L. Lereboullet
TRAVAUX ORIGINAUX
Pathologie interne.
Note sur deux cas de rhumatisme très-grave traités par LE salicylate de soude, par le docteur Henri Desplats, professeur à la Faculté libre et médecin de l’hôpital Sainte-Eugénie (Lille).
Depuis un an, j’ai eu l’occasion, à Lille, où celte espèce de maladie abonde, de traiter un grand nombre de rhumatisants par le salicylate de soude. Les résultats ont été divers, et je me propose de les publier, sous peu, intégralement. En attendant, j’ai cru qu’il serait intéressant de détacher de celte série deux faits remarquables par leur gravité, leur longue durée, la variété des manifestations et même l’extrême rareté de quelques-unes.
Le salicylate a été donné, dans ces deux cas, à plusieurs reprises et à des doses variables ; chaque fois l’action sur la douleur a été rapide, au point que trente-six ou quarantehuit heures d’administration suffisaient pour la dissiper; néanmoins la durée de la maladie a été des plus longues, et les complications les plus tenaces et les plus imprévues sont venues l’accroître. Je sais que certains médecins répugnent à administrer le salicylate et inclinent à le rendre responsable des complications insolites qu’ils observent. La raison qu’ils invoquent pour expliquer leur réserve est que le salicylate de soude ne serait point, comme on l’a prétendu, le remède du rhumatisme, mais qu’il serait seulement un des plus efficaces remèdes des douleurs et des manifestations aiguës articulaires, et comme ils prétendent que les douleurs et les arthrites aiguës sont les manifestations les plus bénignes, quant à la terminaison, ils redoutent de les faire disparaître d une façon prompte dans la crainte de les voir remplacer par d’autres plus graves. Au fond c’est toujours la theone de la répercussion et de la métastase qui les domine.
Sans prendre parti pour celte doctrine et surtout sans me I
déclarer l’adversaire de ce nouveau médicament qui, dans un grand nombre de cas, m’a rendu de signalés services,, je crois devoir publier les deux faits suivants qui contredisent les affirmations par trop optimistes de M. le professeur Sée et semblent donner raison à ceux qui recommandent la réserve dans l’administration de ce sel dont tous les effets ne sont pas encore connus.
Obs. 1. Rhumatisme articulaire généralisé; éruptions rhumatismales diverses; emlo-péricardite aiguë ; pleurésie ; asystoliect mort sans que la malade ait quitté l hôpital. — Dewerl (Marie), âgée de vingt ans, fileuse. Entrée le 13 novembre, atteinte d’un rhumatisme articulaire généralisé, survenu d’une façon lente trois mois après un accouchement naturel; cette malade ne pouvait faire un mouvement,, avait une fièvre vive (38°, 9 le 14 au matin, et 40 degrés le soir), des sueurs profuses et un léger souffle au cœur (premier temps, partie moyenne). — Salicylate de soude, 6 grammes.
Le lendemain, la température était moindre (38°, 5), les douleurs moins vives, les mouvements plus faciles, les sueurs moins abondantes. — Salicylate, 8 grammes.
Le soir du second jour, 38°, 3. Sueurs profuses, disparition complète des douleurs, démangeaisons insupportables au niveau des articulations.
Le troisième jour (16), 37°, 8. Tout le corps, sauf la face, est couvert de plaques d’urticaire; les urines sont redevenues claires.
Le 17, l’urticaire a disparu et est remplacée par une éruption confluente de sudamina. L’absence de douleurs persiste. Souffle au premier temps bien prononcé. — Vésicatoire ; température variable, 39°, 6.
Pendant les jours suivants, successivement la malade fut couverte d’érythèmes et de plaques d’herpès qui succédèrent à l’urticaire et aux sudamina. Le souffle cardiaque semblait avoir diminué d’intensité.
Le 23, la guérison était complète et la malade se levait.
Le 25, l'urticaire reparaissait discret d’abord, puis plus généralisé et se mélangeait de quelques taches de purpura.
Le 30, sans que la température se fût élevée, les douleurs reparaissaient dans tout le membre inférieur droit. — Salicylate, 0 grammes.
Le lendemain, les douleurs avaient disparu et étaient remplacées par do la diarrhée et des coliques qu’on ne pouvait expliquer par aucun écart de régime.
Pendant les jours suivants, poussées d’urticaire, douleurs diverses, légère élévation de la température. — Le salicylate est porté à 8 grammes.
Le souffle cardiaque augmentant, nouveau vésicatoire.
Pendant tout le mois de décembre, alternatives diverses : la peau, les articulations, l’intestin, le poumon (râles crépitants â gauche) sont le siège de manifestations semblables à celles que j’ai déjà mentionnées. Je renonce au salicylate pour faire de la médecine symptomatique.
Le 1er janvier, frisson; le lendemain, pleurésie évidente à gauche. — Ventouses scarifiées, cataplasmes. Deux jours après, l’amélioration était considérable et la malade, non guérie, sortait pour raisons de famille.
Le 8, elle rentrait à peu près dans le môme état qu’au moment de sa sortie. Sa pleurésie gauche était cependant plus accusée.
Pendant ce second séjour, toutes les manifestations cutanées faisaient place à une endo-péricardile avec épanchement considérable qui évoluait en même temps que la pleurésie. Les révulsifs, les diurétiques, la digitale ne modifiaient que bien lentement cet état.
Au mois de mars, la pleurésie avait disparu, et la malade ne présentait plus que les signes habituels d’une aflection chronique du cœur avec asystolie.
Jusqu’au mois de juin, sans nouvelle poussée aiguë, sans fièvre, les troubles circulatoires se développaient, donnaient lieu à une dyspnée de» plus intenses, a l’œdème des membres inférieurs, à l’ascite et à l’hydrothorax.
Pendant cette dernière phase, plusieurs fois des douleurs articulaires subaiguë? se montrèrent; chaque fois elles furent dissipées par une faible dose de salicylate de soude.
La malade succomba le 12 juin.
L’autopsie ne put être faite.
Celte observation peut se résumer ainsi :
Une jeune fille de'vingtans est atteinte, pour la première
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fois, d’un rhumatisme polyarticulaire très-aigu et tellement douloureux qu'aucun mouvement n’est possible. En deux jours, grâce au salicylate de soude, les douleurs disparaissent complètement; mais alors se montrent une série d’autres manifestations rhumatismales portant sur la peau, le cœur, le péricarde, le poumon, la plèvre, l’intestin, sur lesquelles le salicylate n’a aucune action. Sur place l’endopéricardite se transforme en affection organique du cœur, et la malade succombe à l’asystolie six mois après le début de son rhumatisme.
On ne peut le nier, une pareille évolution du rhumatisme est rare, et je n’en connais pas, pour ma part, d’autre cas. A quoi est-elle due? Peut-on dire que le rhumatisme abandonné à lui-même se serait plus longtemps fixé sur les articulations et aurait plus ménagé le cœur?
Le second cas est encore plus curieux. Je me vois obligé de l’exposer avec de plus longs développements à cause de la discussion qui doit le suivre. Cette malade a, en effet, présenté des signes d’intolérance et dans une certaine mesure d’intoxication. J’aurai à rechercher si les accidents rares qu’elle offrit pendant la seconde partie de son séjour à l’hôpital étaient dus à l’action du médicament ou à la maladie elle-même. Pour cela, il est nécessaire d’exposer les faits sans les trop abréger.
Obs. II. Thérèse D., quarante-quatre ans, journalière. Entrée le 4 novembre. Cette malade, qui a eu une première attaque de rhumatisme apyrétique il y a vingt ans, souffre depuis quelques semaines. Les douleurs sont devenues très-aiguës depuis quelques jours. Elle a un très-grand nombre d’articulations prises avec gonflement et rougeur, des sueurs profuses, de l’anorexie, une fièvre modérée (38°, 3), et cependant un peu d’excitation cérébrale. Les bruits du cœur sont légèrement voilés. — Le traitement par le salicylate de soude est commencé le 5.
Il se produit une amélioration progressive, et le 10 les douleurs ont disparu; cependant, pour se conformer aux conseils de M. Sée, le salicylate est continué à la dose de 6 grammes.
Le 13, lorsqu’il n’avait pu être encore interrompu, les douleurs reparaissent avec une légère élévation de la température. — Sali-, oylale, 10 grammes.
Jusqu’au 1(3, amélioration notable.
Sans motif, le 17, recrudescence des douleurs et de la fièvre. Léger souffle au cœur. — - Salicylate , 12 grammes. (Le temps était détestable.)
Le 21, l’amélioration est encore une fois très-grande. La dose du salicylate est progressivement réduite à 8 grammes d’abord, puis à 4- grammes.
Le 27, nouvelle recrudescence. — 8 grammes produisent leur effet habituel.
Jusqu’au 25 décembre, la marche est semblable; de temps en temps il se produit des poussées qui cèdent toujours à des doses élevées de salicylate parfaitement tolérées.
Le 30, lorsque le salicylate était interrompu depuis trois jours, malaise, tension de la face, anurie (depuis deux jours). Le cathétérisme donne 30 grammes d’une urine rouge et très-épaisse, fortement albumineuse.
Légère douleur dans la région rénale, apyrexie, pas de céphalée. — Chiendent nitre, vin diurétique.
Le lendemain, 250 grammes d’urines sont rendus. Elle est toujours rouge, chargée de sels, très-faiblement albumineuse. Examiné au microscope, le dépôt qui se produit au fond du vase contient en abondance : des cellules épithéliales, des cylindres hyalins et granuleux, des tubuli, des globules rouges et quelques leucocytes.
.La malade accuse de la dyspnée, le ventre est tendu ainsi que la face et les muscles inférieurs. Cet œdème n’est pas blanc comme est fréquemment celui de l’albuminurie; le tissu ne se laisse pas facilement déprimer; on dirait que le gonflement des parties tient à une réplétion exagérée du système vasculaire.
Selles abondantes, liquides et blanches. — Ventouses scarifiées sur la région rénale.
Le 1er, 300 grammes d’urine.
Le 2 , 450 grammes.
Régime lacté et un bain d’air chaud tous les jours. On examine comparativement les urines avant et après le bain. Ces dernières contiennent une moindre quantité d’albumine.
Pendant les jours qui suivent; la malade se plaint d’un sentiment de plénitude extraordinaire : elle prétend ne plus pouvoir boire. Elle a une dyspnée très-pénible et accuse une chaleur intolérable, sans que le thermomètre indique une élévation de la température. En même temps toute la région rachidienne, particulièrement la région cervicale est douloureuse. L'auscultation permet d’entendre dans toute la poitrine des râles sibilants mêlés de quelques râles crépitants aux bases. On continue les bains d’air chaud et le régime lacté, et on applique des pointes de feu avec le thermocautère sur la région lombaire.
Le 6 janvier, douleurs intenses dans le cou et l’épaule droite, céphalée nocturne du côté droit, adénite dans la région sus-claviculaire du même côté. La respiration est anxieuse, l’œdème reste stationnaire. 11 y a un litre et demi d’urine claire et très-fortement albumineuse. On entend dans toute la poitrine des râles lins tres-abondants. — Ventouses sèches, bain d’air chaud, lait.
Le 9, les sueurs ont été abondantes et un peu de détente commence à se produire : l’œdème est moins dur, l’abdomen moins tendu, la respiration moins pénible. La malade consent à prendre un œuf.
Le 12, les règles surviennent. L’amélioration continue pendant les jours suivants, et le 17 l’œdème a presque entièrement disparu, tandis que les urines sont abondantes, mousseuses et contiennent un peu moins d’albumine.
Jusqu’au 26, amélioration progressive. Ce jour-là, douleurs légères, fugaces, avec bouffées de chaleur intermittentes. Lus urines n’ont pas varié.
L’examen de la poitrine révèle à la base du poumon droit, en arrière, de la submatité avec quelques frottements superficiels; il y en a même quelques-uns à la base gauche.
Le 27, toux; pouls, 124 ; température, 38°, 4.
Le 28, la dyspnée est plus grande, la matité s’accentue à la base du poumon droit, et a l’auscultation, à ce niveau, le murmure vésiculaire est remplacé par du souffle et de l’égophonie. Dans tout le reste delà poitrine il y a des râles sous-crèpitanls et sibilants mêlés à des râles trachéaux perceptibles à distance. Crachats spumeux abondants. Les urines sont redevenues foncées. — Ventouses scarifiées.
Le 30, légère amélioration des accidents pleuro-pulmonaires ; mais les urines; sont devenues plus rares et comparables à du café; il y a des sueurs profuses; la face est boursoufflée et les petites articulations sont douloureuses. Le pouls bat 128; la température est à 37°, 8.
Le lendemain, les douleurs augmentent et s’étendent. — Ventouses sèches, bain d’air chaud, et pour la première fois depuis plus de cinq semaines, salicylate de soude, 6 grammes. Il n’est point toléré; l’estomac le rejette aussitôt.
Pendant plusieurs jours, les douleurs augmentent et deviennent plus intenses que jamais. La malade affirme n’en avoir pas encore éprouvé d’aussi vives.
Le 3, j’essaye de nouveau le salicylate avec de l’eau de Seltz,
8 grammes. Il est bien toléré, et dès le soir les douleurs se calment. ...
Le 4, il y a un peu d’excitation cérébrale. La dose est réduite a
4 grammes.
: Le lendemain, troubles très-variés des sens : surdité, perte du
! goût, sensations lumineuses bizarres; les lumières sont trèsagrandies et rouges. La malade compare un bec de gaz au soleil jévant. Constipation. Urines à peu près normales, contenant un peu d’albumine. — Le salicylate est suspendu.
Les troubles nerveux disparaissent; cependant lamalade se plaint de ne pas avoir de goût; tous les jours, après Je tepas, apparaît au-dessous du maxillaire inférieur gauche, à peu près au niveau I delà glande sous-maxillaire, une tumeur du volume d’un petit œuf de poule. Elle est mobile sous la peau, indolore et persiste pendant une heure environ. Le lendemain elle reparaît à la même heure.
L’amélioration progressive continue pendant la plus grande partie du mois de février ; cependant, vers le 25, les douleurs reparaissent. On essaye de nouveau le salicylate à la dose dé
5 grammes; mais il n’est pas toléré.
Pendant le mois de mars se produisent quelques^ poussées légères; deux fois encore le salicylate, essayé même à la dose de I 2 grammes, n’est pas toléré.
| La malade peut sortir guérie le 13 avril. Les urines ne contien- | nent plus d’albumine.
1 Ce fait, comme le précédent, prouve combien le salicylate'
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de soude est efficace contre la douleur ; à chaque nouvelle poussée il a été administré, et chaque fois l’effet ne s’est pas fait attendre. Par contre, tandis que l’expérience de M. Sée lui a appris que le salicylate continué pendant quelques jours après la disparition des douleurs, en empêche le retour et rend la guérison- définitive; ce fait montre qu’il y a des exceptions, car, à plusieurs reprises, les douleurs qui avaient cédé ont reparu lorsque le salicylate n’avait pas été encore interrompu. Il est vrai que dans ces cas la dose avait été toujours réduite (à 6 grammes le plus souvent), et qu’il a suffi de l’élever pour que la douleur disparut encore.
Un troisième fait est à noter : c’est le défaut d’action du salicylate contre toutes les autres manifestations du rhumatisme. Cela ressort des deux observations que je viens de publier.
On pourrait même se demander s’il n’a pas eu une action funeste. Ainsi que je l’ai fait remarquer à propos de la première observation, il est rare que les affections cardiaques, survenant dans le cours d’un rhumatisme, aient une évolution aussi rapide ; cela ne suffit pas cependant pour dire que le salicylate de soude l’ait provoqué ou aggravé. Je m’abstiens donc, me contentant de publier le fait et de poser la question.
A propos de la seconde observation, d’autres remarques peuvent être faites. La première est que, tandis que pendant toute la première partie de la maladie le salicylate avait été parfaitement toléré, même à des doses élevées (12 grammes), pendant la seconde partie, après cinq semaines de suppression, 8 grammes, puis 5, enfin 2 furent successivement refusés, et cependant, à ce moment-là même, l’action analgésique fut manifeste, puisque la malade ayant une fois supporté le médicament pendant trente-six heures, ses douleurs cessèrent aussitôt. L’intolérance se manifesta d’abord par des vomissements, et puis, lorsque à l’aide de l’eau de Seltz et de l’alcool, l’intolérance de l’estomac eut été vaincue, des troubles nerveux apparurent : surdité, éblouissements, perte de goût, etc. Il semble qu’on ne puisse nier que ces accidents furent dus au salicylate de soude. Comment expliquer que la même personne, dans le cours de la même maladie, ait pu, à quelques jours d’intervalle, supporter 12 grammes d’une substance dont elle ne pouvait, quelques jours plus lard, tolérer, sans accidents nerveux, 2 grammes? Je crois que la différence d’action physiologique dans les deux cas tenait à l’état de la fonction urinaire. Pendant toute la première partie de la maladie, la fonction urinaire fut normale, tandis que dans la seconde période, il y eut constamment de la congestion rénale, de l’albuminurie, et par conséquent un trouble dans la fonction excrétoire. Or il a été démontré que le salicylate de soude est éliminé par les urines et que l’élimination se fait rapidement; on conçoit donc que des doses plus faibles s’accumulant aient eu une action plus profonde que des doses plus considérables éliminées à mesure de leur absorption.
De cette première remarque on pourrait tirer cette conclusion : que le salicylate de soude doit être administré à dose plus faible et que son action doit être surveillée lorsque la fonction urinaire ne s’accomplit pas d’une manière tout à fait normale, particulièrement lorsqu’il y a albuminurie.
Ce n’est pas tout, nous devions rechercher, si c’est possible, à quelle cause fut due dans ce cas la congestion rénale, et si le salicylate ne peut être accusé de l’avoir provoquée.
A une telle question, la réponse est difficile, et il aérait imprudent d’affirmer que cette malade, traitée autrement que par le salicylate, eut échappé à l’albuminurie; cependant, en tenant compte, d’une part, de la rareté de l’albuminurie aiguë dans le cours du rhumatisme articulaire, et d’autre part, de l’action prépondérante du rein dans l’élimination de ce sel, il ne serait pas téméraire de dire que le salicylate de soude administré à haute dose et longtemps continué a été pour une part dans la production de cette complication. J
A-t-il eu aussi une part dans la production de la congestion pulmonaire et de la pleurésie? Il est encore plus difficile de répondre.
En résumé, ces deux observations montrent que :
1° Le salicylate est un puissant analgésique;
2° Que, même lorsqu’il a une action efficace sur les douleurs et sur la fièvre, il n’influe guère sur la marche des autres complications;
3° Que, sans qu’il ait été interrompu, le rhumatisme peut récidiver, et les complications les plus graves survenir;
4° Que d’abord parfaitement accepté, il peut être plus tard mal toléré par l’organisme;
5° Enfin, on peut l’accuser, lorsqu’il est longtemps administré et à haute dose, de favoriser la congestion rénale et l’albuminurie.
J’ai besoin d’ajouter, après ces conclusions qui pourraient me faire passer pour un adversaire du salicylate de soude, ue je considère ce médicament comme un des plus précieux ont nous disposions contre le rhumatisme aigu; si j'ai publié les faits qui précèdent, c’est pour montrer qu’il y a des accidents possibles et mettre en garde contre un engouement exagéré.
SOCIÉTÉS SAVANTES
Fermentation. Réponse a M. Pasteur, par M. Bertlielot. — Certains êtres emprunteraient au sucre, d’après M. Pasteur, de l’oxygène combiné, au lieu et place de l’oxygène libre que l’atmosphère leur fournit dans les conditions ordinaires de leur existence. C’est là une conjecture qui ne repose, pour reproduire le langage de notre confrère, sur aucun lait sérieux; mais c’est à l’auteur de cette théorie hypothétique qu’il incombe de la prouver, et non à ses contradicteurs. J’ai rappelé précédemment que la composition chimique des produits de la fermentation lui était opposée; j’ajouterai aujourd’hui que la composition chimique des principes immédiats du ferment ne paraît pas la confirmer davantage. Etant admis, en effet, que la levure est un végétal qui se nourrit et se développe aux dépens de l’oxygène du sucre pendant la fermentation, la levûre ainsi formée devrait être plus riche en oxygène que la levûre initiale. Rien de pareil n’est signalé, ni dans les analyses de M. Pasteur, ni dans celles des nombreux savants qui se sont occupés de la composition chimique de la levûre. Ce qui paraît acquis, c’est que la levûre se nourrit et se multiplie, comme les autres végétaux, en formant de la cellulose, des matières grasses et des corps protéiques. Or, la cellulose diffère du sucre uniquement par les éléments de l’eau : elle ne lui a donc pas emprunté un excès d’oxygène. Les matières grasses sont moins oxydées que le sucre : leur formation ne saurait donc être attribuée qu’à une action réductrice, ce qui est le contraire d’une oxydation. Enfin, les principes protéiques contenus dans la levûre, d’après les analyses de Mulder et de Schlossberger (citées dans le remarquable ouvrage de M. Schützenberger sur les Fermentations, p. 56), s’ils dérivent du sucre, ne sauraient résulter que d’une réduction; car, en retranchant de leur composition l’oxygène à l’étal d’eau, l’azote à l’état d’ammoniaque, il reste du carbone et un excès d’hydrogène, tandis que le sucre a la composition d’un hydrate de carbone.
Ce sont là des faits sérieux, positifs, acquis à la science d’aujourd’hui. Aucune fraction d’oxygène ne semble donc avoir été empruntée au sucre par la levûre, de préférence aux autres éléments, pendant la fermentation alcoolique.
Physiologie opératoire. — M. Vulpicm présente à l’Académie un ouvrage posthume de Claude Bernard, portant pour titre : Cours de médecine du Collège de France. Leçons de physiologie opératoire.
De la greffe dentaire. Note de M. Th. David. — L’auteur a étudié les diverses espèces de greffe dentaire, principalement celles qui présentent un intérêt chirurgical et qu’il désigne de la façon suivante :
1° La greffe par restitution . réimplantation.
f autoplastique . . . transposition.
2" La greffe d’emprunt jhélér0pIaslique. transplantation
Pour ce qui concerne la transplantation animale, aucune espèce zoologique, dit-il, n’a pu, jusqu’à présent, nous fournir des dents semblables aux nôtres par leur forme, leurs dimensions, leur couleur, etc. On pourrait néanmoins, en suivant cette voie, transplanter, à la place de racines condamnées à l’extraction ou inutiles, des racines saines qui serviraient de hase solide pour l’application de dents artificielles, dites à pivot. La transplantation humaine entraîne, d’une façon générale, une mutilation que nous n’oserions préconiser. Mais il ne saurait être défendu d’utiliser à cet égard une dent saine dont l’extraction est devenue nécessaire. C’est dans la même mesure que l’on doit pratiquer la transposition d’une dent à une autre du même sujet.
De la greffe animale, dans ses applications a la thérapeutique DE CERTAINES LÉSIONS DE L’APPAREIL DENTAIRE. Note de M. E. Magitot. — La greffe pratiquée aux dépens des organes dentaires se divise en plusieurs variétés. Une première catégorie comprend les greffes de dents enlevées de leurs alvéoles et réimplantées soit de suite, soit après un temps plus ou moins long. C’est la greffe par restitution. Elle est ou immédiate ou tardive. Dans un second groupe, se placent les cas de dents enlevées de leurs alvéoles et transplantées dans un autre, soit chez le même sujet, soit chez un sujet différent; c’est la greffe par transposition. Enfin, dans une troisième catégorie se placent les faits de greffes do dents sur divers points du corps autres que les mâchoires. Les expériences de Hunter, d’A. Cooper, ue Philipeaux, etc., en sont des exemples. Ce sera la greffe hétérotopique.
Dans la communication présente, l’auteur se borne à présenter des faits de greffe par restitution, mais comprenant une variété particulière, if s’agit, en effet, dans un but thérapeutique, d’enlever un organe à ses connexions normales, d’en supprimer par résection une partie malade, et de réintégrer l’autre partie restée. saine en son lieu primitif. C’est une combinaison de la greffe et delà résection. Ses expériences remontent à 1875. Les trois premières ont été publiées à cette époque (Gazette des hôpitaux, 1875, p. 35 et suiv.). D’autres figurent dans la thèse inaugurale de deux de ses élèves, le docteur Pietkiewicz (Thèse de Paris, 1870), et le docteur David (Thèse de Paris, 1877). Aujourd’hui le nombre de ces opérations atteint le chiffre de 62.
Le manuel opératoire comprend trois temps : 1° ablation totale de la dent chez laquelle le diagnostic d’une périostite chronique du sommet a été établi ; 2° résection chirurgicale de la portion altérée; 3“ réimplantation immédiate. Les soins consécutifs consistent dans l’application, quelquefois nécessaire, de moyens contentifs (gouttière en gutta-percha), le drainage du foyer, l’ablation de portions alvéolaires mortifiées, etc.; mais les suites de l’opération sont ordinairement très-simples. Lorsque la, consolidation de la greffe s’effectue, il se produit une légère réaction locale, peu ou pas de phénomènes généraux ; les fistules se ferment, le foyer se tarit, et la consolidation complète s’accomplit dans un temps variant de huit à quinze jours. Lorsque, au contraire, la tentative est suivie d’insuccès, la greffe est, dès les premiers jours, éliminée purement et simplement par la suppuration.
Les résultats donnés par cette méthode opératoire sont établis par les chiffres suivants : 62 opérations ont été faites; 57 guérisons définitives ont été constatées, soit une proportion de succès d’environ 92 pour 100.
Conclusions. — 1° La périostite chronique du sommet de la racine des dents, compliquée de lésions de voisinage, phlegmons, abcès, dénudations et nécroses des maxillaires, fistuies simples ou multiples, jusqu’ici traitée par l’ablation pure et simple, n’est pas au-dessus des ressources de la thérapeutique conservatrice.
2° Le traitement consiste dans la résection de la portion affectée de la racine, après ablation temporaire de la dent, et suivie de sa réimplantation immédiate, ou greffe par resti tution.
3° La guérison a pour résultat la cessation de tous les accidents, la consolidation définitive de l’organe, par le retour complet de ses connexions vasculaires et le rétablissement de ses usages.
Pansement des plaies. — M. J. -A. Le Doré adresse une Note concernant le pansement des blessures et des plaies par le charbon en poudre.
Académie de médecine.
M- le ministre de l'agriculture et du commercn transmet le rapport general de M. le médecin-inspecteur des eaux d’Andabro et du Cayla pour l’année 1878. ( Commission des eaux minérales.)
L’Académie reçoit: 1“ Un travail manuscrit de M. le docteur Nivclet (do Commercy), intitulé: La contagion variolique, prophylaxie, revaccinations. — 2° Un travail manuscrit de M. le docteur //. Bernard, intitulé : Rapport sur les opérations de vaccine pratiquées pendant l’année 1878 dans les trois cantons de Grenoble (Isère). ( Commission des épidémies.)
M. Bergeron présente, au nom de M. le docteur Lecadre (du Havre), membrepmrrespondant : 1° une brochure intitulée : L'année 1877 au Havre, considérée sous le rapport de la statistique des naissances, des mariages, des décès, et aussi do la constitution météorologique et médicale; contribution à l’histoire de la phthisie pulmonaire ; 2° une brochure intitulée : nouveau mode de propagation de la fièvre palu-
M. Blanche présente, au nom do M. le docteur E. Daily, une brochure intïtuléo : Influence de la première éducation sur l’évolution des désordres mentaux; essai de physiologie cérébrale..
M. Noël Gucneau de Mussy présente, au nom de M. le docteur Henri Huchard, trois brochures intitulées : 1» De la médication opiacée dans l'anémie cérébrale duc aux affections du cœur; 2° De la guérison rapide des accès d’asthme par l’emploi des injections hypodermiques de morphine; 3» Étude critique de la pathogénie de la mort subite dans la fièvre typhoïde.
M. Dalllarger offre en hommage, au nom de M. lo docteur Auguste Voisin, un volume intitulé : Traité de la paralysie générale des aliénés.
Nécrologie. — M. le Président annonce à l’Académie la mort de M. Tardieu et, après avoir exprimé, dans quelques paroles émues, les regrets unanimes que laisse l’éminent professeur, propose de lever la séance en signe de deuil, après un vote d’élection qni ne peut être remis.
Élections. — L’Académie procède, par la voie du scrutin, à l’élection d’un membre titulaire dans la section de pharmacie.
La commission présente : en première ligne, M. Bourgoin; en deuxième ligne, ex æquo, MM. Grassi etMéhu; en troisième ligne, M. Baudrimont; en quatrième ligne, M. Prunier. — Le nombre des votants étant de 73, majorité .37, M. Méhu obtient 33 suffrages, M. Bourgoin 28, M. Grassi 8, M. Baudrimont 4.
Aucun des candidats n’avant obtenu la majorité, il est procédé à un deuxième tour de scrutin. Le nombre des votants étant de 74, majorité 38, M. Bourgoin obtient 39 suffrages, M. Méhu 35.
En conséquence, M. Bourgoin , ayant obtenu la majorité des suffrages, est proclamé membre titulaire de . la section de la pharmacie.
— La séance est levée à quatre heures.
17 Janvier 1879
Société médicale des hôpitaux.
SÉANCE Dü 10 JANVIER 1879. — PRÉSIDENCE DE M. HERVIEDX.
Rapport dè candidature : M. Dieulafoy. — Obturation de l’artère poplitée par embolie artérielle : M. Duguet. — Empoisonnement par
l’élixir dè pepsine : M. Bail .
M. Dieulafoy présente un mémoire de M. Vergely sur l’emploi du chloroforme dans les affections cardiaques. M. Vergely ne considère pas les affections cardiaques comme une contre-indications à l’emploi du chloroforme. M. Dieulafoy propose le renvoi du mémoire à une commission spéciale, el la nomination de M. le docteur Vergely comme membre correspondant,
— M. Duguet a reçu dans son service, le 2 août, un jeune homme de trente-deux ans qui présentait les symptômes suivants : impossibilité de se servir de la jambe gauche, qui était à moitié fléchie; douleur vive à la pression au niveau des muscles du mollet gauche, qui présentait une diminution de 1 centimètre et demi en comparaison avec le côté droit; sensibilité obtuse depuis le genou jusqu’au gros orteil. On remarquait de plus que la pédieuse ne battait plus; mais elle était perceptible au toucher, elle formait un cordon qui dénotait nettement une oblitération artérielle. Gomme antécédents, le malade disait avoir éprouvé tout d’un coup, pendant la marche, une douleur telle dans le mollet gauche qu’il n’avait pu rentrer chez lui à pied.
Il s’agissait évidemment d’une embolie artérielle, dont il fallait retrouver l’origine. Le cœur était hypertrophié; on trouvait de plus un double souffle à la base, un au premier temps, le second au deuxième temps; l’insuffisance aortique prédominait. Le pouls était régulier et offrait les caractères du pouls de Corrigan. M. Duguet concluait que l’embolie était due à un morceau détaché des valvules qui était venu se fixer dans la poplitée. Ajoutons enfin que le malade n’était pas rhumatisant, mais qu’il était fortement alcoolique: nonseulement il buvait chaque jour de 5 à 6 litres de vin, mais il ajoutait à ce régime quelques petits verres d’eau-de-vie.
Beu à peu le membre diminua de volume, mais la température se releva; elle était égale des deux côtés; les veines et les artères collatérales étaient manifestement augmentées de volume; la circulation s’était rétablie; pendant "deux ou trois jours seulement il y eut une menace de gangrène. Puis survinrent des phénomènes d’asystolie; les battements du cœur s’affaiblirent, ils devinrent irréguliers; enfin on vit apparaître de l’albumine dans les urines, de la congestion du foie et des hémoptysies. L’autopsie permit de reconnaître les lésions soupçonnées. L’orifice mitral était sain, mais dans l’oreillette droite existait un certain nombre de coagulations analogues à celle qu’on trouvaitldans l’artère pulmonaire droite.
, Des trois valvules de l’orifice aortique étaient le siège de lésions; sur deux d’entre elles, on trouvait une endocardite végétante; sur la troisième, on constatait une déchirure dont il manquait un morceau : telle était l’origine de l’embolie qui siégeait dans la poplitée, avant sa division en tibiale postérieure et en tibiale antérieure.
L’examen histologique de cette embolie n’a pas encore été fait.
M. Làboulbène demande à M. Duguet de vouloir bien en faire l’examen histologique, qui offre, dans ce cas, une importance réelle.
— M. Bail ordonne depuis quelque temps, dans les cas d’embarras gastrique, des préparations de pepsine; il avait toujours eu à s’en louer, principalement dans la dyspepsie des tuberculeux. Il a l’habitude d’employer la pepsine Boudault.
Au moment où M. Bail a pris le service à l’Hôpital Temporaire, il prescrivit à quelques malades et à son interne, légè¬
rement indisposé, de l’élixir de pepsine; le lendemain, à la visite, il vit avec étonnement que tous les malades qui avaient pris de la pepsine présentaient les symptômes d’un empoisonnement par la belladone : mydriase, sécheresse de la bouche, etc. Son interne, qui avait forcé un peu la dose, présentait des symptômes plus sérieux qui persistèrent toute la journée. Un seul malade ne présenta comme accident que de la mydriase, mais on apprit qu’il avait àpeine goûté à la préparation. L’interneen pharmacie essaye la pepsinesur lui-même, iléprouveles mêmes symptômes d’empoisonnement par la belladone. Examinantavecsoinlapepsine restée dans le flacon, il reconnut les traces non équivoques de la présence d’un alcaloïde difficile à déterminer à cause de la trop petite quantité de substance sur laquelle les recherches ont pu être faites. Le flacon incriminé a été écarté, mais un second flacon a occasionné les mêmes accidents. L’interne en pharmacie a obtenu un alcaloïde dont la solution employée en injection à la dose de quelques gouttes a occasionné de la mydriase chez le concierge de l’Ecole de pharmacie, sur lequel l’expérience a été faite.
A quoi peut-on attribuer la présence de la belladone? Un chimiste à qui M. Bail parlait de ces accidents a émis l’hypothèse que la pepsine avait été retirée de l’estomac d’animaux qui auraient mangé de la belladone ; hypothèse inadmissible, puisque les lapins seuls auraient pu être incriminés, et que les veaux sont presque exclusivement employés pour l’extraction de la pepsine.
M. Constantin Paul insiste sur ce point que toutes les expériences démontrent que, de toutes les pepsines, la pepsine Boudault est, sans aucun doute, la meilleure. Il ajoute que M. Boudault a préparé des pepsines à l’amidon, à l’acide chlorhydrique, à l’opium; n’y aurait-il pas une pepsine belladonée?
Dr Joseph Michel.
Société de chirurgie.
Ostéomyélite et phlegmon sous-périostique. — Nomination de membres correspondants étrangers et de membres correspondants nationaux. — Rapport sur le tocographe de M. Poulet. — Tumeur salivaire consécutive à l'extirpation d’une tumeur parotidienne.
M. filiaux rapporte l’observation de l’enfant dont il a dit quelques mots dans une précédente séance, en présentant un tibia atteint d’ostéomyélite. L’examen des pièces tend à faire croire que le point de départ de l’affection n’a pas été épiphysaire; le maximum de la lésion ne siégeait pas à l’union de la diaphyse avec l’épiphyse.
M. Terrier. Les recherches de Ranvier ont démontré que, quand le périoste se prend, il y a toujours un retentissement du côté de la moelle; le plus souvent l’inflammation est épiphysaire, parce que c’est en ce point que se fait le développement de l’os.
M. Guèniot présente les pièces provenant d’un enfant de douze jours, apporté dans son service, comme atteint de fracture du membresupérieur, et chez lequel il a constaté pendant la vie des phénomènes se rattachant à la syphilis héréditaire. Les os longs surtout présentent à l’union du cartilage et de l’os des foyers de suppuration.
M. filiaux a eu affaire à une ostéomyélite primitive ou à une périostite phlegmoneuse compliquée d’ostéomyélite. La périostite ne s’accompagne pas nécessairement d’ostéomyélite, tandis que l’ostéomyélite est toujours accompagnée de décollement du périoste. Quels sont les signes qui permettent de distinguer cîs deux affections? II faut attacher une grande importance au symptôme indiqué par Chassaignac : dans l’ostéomyélite, les articulations voisines se prennent bien
17 Janvier 1879
plus souvent et plus facilement que dans la périostite phlegmoneuse; mais ce n’est pas un signe distinctif certain.
M. Marjolin. Il serait, en effet, intéressant de savoir dès le début si on a affaire à une ostéomyélite ou à un phlegmon sous-périosté. Dans la périostite pure, franche, il y a inflammation et nécrose superficielle de l’os ; si on donne issue au pus, on en sera quitte pour enlever un petit séquestre. Dans l’ostéomyélite, pas de fluctuation, mais des douleurs térébrantes; la fluctuation ne parait qu’après la formation des trajets fisluleux. Ces deux affections, si différentes au début, peuvent marcher parallèlement, de même que la pleurésie peut marcher en même temps que la pneumonie. Chez les adultes, il est plus facile d’analyser les symptômes, surtout les symptômes douloureux.
M. Guéniot a présenté les pièces d’un enfant nouveau-né atteint d’ostéite épiphysaire suppurée. Le membre affecté était absolument inerte, comme paralysé. On ne peut rattacher cette pseudo-paralysie ni à une lésion des centres nerveux, ni à une lésion des nerfs ou des muscles ; c’est à la lésion osseuse qu’il faut l’attribuer. Dans un cas analogue observé il y a dix ans, M. Guéniot avait attribué l’inertie à la douleur et à la brisure des leviers; et cependant on observe des mouvements énergiques dans le bras ou la jambe fracturés chez les nouveau-nés ! Il faut attacher une grande importance à cette inertie chez les jeunes enfants, pour le diagnostic de l’ostéite suppurée des extrémités épiphysaires.
D’après les recherches de M. Parrot, les pièces présentées ar M. Guéniot peuvent être rattachées à la syphilis infantile.
1 n’y avait pas de dépôts osseux à la surface de la diaphyse, comme on l’observe ordinairement sur les os syphilitiques.
M. Théophile Anger a eu l’occasion d’observer un fait curieux d’ostéomyélite chez un homme de cinquante-quatre ans, maigre, arthritique. En septembrel875, cet homme alla faire l’ouverture de la chasse et ne se fatigua pas. Le lendemain, occupé de ses affaires, il fut pris subitement d’une douleur violente à la jambe droite; impossibilité de marcher. A l’examen du membre, rien d'apparent; en frappant sur .le tibia, on ne provoque aucune douleur; la douleur était surtout violente quand le malade posait le pied par terre.
Pendant un mois, rien de visible sur la jambe malade; pas dégonflement, pas de rougeur; toujours la même douleur revenant par crises, sans intermittence régulière. Pas de syphilis dans les antécédents. Les douleurs étaient plus violentes au mollet, à la cheville et sur le trajet du nerf tibial antérieur. Application d’un vésicatoire sur la face interne du tibia; le lendemain il y avait un peu d’empâtement au niveau du vésicatoire.
Depuis le début de la maladie, M. Th. Anger avait employé divers traitements : injections sous-cutanées de morphine, sangsues, etc.
M. Anger incisa le périoste sur la partie tuméfiée; il trouva un décollement ayant l’étendue d’une pièce de 50 centimes. Quelques jours après, on trouvait une collection purulente au tiers supérieur de l’os. Plus tard, le genou se tuméfia, on diagnostiqua une ostéomyélite du tibia ayant envahi le genou.
MM. Labbé et Anger appliquèrent plusieurs couronnes de trépan pour ouvrir toutle^canal médullaire du tibia, qui était rempli de pus. Larges incisions de chaque côté du genou ; pansement de Lister.
La jambe suppura pendant trois mois ; alors parurent des abcès en divers points du corps, et le malade mourut de pyohémie.
Voilà un fait d’ostéomyélite spontanée qui resta confinée au tibia pendant un mois ; jamais il n’y eut une douleur fixe en un point de l’os; et pendant un mois il n’y eut pas de gonflement. Il y avait des crampes et des tressaillements musculaires incessants ; ce signe aidera peut-être au diagnostic dans
l’avenir. M. Anger a eu affaire à une forme de l’ostéomyélite névralgique.
— Election de deux membres correspondants nationaux : sont nommés MM. Jules Boeckel (de Strasbourg), et M. Beau (de Brest).
— Election de trois membres correspondants étrangers : sont nommés MM. Galli (de Lucques), Gritti (deMilan), et Bigelow (de Boston).
— M. Polaillon fait un rapport sur le tocographe, instrument présenté par M. le doeteur Poulet. Cet instrument est destiné à donner le tracé graphique des contractions utérines et des contractions des muscles abdominaux pendant le travail de l’accouchement. Le tracé utérin figure une série de pics, le tracé abdominal une série de plateaux.
Ces expériences peuvent être dangereuses, ce qui explique le peu d’observations existant jusqu’à ce jour. M. Poulet et M. Schatz ont seuls publié quelques résultats intéressants. M. Poulet commence par déterminer l’effort abdominal, puis les efforts abdominal etutérin réunis; la différence représente l’effort utérin qui ne pourrait être déterminé isolément.
M. Guéniot. On peut chercher à apprécier la force des contractions de l’utérus par la résistance des membranes ; un auteur anglais, Duncan, a expérimenté sur les membranes après l’accouehement.
M. Tarnier. Il y a quinze ansf un étudiant en médecine a présenté un ballon correspondant avec un manomètre pour mesurer les contractions utérines. Les expériences de Duncan sur les membranes donnent des résultats très-variables, et le problème est difficile à résoudre en cherchant dans ce sens; d’autant plus difficile, que les membranes se rompent sous l’effort abdominal uni à l’effort utérin.
— M. Verneuil fait un rapport sur une observation adressée à la Société de chirurgie parM. Martinet,(de Sainte-Foixla-Grande) :• Tumeur salivaire consécutive à l’extirpation d’une tumeur parotidienne.
Une femme de vingt-huit ans portait une tumeur de la parotide depuis quelques années; le 8 octobre 1875, M. Martinet en fit l’amation ; il énucléa la tumeur qui ressemblait à un adénome; suture. On recommanda à la malade le silence, et elle dut éviter les mouvements de mastication. Mais au dixième jour, se croyant guérie parce que [la plaie était cicatrisée, elle croqua un morceau de pain. Aussitôt la joue se gonfla, et la tumeur se reproduisit exactement au même point.
Le lendemain, M. Martinet constata une tumeur molle, fluctuante, irréductible; il incisa; il sortit quelques gouttes de pus et de la salive. On fit mastiquer la malade, et la tumeur se reproduisit encore. La malade dut reprendre les aliments liquides, et on fit des injections d’eau phéniquée dans la poche. Dès le lendemain, l’eau phéniquée entrait dans la bouche : l’injection sortait par l’orifice du canal de Sténon. La guérison se fit peu à peu; la cicatrisation était complète au vingtième jour.
Ce fait est peut-être unique dans la science. Trois points sont dignes d’attention : la formation subite de la tumeur liquide, la communication avec le canal de Sténon, et la guérison rapide. La guérison est due à la cessation de l’afflux salivaire dans la cavité par l’oblitération de l’orifice par lequel la salive arrivait dans cette cavité, par l’oblitération de cette cavité elle-même, et enfin par la perméabilité du canal de Sténon rétablie par les injections.