé le volume, ce que nous lui disions en commentant : il a su s’assimiler les idées de Bernard et sa manière de faire; il a su puiser dans ses notes les éléments les plus utiles ; il a non-seulement rempli une tâche agréable, mais, dans une sphère limitée, il sera utile à tous. Quel prix plus grand pouvait-il désirer? aucun. Cependant on peut affirmer que son travail est déjà récompensé en voyant son nom accolé à celui de Bernard. Il ne nous reste en terminant qu’un vœu à former, qu’une demande à adresser à tous ceux qui dans ces derniers temps ont été les collaborateurs de Bernard: il y a un exemple à suivre, et nous sommes convaincu qu’ils trouveront dans les notes de leur maître les éléments d’autres ouvrages que le monde savant leur demande instamment de publier ; ici encore le vieux dicton est vrai : « Autant que noblesse succès oblige. »