HYGIÈNE PUBLIQUE
LETTRE SUR LES AMÉLIORATIONS À INTRODUIRE DANS LES MAISONS CENTRALES DE DÉTENTION , par M. Lucas, inspecteur-général des prisons.
La Gazerre mÉDicaLE a prouvé le haut intérêt qui s'attache à la uestion sanitaire de nos maisons centrales de détention en général , et L la maison de Limoges en particulier, par deux insertions successives relatives, l'une à uo travail remarquable de M. le docteur Voisin, chirurgien de la maison centrale de Limoges, l'autre à l'analyse du rapurt de M. Ferrus au nom de la commission chargée par l'Académie … l'examen des causes de la mortalité dans ces prisons, et de la recherche des moyens =: remédier.
Je crois, monsieur le Rédacteur, qu'il est bon, sur une matière aussi importante, de recueillir tous les renseignemens , de provoquer toutes les idées utiles. Me trouvant précisément à Limoges, sur les lieux mèmes et en face des faits, je vous prie de me permettre de profiter d'un rapport de M. Ferrus, pour examiner l'apphecation des moyens qu'il propose , et y ajouter l'indication de ceux que | observation a pu me suggérer. Îl est d'autant plus important d'éclaireir ce sujet, que la conclusion alarmantedu rapport de M. Ferrus{4) semblerait imposer à l'ad-
14) Crureilhier, loco citato, p. 263. —Arthaud, 1, &,
2\ Gouraud, Sur la formation des os. Paris, 1803,
3) Leçons orales de M, Dupuytren , art, fracture du col du fémur.
4) Nous n'avons pas compris, d'après le travail de M. Ferrus, que ce médecin ait eu en vue de faire démolir la prison de Limoges. Il a rapporté les plaintes de nos confrères sur les causes d'in-alubrité qu'elle renferme ; mais avec le but seulement de les sigaaler à l'attention de l'autorité. Nous n'en publions pas moins les utiles et intéressans documens qui nous sont adressés par M, Lucas : ils contribueront pour beaucoup à éclaircir la discussion de l'Académie.
ministration l'obligation de transférer ailleurs , c'est-à-dire d'abandon ner un établissement qui a coûté à l'état tant de sacrifices pécuriaires.
Je n'ai pas besoin de dive que je ne m'occuperai pas ici de la nature des maladies qui règnent dans nos maisons centrales en général, et dans la maison de Limoges en particulier : c'est là une des questions qu'il appartient exclusivement aux médecins de nos maisons centrales de discuter, et à l'Académie de résoudre avec la supériorité de ses lumières.
M. Ferrus propose deux ordres de moyens pour améliorer l'état sanitaire des maisons centrales : les uns communs à toutes, les autres propres à chacune en particulier,
«es principaux moyens généraux indiqués sont :
1° Prendre pour base du pain des détenus le pain des soldats. Je répondrai Em Limoges et dans toutes les maisons centrales que j'ai inspectées , le pain est d'une qualité supérieure à celui de la troupe.
2° Donner de la viaude quatre fois par semaine pendant qu'on n'en donne que deux fois, et d'accorder une ration de vin à tous les détenus, au moyen d'une reenuc sur leurs gains, ce qui permettrait la suppression des cantines. Je m'associe entièrement à ce vœu : la possibilité de cette mesure est démontrée par son exéeution à la maison de rorrection départementale d'Am ens, À Limoges, l'augmentation d'un service
as de plus par semaine n'a js coûté un centime en sus sur le prix de Journée. Ainsi, une retenue de moins de 3 fr. to sous par an sur le gain du détenu , assurerait ce service supplémentaire, Mais c'est une amélioration qui rencontre pour le présent des chstacles dans la tcneur des cahiers des charges : l'avenir seul peut progressivement l'admettre,
Quant à la distibution générale et journalière du vin, c'est une question qui mériterait un examen spécial. Il faudrait, en effet, la considérer d'abord sous le ramport des habitudes différentes des localités et ensuite sous le rapport de l'intérêt de la répression ; car on doit toujours combiner le de iutérieur des prisons de manière à n'y pas introduire un système alimentaire qui devienne unc insulte à la probité malheureuse , et peut-être une prime d'encouragement au crime.
3° Le troisième moyen, c’est le changement de vêtemens selon l'état dela température et non plusaux jours fixes, qui indiquent pour l'administration le passage d'une saison à une autre.
Dans toutes les occasions, la sollicitude de l'administration à déplacé cette fixité des époques selon les exigences de la température. Ainsi, à Limoges elle a reporté au mois de juin le changement du vètement d'hiver, prescrit au 1°° mai.
Mais cette mesure telle que la pratique l'administration , telle que la conseille l'Académie, est insuffisante dans beaucoup de maisons ceatrales, Comment, en effet, changer les détenus selon l’état de la températare , aiosi que l'indique le rapport de M. Ferrus, quand cette température, comme à Limoges, varie | Ress fois par mois, par semaine, par jour même ? L'habitant de Limoges peut facilement et personnellement obéir à ces variations en prenant alternativement le vêtement de drap ou de toile et coton ; mais on ne saurait ainsi habiller et déshabiller une ropulation de 800, 1,000, 1,500 et 2,000 détenus.
Le premier moyen praticable à cet égard dans les maisons soumises à la température de Limoges parait être de porter toute l'année le vètement en drap. Seulement, comme on aurait pour chaque détenu deux vêtemens, on leur donnerait le plus usé en été et par conséquent le
les déterminalions crasi iques. l'our la mêœe tête on peut composer vingt caractères et vingt esprits diflérens. Tout dépend de la manière dont on évalue l'action des organes Les uns sur les autres. Maus en définitive al n'y à pas de phirénologue qui consenlit à voir dans cette tête ni un génie supérieur, &i un caractère énergique, ni cles penchans et des facultés extraurdinaires, soit pour le bien, soit pour le mal. I n'y en à aucun qui ne pronoucit sans bésiter l'absence complète de quelques aptitudes, telle, par exemple, que celle dés mathémaliques. Aucun enlin ne pourrait avec les élémens qu'il aurait sous les jeux et ent suivant les indications du système, cofipastr ut être qui rescmblit en men à Napo-
Je dois ajouter à ces jetiquions phrénologiques quelques observations géné. rales sur le erdne etle visa Napoléon, considéré. sous le rapport artistique ou de l'art. Je craindrais laisser croire à nos lecteurs que ls tête du grand homme ne mérite pas l'admiration dont elle a été | objet. Pürénologiquement parlant elle est fort commune , et semble même avoir été faite exprès pour déronter le système de Gall; mais sous le rapport de l'art elle est d'une éminenté beauté, Les caractères distinctifs du front et de la face sont l'hormonie , la régularité et la purelé des coutours. Les lignes en sont onduyantes ; souples ét gracientes, Rien de tourmenté, d'irrégalier ni de heurté. Rien dé caractéristique de ile tranché dans les détails, tout l'eflet physionomique résulte des propartions harmonieuses de l'ensemble. Les qualités dominant s sont La finesse, l'élégance, la délicatesse plutôt que la force et l'énerge: circonstance qui eût surpris Lavater ct qui étoane tous ceux qui s'attendaient à trouver dans ls physionomie de Napoléon, l'empreinte de son irrésistible volonté, de ses passious iudomptables, son génie puissaut el arrété. Tout ecla se trouvait, dit-on, dans l'expression de son regard;
mais ici les veus manquent , et dans ces lignes désormais immobiles, on ne trouve qu'une beauté parc et passible,
Je termine ici ce que J'avais à dire sar le crûne de Napoléon y meltre une conclusion.
Cette ennclusion est : 4° que le crâne véritable de Napoléon , tel que nous le donne le moule de M, Antomarchi, diffère beaucoup de tous les portraits, bustes et médailles qui ont été faits de son vivant.
2° Que ce moule étant la seule image authentique de Napoléon, toutes les déterminations phrénalogiques faites précédemernt sont nulles.
3° Que le commentaire phrénologique du docteur Antomarchi sur le crâne de Napoléon est complétement inexact et infdéle, ;
4° Que le crâne de Napoléon , étudié ct commenté d'après les rogles phrénologiques, ne confirme point Le système organologique de Gall, et Le réfate , au contraire, complétement.
Je m'en tiens à ces quatre conclnsions, ni plus ni moins. Je souhaile fort que les phrénologistes se tirent avec bonneur de ce mauvais pas. I 642 extrèmement ficheux que la tête de l'homme le plus catraordinaire des temps modrenes soit si mal assortie avec leur système; mais colin elle cst 5, et ils ne pourront pas s'en débarrasser aucsi filement que de celle de la jeune lnilienne dont nous avons pa lé dans be temps. Je serais bien asc de leur voir surmonter cette difliculté ; mais je doute fort qu'ils y réassissent. [ls n'ont guère, en effct, que trois partis à cas 2 «ou nier les facultés de Napoléon, ou soutenir qu'elles se trouvent en effet sur son crâne , où enfin espliquec RErre elles ne sy trouvent pes, el aucune de ces choses ne me parait pratitable.
je n'ai plus qu'a
moins chaud, Mais il en est un autre qui nous semble préférable et qui que les rayons du soleil ne parviennent souvent à dissiper qu'à huit ou est suivi dans la maison cen’rale de Nimes, où l'on a remplacé le vête- {neuf heures, et qui reparaisseut après et souvent même avant son coument en toile par un vêtement d'une ctoffe dite bourette, tissée avec cher, Les vents de l'ouest et sud-ouest, qui refoulent sur la maison des déchets de bourre de soie et de coton. Les entrepreneurs de Nimes {centrale les brouillards de la Vienne, souflent année moyenne quaireont opéré eux-mêmes ce changement, qui procure un vêtement moins | vingts jou s , d'après les observations de quatorze années, cher même que la toile, et moins lourd, moins chaud que le drap.! Telle est la situation topographique et atmosphérique de la maison Ajoutons , puisque nous en sommes à l'article du vêtement, qu'il ne centrale de Limoges. faut pas négliger la question des formes. Ainsi, il est bien nécessaire 4] J'en reconnais ainsi , sans les atténuer, tontes les conditions défavo- Limoges que les gilets croiseut sur la poitrine au lieu d'être ouverts {rables; mais faut-il en conclare avec M. Ferrus , l'honorable ra porcomme ils le sont aujourd'hui. teur de la commission de l'Académie de médecine, la nécessité de 4° Le quatrième moyen est le chauffage des chambres, Si l'on a voulu ftransporter ailleurs la maison centrale? Je ne le pense nullement. Ces par là désigner les ateliers , ce pr à a lieu partout ; s'il s'agit des {influences atmosphériques , sans l'intervention d'une foule de causes dortoirs, j'avoue qu'à Limoges, où les détenus n’ont qu'une couver- | prédis tes, seraient bien loin assurément d'avoir des résultats aussi ture, ils ne sont pas suflisamment garantis du froid ; mais les nonveaux || nuisibles à la santé des détenus. J'en tire la preuve du passe. Les moicahiers des charges prescrivent partout deux couvertures ; seulement , [nes de saint Maur, qui habitaient la maison centrale avant 1389, il faudrait exiger pour Limoges et les iempératures semblables que ces jouissaient de toute la richesse de la santé monscale. Un pensionnat de couvertures fussent cn laine toutes deux. demoiselles , qui s’y établit depuis, n'eut poiot à souffrir de cette insa- 5° Fosses mobiles et inodores. Le système des fosses mobiles est de-f lubrité atmosphérique. Il ÿ a plus : lorsqu'en 1815 les jeunes pension. puis long-temps admis et pratiqué par l'adæiaistration dans les con-?naires firent place à des femmes détenues, pendant les cinq premières structions nouvelles : le système des fosses mobiles et inodores attend f années de l'existence de la maison centrale, c'est-a-dire jusqu'en 1820, les résultats de l'épreuve. le rapport de la mortalité présenta un résultat si satisfaisant qu'il mé- 6° Séparation des lits. Je regrette que la règle à admettre et à suivre {rita à cette époque à la maison centrale de Limoges les félicitations de dans ces séparations n'ait pasété posée par l'Académie : du reste, com. l'administration sur son état sanitaire, On peut en juger par le tableau me j'aurai occasion de Le dire bientôt, la salubrité des dortoirs est, selon suivant du relevé de la mortalité depuis l'origine de la maison jusqu'en moi, dans le système cellulaire de nuit, 11 ÿ a des raisons morales qui| 1833. ne permettent pas de conceroir qu'elle puisse s'obtenir autrement.
l'exposition et l'adoption de ces moyens généraux me semblerajent WOMMES. FEMMES. insuffisantes pour déterminer une complète amélioration sanitaire dans ANNÉES, nécès, CE QUI FAIT SUR °[,. DÉCÈS. GE QUI FAIT SUB "(. la maison centrale de Limoges , mais je n'en conclus n'llement , avec} 1815 ” » 5 8 56 l'honorable rapporteur M. Ferrus, qu'attendu l'insalubrité de sa situa-| 1816 2 » 5 3 475 tion il faille la transporter ailleurs. | 44 : . s 2 LE Je crois quele mal n'est pas incurable ; qu'il ÿ à remède et remède 1819 : : 12 $ nn efficace, et que le gouveracment est loin d'en être réduit à sacrifier les 1820 » * u M 8 412 sommes considérables dépensées dans ces constructions , aux sentimens 1821 31 42 17 15 8 43 et aux devoirs de l'humanité, 1922 74 15 116 12 7 4ÿ Mais avant de traiter une question, la première chose c'est de la nn A4 LL % ; 3 A poser nettement ; or , voici l'ordre logique et rationnel dans lequel elle} 1925 63 y 42 16 5 12 mme semble devoir tre posée : 1826 69 10 456 st 40 18 1° Constater la situation topographique et atmosphérique de la mai- 4327 173 25 44 28 10 » son centrale de Limoges ; 1428 85 + ro 2 10 Sy " 2° Sous l'influence de cette situation topographique ct atmosphérique He 120 17 He + R. 316 de la maison centrale de Limoges , et sous l'empire des nécessités de sa 1881 7y tt 4 20 a 4 P discipline et de me régune intérieur en tant que maison de détention , | 1832 He 4 n : É. int uels moyens employer pour arriver à y combatire et y diminuer le 1833 L 8 {1 » chiTee pre morte ? F d ; 1844 38 6 48 6 2 25 La maison centrale de Limoges est située à l'extrémité est de la} (5 mars.)
ville, dans la partie la plus déclive de la colline que borde la rive
droite de la Vienne; elle est comme encaissée à l'ouest par cette colline, tement obtenus par l'effet de plusieurs mesures récentes, provoquées et au nord par le plateau que traverse la route de Paris , au sud et à l'est | réalisées , avec l'approbation du ministre, par le zèle actif et clairs de par la chaine de mainelons qui bordent la rive gauche de Ja Vienne et] 4. Scipion Mourgnes , préfet du département de la Haute-Vicane. en dominent à la fois le bassin et les belles et siches praieries qu'elle L'augmentation d’un second service de viande , le désencombrement et
arrose. la ventilation des durtoirs, dont quelques-uns ont encore besoin d'air
Les bätimers sc composent en partie d'un ancien couvent de Béné- let d'espace, divers travaux intérieurs d'assainissement , offrent déjà dietins de saint Maur, en partie de constructions nouvelles et addition-| ne amélioration sensible dans l'état sanitaire des premiers mois de nelles. Le sul sur lequel s'élèvent ces constructions a servi de cimetière
, ; ; | | l 1834, comparé aux cioq premiers mois de 1833. à sir époques ; c'est un tuf très-dur avec três-peu de terre végé- LE ” TP
ur | A ces deux époques la population de la maison s'est trouvée 1
L'eau, Len sg pendant la belle saison, est troublée par les orages ; | même ; voici maintenant le nombre comparé des décès et des entrées à elle est insipide ; sa température est de 8 à 9° en été et de 5 à 7° enfl'infirmerie. Malheureusement à l'époque où j'écris , la funeste coïncihiver ; sa pesanteur est à pen près la mème que celle de l'eau distillée ; | dence d'un brusque refroidissement dans la température avec le chan elle cuit parfaitement les légumes et dissout le savon sans le décom- changement du vêtement d'hiver, m'inspire des craintes et me fait re. douter un accroissement de mortalité.
Ge qui doit rassurer encore, ce sont les premiers résultats si promp-
D'après une analyse de M. Dubois , pharmacien distingué attaché} à la maison, cette eau contient une petite quantité d'un sel calcaire {le|
NOMBRE DES ENTRÉES A ROMARE DES nÉcés,
muriatc de chaux); mais la présence de cette substance se retrouve Mois. £ ru 1833 18S4 daus les fontaines de la ville, dont les eaux sont considérées comme 5 très-potables. Janvier 138 84 ke :
Quant à la constitution météorologique du département, la tempéra- Février ne : 42 TT ture ÿ est dans un état presque constant d'humidité et de fraicheur. Lai 68 79 15 9 Les brouillards y sont fréquens; les rosées sensibles, même dans les Mai 85 106 4 us grandes chaleurs. Le froid commence de hoone heure et finit'tard. Fame outes les conditions défavorables de cette température sont aggravées . : 28 6 ns à la maison centrale par la proximité de la Vienne , dont elle n'est qu'à Pate . 15 s n trois cems pas environ et 10 mêtres au-dessus du niveau de l'eau. Dans Mars sû si 5 2? les temps pluvieux, la condensation des matières aqueuses est telle que | Avril 32 57 4 ‘ la maison centrale disparait au milieu de l'épaisseur des brouillards Mai 30 #7 2 3
Disons qu'il est juste de reconnaître Le zèle que MM. les docteurs Buisson et Voisis ont déployé dans le service des infirmeries, pour obtenir ces résultats, Ainsi donc , sans nier les pernicieuses influences de la situation topographique et atmosphérique de la maison centrale , il n'en est pas moins vrai qu'elles peuvent être utilement combattues et qu'elles l'ont été , ainsi que le prouve le témoignage des faits. D'où la conséquence que l’état actuel de la prison centrale de Limoges présuppose nécessairement des causes prédisposantes où se trouve Le véritable siége du mal. Ce sont ces causes qu'il faut rechercher et constater,
À cet égard, après avoir, dans le cours de mes inspections, recherché attentivement dans les faits les raisons diverses de la mortalité dans les prisons, je suis arrivé au classement suivant des causes prédisposantes, classement où se sont parfaitement casés jusqu'ici tous les faits que j'ai pu recueillir ou observer. *
Ces causes prédisposantes se rattachent :
1° À l'influence de la vie cloîtrée des prisons et de la durée des détentions ;
2° A l'influence des circonscriptions des maisons centrales sous le rapport des divers départemens dont leur population se compose ;
3° A l'influence de la nature des divers travaux ;
4° A l'influence da produit de ces travaux et du produit des secours du dehors comme moyen supplémentaire d'alimentation ;
5° À l'influence de la destination mixte des bâtimens des prisons pour les détenus des deux sexes ;
G° A l'influence des durtoirs en commun ;
7° À l'influence des âges;
8° À l'influence des punitions.
Je vais rechercher les résultats de chacune de ces influences sur l'état sanitaire de la maison centrale de Limoges.
JL, DE L'INFLUENCE DE LA VIE SÉDENTAIRE DES PIISONS, ET DE LA DURÉE DES DÉTENTIONS.
Les animaux, dit avec raison M. le docteur Voisin, sont comme les plantes enfermées , ils s'étiolent, L'influence de la vie cloitrée de nos prisons est un fait immense commun à toutes nos maisons centrales ; mais dont les résultats ne sont pas égaux pour toutes.
Les femmes ; qui ont plus généralement des habitudes sédentaires , souffrent beaucoup moins que les hommes du régime des prisons. Bien que la age des femmes renferme dans nos maisons centrales l'élément des plus longues détentions, je veux parler des condamnations aux travaux forcés, qui conduisent les hommes aux kagoes , cependant le chiffre de la mortalité est généralement chez elles moins élevé.
Mais mème parmi les maisons centrales d'hommes , il est nne autre différence sous ce rapport à reconnaître et à constater, Entre les popu- Jations mavufacturières du nord , babituées à respirer les miasmes des ateliers, et les populations agricoles du midi et du centre, acroutumées au contraire à vivre, les unes des rayons de leur soleil, et les autres de l'air libre de leurs champs.
L'influence du régime intérieur des prisons et de la durée des détentions , doit donc, sous ce rapport , s'exercer nécessairement d'une manière plus funeste à Limoges sur la santé des détenus. Pour apprécier l'influence de la durée des détentions 'd° présente d'abord le relevé des condamnés à dix ansetau-dessus, de 1820 à 1833.
Sur 147 hommes de cette catégorie entrés dans la maison, en retranchant 22 sortis par remise de leur peine, et 33 qui restent pour la subir, et ne comptant que d'un an à six dans la maison , le nombre des individus qui ont été soumis à l'influence des déteutions de dix ans et plus, se trouve réduit à 92. Sur ces 92, 79 sont décédés , 13 sont sortis par expiration de leur peine. ,
Parmi les femmes, 78 de cette catégorie sont entrées de 1820à 1833; 5 ont été grâciées, 31 subissent leur peine avec une date d’éerou d'un an à six ; restent done 41 sur lesquelles il faut opérer ; de ces 41, 32 sont décédées, g sont sorties rar expiration de leur peine.
Ainsi unecondamnation à dix années d'emprisonnement et au-delà, équivaut à 6 d'une condamnation à mort pour les hommes, et à envi. ron 374 pour les femmes. Je démontrerai ailleurs, par une masse im sante de faits , que cette peine de dix années d'emprisonnement est inadmissible dans nos maisons centrales , et qu'elle ne devient praticable aux bagnes que par la viv extérieure des arsenaux, qui y remplace pour les forçars notre vie cloitrée des maisons centrales.
J'ai voula comparer sur la population entière influence de la du. rée des détentions à moins de urois ans, et à trois et plus, Il faut d'abord
savoir qu'entre ces deux fractions, la population des détenus se partage à peu près également parmi les hommes ; mais la fraction des condamnés à trois ans et au-dessus est plus élevée parmi les femmes, à raison des condamvations aux travaux forcés.
Voici le résultat de mes recherches pour 1833 : nombre des décédés parmu les condamnés à moins de trois ans :
Hommes, $5 Femmes, 6
Condamnés à trois ans et plus :
Hommes, 53 Femmes , 24
On voit qu'il ÿ a balance entre les hommes ; mais il y a parmi les femmes une différence qui est trop saillante pour s'expliquer par l'ad. pjonction des condamnées aux travaux forcés , dont le nombre n'est que de 46 sur 232.
L'une des raisons peut-être à donner sur les résultats de ces chiffres, {relativement à chaque sexe, c'est que, parmi les hommes, le détenu qui est parvenu à la troisième année est acclimaté au régime intérieur de la prison, et que l'influence de l'habitude commence à contrebalancer celle de la durée quand elle ne franchit pas certaines limites.
Parmi les femmes, au contraire, Île moment de l'entrée est bien moins critique que chez les hoinmes ; les habitudes de la vie sédentaire sont prises beaucoup plus promptement et plus facilement. Alors l'influence de la mortalité devient nécessairement beaucoup plus active ea raison de la durée des séjours.
IL. 1NPLUENCE DES CIACONSCRIPTIONS PAR RAPPORT AUX DIVERS DÉPAñ- TEMENS DONT LES CONDAMNES FORMENT LA POPULATION DES MAISONS CENTRALES.
La circonscription des maisons centrales embrasse fréquemment un si grand nombre de départemens , que c'est une grande condition sanitaire de rechercher, dans le choix des départemens de ces circonseriptions , ceux qui se rapprochent le plus du département et de la situation de la maison centrale par les analogies d'habitudes atmosphériques, alimentaires, agricules ou industrielles , etc.
Aiosi, dans mon rapport sur la maison centrale d'Embrun, que j'ai inspectée l'an dernier , je signalais la nécessité de distraire le département du Var de cette circonscriplion pour le faire entrer dans celle de Nires, Le témoignage des chiffres était frappant ; je prenais les deux départemens de l'Isère et du Var, le premier si rapproché de la température d'Embrun par ses neiges ses glaces et ses montagnes ; le se. cond, au contraire, si éloigné de ce climat par les rayons de son soleil et la douceur printanière de ses hivers. La population des condamnés du Var dans la maison d'Ewbrun était de 106, c'est-à-dire la moitié à peu près de celle de l'Isère, 197 ; eh bien ! la mortalité, au contraire, s'y trouvait moitié plus considérable : Var, 12 décès ; Isère , 7.
Pour la circonscription centrale de Limoges, j'ai étendu mes recherches sur trois anuées, En voici les résultats parmi les hommes :
DÉPARTEMEXS WONDIES ; NOMBRE DES DÉCÈS SUR 1831 1832 133 Haute-Vicone , 3 lt 8 12 6 Srt ‘Indre, 7 ds 3 112 6 3yt Chareute , TO 4jà 11 4 7 dt Charente-luf, ricure , & {2 12 14 3x Cher, 9 314 10 12 51 Corrèze . 5 18 12 314 # 31 Creuse , 13 143 3 15 172 Dordogne, 7 js 14 34 15
On voit par ce tableau que Le chiffre des décès n'est pas égal pour tous ; que fs condamnés de la Haute-Vienne et de l'Indre sont cux où les décès sont le moins nombreux, tandis que la mortalité est presque doublée dans la Dordogne et la Charente-Inférieure, I se trouve que l'Indre est en effet le département qui se rapproche le plus du département de la Haute-Vienne, pendant que les deux départemens de la Dordogne et de la Charente-Inférieure sont ceux qui s'en écartent davantage par les habitudes atmosphériques et alimentaires. La température, en effet, y est autre, et quant à l'alimentation, j'ai interrogé des détenus des divers départemens sur la manière de vivre dans les campagnes. Daus l'Indre et la Haute-Vienne, le paysan ne se nourrit que de jrain d'orge sans froment , sans même extraction de son ;
il ne boit communément que de l’eau à ses repas, ne mange pas Où TV, INFLUENCE DU PRODUIT DES TRAVAUX ET DU PRODUIT DES SECOURS
hien rarement de viande, Dans la Haute-Vienne , la châtaigne fraiche ou sèche fait la base de l'alimentation. Dans la Dordogne et la Charente-Tuférieure, l'usage du vin est permanent ; celni de la viande, surtout dans la Dordogne, assez fréquent, et le pain formé d’un mélange substantiel. Aussi les détenus de la Haute-Vienne et de l'Indre sont-ils mieux pourris à la prison que chez eux , tandis que ceux de la Dordogne et de La Charente-Inférieure ne le seraient peut-être pas aussi bien d'après la ration du cahier des charges.
On remarque un fait assez bizarre dans ce tableau , c'est que la Creuse, en 1831 et 1833, a le chiffre le plus lort de mortalité, tandis EM dans l'année intermédiaire elle a, au contraire , le moins élevé.
n ne peut disconvenir ensuite que ce département est un de ceux qui sæ rapprochent le plus de la Haute-Vienne sous les rapports qui nous 2 RE Sans rechercher à tout une explication , bornons-nous à une simple observation utile à la statistique toutes les fois qu'elle s’occu. pera de ce département ; c’est que de la Creuse vingt wulle individus émigrent annuellement en grande partie à Paris et vont passer la moitié de l’année hors de leurs foyers; de là il arrive à certaines assises, mi exemple , une diseite de criminalité qui a valu à la Creuse, dans
es documens même officiels , des éloges de moralité qu'elle ne méritait pas intégralement , parce que cette partie de sa population la plus énerpique < Lane à cet âge où les passions dans leur explosion portent e plus fréquemment aux crimes , w'était plus là pour en commettre.
DL, aXFLUENCE DE LA NATURE DES DIVERSES INDUSTRIES.
Cette recherche est très-importante , et elle va nous conduire à des renseignemens utiles. Je présente ici le relevé du nombre des décès parmi les hommes. par chaque atelier, pendant l’année 1833 et les cioq premiers mois de 1434.
1433 ; 1834 s Nombre des en-
RES Nombre ” Nombre Érs trées à l'iofr-
d : des ie depais ke
: décès. do, US Ouvriers, Ouvriers. 1" janvier
Tisserands, 108 42 201 3 63 Trameurs, 3 16 412 42 92 Chapellers, ‘02 41 128 3 114 Corine , 37 2 39 Êl 30 Sabouers, 4 t 5 » 2 Mas à hine, 66 36! 15 #25 Tailleurs, 43 6 12 1 E] Hommes de service, 29 ll 41 (l 4
On voit jaillir de ce tableau un fait bien saillant et bien affligeant ,
c'est l'influence funeste , l'influence mortelle de l'atelier de la mécanique à laine. Le nombre des décès a été de la moitié des travailleurs en 1833 ; du tiers en 1834, et sur 25 ouvriers. 1] ÿ a eu pendant les ein premiers mois de 1834, 125 entrées aux infirmeries. La cause du sd est évidemment dans la nature du travail, Les détenus servent de moteurs aux cardes de mécaniques à laine, ce qui exige une telle dépense de forces, qu'après une demi-heure ils sunt obligés de se relever à tour “de rôle; la sueur découle de ‘eur visage au moment où ils quittent le travail ; bientôt le repos amène le refroidissement , et avec lui la cessation brusque de cette abondante transpiration. De là la maladie , l'entrée à l'infirmerie , la mort. Heureusement le cahier des charges permet la suppression de cet atelier.
Les ateliers des tanneurs sont ceux qui nous donnent, après les ateliers de mécaniques à laine, le plas de mortalité : cela tient beaucoup assurément à la nature de cette occupation , qui ne provoque aucun mouvement musculaire, et qui énerve ainsi les forces des travailleurs. 11 sera important, dans le nouveau cahier des charges, d'étendre à cette industrie les dispositions limitatives concernant la filature à la quenouille. Dans le nord on n'emploie que les femmes comme trameurs, Il est juste d'ajouter qne les ateliers des trameurs contiennent en partie le rebut de la population, c'est-à-dire les détenus qui, par leur mauvaise santé ou organisation, sont impropres aux travaux industriels. C'est là une nouvelle cause de mortalité,
Les hommes de service sont ceux que la mortalité aticint le moins : c'est le fait général que j'observe dans les maisons centrales, parce
qu'on cherche ordinairement parmi les hommes de la campagne ceux que la puissance des habitudes agricoles rend les plus impropres aux travaux des atcliers ; ces hommes ayant alors la faculté de cireuler de rôlé et d'autre, de prendre un exercice salutaire, échappent ainsi aux influences des industries sédentaires.