SÉANCE DU 17 DÉCEMBRE 1884.— PRÉSIDENCE DE H. HARC SËE
T amour tlbro-lcystlquede l'OTalrs. récidive, deaxltane operatlon,rapport : BL Terrier. — Adinlta vlndeuta oonaèoattra an ohaaora mou: M- Hortalcmp. — Ehmflatioa daa nacle dn pleocoa bni^ilal dana un oaa d'ftpUapaia traumoUqne : M. Poulet. — aibommnrte pendant l'aaeatbèale par le oUorofocma : X. Taniar.
M. Terrier fait un rapport sur une observation de M. Villeneuve (de Marseille), intitulée ; Récidive de tumeur fibrokystique de l'ovaire, deuxième opération, guérison.
Dans une première opération (âO septembre 1879) dont l'observation a été présentée à la Société, M. Villeneuve enleva un kyste multiloculaire de l'ovaire gauche, inclus dans le ligament lai^e etadhérentà l'utérus. Au cours de l'opération, qui fut laborieuse et dura trois heures et demie, on remarqua la présence de peUtes tumeursfibroplastiquesau voisinage de l'utérus. On n y toucha pas et la malade guérît. En 1881, apparition d'une nouvelle tumeur semblant provenir del'autre ovaire. En mai 1883, deuxième opération: ablation d'un kvste multiloculaire de l'ovaire droit adhérent à l'utérus; peniîant cette opération on constata que les masses fibro-plastiques préalablement entrevues ont augmenté de volume. M. Villeneuve parvient à faire trois pédicules ; il en laisse quatre au dehors. (înelques jours après l'opération, petit abcès dans la cicatrice. Néanmoins la malade guérit, mais avec une érentratioo.
M. Terrillon demande à
dive vraie, dans le même ovaire ou d'une récidive dans l'autre ovaire.
M. Terrier répond qu'il n'y a pas là de récidive vraie sur place, ni de récidive dans l'autre ovaire seulement, puisqu'il y a en outre les masses fibreuses adhérentes k l'utérus qui ont continué leur évolution.
Au bout de deux ans il s'était produit un kyste multiloculaire de l'ovaire droit, les tumeurs fibreuses péri-utérines s'étaient accrues et constituaient à l'ovaire comme une poche fibro-kystique; mais les adhérences étaient telles, que H. Villeneuve se demande s'il s'agissait lÀ primitivement d'une tumeurfibro-kystiquede Tutérus on d'un kyste multiloculaire de l'ovaire.
M. Gillette rend compte d'une opération qu'il fit il y a sept ans pour une volumineuse tumeur kystique, uniloculaire, adhérente, développée dans l'ovaire droit. Il s'agissait d'un cyslo-sarcome dont l'enlèvement fut facile, malgré une faémorrhagie abondante. M. Gilletle fut obligé de prendre son pédicule en pleine tumeur. Après un p'ilegmon gangreneux de la paroi abdominale ayant donné issue à desilots d'un pus fétide, et ayant suppuré très longtemps, la malade guérit. Vue il y a quelques mois, elle ne présentait aucun signe tU^récidive.
M. Terrier s'il s'açitd'nne rédaîre, siège de l'ancienne tumeur,
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M. Gillette en conclut çue dans ces cas il ne faut pas chercher à dépasser les limites de la dégénérescence et qu'on peut, à la rigueur, laisser une partie de la tumeur sans que la récidive soit fatale.
M. Terrier dil que les cas de MM. Gillelle et Villeneuve ne sont pas analogues. Si les tumeurs fibreuses peuvent être tolérées, il n'en est pas de même d'un cysto-sarcome ; la récidive n'ayant pas eu lieu chez la malade de M. Gillette, on doit considérer ce fait comme très exceptionnel. H. Terrier raconte que dans une ovariotomte pratiquée avec le concours de HM.PerrieretLucas-Championniëreil constata la présence d'un sarcome du côlon transverse. Hésitant devant la gravité d'une opération qui aurait consisté à faire la résection de douze rentimètres d'intestin, il ne toucha pas au sarcome. La malade sortit guérie de l'hôpital. H. Terrier croit que l'on peut ne pas enlever lestumeurs fibreuses, qui sont bien tolérées. Tous les chirurgiens ont vu dans le cours d'une ovariotomie des tumi'urs fîbreuses, que rien ne faisait prévoir et qu'ils ont pu laisser en place sans danger.
— M. Horteloup lit une communication sur l'adénite virulente consécutive au chancre mou.
Nettement établie par Ricord et admise par tous les auteurs, l'adénite virulente consécutive au chancre mou est niée par M. Straus, qui, dans une récente communication à la Sot^iélé de biologie (22 novembre), a dit que le bubon n'était pas primitivement contagieux et qu'ilneledevenaitque secondairement, par continuation, c'est-à-dire après avoir été mélangé avec du pus provenant d'un chancre préexistant. M. Straus, ayant recueilli du pus de quarante-deux bubons, n'a DUT déceler la présence d'aucun micrO'Organisme, à Taided aucun réactif.Toutes ses cultures sont restées stériles. Toutes ses inoculations, pratiquées le premier, le deuxième, le troisième jour, sont demeurées négatives. M. Horteloup sait bien (Ricord l'a parfaitement établi) que le premier jour l'inoculation est souvent négative; il sait aussi que cette contamination existe dans certains cas exceptionnels. Mais il ne peut s'expliquer en ce cas la virulence du bubon ouvert après taguérisondu chancre (sept cas Ricord, deux cas Horteloup). S'il s'agit là du transport du virus par les instruments, les objets de pansement, pourquoi dans les services de vénériens toutes les plaies ne deviennent-elles pas chancreuses ?
Le 25 novembre 1884, H. Horteloup a ouvert un bubon consécutif à un chancre mou avec un bistouri neuf etflambé, après avoir lavé la peau avec une solution phéniquée forte, line parcelle de pus roussàtre, couleur choattat, a été inoculée sur la paroi de I abdomen préalablement lavée à l'eau phéniquée. Le bubon a été pansé avec de la tarlatane phéniquée et de l'ouate prise dans un paçiuet neuf et soumise au spray pendant quelque temps. Le point inoculé a été recouvert par un verre de montre fixé par du diachylon.
Le 1" décembre, on défait le pansement, l'inoculation n'a rien donné. On en refait une deuxième à côté en s'entourant des mêmes précautions antiseptiques. Le 4 décembre, on constata au niveau de l'inoculation une petite vésicule de pus entourée d'une auréole infiammatoire. Troisième inoculation avec le pus de cette vésicule, qui donne le 6 décembre un résultat positif. Le 8 décembre, les plaies d'inoculation ont tout à fait l'aspect et la marche des chancres d'inoculation .
M. Horteloup conclut en disant que M. Straus a rencontré une série heureuse, mais que le bubon chancreux primitif a existé.
M. Poulet, ayant faitlamême cxpériencequeH. Horteloup, a également eu un chancre.
— H. Poulet Ut une observation intitulée élongation multiple des nerfs du plexus brachial dans un cas d'épilepsie spinale d'origine traumatique.
— M. Terrier fait, au nom de M. Patin, pharmacien de l'hApilal Bichftt, et tu sien, une communication aur la pré-
sence d'albumine dans l'urine pendant l'anesthésie parle chloroforme.
Il résulte de leurs observations que l'urine contient de l'albumine après l'anesthésie seule, avant que l'on ail commencé l'opération, de sorte que le chloroforme semble agir plutôt par sa présence que par sa durée. Cette albuminurie n'a rien de fatal.
Dans une première série de dix observations, on a trouvé huit fois des traces d'albumine après l'anesthésie et l'opération; dans une deuxième série de neuf, six fois l'albumine a été constatée. Dans un cas d'ovariotomie il n'y avait pas d'albumine avant l'anesthésie, on en a trouvé des traces ^rès l'anesthésie et 4 grammes après l'opération. La quantité des urates, phosphates, etc., ne semble pas modifiée dans ces cas.
M. Terrier rappelle des expériences analogues de M. Bouchard, qui a vu survenir de l'albuminurie et urémie cbtm d(^s lapins soumis au chloroforme. Il explique ce fait par la tendance à l'asphyxie pendant le chloroforme et termine en disant que de nouvelles recherches sont nécessaires.
Alfred Pqdsson.
SÉANCE DD 24DËCEHBRE 1884.~PnËSIDE»CE DE H. DELPECH.
Da l'BUtlpyxlna : H- Hachard <di»oo8Blon ; W. Bnlardln-Beanmets, Potlt, Wnrts, Cadet d« GoMlocnirt).
H. Huehard donne lecture d'un second Mémoire sur Taction thérapeutique de Vantip^rvte, complétant ainsi son premier travail sur la matière, publié dans I* Canton médicale (tu 6 décembre, À la suite du refus de la Société d'en accepter l'insertion dans ses Bulletins (voy. le Compte rendu de la Société de thérapeutique dans le numéro du 1 9 décembre). Ces deux Hémoires seront publiés p:u- ta Société de thérapeutique, l'antipyrine ne pouvant plus être considérée comme un remède secret.
M. Huehard a administré l'antipyrine à des typholdiques et a observé un notable abaissement de la température morbide, sans production de sueurs, de nausées ou d'éruptions cutanées. Il a cru devoir modifier la méthode allemande, qui consiste à donner 2 grammes d'antipyrine la première heure, 2 grammes la deuxième heure, et ensuite 1 gramme toutes les heurfsjusqu'àdéfervescence suffisante. Il préfère administrer 1 gramme du médicament toutes les deux ou trois heures, en surveillant, au mojen du thermomètre, les effets produits. Chez un typholdique adulte, arrivé an douzième jour de la maladie, il a rapidement obtenu la chute de la fièvre, et la dothiénentérie a évolué régulièrement, avec une température normale ; il ne s'est produit aucune modification dans le taux de l'urée. Chez les phlhisiques, les effets antithermiques sont encore plus nets et plus constants; on supprime aisément les accès quotidiens de fièvre hectique si rebelles à toute autre médication, et tes malades ressentent un soulagement très marqué. M. Huehard rapporte diverses observations qui lui sont personnelles ou qui lui ont été communiquées par MH. Darembei^ et Dujardin-Beaumetz. Ce dernier expérimentateur a administré 2 grammes d'antipyrine à un phtfaisique atteint de fièvre hectique, et dont la température atteignait 39", 8; une heure après, le thermomètre marquait seulement 38°,3. et progressivement, en quatre heure et demie, descendait à 37*,2, c'est-à-dire accusait un abaissement de température de Le pouls, qui était an début de 124. arrivait en même temps à 90. M. Daremberg aurait observé, une fois, une sensation inquiétante de refroidissement accompagnée d'une température axillaire de 34** ,5 ; ces accidents ont d'ailleurs été passagers- H. Huehard n'a rien observé de semblabto, et les-sueurs
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profuses imputées k l'anlipyrine ne lui ont pas paru aussi marquées ni aussi constantes qu'on l'a avance. Il insiste sur la grande solubilité du médicament et sur sa saveur presque nulle, qui te rend précieux dans la thérapeutique inran- .tile. Dans un cas de grippe, chez un enfant de deux ans et demi, il a donné 12 ceniigrammes d'anlipyrine, el la température s'est abaissée, en une heure, àJl7",7; le lendemain elle était remontée à 38%5; mais sous l'influence d'une dose de 8 centigrammes d anlijiyrine elle retomba, une heure après, à 37 degrés. Deux jours après, le thermoniclre marquant 41%3, el le pouls étant à 150, il prescrivit de nouveau zO centigrammes du médicament et, en deux heures et demie, la température descendit à 3t$%l, et le pouls à 110. Il a encore expérimenté l'anlipyrine chez cinq enfants atteints de lièvre typhoïde, de granuHe ou de bronchopneumonie tuberculeuse, et soignés dans le service de la cliniaue de la Faculté. Il a administré des doses variables d'anlipyrine suivant l'âge : environ 20 centigrammes de médicament par année; constamment il a obtenu un abaissesement de la température de 1 à 3 degrés. Une fois, se sont produites des hurripiUiions, et, dans un autre cas, un cotlapitus avec menaces de syncope, analogues aux accidents de l'empoisonnement par l'acide phénique. Toujours l'élimination a eu lieu par les urines et le perchlorure de fer a permis de déceler Tanlipyrine par la réaction rouge (vin de Porto) caractéristique.
M. Huchard rappelle encore les expériences pratiquées par Hénocque sur les animaux, et le reinanjuable pouvoir hémostatique de fantipyrine mis par lut en évidence (voy. le numéro du 13 décembre, p. 818). La puissance anlîthermique de l'antipyrine semble donc incoiileslable ; reste à déterminer si ce médicament peut modifier d'une façon heureuse l'intensité du processus morbide ?
VL. Dujaràin-Bettumetz a obtenu des résultats semblables, réellement précieux, surtout chez les phlbi^iques; mais il a constamment observé des sueurs profuses qui deviennent excessives chez certains malades dont la transpiration est ordinairement abondante. D'autre pari, il a constaté que, chez les typhoïdiques, bien que la température initiale soit souvent moins élevée que dans la tubrrculose, l'elletantitherniique du médicament est inoins certain et moins marqué; un est obligé de recourir à des doses plus lories, 4, 5 grammes et même davantage. Il semble résulter des notions acquises sur l'anlipyrine que c'est, à coup sûr, un phénol ; ses effets thérapeutiques ou toxiques sont analogues a ceux fournis par l acide phénique; sa réaction à l'égard du perchlorure de fer est presque ideuiique. — Qu»ni aux quesiioiis soulevées récemment par le brevet pris en Allemagne pour la préparation de 1 autipyrine al par la dilïi • collé extrême de se procurer, en France, le médicament, il rappelle que, d'après la loi du 5 juillet 1844, les t compositions pharmaceutiques ou remèdes » ne sont pas susceptibles d'être brevetés; il est vrai que l'on peut breveter leur mode de fabricatiou, ou tourner la diflicullé en les assimilant a des produits chimiques auxquels le brevet esi applicable. Mais il montre que l'antipyrine est bien un médicament et n'est qu'un médicament ; on ne peut en rien considérer cette substance comme un simple produit chimique. 11 appelle l'alleniion sur ce fait que jusqu'ici ou n'a pas encore observé d'accidents graves résultant de l'administralion de l'antipyrine; peut-être n'en sera-t-il pas toujours ainsi lorsque son emploi deviendra plus général ? il est probable qu'on trouvera dans les divers étals pathologiques du rein une coiitre-indlcaiion à l'usage de l'antipyrinefdont l'éliminalion paraît se faire exclusivement par la sécrétion uiinaire.
H. Petit donne des renseignements sur la préparation chimique de l'antipyrine. On Tobtient en mettant en présence deux coips parfaitement déterminés : l'étiier acétylacëtiqu^ ^
phénilhyiirazint^. Il se forme tout d'abord la méthyloxyquinizine, à laquelle on ajoute une molécule de métiiyle pour produire la diméthyloxyquinizine ou anlipyrine. Il fait remarquer que la quinizine est une base hypothétique admise
ftar Knorr. L'antipyrine est un corps solide, cristallisé, qui ond à 113 degrés.
M. Wurtz ajoute que la difficulté de la préparation tientà ce que le point de départ de la réaction est un corps explosible à 45 degrés.
M. Petit pense qu'il y a là une erreur, car on agit au moyen de deux solutions ; il ne pense pas qu'il y ait danger d'explosion.
M. Huchard n'a pas observé les sueurs profuses signalées par M. Dujardin-Beaumeti, si ce n'est dans quelques cas exceptionnels.
M. Cadet de Gassicourt a donné 50 centigrammes d'anlipyrine à un enfant de di\ ans atteint de rougeole pendant son séjour à riiôpilal. Il n'y a donc, dans ce cas, aucune possibilité de confondre l'action thérapeutique avec unedéfervescence spontanée, puisque la date du début de la maladie est certaine. La température était de 40",1 : une demi-heure après, elle descendit A, 39 degrés ; trois heures et demie plus tard, à 37 degrés. Le soir elleélailencoreà 37 degrés, et elle se maintint le lendemain à ce chiffre. Il ne se produisit pas de sueurs, et In rougeole évolua normalement mais sans fièvre, grâce à l'anlipyrine. M. Cadet de Gassicourt fait remarquer quelle perturliaiion profonde l'action antithermique de ce médicament devra apporter dans la clinique, puisque c'est d'ordinaire sur la marche de la température que le médecin se base pour suivre l'évolution d'un grand nombre de maladies, pour apprécier leur forme, leur pronostic, leur durée, pour rechercher diverses complications parfois latentes. Il faudra substituer à ce guide, souvent si précieux, d'autres moyens d'investigation et de contrôle. Il pense, en outre, que si l'action de l'anlipyrine sur les vaisseaux et sur la contractilité des capillaires, signalée par Hénocque, se confirme, on est en droit d'en attendre d'heureux effets sur les lésions l'ongeslives elles-mêmes.
— La .séance est levée à cinq heures trois quarts.
André Petit.
' BIBLIOGRAPHIE
Le» maladie» de la voiont«, par M. Th. RiBOT, directeur de la Revue philosophique. 1 vol. in-12 de la Bibliothèque de philosophie contemporaine. 2* édition. — Paris, 1884.
Félix Alcan.
Après les Maladies de la mémoire^ les Maladies de la volonté. H. Th. Itibol continue ainsi la série des études qu'il a entreprises, et pour lesquelles il subslilue au vague de la psychologie pure les recherchi'S de la science expérimentale et les résultats de l'observation scienlilique. L œuvre que nous allons analyser en est une preuve nouvelle.
f Dans tout acte volontaire, dit l'auteur, il y a deux éléments bien distincts : l'état de conscience, le «Je yeux >, qui constate une situalion, mais qui n'a par lui-même aucune efficacité; et un mécanisme psycho-physiologique très complexe, en qui seul réside le pouvoir d'agir ou d'empêcher. » Agir ou empêcher, tels sont donc les deux effets de tout acte volontaire; on, pour parler le langage de notre auteur, la volonté a un double mécanisme, ceini d'impulsion et celui d'arrêt.
Le phénomène réflexe présente le typej en ouelque sorte
élémentaire, de la voluntéDnfilisegAb^Nasvmv"'^^^^- ^ degré plus élevé, on trouve, comme cause de vi^Utions, le
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désir, dont la < tendance à se traduire en actes est immédiate et irrésistible comme celle des réflexps »; et enfla vient l'activité idéo-motrice. Que 1rs idées soient causes de mouvements, ctila ne fait aucun doute; cl l'observation n'a plus qu'à rechercher quel est le degré de force im];)ulsive de chacune d'entre elles. — Mais, si Ta volonté est puissance impulsive, elle est aussi puissance d'arrêt, ou, pour parler le langage de la physiologie, uit pouvoir A'tnhibition. Cette seconde pro{)rieté de l'acte volontaire, facile à établir par les faits, est moins aisée à expliquer; l'élude des phénomènes cl du mécanisme de l'iiihibiiion est encore à l'état rudiraentaire, et ce que la physiologie expérimentale nous apprend sur ce point ne peut guère éclairer d'une lumière bien vive les faits psi^cholngiques.
Quoi qu u en soit, qu'il s'agisse du phénomène impulsif ou du phénomène d'arrêt de la volonté, il ne faut pas oublier qu'ils présentent des degrés et des nuances selon le caractère des individus, caractère qui est lui-même « un produit extrêmement complexe que l'hérédité, les circonstances physiologiques antérieures à la naissance, l'éducation, l'expérience ont contribué à former >. Les causes qui modifient le caractère doivent donc aussi porter le trouble dans la volonté; c'e^t ce que permet d'établir l'étude des différentes affections mentales.
Après avoir parcouru le champ si vaste de ces affections, M. Ribot arrive à diviser les troubles de la volonté en deux grandes classes, suivant qu'elle est affaiblie ou abolie. Les affaiblissements de la volonté constituent à leur tour trois groupes : 1° les alfaiblissemenls par défaut d'impulsion, ce que les Allemands ont appelé Vaboulie ou impuissance de vouloir, si caractéristique chez la plupart des tnelanroliques, chez les morphinomanes et tes agorapliobes. Ou peut encore ranger dans cette catégorie les irrésolus, tels que les individus atteints de folie du doute avec délire du toucher ; — 2° les affaiblissements par excès d'impulsion. C'est dans ce groupe qu'il faut ranger les impulsions subîtes, présentant tous les caractères de phénomènes purement réflexes, et qui sont si fréquents chez les aliénés : les impulsions au suicide des mélancoliques, les impulsions aux violences des épileptiques et des hystériques, les impulsions irrésistibles avec conscience, etc.; — 3° l(*s affaiblissements de la volonté par suite d'affaiblissement de l'attention volontaire.
M. Ribot consacre ensuite un chapitre spécial à ce qu'il appelle le règne des caprices. Inutile de dire que c'est celui des hystériques, et l'état mental de ces malades expliq^ue assez ce litre. On arrive enfin à l'abolition ou à l'anéanlissement de la volonté, tel qu'on l'observe dans les diverses sortes d'extase et dans le somnambulisme naturel ou provoqué.
Pour la description de ces troubles divers de la volonté, l'auteur emprunte un grand nombre de faits, surtout aux alinnistes dont les écrits lui sonl particulièrement connus; chacune des assertions qu'il avance est fondée sur un plus ou moins granit nombre d'observations, et cette manière de traiter les questions psychologiques attirera surtout les suffrages des médecins pour lesi^aels la science ne consiste pas dans des disquisitîons scolastiques, mais dans l'observation exacte des faits et dans la recherche des lois.
Dans la conclusion se trouvent quelques phrases que nous croyons devoir reproduire, parce qu'elles résument très bien l'esprit du livre : « La volition, dit en terminant H. Ribot, est un état de conscience final qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d'un groupe d'états, conscients, subconscients ou inconscients (purement physiologiques), qui tous réunis se traduisent par une action ou un arrêt. La coordination a pour facteur principal le caractère, qui n'est que l'expression psychique d'un organisme individuel. C'est le caractère qui donne à la coordination son unité, — non l'unité abstraite d'un poiul mathématique, mais l'unité concrète d'un consensus. L acte par lequel cette coordination
se fait et s'affirme est le choix fondé sur une affinité de nature. » Puis, plus loin, résumant les résultats de l'observation pathologique, il dit : « Qu'on remarque comment cette maladie bizarre qu'on nomme l'aboulie s explique maintenant, et avec elle les formes analogues, et même cette simple faiblesse de lu volontéà peine morbide, si fréquente pourtant chez les gens qui disent vouloir et n'agissent pas. C'est que l'organisme individuel, source d'où tout sort, avait deux effets à produire et n'en produit qu'un : l'état de conscience, le choix, l'affirmation; mais les tendances motrices sont trop faibles pour se traduire en actes. II y a coordination suflisante et impulsion insuffisante. Dans les actes irrésistibles, au contraire c'est l'impulsion nui s'exagère et la coordina* lion qui s'affaiblit ou disparaît. Nous devons ainsi à la pathologie deux résultats principaux : l'un, que le « Je veux » est en lui-même dénué oe toute etTicacîté pour faire agir; l'autre, que la volonté chez l'homme raisonnable est une coordination extrêmement complexe et instable, fragile par sa supériorité même... »
On a reproché à M. Ribot de n'avoir pas, à propos de la question de la volonté, pris parti pour ou contre le libre arbitre. Nous ne saurions, pour notre part, le blâmer de sa réserve. Il en est du problème de la liberté comme de celui de la grâce, dont on a dit que c'est un océan qui n'a ni fond ni rives : tous les flots d'encre vei'sés par tes métaphysiciens pour le résoudre n'ont fait que l'obscurcir, et nous croyons qu'en somme ce qui a été dit de plus juste sur ce point, c'est ce qu'écrivait, il y a plus de cent ans, d'Alembert au grand Frédéric : < Il ne s'^ïit que de bien fixer l'idée que nous attachons au mol de liberté. Si l'on enlend par là l'exemption de con'rainte et l'exercice de la volonté, il est évident que nous sommes libres, puisque nous agissons en nous déterminant nous-mêmes, de plein gré, et souvent avec plaisir; mais cette détermination n'en est pas moins la suite nécessaire de la disposition, non moins nécessaire, de nos organes et de l'effet, non moins nécessaire, que l'action dés autres êtres produit en nous. Si les pierres savaient qu'elles tombent, et si elles y avaient du plaisir, elles croiraient tomber librement, parce qu'elles tomberaient de leur plein gré. i
Ant. RiTTi.
VARIÉTÉS
l'erse ItiNEKEXT MÉDICAL ET LES ÉTDDIANTS tiTRAHGERS.
On pose dans la presse, même politique, sur certains concours médicaux et à l'occasion, paralt-il, du concours actuel d(> l'internat, la question suivante : Est-il convenable que les étudiants de nationalité étrangère soient admis à se présenter aux épreuves de l'internai, du clinicat, de l'adjuvat du prosectorat ; que, ronséquemmeni, ils puissent acquérir au méine titre que tous les autres compétiteurs le poste disputé, et en remplir .es fonctions dans les hôpitaux ou à la Faculté? Car la pensée répugne de leur laisser ouvrir le chemin qui conduit à la place pour leur en fermer systématiquement la porte à la fin du concours, ou seulement pour leur en rendre l'accès plus difficile. Je n'écoute donc pas certaines rumeurs qui ont couru récemment, et je vais tout droit à la question générale : les postes dont U s'i^it ou d'autres du même genre, doivent-ils être exclusivement réservés aux élèves indigènes?
La première inclination de tout homme doué de la fibre libérale est de répondre négativement : République universelle des lettres et des scii nces, courtoisie internationale, diffusion des lumières, etc., mots séduisants propres à attirer à la fois l'esprit et le cœur, et qu'on fait oien d'écouter le plus souvent possible. Cependaglilb&e^Kiff^ï)*©^!^
U — N* I — GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE 2 Jakvier 1885
dérations de cet ordre, qui n'ont rien après tout d'impératif, et que la loi française conii ecarre en niainle matière et ea mainte occasion, doivent être mises en balance avec des raisons d'intérêt positif concernant l'avenir de la jeunesse de nos écoles et celui même de la médecine de notre pa^s.
Le vrai principe d'action d'un gouvernement doit être, quoi qu on en puisse dire, un calcul d'intérêt national. Le libre échange, eu dépit de son qualificatif, n'e«t pas autre chose ; aussi est-il repoussé des nations auxquelles il ne profite pas. Et je ne crains pas de le dire, qu'il s'af^isse de nos richesses commerciales ou de nos ressources universitaires, le principe demeure.
Je n'ai garde toutefois d'oublier que la question actuellemeni posée comporte deux sortes d'intérêt : l'intérêt général du lustre que peut procurer à la science française son expansion à travers le monde, et l'intérêt particulier des savants français. Si l'on y regarde de près, on s'aperçoit aisément que de ces deux intérêts, c'est le second qui a inspiré nos lois sur l'enseignement. La qualité de Français ou de naturalisé Français est exigée des maîtres de l'enseignement à tous les degrés, même au degré primaire, et aussi bien pour renseignement libre que pour renseignement officiel. Est-ce parce que l'Etat veut assurer chez lui le triom-
^he de ses méthodes, la suprématie de ses doctrines? on certainemeut; l'Etal souhaite, appelle le commerce incessant de la science franc-aise avec la science de tous les pa^s, et sa ^ande préoccupation, dans la distribution territoriale des Facultés de médecine, a été d'en avoir toujours une à proximité de l'Allemagne. L'Etat exige de ceux qui veulent enseigner en France la qualité de Français, en
ftartie pour mieux tenir dans sa main un grand service dans a personne même de ses fonctionnaires, en partie parce qu elle entend réserver l'honneur et le proBt de l'enseignement à ses nationaux ou à ceux qui s'attachent irrévocablement â la fortune du pays. Encore met-il si peu de rigueur dans l'application de la règle, que souvent il abrège les formalités de la naturalisation, et il est même allé q^uelquefois jusqu'à une dispense de la condition de nationalité. Etait-ce un bien, était-ce un mal ? Cette exception pourrait-elle se répéter avec avantage? Serait-elle praticable dans l'organisation actuelle de notre enseignement? Ce sont questions que je n'examine pas pour le moment.
Cela dit, si l'on vient à celle qui s'agite actuellement, et si l'on veut apprécier justement Ja part que l'Etal peut faire aux étudiants étrangers dans la distribution de son enseignement médical, il importe, suivant moi, de distinguer entre les moyens communs d'instruction, indispensables â l'étude de la science, et les postes spéciaux qui sont le prix du travail et du savoir.
La question de l'internat des étrangers est très spéciale, elle ne touche pas l'enseignement; cependant il faut bien dans ces circonstances en dire un mot. Quand il s'est agi des femmes, nous avons montré riutenial des hôpitaux comme une conséquence logique de leur admission à l'exercice de l'art médical dans sa plénitude, comme un fruit naturel d'un arbre que nous n'aurions pas voulu voir planter dans notre domaine. Conformément aux termes d'un problème célèbre, la qualité du fruit, jointe à celle de plusieurs autres de la même souche et non moins naturels, nous a servi à juger l'arbre lui-même. Nous avions le même goût pour l'internat féminin que pour le doctorat féminin, demandant à ceux qui t'aimeraient d'autre manière, pourquoi, au-dessus des échelons de l'externat, de l'internat, du clinicat peutêtre, ils cassaient l'échelle. A cette question du sexe ne se mêlait pas celle de la nationalité. Tous les Français sont égaux devant la loi; mais les étrangers ne sont p:is égaux aux Français, et la France peut toujours régler exceptionnellement les conditions auxquelles les premiers seront admis aux mômes avantages que les seconds.
Il est juste de reconnaître tout d'abord que les médecins,
chirurgiens, accoucheurs des hôpitaux de Paris ne sont pas des fonctionnaires au sens légal, non parce qu'ils sont éhis au concours, mais parce fju'ils ne participent ni direciement, ni par délégation, à la gestion de la chose publique; même en province, les membres du service de sauté, nommés par les commissions administratives, ne sont pas des fonctionnaires. Le fussent-ils, n'appartenant ni à l'armée, ni à la magistrature, ni auclei^é, ni à ladiplomatie, ils rentreraient dans une des classes où le gouvernement n'est pas absolument lié à la règle qui fait de la nationalité française une condiiion d'admissibilité aux eniplois. C'est assez dire que cette condition n'est d'aucune maniëreexigible des candidats à l'externat ou à l'internat, et jusqu'ici elle ne leur a pas été imposée. C'est l'affaire de l'Assistance publique. Les principes que je rappelais tout à l'heure tendent à Téliminalion des étrangers; mais celte première étape du succès sur un terrain de pratique qu'on peut presque considérer comme nécessaire à une bonne culture de la médecine n'a pas l'importance des postes privilégiés de l'enseignement, et 1 on comprend que l'administration, libre de ses actes, ne la refuse pas aux étrangers.
La question est plus délicate k l'égard des places de chef de clinique, de chef des travaux anatomiques, d'aide d'anatomie, de jirosecteur, de chef de laboratoire.
Les partisans du cosmopolitisme font une confusion quand ils mettent sur la même ligne l'accessibilité des étrangers aux grades de docteur ou d'officier de santé, et leur accessibilité aux postes convoités par l'élite des travailleurs. L'Etat a organisé l'enseignement et l'exercice de la médecine de la manière qui lui a paru te plus propre à élever le niveau de la science et de la pratique; aiïX moyens indispensables d'étude, aux examens obligatoires, il a joint un certain nonibre d'institutions particulières,destinées toutàlafois, je viens de le dire, à fortifier l'instruction de tous et à récompenser te méritede quelques-uns. Gela, l'Etatl'a fait pour la France, spécialement pour elle, pour la mettre en étal de soutenir la concurrence avec tout autre pays, pour assurer chez nous une protection efficace de la sanlé publitjue. L'excessive libéralité avec laquelle le gouvernement distribue aux médecins étrangers, au prix d'une prétendue équivalence de grades, la liberté d'exercice, soustrait au soupçon de vouloir élever une muraille chinoise autour de la médecine française; elle provoque plutôt, dans le corps médical au moins, le mécontentement. On l'approuverait, au contraire, s'il consentait seulement à mettre le droit de pntique au prix de quelques épreuves sérieuses et du titre légal sans exiger la scolarité. Eh bien, ce que l'Etat devrait demander à l'étranger médecin donne la vraie mesure de ce qu'il doit accorder à l'étranger étudiant, À savoir : les moyens d'instruction nécessaires pour être mis en mesure de passer ses examens et d'acquérir le titre. Qu'il ouvre à ce dernier les portes des Facultés et des Ecoles, qu'il lui donne accès aux laboratoires, qu'il lui permette de prendre part aux travaux de l'Ecole pratique, qu'il le place, en un mot, en matière de scolarité, sur le même pied que nos étudiants, je le comprend> et l'approuve fort. Mais, à mes yeux, c'est ta limite au delà de laquelle doit se retrouver la protection de l'élément national.
Nos étuiiiants sont après tout chez eux; c'est pour euxmêmes enûn que tes établissements d'enseignement ont été créés; leur jeune ambition s'exalte à la perspective de certaines situations privilégiées qui sont à la fois la récompense du zèle, du travail, de l'intelligence déployés, un encouragement à redoubler d'efforts, et un précieux supplément de ressources scientifiques. J'ajoute : et souvent un supplément précieux de ressources pécuniaires. Il faut bien réfléchir encore à ta situation que fait aux mitionaux le partage de ces places entre des étrangers^J^s concours d'agrégation, du professorat tes attendent; ^ZfHff^Jl^ degrés successifs qui s'appelïeiH^ précl^iWnt^^^tffuvat, le
3 Janvier 1885 GAZETTE HEBDOMADAIRE DE HÉDEGINE ET DE CHIRURGIE
clinicat, le prosectorat, etc., et qui leur sont ^comptés aux jours des hautes épreuves. Et voilà qu'on les oblige à sauter d'un seul bond de rexamen du doctorat aux concours les plus élevés.
Non, ces situations ne sont pas dues à l'étranger. Bien plus, on pourrait faire valoir très plausiblement des motifs de les lui refuser.
Entre les étudiants français et les étudiants étrangers il s'en faut que les armes soient toujours égales. Les premiers arrivent de leur collège ou de leur lycée; c'est une masse mêlée oùchacun a lavaleur iiue lui donnent ses aptitudes natives et son tempérament. Les seconds arrivent assez souvent à Paris déjà frottés de science médicale, déjà distingués dans une Ecole de leur pays, quelquefois envoyés en France comme boursiers, quelquefois même munis de certains titres. Le litre fûl-il l'équivalent de celui de notre doctorat, rien n'empêcherait un de ces forts, désireux d'acquérir le diplôme français, d'enlever à peu de frais les meilleures situations. Si encore ces étrangers, venus en France pour . y étudier la médecine, y restaient, on pourrait bien le regretter au ; point de vue de la concurrence, quoique le mal ne puisse être jamais bien grand, et que nous soyons libres de rendre ta pareille ; du moins est-ce à la France que reviendrait le profit d'une instruction médicale exceptionnelle. Hais presque tous les étrangers regagnent leurs pénates. Sic vos non vobis... Je sais bien que le fait sert précisément d'argument contre ma Ihèse. La dispersion de ces médecins, c'est le rayonnement de la médecine française. Mais le point en litige n'est pas là. Si cet argument peut servir pour justifier la distribution de l'enseignanient français aux étrangers, qui n'est pas contestée, il n'a rien à faire avec la question de la participation des étrangers aux postes d'honneur et de profit, qui est seule en discussion. Il n'est, pour s'initier à ranatomie, à la physiologie, à la médecine ou à la chirurgie française, nul besoin de passer par l'internat, l'adjuvat, le prosectorat et le reste.
Voilà, ce me semble, à égale distance d'un patriotisme étroit et d*utt cosmopolitisme exafi;éré, le jugement à porter sur le sujet de controverse qui vient d'agiter et qui occupe encore les esprits. Je n'ajoute plus qu'un mot. A côté de la question de principe peut se placer une question de réciprocité internationale qui serait de nature à peser fortement sur la première ; mais je ue suis pas en mesure d'en parler aujourd'hui pertinemment.
A. Dechahbrg.