LA MÉTHODE DOSIMÉTRIQUE ET LE MINISTÈRE DE LA GUERUB
; Nous trouvons dans le dernier nuriiéro du Répertoire de médecine dosimétrique un article intitulé : «La dosimétrie dans le service de santé militaire », et la lettre suivante, que nous croyons devoir reproduire textuellement :
Versailles, 26 novembre 1878.
Monsieur,
• Par une lettre en date du 25 septembre dernier, vous avez attiré mon attention sur les avantages que le service hospitalier de l’armée pourrait retirer de l’emploi de la méthode de chirurgie conservatrice exposée par vous dans les ouvrages dont vous avez bien voulu me faire l’hommage.
Je m’empresse de vous informer que la méthode de thérapeutique dont vous proposez l’adoption par les hôpitaux militaires a été soumise à l’examen du conseil de santé des armées, qui m’a fait connaître que les principes èxposés et développés dans vos ouvragés ont un mérite très-réel. Votre méthode de chirurgie conservatrice est même depuis longtemps déjà connue par les médecins militaires français.
' Je' ne puis donc que vous remercier de votre intéressante communication et vous exprimer toute la satisfaction que j’éprouve de voir votre méthode de médecine dosimétrique favorablement appréciée dans notre armée.
Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération.
Pour le ministre de la guerre et par son ordre . et par délégation spéciale,
Le directeur adjoint.
. (Pas de signature.)
Nous avons cru tout d’abord qu’une erreur de typographie avait attribué à l’honorable général Corel une lettre écrite au nom du ministre de la guerre d’un pays voisin. Nous avions espéré même que cette lettre était apocryphe.
L’article qui la précède affirme l’authenticité de ce singulier document : « Notre seul but, dit le docteur Burggraeve, a été de faire voir que l’introduction des médicaments dosimétriques dans le service de santé militaire sera un immense bienfait, et que c’est auministre delaguerreactuel,en France, qu’en reviendra l’honneur. » Il n’en faut donc point 'douter, la lettre qu’on vient de lire a été écrite par les bureaux de la guerre. A moins d’un désaveu formel, que nous attendons, que nous demandons, elle peut être considérée comme officielle.
Or cette lettre invoque l’opinion émise parle conseil de santé désarmées, seul juge compétent en pareille matière; elle
affirme que le conseil de santé a reconnu le mérite très-réel de la doctrine dosimétrique. Et d’autre part, nous ne croirons jamais, à moins d’un démenti formel, que le conseil présidé par M. le médecin-inspecteur Legouest, qui seul a qualité pour écrire en son nom, a pu adresser au ministre de la guerre un rapport semblable. Nous sommes convaincu que jamais, à aucune époque, dans le corps de santé de l’armée, jamais, à plus forte raison, dans le sein du conseil qui le représente devant l’autorité supérieure, aucune voix ne s’est élevée en faveur d’une méthode que nous ne voulons point discuter ici. Que penser dès lors de cette lettre contre laquelle protesteront, dès qu’elle aura été mise sous leurs yeux, les chefs les plus autorisés de la médecine militaire?
Il y a quelques mois à peine, une circulaire ministérielle officiellement communiquée à tous les médecins de l’armée leur interdisait de la façon la plus formelle de délivrer une attestation favorable, une observation médicale ou chirurgicale signée de leur nom aux inventeurs d’appareils qui pourraient solliciter leur approbation. Il était rappelé dans celte circulaire que souvent on se servait, dans un but de réclame, de témoignages semblables et qu’il importait à la considération du corps de santé de l’armée de se tenir en dehors et audessus de toutes les questions de ce genre. On recommandait même aux médecins de l’armée de n’essayer aucun médicament nouveau, aucun appareil de chirurgie, sans y avoir été au préalable autorisés par le ministre de la guerre. Tous nos confrères militaires ont compris l’intention qui avait dicté cette nouvelle circulaire; ils en ont, approuvé les termes, convaincus qu’elle n’avait été publiéepque pour leur éviter, au moment de l’Exposition universelle, des sollicitations toujours ennuyeuses, et espérant bien qu’on savait, en haut lieu, qu’aucun d’eux ne faillirait jamais aux devoirs que Surimposent la probité médicale et l’honneur militaire.
Et voici qu’aujourd’hui ces mêmes médecins apprennent que le chef de l’armée approuve et recommande une méthode thérapeutique qui jamais, à aucune époque, n’a été expérimentée officiellement dans les hôpitaux de France ou d’Algérie ! Et sa lettre, publiée à un très-grand nombre d’exemplaires, est adressée directement, sans qu’aucune réfutation puisse en être faite par les intéressés, à tous ces médecins, en les déclarant favorables à une méthode qu’ils repoussent unanimement. Les médecins de l’armée ne sont-ils pas en droit, dès lors, de réclamer du ministre, mieux informé, un désavœu formel de ce document si regrettable?
Mais il y a plus, On parle beaucoup, depuis quelque temps surtout, de la réorganisation du corps de santé de l’armée. A tous ceux qui font valoir les plaintes des médecins militaires, qui cherchent à démontrer leur subordination à rintendauce et les inconvénients qui en résultent, on répond sans hésiter : « En ce qui concerne la science et l’art de guérir, les médecins sont libres et indépendants. Le conseil de santé des armées est toujours consulté pour toutes les mesures
17 Janvier 1879
qui intéressent l’hygiène, la médecine ou la chirurgie. Ses avis ont force de loi. » Et, pour le mieux prouver, on compromet le conseil de santé dans une question au sujet de laquelle nous répétons qu’il n’a pas été consulté. On affiche sur des prospectus un avis qu’il n’a pas été appelé à donner. On lui fait publiquement un outrage contre lequel protesteraient, avec la plus énergique insistance, tous les honnêtes gens dont on essayerait ainsi de contrefaire la signature! Nous rappellerons cet exemple quand le moment sera venu de montrer quelle est le plus souvent l’autorité et l’importance qu’attachent les bureaux de la guerre aux décisions du conseil de santé des armées, et nous répondrons plus aisément ainsi à ceux qui prétendent que tout est pour le mieux sous le régime qui asservit encore le corps de santé militaire.
Quant à la lettre qui précède et aux questions qu’elle soulève, nous n’avons plus qu’un mot à dire. Ou cette lettre a été écrite et signée par le directeur adjoint (?) du ministère de la guerre à l’insu du conseil de santé des armées qui aurait dû être consulté; dans ce cas il importe qu’elle soit immédiatement désavouée. Ou bien elle a été écrite dans les bureaux de la guerre et adressée à M. le docteur Burggraeve à l’insu du ministre, et dans ce cas il est indispensable qu’une enquête soit ouverte pour faire retomber sur qui de droit la responsabilité d’un acte aussi blâmable.